C’est un splendide album que voici. Les chemins du concerto nous mènent à travers des sentiers inspirants, tracés par des compositeurs-trices parmi les meilleurs du jazz québécois/montréalais : Christine Jensen, Marianne Trudel, Jean-Nicolas Trottier et François Bourassa lui-même. Bien appuyées sur une écriture qui emprunte autant à l’impro qu’à l’écriture classique, ces œuvres ont induit en moi un besoin de réécoute fréquente, tellement leur beauté et leur riche complexité en appellent à cela.
La grande maîtrise technique et interprétative des deux solistes permet aux différents caractères des six pièces de s’épanouir pleinement. Delta Variation de Jensen danse agréablement, dans un esprit de légèreté et de jeu souriant. La suite en 3 mouvements Jazzette concertante de Bourasse passe d’une personnalité insistante et volontaire, qui s’achève dans une énergie reichienne, dans le 1er mouvement (En émoi) à une atmosphère intimiste et posée dans le 2e (Réflexive), puis à un sentiment d’urgence, voire de nervosité dans le 3e (En exil). Ce dernier propose aussi l’utilisation du piano préparé en introduction. Un détail qui bonifie la relation avec le marimba de Marie-Josée Simard.
De résonances et d’échos de Marianne Trudel est mon coup de cœur de l’album. La pièce évolue dans une aura de magie sonore qui combine savamment l’écriture contemporaine et l’impressionnisme, une délicatesse webernienne, en plus lumineux, avec un discours contrapuntique qui laisse transparaître Jean-Sébastien Bach comme source de référence. Trudel équilibre avec une belle maîtrise les timbres du vibraphone et du marimba avec ceux du piano, qui sont ainsi portés à dialoguer dans un remarquable échange d’égal à égal . C’est magnifique.
La finale est laissée au génial Jean-Nicolas Trottier et sa pièce Spirale qui tourbillonne efficacement, insufflant une dose d’énergie étourdissante dans le programme.
Bourassa et Simard jouent bien ensemble et transcendent les natures premières de leurs mondes musicaux respectifs, le jazz et le classique, l’improvisation et la partition. Il faut dire qu’aucun des deux n’est étranger aux collaborations et aux sorties hors des zones de confort.
Un album qu’on écoute avec un sourire satisfait.























