Je m’étais préparé à une expérience de musique abstraite, probablement abrasive. Au contraire, Threnody for Rocking Chair du Terre-neuvien Robert Humber a été une plongée apaisante dans une univers sonore teinté de douce nostalgie. Le compositeur ne vit plus dans sa province natale, mais y retourne fréquemment. C’est le sentiment de plénitude et de bonheur naturel qu’il ressent à chaque retour qu’il a souhaité transmettre au public. Il a utilisé des instruments de musique présents dans sa maison natale (la première guitare de son père, une contrebasse “”à peine fonctionnelle’’, des harmonicas, un piano, et plein d’autres trucs glanés ici et là) et il en a tâté, de façon aléatoire mais respectueuse et dans la douceur, les cordes, les touches, etc. Le matériau, 100% acoustique, a ensuite été filtré à travers un programme informatique. Ce qu’on entend sonne toujours acoustique, mais comme étrangement (et bellement) décalé. Humber réussit à communiquer génialement les impressions fantomatiques qui l’habitent et qui le bercent lorsqu’il se replonge dans le monde de ses souvenirs. L’ensemble (quatre pièces) est très séduisant, mais je retiens particulièrement la troisième plage (Capelinclipping) dont les scintillements délicats font miroiter l’espace sonore en créant un envoûtement presque féérique, et la quatrième (I am right here and Far away) dans laquelle Humber ajoute la voix de Bridget Swift, qui se déploie tel l’écho fragmenté d’un passé étiolé par le temps.
Poétique, apaisant, symbolique et enchanteur.























