Without Wind, Without Air est la troisième rencontre entre le multi instrumentiste britannique Roger Eno et le label jaune allemand, royaume incontesté de la musique classique, Deutsche Grammophon. Le titre (‘’sans vent, sans air’’) renvoie à la fragilité de la condition humaine et, en contexte de crise climatique, devient (selon Eno) un avertissement.
Ici, Eno semble prendre de l’assurance comme compositeur ‘’classique’’ en revenant à un son plus orchestral que le précédent The Skies, they shift like chords… et en explorant avec plus d’acuité les aptitudes multiples d’un orchestre plus étoffé que dans The Turning Year. Il ose également quelques passages dissonants, ce qui peut étonner ceux qui ont bien connu ce pionnier de l’ambient et ses albums des années 1980-1990. Par exemple, le surprenant morceau initial, Forgiveness, et son chœur parfois presque atonal supporté par une lente pulsation de contrebasse, une clarinette âcre et des cordes amples, transporte immédiatement dans un univers mystérieux, presque inquiétant. Ça me rappelle un peu les moments plus apaisés du fabuleux Earth Cry de Peter Sculthorpe, pour didjeridoo et orchestre. Ça s’enchaîne avec Mist, et une autre clarinette expressive, ici languissante, sur fond d’accords de synthétiseurs tintinnabulants. Une brume construite de façon évocatrice et qui dépasse le simple exercice ambient conventionnel. Tapestry a un côté Gnossienne de Satie, sur laquelle il superpose le soprano orientalisant de Grace Davidson, habillé encore des cordes chaleureuses, mais un peu sombres. On pense alors un peu à Hans Zimmer dans Gladiator. Ça se poursuit comme ça pendant une heure, avec quelques épisodes de zénitude néoclassique, avec Eno lui-même au piano.
La douceur prévalente au langage dynamique réussit tout de même à transmettre la solide conviction de son auteur dans la force suggestive de son art. Dans une entrevue, Eno révélait avoir laissé beaucoup de place aux musiciens, avec des indications plus intuitives que directives. Par exemple, à certains, il disait ‘’jouez de façon grinçante’’, sans plus de détail sur les notes elles-mêmes. C’est un jeu dangereux, qui implique une grande confiance de la part du créateur, mais une bonne compréhension du style et de l’effet final voulu de la part des interprètes.
Le résultat final saura probablement convaincre ceux et celles qui suivent depuis longtemps l’artiste, mais aussi les autres qui sont plus génériquement attirés par le néoclassicisme un brin cinématographique contemporain.
Un album plutôt convaincant.























