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John David Padgett, alias Johnny Jewel, est sans doute LA tête d’affiche du happening Futurs Antérieurs, mis de l’avant par la SAT pour célébrer ses 30 ans. Musicien, producteur, compositeur et multi-instrumentiste, il est connu pour n’utiliser que du matériel analogique. Né et élevé à Houston, Jewel enregistre et sort des albums depuis trois décennies.
Sa carrière artistique a véritablement débuté lorsqu’il a commencé à enregistrer à Portland, dans l’Oregon, où il s’était installé au milieu des années 90. Il a ensuite formé Glass Candy avec la chanteuse Ida No, un groupe influencé par le no wave qui s’est progressivement transformé en un duo électronique fortement influencé par l’italo-disco. En 2006, il a fondé le label Italians Do It Better, qui rassemble toute une gamme d’artistes et de groupes produisant une musique similaire, mêlant italo-disco, électronique et synthés. C’est alors que Johnny Jewel est venu à Montréal et a rencontré Megan Louise, qui est devenue sa complice de création et la mère de son enfant.
Glass Candy, Chromatics et Desire (un duo électro avec Megan) sont les groupes auxquels il a participé. À la fin des années 2000, son album Night Drive a connu un grand succès et lui a valu d’apparaître dans le film Drive (2011) de Nicolas Winding Refn. Jewel a également composé la bande originale du film Bronson (2008) de Refn, ainsi que celle du premier film réalisé par Ryan Gosling, Lost River, en 2015. Sa carrière s’étant développée dans l’industrie cinématographique américaine, il est retourné s’installer sur la côte ouest, où il vit avec sa compagne et sa fille.
Depuis, Desire a sorti d’autres albums, dont le plus récent, Games People Play, date de 2025. Il a également publié des albums solo (The Other Side of Midnight, Windswept, Digital Rain, Vapor, Themes for Television, Naïf de cœur avec Sébastien Tellier) et des bandes originales de films (A Beautiful Now, Home, Don’t Come Back from the Moon, Zeroville, Holly).
Alors ? Interviewer Johnny Jewel pour Futurs Antérieurs, où il se produira le vendredi 5 juin, c’est une évidence !
PAN M 360 : Tu as donc vécu à Montréal pendant trois ans, n’est-ce pas ?
Johnny Jewel : Oui. Ma fille est née à Côte-des-Neiges. Sa mère est ma compagne, Megan Louise, qui fait également partie de notre duo Desire, et qui est née et a grandi à Montréal.
PAN M 360 : Donc, tu es en quelque sorte un Montréalais. Je vois que je t’appelle en Californie. Tu es donc basé sur la côte ouest, si j’ai bien compris.
Johnny Jewel : Oui, près de Joshua Tree.
PAN M 360 : En plein désert? Ouah ! Bon, j’ai un peu suivi ta carrière et tu as un parcours très intéressant depuis tes débuts, parce que tu as commencé comme musicien intéressé par le no wave, le post-punk, l’art rock, l’italo-disco, le glam rock, puis tu t’es progressivement orienté vers l’électronique avec du matériel analogique. J’ai raison ?
Johnny Jewel : Eh bien, en gros, ce que tu soulignes, c’est le début de l’histoire qui commence en 1996. C’est à ce moment-là que j’ai déménagé à Portland, dans l’Oregon, sur la côte ouest. Mais avant ça, je viens de Houston, au Texas. C’est environ dix ans avant ça, vers le milieu ou la fin des années 80, que j’ai commencé à enregistrer. Et ma première expérience avec la musique, c’était le noise et la musique concrète, la musique expérimentale, pour laquelle j’utilisais des synthétiseurs et des enregistrements sur le terrain.
Et puis, quand j’ai déménagé à Portland pour la toute première fois, j’ai essayé de monter un groupe appelé Glass Candy. Je n’avais jamais écrit de chansons pop auparavant. Du coup, ce qui en est ressorti… tu sais, on était vraiment fans de David Bowie, du no wave et du punk. Et on ne savait pas vraiment bien jouer ni bien enregistrer. Du coup, ça sonnait vraiment très brut et très no wave.
Mais on essayait vraiment de faire du disco. C’était juste très primitif. Puis, petit à petit, j’ai commencé à réintroduire de plus en plus d’éléments électroniques dans le projet du groupe. Et quand on a commencé à faire des albums, j’ai commencé à inclure des passages instrumentaux, des passages cinématographiques pour contrebalancer les chansons pop. Et ça a attiré l’attention de, tu sais, des créateurs de mode, des réalisateurs et des monteurs de films, qui ont alors commencé à utiliser ces morceaux instrumentaux dans des films. Et ça m’a amené à travailler dans le cinéma et à être sollicité pour composer des musiques de films. Donc, c’est un peu ce dont tu parles avec le groupe, et le punk se situe en quelque sorte au milieu.
PAN M 360 : Et à propos du label Italians Do It Better ?
