baroque / classique / opéra

Festival de Lanaudière : Les Arts florissants par… William Christie et Les Arts Florissants! à l’Amphithéâtre Fernand-Lindsay

par Rédaction PAN M 360

Pour son retour au Festival, William Christie a fait le choix d’un symbole : partager avec le public le court opéra de Marc-Antoine Charpentier qui a donné son nom à l’ensemble… Les Arts florissants! Les trois précédentes visites de William Christie et des Arts Florissants à Lanaudière furent des soirées d’enchantement comme seuls ces maîtres du baroque nous en réservent. Présenté dans un format double avec une autre pièce lyrique du même compositeur, ce nouveau spectacle met en lumière les lauréats du Jardin des Voix, leur célèbre académie pour jeunes chanteurs. Un véritable récit des origines, qui nous plonge dans le faste du Grand Siècle, dans le Versailles de Louis XIV et où danse et chant se mêlent à une musique exquise.

For his return to the Festival, William Christie has chosen to share with us the short opera by Marc-Antoine Charpentier from which comes his ensemble’s name, Les Arts florissants! William Christie’s three previous visits to Lanaudière with Les Arts florissants were enchanting events, as only the baroque masters can bring us. Presented as a double feature with another lyric work by the same composer, this new production brings to us to the shining starts of the Jardin des Voix, their celebrated academy for young singers. A veritable origin story that brings us into the height of the Grand siècle of Versailles and Louis XIV, where dance and song combine through exquisite music.

Programme/program

Marc-Antoine Charpentier, Les Arts florissants et/and La Descente d’Orphée aux enfers

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classique / musique contemporaine / post-romantique

Festival de Lanaudière : Chostakovitch par Payare et l’OSM à l’Amphithéâtre Fernand-Lindsay

par Rédaction PAN M 360

À l’orée d’une grande tournée des festivals européens, Rafael Payare et l’Orchestre symphonique de Montréal retrouvent le Festival – cette fois dans l’imposante Dixième de Chostakovitch. La puissance évocatrice de cette œuvre peint la biographie même de son créateur, artiste contraint, muselé par un régime dictatorial (la Russie stalinienne) avec lequel il entretint toute sa vie une relation complexe et inextricable. En première partie, Alisa Weilerstein restitue le concerto de Gabriela Ortiz, écrit pour elle et créé par le Los Angeles Philharmonic la saison dernière.

Before embarking on a tour of European festivals, Rafael Payare and the Orchestre symphonique de Montréal find themselves at the Festival, this time with the imposing Tenth Symphony of Shostakovich. The evocative power of this work reflects the biography of its creator, a restrained artist muzzled by the dictatorial regime of Stalinist Russia, under whose auspices he spent his life and with whom he had a complex and inextricable relationship. In the first half of the concert, Alisa Weilerstein performs Gabriela Ortiz’s cello concerto, written for her and premiered during the Los Angeles Philharmonic’s 2024-2025 season.

Programme/program

Gabriela Ortiz, Dzonot
Dmitri Chostakovitch, Symphonie no 10 en mi mineur, op. 93/Symphony No. 10 in E minor, Op., 93

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classique / musique contemporaine / Piano

Festival de Lanaudière : Charles-Richard Hamelin avec l’OSQ – légendes nordiques à l’Amphithéâtre Fernand-Lindsay

par Rédaction PAN M 360

Pour leurs débuts conjoints à Lanaudière, Clemens Schuldt et l’Orchestre symphonique de Québec nous proposent des œuvres à la mesure de leurs extraordinaires qualités. Depuis l’arrivée de Clemens Schuldt à la direction musicale en 2023, le tandem formé par l’Orchestre symphonique de Québec et le chef allemand fait des merveilles. Au programme : le concerto pour piano de Grieg – l’un des plus beaux et des plus connus – défendu par nul autre que Charles Richard-Hamelin, un morceau du grand compositeur québécois Jacques Hétu, puis la délicieuse fantaisie orchestrale de Zemlinsky sur le conte d’Andersen, trésor de couleurs chatoyantes et de poésie.

