Pays : Canada Label : Six Shooter Records Genres et styles : bruitiste / dark ambient / darkwave / expérimental / inuit / synth-punk Année : 2022

Tanya Tagaq – Tongues

· par Alain Brunet

Tanya Tagaq Gillis n’a jamais fait dans le divertissement inuit ou dans l’exotisme nordique à bon marché. Visionnaire et instinctive, cette autodidacte venue des arts visuels demeure une grande leader esthétique en incarnant l’avant-garde du Grand Nord canadien. On la sait rompue à l’improvisation libre, au bruitisme, au jazz contemporain, à l’électroacoustique et aussi au jeu de gorge traditionnel de son peuple qu’elle adapte brillamment dans un tout autre contexte. Lauréate du Polaris en 2014, Tanya Tagaq assume plus que jamais son statut de personnalité publique issue des peuples autochtones. À maintes reprises, elle a dénoncé les préjugés à l’endroit des siens (alcoolisme présumé, chasse au phoque répréhensible, etc.) mais cette fois, la peine et la colère atteignent un autre niveau d’impétuosité et constituent les thèmes et ambiances d’un album entier.

En dix chansons ou pièces, Tongues traite avec virulence de maintes souffrances vécues par les populations autochtones canadiennes, conséquences directes et indirectes de la colonisation occidentale. On ressent la condition de victime et le retour de la confiance en cette renaissance autochtone… néanmoins traversée par la souffrance, pour les raisons que l’on sait.

Alors dans ce contexte, les musiques de Tanya Tagaq sont moins conceptuelles et plus viscérales que jamais. Le chant de gorge inuit s’apparente au death growl du métal, les rythmes s’alourdissent, les fréquences de synthèse se portent à l’attaque, on s’approche parfois de la mouvance darkwave ou synthpunk. Très chargés, parfois même violents, mais balancés dans une forme généralement succincte, les mots nous plongent dans les tourments et espoirs autochtones made in Canada. L’artiste peut y évoquer indirectement les pensionnaires des générations antérieures, confinés de force dans ces lieux sordides de l’acculturation violente et de la négation linguistique : Tongues, évidemment. Tout misérabilisme est néanmoins exclu de cet enregistrement; la narratrice peut aussi incarner le retour en force de son peuple et de sa culture, imposer la redoutable guerrière anticolonialiste et antiraciste qu’elle est pour de vrai. Et ce, sans négliger une variable essentielle à l’assomption de sa liberté et de son autonomie : « do not fear love ».

Tout le contenu 360

Akousma | Matière limpide pour Eaux mêlées

Akousma | Matière limpide pour Eaux mêlées

Akousma | Mélanie Zhou et les échos du deuil

Akousma | Mélanie Zhou et les échos du deuil

Akousma | Le legs de feue Chantal Dumas

Akousma | Le legs de feue Chantal Dumas

Akousma | Manipulations en temps réel et douce violence chez Xavier Ménard et Diego Bermudez-Chamberland

Akousma | Manipulations en temps réel et douce violence chez Xavier Ménard et Diego Bermudez-Chamberland

Akousma | Synthèse rétroactive selon Alex Brisson

Akousma | Synthèse rétroactive selon Alex Brisson

Akousma | Manuella Blackburn, une poétique de l’ordinaire

Akousma | Manuella Blackburn, une poétique de l’ordinaire

Oktoecho x FMA | Katia Makdissi-Warren, 25 ans de pratiques métissées et nouvelles collaborations symphoniques

Oktoecho x FMA | Katia Makdissi-Warren, 25 ans de pratiques métissées et nouvelles collaborations symphoniques

Guillaume Côté et Les Songes d’une nuit d’été : le chorégraphe nous parle de son rapport intime avec la musique

Guillaume Côté et Les Songes d’une nuit d’été : le chorégraphe nous parle de son rapport intime avec la musique

SQMC/Chapelle historique du Bon-Pasteur : à la découverte de la musique contemporaine québécoise

SQMC/Chapelle historique du Bon-Pasteur : à la découverte de la musique contemporaine québécoise

OSM | De la virtuosité de Kavákos au flamboyant Oiseau de feu

OSM | De la virtuosité de Kavákos au flamboyant Oiseau de feu

Jayleen McCarty : «Je ne suis pas née reine, je le suis devenue»

Jayleen McCarty : «Je ne suis pas née reine, je le suis devenue»

Akousma| Felix Deufel nous fait découvrir la richesse sonore inouïe de l’Arctique

Akousma| Felix Deufel nous fait découvrir la richesse sonore inouïe de l’Arctique

Akousma | Les Artefacts sonores de Roxanne Turcotte

Akousma | Les Artefacts sonores de Roxanne Turcotte

Akousma | Duo Audréanne Filion et Myriam Bleau : là où réel et virtuel se confondent

Akousma | Duo Audréanne Filion et Myriam Bleau : là où réel et virtuel se confondent

Akousma | Exzald S, la violence du calme

Akousma | Exzald S, la violence du calme

Mois du Créole 2026 | Richy Jay fait vivre le konpa et le zouk à Montréal

Mois du Créole 2026 | Richy Jay fait vivre le konpa et le zouk à Montréal

OSM | D’un quatuor à l’autre à Bourgie, Debussy révèle toute la complicité des musiciens de l’OSM

OSM | D’un quatuor à l’autre à Bourgie, Debussy révèle toute la complicité des musiciens de l’OSM

Akousma | Melanie Zhou : façonner le son, traduire l’émotion

Akousma | Melanie Zhou : façonner le son, traduire l’émotion

Akousma | Alex Brisson et l’exploration musicale du feedback

Akousma | Alex Brisson et l’exploration musicale du feedback

Caprice au 9e : un agréable essai de rencontre baroque et carnatique

Caprice au 9e : un agréable essai de rencontre baroque et carnatique

Le Vivier | La fièvre (tonitruante) du dimanche soir

Le Vivier | La fièvre (tonitruante) du dimanche soir

Piknic Électronik x Igloofest: un dernier hourrah! avant janvier

Piknic Électronik x Igloofest: un dernier hourrah! avant janvier

Le Vivier | Albane Tamagna, autres modes de jeu de la flûte

Le Vivier | Albane Tamagna, autres modes de jeu de la flûte

Mois du Créole 2026 | David Bontemps : des frissons du début à la fin

Mois du Créole 2026 | David Bontemps : des frissons du début à la fin

Inscrivez-vous à l'infolettre

Inscription
Infolettre

« * » indique les champs nécessaires

Type d'abonné