Même s’il est sorti cet été, Hiraeth semble être l’album idéal à écouter un matin d’hiver. À l’instar du terme portugais saudade, ce titre gallois évoque un sentiment de « nostalgie », de « désir ardent » et de « mal du pays », l’envie de rentrer chez soi.
La précédente collaboration entre Birch et Nowacka a eu lieu lors du festival Ephemeral, un festival de musique expérimentale à Varsovie, en Pologne, puis à Cracovie, lors du festival Unsound, dans le cadre d’une performance qui allait ouvrir la voie à ce qui allait devenir leur premier album en duo, Languoria. Mais alors que Languoria semble transcender les limites spatiales, comme quelque chose qui pourrait être ici et là-bas à la fois, Hiraeth se déroule dans un lieu d’appartenance, un lieu auquel j’aspire et auquel j’appartiens.
Désireux de fuir les écrans et les exigences de la modernité, les deux hommes se sont retrouvés à Sokołowsko, un village du sud de la Pologne qui abrite un sanatorium qui aurait inspiré La Montagne magique (Der Zauberberg) de Thomas Mann, et ont commencé à mêler leurs voix, leurs cithares et leurs guitares aux chants des oiseaux, au murmure de l’eau et au bruissement des arbres, enregistrant directement depuis les champs sur un magnétophone Nagra.
Il s’agit d’un espace de parenté et de communion qui transcende le quotidien concret, une interconnexion sacrée qui perdure malgré toutes les distractions, un trésor qui existe, ici même, sans même être caché. « Hiraeth » est vulnérable, mais extrêmement présent et dévoué.
Nous entrons dans un « terrier de lapin », qui nous entraîne dans une autre dimension : les cordes rembobinées nous transportent vers de délicates guitares et cithares pincées. On pourrait parler de paysages imaginaires ou d’une vallée de rêves, mais cela ressemble plutôt à un retour à une réalité plus profonde, au « cœur d’une cascade ». Une immobilité dans le mouvement et le changement naturel, en harmonie avec les esprits environnants du soleil, de l’eau, de la terre.
Dans Nøkken (mot danois signifiant « clé »), les voix sont des brises tourbillonnant avec la lumière, montant, descendant, envoûtantes mais rassurantes, comme des sirènes des vallées. C’est une musique qui coule avec une adoration pour les choses simples qui ont une signification profonde : s’asseoir sur un rocher, contempler l’horizon, chanter avec un ami, écouter le vent… C’est un cycle complet, du lever au coucher du soleil. Collecting Eyes, le morceau le plus long de l’album, offre un espace méditatif avec des enregistrements sur le terrain et des notes éthérées semblables à des cloches provenant d’un vibraphone, une paire de cordes hypnotiques alternées superposées à des respirations chantées.
Avec Departura, il ne nous reste que le son distinctif de l’électronique, qui relie tous les éléments entre eux et leur offre un adieu approprié.
Sortir, respirer – faire de la musique en plein air semble nécessaire, et Hiraeth est un vecteur vers cet espace entre le temps, où l’on ne fait plus qu’un avec ce qui nous entoure et où le temps devient vibration et son. Véritablement apaisant pour l’âme.
Morceau préféré : Nøkken