For their debut together at the Festival, Clemens Schuldt and the Orchestre symphonique de Québec propose works equal to their extraordinary abilities. Since his arrival as music director in 2023, the team formed by German conductor Clemens Schuldt and the Orchestre symphonique de Québec have made a notable impact. On the programme: Grieg’s piano Concerto, one of the most beautiful and well known, played by none other than Charles Richard-Hamelin; a piece by the great Québecois composer Jacques Hétu, and the exquisite orchestral fantasy after the Andersen fairy tale, a treasure of rich musical colours and poetry.

Programme

Jacques Hétu, Le Tombeau de Nelligan, op. 52
Edvard Grieg, Concerto pour piano en la mineur, op. 16
Alexander Zemlinsky, La petite sirène (Die Seejungfrau)

Program

Jacques Hétu, Le Tombeau de Nelligan, op. 52
Edvard Grieg, Piano concerto in A Minor, op. 16
Alexander Zemlinsky, The Little Mermaid (Die Seejungfrau)

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classique occidental

Festival de Lanaudière | Une magie lanaudoise nommée Nagano

par Frédéric Cardin

Vendredi 1er août dernier, l’Amphithéâtre de Lanaudière recevait l’OSM et surtout Kent Nagano à sa direction, dans un retour que l’on pourrait presque qualifier de triomphant. Le public l’attendait et était probablement prêt à ovationner n’importe quelle performance, du chef. Heureusement, Kent Nagano a offert une très belle lecture musicale de trois œuvres charnues, question coloris et langage polyphonique. 

Pour les couleurs, la Rhapsodie pour clarinette et orchestre en si bémol majeur, L. 116 de Debussy avec Todd Cope, clarinette solo de l’OSM, a rempli les belles promesses d’une écriture foisonnante et merveilleusement bigarrée. Les chausses-trappes interprétatives nombreuses de la partition ont été bien maîtrisés et même rehaussée d’une notable aisance du soliste, à qui le chef invité a su apporter un soutien habile et nuancé de l’orchestre. 

En entrée de programme, l’ op. 1 de Webern, la Passacaille en ré mineur a reçu le traitement qu’elle méritait, soit une très belle ampleur des cordes, encore teintée de romantisme, doublées de voix contrapuntiques plus modernistes/impressionnistes chez les bois. Webern n’avait pas encore traversé le pont vers l’atonalisme, ce qui rend cette Passacaille toujours éminemment accessible pour le grand public, tout en permettant à ce dernier de prendre connaissance avec une prémonition de la complexité raffinée du langage de ce compositeur. 

En finale de ce concert donné d’un seul trait (sans entracte), la Symphonie n° 3 en fa majeur, op. 90, sa grande richesse polyphonique et ses magnifiques thèmes et mélodies. Je me demandais si Kent Nagano allait nous présenter la vision de Brahms, historiquement informée, telle que ce que l’on entend dans son enregistrement de la même œuvre sous étiquette BIS, et paru il y a quelques semaines. Je vous parlais alors, dans la critique de l’album (À LIRE ICI) de la grande liberté de mouvement, de l’aisance rythmique, du souffle aéré des voix, que le chef a apporté à la lecture de cette musique. Bien que sorti récemment, l’enregistrement en question date de 2019. Depuis tout ce temps, Nagano a eu tout le temps d’affiner sa vision. Qu’en était-il, donc? Eh bien oui, ce que l’on entend sur l’album est bien là, avec encore plus de conviction et d’oxygène. Le très fameux troisième mouvement, Poco allegretto, nous a collectivement élevés grâce à sa mélodie poignante et la tendresse naturelle avec laquelle le chef lui a donné vie. Une belle magie que tout le monde réuni a su capter et ressentir. 

