Le titre de ce tout premier album placé sous le leadership de la batteuse montréalaise Valérie Lacombe n’a rien de fortuit. State of Garden and Shadow est d’abord une citation tirée d’un roman de Clarice Lispector, Agua viva. La citation évoque un monde symbolique et émotionnel. Et au-delà encore, le jardin évoque pour Valérie un lieu de vie, de croissance, de transformation et d’épanouissement. Un ensemble de valeurs qui s’arriment avec l’évolution personnelle de la jeune artiste depuis le début de ses études à McGill jusqu’à son arrivée sur la scène professionnelle.
Sept compos (et une reprise, Out of the Past de Benny Golson) soutiennent l’édifice conceptuel de ce jardin allégorique et très intime, dans un hard/post bop bien intégré, avec des références coloristiques au quartette de Coltrane, et surtout de l’art raffiné de la batterie d’Elvin Jones, l’un des modèles avoués de Valérie. Et puis, notons également le format de ce quatuor construit par la Montréalaise : deux saxos, une contrebasse et une batterie. Pas de piano donc. Le genre de couleurs visitées par Gerry Mulligan, Ornette (Coleman) et Don Cherry. Un peu Dave Holland aussi.
Bref, du grand standard de qualité, une barrière placée très très haut. Mais ça ne semble pas effrayer l’artiste, qui navigue dans cet univers avec un instinct que je qualifierais de sûr et assumé.
Sur son instrument, elle trace des lignes délicates, rarement tonitruantes. Lacombe se révèle plutôt un soutien bienveillant, assurément inspiré et capable d’ornements finement tracés qui servent de colorisation et de tissage arachnéen de la trame compositionnelle. La jeune dame n’est pas dans la propulsion tapageuse. On aime beaucoup ce raffinement.
Il faut dire qu’elle a su s’entourer. Camille Thurman (‘’Downbeat Rising Star’’ et membre du Jazz at Lincoln Center Orchestra) au ténor, puis deux Montréalais, Caoilainn Power à l’alto et la légende Ira Coleman à la contrebasse. Tout ce monde sait parfaitement où aller, individuellement, collectivement et musicalement. Le niveau de sophistication dans l’expression, puis dans l’équilibre entre contrôle et liberté, est notable.
Pour un premier album, Valérie Lacombe, bien que très classiquement élégante dans sa démarche, fait très fort en termes de première impression.
Valérie Lacombe lancera State of Garden and Shadow le 29 avril 2026 au Lion d’Or à Montréal, à l’occasion de la Journée internationale du Jazz. Elle partira ensuite en tournée avec ce projet un peu partout au Canada.
L’album sort partout le 17 avril 2026




