Johnny Jewel : Tout a commencé en 2006. C’était un hommage à l’Italo-Disco. Le nom s’inspire d’un t-shirt que Madonna portait dans un clip de 1986, sur lequel on pouvait lire « Italians do it better » ; c’est donc une sorte de référence obscure à ça. Et puis à l’époque, au milieu des années 2000, il y avait un mouvement underground de redécouverte de la disco européenne des années 80. Comme des trucs minimal wave en 8 pistes et 16 pistes qu’on appelait en quelque sorte tous « Italo Disco », même si beaucoup d’entre eux ne l’étaient pas vraiment. On adorait vraiment ces trucs qui venaient d’Europe, qu’on jouait en Allemagne, en Italie et en Grèce.
PAN M 360 : Je vois. Donc, après ce groupe Glass Candy, il y a eu Chromatics et Desire.
Johnny Jewel : Glass Candy a été le premier de tous. Puis j’ai fait Chromatics, et j’ai commencé à écrire pour le projet Desire avant même de rencontrer Megan. J’avais le concept du groupe, puis je l’ai rencontrée à Montréal en 2008 et on a lancé Desire. Ça fait donc 18 ans que ça dure. En fait, la première fois que j’ai vu les créations de Megan, c’était au Zoo Bizarre. Tu connais cette salle ?
PAN M 360 : Oui, bien sûr, je le connaissais. J’habitais à deux pâtés de maisons de là. Alexandre Auché en était le propriétaire et aujourd’hui, il fait partie de l’équipe de programmation de la SAT et joue un rôle important dans la direction artistique collective. Alex s’occupe de la programmation de l’événement Futurs Antérieurs.
Johnny Jewel : Oui, je connais Alex. C’est Megan qui a organisé ce concert, je ne savais pas trop qui m’avait engagé.
PAN M 360 : Zoo Bizarre existait en France avant de s’installer à Montréal pour ensuite fermer.
Johnny Jewel : Oui, j’’ai rencontré Alex à Bordeaux. Ouais, j’ai découvert Megan pour la première fois au Zoo Bizarre ; elle y donnait un concert en hommage à Jean-Pierre Mercier, le producteur français de Cosmic Disco. Des membres des Georges Leningrad et de Dutch Estelle jouaient avec Megan au chant, un peu comme un groupe de rock progressif. Ils n’ont donné qu’un ou deux concerts. Et il se trouve que j’étais de passage quand ils ont joué, et je lui ai proposé de monter un groupe avec moi.
PAN M 360 : Tu as aussi composé des musiques de films. Chromatics a sorti l’album Night Drive en 2007, et quatre ans plus tard, cette musique a été adaptée pour le film Drive de Nicolas Winding Refn. Tu as également composé la bande originale du film Bronson de Refn en 2008, et celle de Lost River de Ryan Gosling en 2015. Une belle réussite ! C’est toujours important pour toi ?
Johnny Jewel : Oh oui. Et avant ça, si Drive a vu le jour, c’est parce que j’avais travaillé sur Bronson, son film précédent. Ryan a vu Bronson et l’a adoré. Puis, quand Ryan s’est lancé dans Drive, il avait le choix entre plusieurs compositeurs et réalisateurs. Il nous a donc choisis, Nick et moi, grâce à Bronson. Et j’ai ensuite composé la bande originale de Drive à Montréal.
PAN M 360 : Pourquoi as-tu quitté Montréal pour la côte ouest, déjà ?
Johnny Jewel : C’était l’idée de Megan. Donc, après que l’équipe de Drive m’ait engagé pour composer de la musique de film et de télévision, on pouvait rester à Montréal au début, grâce à Internet et tout ça. Mais les gens de Los Angeles aiment vraiment que les compositeurs soient sur place. Megan m’a donc pris un numéro de téléphone à Los Angeles, et quand ils appelaient pour fixer un rendez-vous, je répondais depuis Montréal.
PAN M 360 : Donc tu faisais semblant d’être sur la côte ouest ?
Johnny Jewell : Oui ! Et puis je disais : « Je ne peux pas venir aujourd’hui, mais je peux venir demain. » Et ensuite, Megan me réservait un vol et je prenais l’avion pour Los Angeles pour la réunion.
PAN M 360 : Megan est aussi votre manager, en quelque sorte !
Johnny Jewell : Oui, eh bien, c’est ma complice, donc on fait tout ensemble. Elle est brillante en affaires. Elle avait un studio dans l’immeuble où j’enregistrais. Et puis elle était aussi partenaire de Zoo Bizarre et possédait également des sociétés de production. Elle est très créative et a plein d’idées. Et puis c’était son idée. Après que je sois venu sur la côte ouest pour travailler sur une émission de télévision pendant un mois, on a eu une petite fille et elle m’a dit : « Pourquoi on ne déménagerait pas tout simplement à Los Angeles ? » Je n’avais jamais envisagé la possibilité de déménager à Los Angeles parce que honnêtement, je n’aimais pas trop cette ville. J’aimais bien vivre à Montréal, mais je n’avais pas beaucoup d’expérience de Los Angeles. Et puis, après avoir déménagé là-bas et m’être davantage imprégné de cette ambiance de quartier, j’ai vraiment adoré cet endroit et on a adoré la Californie.
PAN M 360 : Et maintenant, tu vis dans le désert de Joshua Tree, ce qui est un endroit idéal pour un artiste.