Une ovation soutenue a forcé Kent Nagano a revenir sur scène six fois. Le public l’adore, et si vous avez envie d’en savoir plus sur sa perception de l’amour entre lui et le Québec, en plus de sa vision de Brahms, ÉCOUTEZ L’ENTREVUE QUE J’AI RÉALISÉE AVEC KENT NAGANO ICI (en anglais). 

chant lyrique / classique / période romantique

Festival de Lanaudière | Tristan et Isolde en version concert avec YNS et l’Orchestre Métropolitain

par Rédaction PAN M 360

La présentation de l’opéra Aida, en clôture de la saison dernière, est restée gravée dans toutes les mémoires. Yannick Nézet-Séguin et le Métropolitain remettent cela cette année, entourés d’une distribution des meilleurs chanteurs wagnériens de notre époque, pour ce que plusieurs considèrent comme « l’opéra des opéras » : en version concert en Lanaudière, Tristan et Isolde est un colossal poème d’amour, chant d’érotisme et de mort enraciné dans la légende médiévale, et dont le langage allait révolutionner ni plus ni moins que le genre lyrique lui-même. 

Stuart Skelton, ténor (Tristan) 

Tamara Wilson, soprano (Isolde) 

Karen Cargill, mezzo-soprano (Brangäne) 

Franz-Josef Selig, basse (Le Roi Marke) 

Christopher Maltman, baryton (Kurwenal) 

Sean Michael Plumb, baryton (Melot) 

Matthew Cairns, ténor (Berger, Matelot)

Geoffrey Schellenberg, baryton (Timonier)

Chœur Métropolitain

Léa Moisan-Perrier, direction

Orchestre Métropolitain 

Yannick Nézet-Séguin, direction 

Last season closing concert’s presentation of Aida remains etched in everyone’s memory. This year, Yannick Nézet-Séguin and the Orchestre Métropolitain are doing it again, joined by a cast of the best Wagnerian singers of our time, for what many consider « the opera of operas »: Tristan und Isolde. A monumental love poem, a song of eroticism and death rooted in medieval legend, whose language would go on to revolutionize the operatic genre itself.

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chant choral / classique occidental / période romantique

Festival de Lanaudière | Une soirée chorale réussie pour Akamus

par Alexis Desrosiers-Michaud

Vendredi et samedi au Festival de Lanaudière, étaient donnés en diptyque les oratorios Paulus et Elias de Félix Mendelssohn. Pour l’occasion, c’est l’Akademie für Alte Musik Berlin (Akamus) et l’Audi Jugendchorakademie qui nous visitaient, le tout sous la direction de Martin Steidler. À en croire le directeur artistique Renaud Loranger, « c’est la première fois au Canada, sous toutes réserves, que les deux oratorios sont présentés ainsi, et également, chantés en allemand ; la langue habituelle étant l’anglais. Nous y étions vendredi.

C’est devant un parterre épars et une pelouse presque vide que ce magnifique concert s’est donné. Pendant les deux heures et quelques qu’a duré la soirée, tout tombait en lieu et place. L’orchestre, grossi pour l’occasion, jouait sur des instruments anciens (avec un serpent !), ce qui laissait beaucoup de place au chœur. La prononciation des choristes est précise et impeccable. Ces derniers sont habiles à varier la palette de couleurs en étant, parfois incisifs (« Lapidez-le »), parfois tout en douceur, notamment dans les différents chorals. Un des meilleurs moments de la soirée fut l’apparition de Jésus, à la fin du premier acte. Interprétée par les voix de femmes, c’était un passage extrêmement lumineux, sans être angélique et mielleux.

Chez les solistes, c’est l’alto Ulrilke Malotta qui a été la meilleure, malgré qu’elle n’ait chanté que deux petites interventions. Elle a une voix profonde et résonnante. La soprano Marie-Sophie Pollak a une belle voix, mais qui ne se démarquera jamais au cours de la soirée. Le ténor remplaçant Magnus Dietrich fait bien, mais demeure cependant trop stoïque, malgré le fait qu’il était le soliste qui incarnait et « jouait » le mieux ses rôles d’Étienne et de Barnabas. Enfin la basse Krešimir Stražanac a connu quelques problèmes durant la soirée. Parfois trop en rondeur, on perdait les émotions et les mots. Il aurait gagné en se limitant à la partition et en ne cherchant pas à en donner plus.

