Au cœur du quatuor Murmurosi il y a le duo de Natalia Telentso (voix) et d’Eli Camilo (voix, trompette, trombone et piano). C’est également le même duo qui porte le fameux band extatique post-punk/ska/rock/trad ukrainien Dumai Dunai, dont nous avons souvent parlé sur ce site. Murmurosi s’appuie sur les mêmes bases du chant polyphonique propre à la culture ukrainienne autant traditionnelle que savante classique, mais de façon substantiellement différente qu’avec Dumai Dunai. Tout d’abord, avec Murmurosi, c’est le son acoustique qui est privilégié. Pas de basse électrique donc ni de stries guitaristiques saillantes.
Natalia et Eli sont accompagnés par Josh Greenberg (guitare, oud, bouzouki, etc.) et Émilou Johnson (contrebasse) dans des jeux de couleurs qui magnifient les différents univers culturels visités. Car c’est là aussi une dimension caractéristique de Murmurosi : sont invités à la fête la Roumanie, la Grèce, les Balkans en général et d’autres membres de la famille élargie est-européenne à laquelle se rattache de plus en plus l’Ukraine, surtout depuis l’invasion russe. Le cadre du style polyphonique ukrainien et son univers ondoyant et richement harmonique supporte avec une très belle aisance les paysages typés de ses voisins européens.
Oui, il y a également un peu de ça dans Dumai Dunai, mais on dirait que la formule acoustique de Murmurosi fait ressortir les textures régionales et stylistiques de façon plus évidente. Ainsi, Murmurosi devient un réquisitoire pour une culture ukrainienne ancrée dans celle d’une région plus vaste, celle d’Europe de l’est. Une affirmation forte et symbolique que ce pays, et surtout son peuple et sa culture, existent en dehors du giron oppressant de son histoire commune avec la Russie et surtout de la tentative récente de cette dernière de l’effacer.
On retient certains titres très forts comme Liuli et Oy Yuriyu avec leurs mélodies et leurs rythmes irrésistibles. Aussi d’autres comme Tsykhanka Vorozhka et ses belles harmonies vocales. Et puis, notons les excellents arrangements, dont j’ignore malheureusement l’identité du ou de la responsable. Mais, au sommet de tout cet aréopage trône Natalia Telentso, dont la voix puissante et magnifique porte autant la parole, le style et l’âme de cette musique et de son message.
Ce premier album de l’ensemble sera, on lui souhaite, l’amorce de quelque chose de durable et qui rayonnera un peu partout afin de porter la voix d’une Ukraine encore bien vivante et intégralement enracinée dans la grande famille européenne. Incidemment, le titre de l’album, Svitanok, signifie ‘’aube’’.























