Le Kenya est connu pour sa faune sa flore que les plus privilégiés peuvent contempler dans les safaris de luxe. Nettement moins connu pour sa faune électro, dont Fredrick M Njau alias Slikback, est l’une des plus illustres créatures, le Kenya contribue désormais à la planète électro. Depuis 2018, l’artiste rayonne bien au-delà de Nairobi, l’EP Lasakaneku l’avait lancé sur le circuit électronique international, rien à voir avec celui des festivals world où s’expriment généralement les Africains.
Sept ans plus tard, Attrition s’avère le premier album de Slikback pour le fameux label Planet Mu qui l’accueille après un premier cycle d’autoproductions. Voilà le résultat d’une gestation européenne, car l’artiste kényan est actuellement basé en Pologne, d’où il créée et procrée – marié là-bas, il est père d’un nouveau-né.
La percussion synthétique est fondamentale dans Attrition, mais il ne faut surtout pas s’attendre à la reproduction de tendances lourdes en musique africaine mais bien d’une africanité électronique, exprimée avec les mêmes outils dont les Occidentaux font usage dans les événements électroniques les plus pointus. De prime abord, il est beaucoup plus proche des sous-genres breakcore, gabber, hardcore idm, noise techno que des styles électroniques associés à l’Afrique – amapiano, gqom, afro house/tech, électro shangaan, kuduro, coupé-décalé et autres afrobeats.
Plus abstraite, destinée davantage à l’écoute attentive qu’à la danse, la dimension technologique d’Attrition est plus que proéminente dans cette œuvre dont les mitrailles, saccades, bourdons, nappes harmoniques, riffs de claviers, voix humaines filtrées, expriment un ressenti d’une implacable violence, ce qui n’est pas sans rappeler les entrechoquements humains au cœur du continent noir. Voilà néanmoins l’illustration probante de cet universalisme électro dont l’Afrique ne fait pas exception et qui le décline à sa manière.