Finalement, un petit mot sur la présentation générale du concert. Il y aurait place à l’amélioration quant au choix des images projetées sur les écrans géants. Trop souvent, il y a eu des images d’instrumentistes qui n’étaient pas à l’avant-plan, et cela ne rend pas service du tout au spectateur niché en haut du vallon. Ça, en plus de corriger les fautes dans les surtitres.

crédit photo : Gabriel Fournier

chant choral / classique occidental / musique contemporaine

Festival de Lanaudière | Une performance du tonnerre pour Chanticleer

par Alexandre Villemaire

D’emblée, il faut le dire, ce n’est peut-être pas le cadre de performance le plus idéal auquel le public lanaudois et les chanteurs de l’ensemble vocal a capella américain Chanticleer se seraient attendus pour leur première apparition au Festival de Lanaudière. La nature s’était effectivement invitée de manière plutôt audible sur le terrain de l’Amphithéâtre Fernand-Lindsay qui n’a pas échappé aux fortes averses qui ont balayé le sud du Québec ce dimanche 13 juillet. Imperturbables, d’une bonne humeur contagieuse et avec une grande maestria, les douze voix de l’ensemble ont bravé les éléments pour offrir une performance enlevante.

Tel que raconté dans l’entretien que nous avons réalisé avec le directeur musical de Chanticleer, Tim Keeler, le programme proposait un voyage aux sources de la polyphonie, mais surtout une synthèse de la manière dont cet art musical a façonné l’écriture de la musique pendant plus de cinq siècles. Des sources véritables de la polyphonie, le programme n’en a donné que quelques exemples, avec notamment l’extrait du « Gloria » de la Messe de Nostre-Dame de Guillaume de Machaut, qui s’insérait dans un segment la mettant en relation avec l’arrangement de la prière Our Father par le compositeur afro-américain Julius Eastman. La pièce d’Eastman fait usage d’harmonies ouvertes à la quinte, agrémentées de passages vocaux chromatiques au même titre que l’extrait de Guillaume de Machaut, dont la parenté surprend par son langage harmonique tendu. Ces deux pièces étaient précédées de pièces contemporaines, dont l’intéressante Hee-oo-oom-ha de Toby Twining, une mélopée vocale texturée, bourrée d’onomatopées, de rythmes irréguliers portée par un solo de yodel interprété par le ténor Andrew Van Allsburg qui fait preuve d’une grande maîtrise vocale dans le basculement entre la voix de poitrine et la voix de tête. Parmi les autres pièces « classiques » interprétées, mentionnons aussi Musica Dei donum optimi d’Orlando di Lasso, Cantate Domino de Giovanni Gabrieli et Finlandia de Jean Sibelius qui est venu clore la première partie.

La seconde partie du concert a continué de mettre en valeur des compositions classiques contemporaines ainsi que des œuvres du répertoire américain et afro-américain. L’interprétation du traditionnel African-American Spiritual Poor Pilgrim of Sorrow a donné lieu à un moment transcendantal, porté par la voix de contre-ténor du soliste Cortez Mitchell. L’autre spiritual de l’après-midi, Wade in the Water, était très à propos alors qu’un véritable rideau d’eau s’abattait autour de l’espace couvert de l’amphithéâtre. Les douze chanteurs sont demeurés en contrôle dans leur performance, enchaînant avec la suite Not an End of Loving de Steven Sametz et la composition d’Ayanna Woods Future Ones, une douce pièce qui s’interroge sur l’héritage que nous laissons aux générations futures.

Charismatique, énergique et s’adressant régulièrement au public, avec quelques mots en français, Chanticleer a ostensiblement fait bien plus que donner un concert de musique. Ils ont créé un moment d’unité et d’apaisement avec le public par l’entremise de leur interprétation solide, techniquement maîtrisée et engagée. Je trouve qu’il est parfois un peu cliché de mettre de l’avant le pouvoir quasi mystique de la musique d’unir les êtres comme étant une manne positive universelle. La réalité est parfois plus complexe. Mais, comme les membres du groupe l’ont mentionné, alors qu’il y a beaucoup de bruit discordant dans le monde actuellement, ce type de moments musicaux, aussi petits soient-ils, constitue des instants précieux dont on ne saurait se passer. Dans cette optique, Chanticleer a éprouvé une grande joie à venir partager cette passion avec leurs sympathiques et gentils voisins du Nord. Une parole qui, tout comme l’entièreté du concert, a été accueillie par un tonnerre d’applaudissements.

