Pays : Canada Label : Independant Genres et styles : musique contemporaine Année : 2024

Mark Haney – Placentia Bay: Summer of 1941

· par Frédéric Cardin

Placentia Bay est l’opus final d’une trilogie amorcée en 2010 avec Aim for the Roses, et poursuivit avec Omnis temporalis en 2022. Haney y revisite des personnages ou événements de l’histoire canadienne. Si Aim for the Roses s’inspirait du cascadeur automobile montréalais Ken Carter et Omnis Temporalis du personnage de George Sprott, animateur de télé canadien fictif apparu dans le New York Times, Placentia Bay : Summer of 1941 reprend contact avec la réalité en prenant pour sujet la rencontre tenue en 1941 à Placentia Bay, Terre-Neuve, entre Franklin D Roosevelt et Winston Churchill. Cette rencontre allait être déterminante pour la construction de l’après-guerre. 

Placentia Bay diffère substantiellement des précédents albums en ce sens que Haney s’y limite à une proposition instrumentale, exception faite de quelques passages choraux. Aim for the Roses faisait dans le spoken word tandis qu’ Omnis Temporalis est un opéra de chambre. Ce qui unit les trois œuvres, cependant, c’est la présence marquée de la contrebasse comme instrument discursif et soliste. On le comprend : Haney est contrebassiste. Ici, contrairement au deux premiers volets de la trilogie, Haney a confié ce rôle important à une collègue, Meaghan Williams, une artiste canadienne de premier plan, élève de Joel Quarrington. Celle-ci se révèle une interprète à la technique impressionnante et aux capacités de nuances presque infinies. Bravo.

Placentia Bay se déroule en trois mouvements seulement, ce qui donne quelque 22 minutes d’une sorte de concerto pour contrebasse, orchestre et chœur. On est d’abord dérouté par le caractère fragmenté du discours musical, qui fait apparaître (au premier abord) en désordre des mélodies vaguement folkloriques, des élans hollywoodiens et des épisodes de dialogue déconstruit, presque aléatoire. Des écoutes supplémentaires font prendre conscience de la logique discursive de l’ensemble, et permettent aux oreilles réceptives d’apprécier la beauté de l’écriture orchestrale du Vancouverois. Un chaos ordonné et imprégné d’une force narrative très visuelle. 

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