Johnny Jewell : Oui, pour moi qui suis auteur-compositeur, c’est génial. J’adore l’isolement. C’est parfait.
PAN M 360 : Et pourquoi es-tu passé principalement à du matériel électronique analogique ?
Johnny Jewell : L’analogique, c’était, tu sais, le matériel que j’ai utilisé pour les albums Beatbox et Night Drive. Ces premiers albums ont tous été réalisés avec le même matériel que j’avais déjà au Texas quand j’ai déménagé de là-bas à Portland. Il s’agit essentiellement de trois synthétiseurs et d’une boîte à rythmes. Et j’avais déjà tout ça. Et puis, je crois que c’est vers le milieu des années 2000 que j’ai commencé à m’intéresser un peu plus au séquençage, aux boîtes à rythmes, au rap et à la musique de club. Et je pense que c’est ça, tu vois, la batterie live que j’adore. Mais à ce moment-là, ça faisait déjà 10 ans que je faisais ça.
PAN M 360 : Oui, mais tu n’es pas un prosélyte de l’analogique. C’est juste une coïncidence que tu aies construit ta pratique artistique de cette manière, mais ce n’est pas nécessairement une croyance en la supériorité de l’analogique.
Johnny Jewel : Eh bien, ce n’est pas une religion pour moi, tu sais, mais je préfère clairement l’analogique, j’utilise le numérique pour d’autres choses. Mon parcours personnel s’est fait avec les outils auxquels j’ai eu accès, qui se trouvaient être analogiques puisque je les ai depuis 30 ans, tu vois. Et puis je continue simplement à développer ça et je n’ai toujours pas atteint les limites de ce que je peux faire avec. Il n’y a donc aucune raison pour moi de passer à l’informatique ou au numérique alors que j’explore encore l’analogique.
Mais j’adore aussi la musique assistée par ordinateur et j’adore tous les types de musique électronique. Je trouve ça très intéressant, en tout cas pour moi personnellement. Ma méthode de travail s’inspire davantage de la mentalité rock à l’ancienne : on commence le morceau, on le joue en entier, puis on ajoute des couches. Et c’est comme ça que je travaille encore aujourd’hui.
PAN M 360 : Et tu travailles principalement seul ? Est-ce que tu collabores parfois avec d’autres musiciens ?
Johnny Jewel : Je travaille principalement en totale isolation. Et les collaborations se font généralement à distance. Et elles concernent le plus souvent un chanteur. Musicalement, j’ai besoin de beaucoup de temps seul.
PAN M 360 : La configuration idéale pour une famille proche et chaleureuse !
Johnny Jewel : Oui, plus trois chiens et deux cochons d’Inde !
PAN M 360 : Trop cool ! Et que vas-tu présenter exactement à Montréal ?
Johnny Jewel : Eh bien, (une semaine avant le concert) je n’ai pas encore tout à fait décidé, pour être honnête. Je devrais m’adapter à l’ambiance générale, en fait. Oui, l’ambiance générale sera un mélange de travaux cinématographiques que j’ai réalisés dans la réalité. Tu sais, comme la musique que j’ai composée pour David Lynch, celle que j’ai faite pour Drive, Lost River, des trucs comme ça.
Et puis il y aura une partie fantaisiste où j’improviserai en direct sur des films des années 1960 et 1970, montés de manière non linéaire. C’est un peu comme une idée de film imaginaire. Et puis je jouerai aussi quelques chansons pop de mes groupes. Ce sera donc un mélange de ces trois composantes principales. Je ne sais donc pas encore exactement ce que je vais jouer. Je décide généralement la veille.
PAN M 360 : Donc tu fais quelque chose de différent avec ce matériel existant et tu le modifies lors d’un concert.
Johnny Jewel : Oui. Je réinterprète certains de mes moments préférés ou des éléments que je trouve, selon ce que je choisis, qui complètent l’ensemble du concert et créent une progression émotionnelle pour la soirée. Je vais jouer pendant environ 80 minutes. Donc, chaque morceau influence vraiment tous les autres. Et cela détermine ma façon de jouer, ce que je choisis, l’ordre dans lequel je le fais, et finalement aussi ce que l’on voit visuellement pendant que ces morceaux sont joués et que les paroles sont entendues.
PAN M 360 : Présentes-tu également de nouvelles choses, de nouvelles musiques ? Johnny Jewel : Oui, des morceaux inédits tirés de mon prochain album, *Kaleidoscope*. Et il s’agit d’une série en plusieurs volumes. J’ai réalisé mon premier film l’année dernière et je suis en train de le monter. Il s’intitule lui aussi Kaleidoscope. Quand je me suis mis à composer la musique du film, j’ai fini par produire environ huit heures de musique, ce qui est beaucoup trop. J’ai donc décidé qu’au lieu de faire un album, j’allais réaliser une série qui comptera trois ou quatre volumes de Kaleidoscope. Je jouerai donc quelques morceaux du volume un.
PAN M 360 : Merci beaucoup pour cette conversation. Tu as été très généreux avec PAN M 360.
Johnny Jewel : Merci à toi, à bientôt !