baroque / opéra

Festival de Lanaudière | Le couronnement de Poppée, le triomphe d’Octavie et la maîtrise d’Alarcon

par Frédéric Cardin

Fort d’un Orfeo magistral en 2023, la Cappella mediterranea dirigée par Leonardo Garcia Alarcon effectuait un retour attendu à Lanaudière avec ‘’l’autre’’ opéra de Monteverdi, Le couronnement de Poppée. Une oeuvre différente, conçue à la toute fin de la vie du compositeur (alors qu’Orphée a été écrit une trentaine d’années plus tôt) et soumise à des diktats commerciaux inédits pour l’opéra. À ce sujet, LISEZ l’entrevue que j’ai réalisée avec M. Alarcon en prévision de ce concert

Alarcon était entouré de ses fidèles collègues, aux instruments et au chant, plusieurs étaient là en 2023. Même calibre donc, et cela en ajoutant la Lanaudoise Pascale Giguère, appelée en renfort à la dernière minute pour remplacer un violoniste malade. Chapeau à Mme Giguère, et fierté appropriée, car la musicienne a dévoilé une qualité de jeu pleinement à la hauteur de l’ensemble. 

Dans une jauge plus économe que pour Orfeo (voir encore une fois l’entrevue mentionnée plus haut), la Cappella a démontré sa parfaite adéquation avec la partition, autant dans la suggestion des affects que la précision des lignes mélodiques et accompagnatrices. Et, encore une fois, la splendeur des chanteurs et chanteuses était au rendez-vous. Le contre-ténor Niccolo Balducci dans le rôle de Néron était bien impérial, mais sans grandiloquence. Sophie Juncker, qu’on a dit indisposée par un virus, a fort bien tenu sa partie, même si on a remarqué effectivement d’occasionnelles défaillances dans la force de projection. Rien pour nous faire bouder, cela dit. Les rôles secondaires étaient tous de très belle tenue : solennel Edward Grint (Sénèque), amoureuse voire naïve Lucia Martin Carton (Drusilla), un peu pitoyable, et même loser, Christopher Lowrey (Othon, aptement ridicule avec ce t-shirt hawaïen) et truculent Samuel Boden dans une panoplie de petits rôles (une nourrice, Arnalta, Damigella…), qu’il exécutait avec humour et désinvolture, malgré le recours à une tablette sur laquelle il consultait sa partition. On ne peut qu’imaginer l’impact augmenté que sa performance aurait s’il savait s’en passer!

Mais au-delà de tout cela, j’ai été particulièrement séduit par la soprano Mariana Flores, dans le rôle d’octavie, impératrice noble et un peu hautaine, humiliée par le rejet de son empereur de mari et amenée à comploter comme une vilaine pour sauver son mariage et, surtout, son titre et sa réputation. 

Dans une robe moulante exquise, elle était désirable comme une reine se doit de l’être dans les légendes. Mais sa prestance tendance olympienne lui donnait cette distance émotionnelle appropriée, expression d’un personnage que Néron qualifie de ‘’frigide’’. Une accusation souvent teintée de misogynie, mais qui, ici, renvoie à une attitude typique d’une matrone issue d’une lignée prestigieuse et aristocratique, dont la dignité bafouée ne peut s’exprimer que par un certain mépris du monde. Mariana Flores avait, hier, la voix la plus accomplie, la plus qualitativement holistique, puissamment expressive dans la colère, poignante malgré sa réserve dans ses murmures aigus idéaux. Une voix sans faille tonale, ni approximation timbrale. Pour votre humble serviteur, la reine de la soirée, malgré sa déchéance finale dans le scénario.

Dans l’ensemble, aussi, des jeux d’acteurs impressionnants, incarnés, manifestement travaillés longuement et expertement. On y croit de bout en bout.

