Neuma nous arrive avec une très belle proposition en musique d’aujourd’hui, et accessible, pour saxophone et piano. Le ton et la couleur sont donnés dès les premières mesures du 1er mouvement de Strange Lights, de Harriet Steinke (née en 1994). Une lumière douce, un peu voilée, émane de la musique post-minimaliste de Steinke, compositrice états-unienne basée à Détroit. Comme annoncé dans les courtes notes de programme, Strange Lights souhaite explorer les qualités sonores du saxophone, en rapport symbolique avec celles de la lumière : chaleur et brillance, entrelacées. C’est largement réussi, et on comprend vite que le choix du saxophone était idéal pour ce mariage de timbres et de couleurs contrastés mais complémentaires. De plus, l’œuvre est bellement chantante et rythmiquement pulsative, sans nervosité et en particulier dans le deuxième mouvement. Susan Fancher, une interprète de premier plan que je ne connaissais pas encore, relève le défi et déploie un magnifique son velouté, agréablement métallique dans les aigus, de façon à illuminer l’ensemble du discours d’un éclairage avantageux.
La Sonate de Mark Engebretson ouvre une porte sur un monde sonore différent. Le premier mouvement, In the Pocket, se lance dans une activité fébrile et urgente qui rappelle un tant soit peu la musique de Michael Gordon ou de l’ensemble Piano Circus. Une sorte de Minimalisme répétitif avec un supplément de sarcasme par rapport à celui de collègues comme Philip Glass ou Steve Reich. Le deuxième mouvement, I look out on the day, ralenti la cadence, avec une mélodie réflexive sur des accords pointés au piano. L’atmosphère est introspective et posée. The Directions conclut cette Sonate dans une énergie renouvelée, papillonnante et habitée d’harmonies plus chromatiques qu’auparavant, bien que le sentiment général d’optimisme reste intact. Tout cela mène à une conclusion chargée, touffue mais excitante.
Dernière composition au programme, New Stories de Dorothy Chang stimule nos sens musicophiles avec quatre mouvements de caractère, qui pigent éclectiquement (mais dans une solide cohérence) dans une multitude de souvenirs qui ont influencés la jeune artiste, et consolidé son identité d’États-unienne de deuxième génération, et d’origine chinoise. À travers une plume harmonique resserrée, qui favorise un chromatisme moderniste exigeant, bien que tonal, Chang distille aussi bien des éléments de pop des années 80 et de chansons folkloriques chinoises que de Bach, Brahms ou Stravinsky. Le Minimalisme façon Michael Gordon réapparaît parfois (le deuxième mouvement, A Tall Tale Told), mais dans une posture plus grinçante. J’entends également un peu de Messiaen, celui de l’Abîme des Oiseaux, dans le lent soliloque du saxophone alto dans le troisième mouvement, Reflection, qui est très inspiré. Chang termine sa quadrilogie avec Folksong, dont les racines chinoises sont difficilement perceptibles à des oreilles non férues de la chose. Nous sommes néanmoins guidés vers une finale un brin austère, mais passionnée.






















