Dans le processus de redéfinition de la harpe en tant qu’instrument pop autant que classique, Montréal joue probablement un rôle de premier plan. La ville nous a donné Arcade Fire qui a inclus des partitions de harpe dans ses pièces, ou encore Sarah Pagé et ses contributions essentielles au son des Barr Brothers. Il y en a d’autres, et surtout plusieurs harpistes classiques de renom comme Valérie Milot ou Antoine Malette-Chénier. Finalement il y a Alex Tibbitts, alias The Bionic Harpist, qui prépare depuis un certain temps sa sortie officielle avec ce premier opus carrément électro-pop, Impressions. Ceux et celles qui ont assisté au concert public gratuit du festival MUTEK 2025 au Théâtre de verdure du Parc Lafontaine en août dernier, la connaissent déjà un peu car la dame assurait la première prestation de la soirée.
J’avais déjà eu la chance de voir la harpiste bionique dans un concert intime il y a 2 ou 3 ans (ma mémoire me fuie), à l’occasion de la série des Garage concerts de Ziya Tabassian. J’avais été impressionné par l’habileté de l’artiste à tisser une trame expressive envoûtante grâce à du real-time processing de son instrument et de sa voix (car elle chante aussi). Ce fut aussi le cas lors du concert MUTEK.
Bien que les développements soient plus étoffés en concert, ce premier album donne une belle idée de la nature accessible mais tout de même expérimentale (du moins pour l’univers de la pop) de l’expression sonore de la musicienne montréalaise basée désormais en partie à Mexico (elle me disait récemment qu’elle va revenir souvent, ce que je nous souhaite car on s’ennuierait de sa créativité particulière).
Tibbitts dessine des canevas très visuels, tendance planante et apaisante mais non dénué d’énergie plus affirmée à l’occasion. Night of Violet, la locomotive marketing de l’album car déclinée également en format vidéo léché, est particulièrement séduisante. On pense à Cinematic Orchestra côté production et richesse des arrangements. Ailleurs (et si on respire) on est dans une intériorité minimaliste qui ne déplairait pas à Ryuichi Sakamoto, ou dans des velléités exploratoires qu’on entendrait sur un album de groupe alt-post-rock du Mile-End. L’aspect très léché de la production, le mélange des cordes et de l’électro, les rythmes cozy, tout cela rappelle aussi, un peu, les belles années du trip hop (Massive Attack, Goldfrapp, Hooverphonic).
Impressions est un album qui offre à la harpe une occasion en or pour pousser un peu plus loin son nouveau statut d’instrument pop de qualité, autant que classique.
Alex Tibbitts – harp, vocals & synth
Stefan Schneider – drums
Liam Tucker – bass
Ryan Truby – violin
Robert Margaryan – violin
Xavier Lepage-Brault – viola
Jérémie Cloutier – cello
David Jonathan Romero – butterflies