Leonardo Garcia Alarcon a démontré toute la profondeur de sa maîtrise du langage et du style monteverdien. Encore un triomphe pour le directeur musical. On se demande quel miracle il nous apportera la prochaine fois, mais on ne peut que l’attendre avec impatience. 

Cela dit, il faudra que le public soit digne de recevoir cette qualité artistique, en venant plus nombreux. Sinon, à un moment donné, il y a des gens qui se lasseront de proposer des programmes exceptionnels devant des parterre clairsemés. 

chant choral / classique moderne / classique occidental / période romantique

Festival de Lanaudière | Magistrale ouverture

par Alexandre Villemaire

La 48ème édition du Festival de Lanaudière s’est ouverte avec un grand bang, aussi sonore que la première note de l’œuvre maîtresse de ce concert du 4 juillet qui inaugure un mois de musique dans la région lanaudoise. Menés par Rafael Payare, l’Orchestre symphonique de Montréal et le chœur de l’OSM ont livré une performance magistrale de l’œuvre phare de Carl Orff, la cantate profane Carmina Burana. Il s’agissait de la première fois en treize saisons que l’œuvre était interprétée au festival. Une excellente occasion pour les auditeurs et mélomanes de la découvrir ou de la redécouvrir. 

La première partie était composée de deux œuvres aux caractères imagés contrastant. En ouverture, nous avons entendu la création Icarus de la compositrice Lena Auerbach. Éminemment descriptive, l’œuvre fait bien sûr référence à la figure de la mythologie grecque qui, voulant s’approcher trop près du soleil, s’est brûlé les ailes pour finalement se noyer; exemple de la nature humaine qui cherche à repousser ces limites par vantardise et cupidité. L’œuvre oscille ainsi entre différentes atmosphères, tantôt tendues et tantôt lyriques. Une première section dresse un dialogue entre les cordes et les bois dans cet affect. Une deuxième section prend des accents plus dramatiques avec l’intervention des cuivres, suivis par un passage d’un grand lyrisme aux cordes qui évolue dans une anxiété harmonique qui culmine par une évocation de marche funèbre avec l’intervention des cloches tubulaires. Une troisième section, plus calme et apaisée, est introduite par la harpe qui dialogue avec les pizzicati des violons avant d’entendre une contre mélodie interprétée par le premier violon Andrew Wan qui progresse dans un suraigu évanescent et qui finit par se fondre dans le son aérien de verres musicaux. En sommes, une composition bien découpée à l’orchestration fine et aux effets orchestraux imagés.

Après cette pièce au style éthéré, on passe à un registre endiablé avec la Rhapsodie sur un thème de Paganini de Rachmaninov. Reprenant l’œuvre déjà virtuose du violoniste et compositeur italien Niccolo Paganini, le traitement tout aussi complexe de Rachmaninov était mené par le pianiste allemand Kirill Gerstein. Il a fait la démonstration d’une grande agilité pianistique dans l’expression des différents passages, soutenu par un Rafael Payare précis. Le seul inconfort que nous ayons ressenti était que l’orchestre, même dans son rôle de soutien instrumental, était un peu trop en retrait au niveau sonore.

Œuvre maîtresse, Carmina Burana est venu conclure cette soirée avec intensité. Dès le premier coup de timbale et la première note du chœur du chante « O Fortuna », nous sommes embarqués pour un solide voyage musical. Les paroles sont claires, la prononciation et l’articulation précises et les différentes dynamiques amenées par Payare sont exécutées rondement. Le chef de l’OSM a opé pour son interprétation sur un enchaînement de chacun des vingt-cinq mouvements en attaca, gardant ainsi l’attention et l’audience et en plus de conférer à l’œuvre une direction narrative claire à ses poèmes du Moyen-Âge abordant des thèmes comme la nature constante de la fortune et de la richesse, la joie et les plaisirs de l’alcool et de la chair. Parmi les très beaux moments, le neuvième mouvement « Reie » où s’insère un superbe passage intime entre les voix. L’entièreté de la séquence In Taberna littéralement « à la taverne » a donné lieu à une mise en scène juste et à propos entre le contre-ténor Lawrence Zazzo et le baryton Russell Braun. L’unique air de ténor « Olim lacus colueram » (Jadis, j’habitais sur un lac) qui est littéralement la complainte d’un cygne qui décrit les différentes étapes qui l’amènera à être mangé était à la fois comique et perturbant, mais d’une clarté sans ambiguïté. Sans ambiguïté également était le duo entre la soprano Sarah Dufresne et Russell Braun « Tempus est iocundum », (Le Temps est joyeux) où les inflexions de la ligne vocale et l’accélération ne font planer aucun doute sur la nature du texte qui décrit une scène d’amour engagé. Tant Dufresne que Braun ont livré dans leur air respectif une interprétation sentie et vocalement saisissante.

