Mixmodes est (si je ne m’abuse) le dixième album du saxophoniste montréalais Mehdi Nabti, en incluant les EP. Une décade qui correspond à un peu plus d’une autre en termes de chronologie créative, soit depuis In situ, sorti en 2012. C’est un rythme soutenu qui n’a d’égal que le relatif anonymat dans lequel le musicien habite encore. C’est dommage étant donné la qualité de sa musique de nature protéiforme ainsi que ses racines intellectuelles et stylistiques, ancrées dans une fusion de jazz, de rock et de musique nord-africaine.
Si dans la première moitié de sa carrière créative, Nabti a souvent intégré des instruments traditionnels nord-africains comme le oud et le derbouka dans ses compositions, depuis quelques années, ceux-ci se font plus rares, modifiant l’allure et la couleur de son écriture pour la rendre plus ontologiquement jazz. Nabti semble se concentrer plus fortement à intégrer ses racines culturelles nord-africaines dans la fabrique même, la structure rythmique et harmonique, de sa musique. Moins dans la couleur cutanée et plus dans la chair et le muscle. Mixmodes et son prédécesseur Continuum (2023) sont en ce sens les constructions les plus abouties du compositeur, qui s’éloigne du coup, sensiblement, des mondes sonores d’autres artistes arabo-jazz comme Rabih Abou-Khalil, Anouar Brahem et Ilbrahim Maalouf.
C’est probablement aussi le résultat de ses expériences avec la phalange actuelle qui l’accompagne avec brio et nommée Prototype. Nabti navigue avec elle depuis l’album Les règles de l’Art (ethno-ingénierie) de 2018, et aux oreilles de votre fidèle chroniqueur, c’est une formule gagnante (même si les itérations précédentes nous offraient également de nombreux moments musicaux mémorables).
On remarque chez Nabti une incessante concentration sur le rythme, la pulsation aux frontières du rock et du groove ronronnant (avec une présence soutenue de la basse). Habillant cette charpente régulière, des harmonies modernes issues d’un hard et post-bop étudiés, puis coiffant l’ensemble, des improvisations sans esbroufe mais créatives, appropriées par tous les musiciens du groupe.
Autre raison d’aimer Nabti et son univers, surtout si vous êtes un peu geek : les nombreuses références à la mythologie, les littératures de genre (sci-fi, fantastique, fantasy), la science ou l’ésotérisme dans ses titres, et ce depuis les premiers opus. Quelques exemples : Neptune, Oracle, Aldebaran, Hyperion (sur Mixmodes), Astarté, Positron, Atlantes, Samsara, Cyborg, 22322 (Géomancie), etc., etc., sur les autres albums. Ce titres n’ont apparemment pas d’influence sur la musique elle-même, mais la touche ajoute quelque chose d’attachant à la démarche. Que voulez-vous, entre geeks, on se soutient!
Sans blague, si vous êtes vraiment mélomane, surtout en jazz, découvrez rapidement le catalogue de Mehdi Nabti (disponible sur Bandcamp).
En attendant, il y a cet album fraîchement sorti, et un concert qui sera donné le 23 octobre à la salle Bourgie.
DÉTAILS ET BILLETS POUR LE CONCERT DE MEHDI NABTI À LA SALLE BOURGIE, LE 23 OCTOBRE 2025
Mehdi Nabti : alto sax, clave, production, compositions et arrangements
Philippe Bernier : guitare électrique
Nicolas Lafortune : basse électrique
Bertil Schulrabe : batterie























