Maryam Tazdeh est une musicienne Montréalaise d’origine iranienne qui maîtrise le tar, un luth persan traditionnel. Je vous avais parlé de son précédent album ici-même en 2023, une offre grandement appréciée à ce moment.
LISEZ LA CRITIQUE DE L’ALBUM HEZÂR ÂVÂ, PARU EN 2023
What Remains est le premier opus que la dame réalise pleinement et totalement en terre d’Amérique. C’est premièrement magnifique, somptueux et richement déployé tels des étoffes d’Isfahan dans l’art du tapis persan. Comme le mina khani, le style de motifs fleuris entremêlés, les thèmes de Maryam Tazdeh se mélangent avec élégance, mais aussi avec une agréable simplicité. On sent dans cette musique une volonté affirmée d’ouvrir cet art ancien au plus grand nombre d’auditeurs profanes, tout en conservant la rigueur et la subtilité d’une créativité millénaire, on ne peut plus sérieuse.
Des modes et des émotions
Dans plusieurs des dastgah traditionnels de la musique persane (des modes musicaux au nombre de douze au total, dont sept ‘’fondamentaux’’ et cinq ‘’auxilliaires’’), Tazdeh construit des partitions qui sont tour à tour évocatrices de sentiments nostalgiques (Khoroush, dans le mode Homayun qui a un caractère plutôt mélancolique) et festifs (Henabandan, qui dépeint une cérémonie prénuptiale dans le mode Chahargah, reconnu comme excitant et passionné). On est parfois surpris par l’utilisation plutôt solaire du mode Nava, réputé serein et contemplatif, comme dans la pièce Dance of the Sun, joyeuse et avenante.
Ça se poursuit comme ça tout du long des sept compositions de l’album, qui se termine avec un regard doux-amer sur une maison laissée au pays, remplie des souvenirs et des fantômes d’une autre vie. L’appartement 88 (Unit 88).
Envolées vocales saisissantes
Soulignons les occasionnelles mais saisissantes envolées vocales de Nasim Siabi, en survol des performances instrumentales très soignées de la crème de la musique persane basée à Montréal.
S’il faut comparer avec l’album précédent, je dirais que cette fois-ci, Maryam Tazdeh semble avoir rendu ses harmonies et ses univers sonores en général, encore plus veloutés et séduisants pour un vaste public. Alors que Hezâr Âvâ avait un caractère plus académique et rigoureusement savant, ce What Remains dessine des panoramas tout aussi intelligents mais dans des canevas et avec des couleurs vives, pleines, charnues, chaleureuses.
Je l’écoute en boucle depuis quelques jours. Un beau festin pour l’esprit et le cœur mélomanes.
Musiciens et musiciennes:
Ziya Tabassian — Tombak
Didem Başar — Kanun
Nasim Siabi — Voix
Zaman Kheiri — Ney
Saeed Kamjoo — Kamancheh
Maryam Tazhdeh — Tar, Tar basse























