Je me souviens avoir vu No Joy en concert en 2021 pendant le FME. En tombant par hasard dans le sous-sol d’une église, j’ai entendu une vague de shoegaze rêveur : des guitares floues, des voix cristallines et des synthés étranges. Se qualifiant eux-mêmes de nu-gaze, No Joy a toujours été le projet mystérieux et en constante évolution mené par Jasamine White-Gluz, originaire de Montréal. Alors que l’album Motherhood, sorti en 2020, s’orientait vers une ambiance plus électronique, ce nouvel album, Bugland, revient à l’ambiance psychédélique dont je me souviens dans le sous-sol de l’église, mais avec une nouvelle production étrange, gracieusement offerte par White-Gluz et le producteur américain Fire Toolz. Je suppose qu’ils ont créé ensemble la plupart des morceaux en faisant des allers-retours entre une cabane rurale et la ville, affinant les stems après chaque trajet en montagne.
« Garbage Dream House », par exemple, apporte un élément de doom rock à mi-chemin avec une guitare slide floue et changeante, mais possède également cette énergie alt-rock du milieu des années 2000, puis fait place à un outro synthétique. Le morceau titre commence par un beat de boîte à rythmes cyberpunk sale, puis sombre dans un chaos brumeux, donnant cette fois-ci l’impression d’un morceau profond des Cocteau Twins. « Bits » est un mélange de synthwave, mené par les couplets samplés de la voix fluette de White-Gluz et des accords lourds de nu-gaze. « My Crud Princess » dégage une énergie contagieuse avec son travail de guitare lead mutante, probablement le morceau de No Joy le plus proche d’un single radio. Enfin, mentionnons « Bather in the Bloodcells », un autre morceau de guitare shoegaze lourd, fusionné avec une corne d’abondance de samples synthétiques déments. Bugland n’est pas un album facile à écouter. C’est un album étrange, mais d’une étrangeté qui convient à votre humeur.