Avec une entrée en matière magistrale pour sa 48ème saison, nous ne pouvons que souhaiter une bonne fortune au Festival de Lanaudière pour le reste de sa programmation.

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classique

Festival de Lanaudière: Mahler et le chant de la nuit

par Rédaction PAN M 360

Gustav Mahler et sa Septième, c’est un cosmos entier qui tient dans le creux de la main, celui du monde viennois et d’une certaine idée de la culture : de l’apothéose du classicisme à la modernité énigmatique du premier vingtième siècle, jamais poussée aussi loin, peut-être, que dans ce mastodonte symphonique créé dans une Europe marchant inconsciemment vers l’abîme. L’Orchestre symphonique de Montréal et Rafael Payare, dont l’interprétation de la Cinquième Symphonie, à l’été 2022, est restée gravée dans toutes les mémoires, restituent la puissance évocatrice de ce chef-d’œuvre, dans le cadre idéal de l’Amphithéâtre.

Gustav Mahler and his Seventh Symphony hold an entire cosmos in the palm of your hand, that of the Viennese world and a certain idea of culture: from the apotheosis of classicism to the enigmatic modernity of the first twentieth century, never pushed so far, perhaps, as in this symphonic behemoth created in a Europe marching unconsciously towards the abyss. The Orchestre symphonique de Montréal and Rafael Payare, whose performance of the Fifth Symphony in the summer of 2022 remains etched in everyone’s memory, restore the evocative power of this masterpiece in the ideal setting of the Amphitheatre.

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classique

Festival de Lanaudière: La Cinquième de Beethoven par les Grands Ballets

par Rédaction PAN M 360

De nouveau cet été, Les Grands Ballets Canadiens foulent les planches de l’Amphithéâtre et retrouvent le public lanaudois pour une soirée d’émotion à fleur de peau et de prouesses chorégraphiques, entre la Cinquième de Beethoven – évoquant la liberté, la force tragique du destin, la transformation perpétuelle du monde – et un pot-pourri d’extraits parmi les plus célèbres du répertoire de ballet.

Once again this summer, Les Grands Ballets Canadiens take to the stage at the Amphitheatre and welcome back the Lanaudière public for an evening of raw emotion and choreographic prowess, between Beethoven’s Fifth – evoking freedom, the tragic force of destiny, the perpetual transformation of the world – and a medley of some of the most famous excerpts from the ballet repertoire.

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classique

Festival de Lanaudière: Prométhée et la Septième de Beethoven

par Rédaction PAN M 360

Dans le cadre idéal de l’Amphithéâtre, Jonathan Cohen et Les Violons du Roy convient Beethoven – sa majestueuse Septième, son message humaniste, son désir irrépressible de liberté et de fraternité universelle – puis son interprétation du mythe de Prométhée, toujours brûlant d’actualité, tant il nous ramène aux fondements mêmes de l’éthique…sans oublier un détour chez Mozart, maître incontesté de la mélodie et de la gymnastique instrumentale la plus confondante.

In the ideal setting of the Amphitheatre, Jonathan Cohen and Les Violons du Roy welcome Beethoven – his majestic Seventh, his humanist message, his irrepressible desire for freedom and universal brotherhood – followed by his interpretation of the myth of Prometheus, which is still so topical today, as it takes us back to the very foundations of ethics… not forgetting a detour to Mozart, undisputed master of melody and the most confounding instrumental gymnastics.

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