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Pays : Royaume-Uni Label : Indépendant Genres et styles : électronique / jazz / jazz électro Année : 2020
Yazz Ahmed

Polyhymnia Remixed

· par Rupert Bottenberg

Saluons la grande Yazz Ahmed qui vit actuellement des moments privilégiés. Fin octobre, la trompettiste, compositrice et chef d’orchestre a quitté les Jazz FM Awards 2020 à Londres avec non pas un mais deux morceaux d’acrylique transparent sous le bras, soit pour les prix formation jazz de l’année et album de l’année au Royaume-Uni. Ces trophées lui ont été décernés pour Polyhymnia, sorti en 2019. Si l’auteur de ces lignes lui préfère son précédent, l’incroyable La Saboteuse, Polyhymnia n’en est pas moins excellent et à la mesure de ses ambitions (il a été écrit, après tout, pour un grand ensemble). Tirant son nom de la divinité musicale grecque, c’est, aux dires d’Ahmed, « une célébration du courage, de la détermination et de la créativité des femmes » – à l’origine une commande pour la Journée internationale de la femme –, chaque morceau étant dédié à une figure féminine importante, sur le plan politique ou culturelle.

Ces récents honneurs attireront, espérons-le, de nombreuses nouvelles oreilles sympathiques à Polyhymnia et à cet EP de remixes, son premier enregistrement autoproduit depuis ses débuts avec Finding My Way Home en 2011. Les quatre variations présentées font souffler un vent de fraîcheur sur la musique relativement sobre et pondérée de Polyhymnia, tout en gardant intacte la sensibilité luxuriante d’Ahmed. Les deux premiers titres sont des remixes d’hommages à des figures scolaires. Ruby Bridges porte sur la petite fille qui a été au cœur de la tempête entourant la déségrégation aux États-Unis en 1960 et qui est toujours bien vivante et active. Le DJ australien Plead, une figure importante du hard drum, ajoute un peu d’éclat à ce morceau âpre mais optimiste. Dédié à Malala Yousafzai, One Girl Among Many est réalisé de manière charmante et dramatique par la productrice indienne-américaine Asmara. Deeds Not Words, qui revisite un vieil hymne aux suffragettes, reçoit un traitement vitaminé de Surly, originaire de Nouvelle-Zélande, qui n’est pas étranger au croisement du jazz et du juke, comme en témoigne son EP Trip to Warsaw. Le quatrième titre, Barbara, – un remix réalisé par Ahmed elle-même avec l’aide de Noel Langley (son coproducteur sur Polyhymnia) – est une ode à la vénérable saxophoniste britannique Barbara Thompson. Il s’agit d’une relecture plus méditative de ce morceau, mais comme pour les trois autres, le plaisir d’écoute est somptueux.

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