Josh Rager est un artiste majeur de la scène jazz montréalaise. Le pianiste est plutôt discret : il délivre à rythme parcimonieux des albums qui sont toujours, cela dit, de très grande qualité. Heart’s Place qui vient de paraître sous l’étiquette albertaine Bent River Records présente le même degré d’excellence que ce à quoi nous a habitué Rager par le passé. On parle ici d’un jazz de grande élégance, construit majoritairement sur des rythmes décontractés. Une balade (Within Reach) et une création au pas de course, néo-bop (Centered), complètent le programme. Deux standards habilement revisités sont inclus : une très belle et raffinée lecture de I’ve Grown Accustomed to Her Face où Rager retisse par échos subtils la trame mélodique de cette belle chanson de Lerner and Loewe, et Dreamsville de Henry Mancini.
Un jazz idéal pour des clubs de jazz sérieux, genre Dièse Onze et Upstairs ici à Montréal, qui savent plaire autant aux connaisseurs qu’aux curieux occasionnels. Rager s’est associé aux pointures de la scène montréalaise que sont Alec Walkington à la contrebasse et Rich Irwin à la batterie, auxquels il a ajouté un ami new yorkais, l’excellent Peter Bernstein à la guitare. Le blend de ces esprits doués est réussi, mené par l’intelligence de Rager. Celui-ci sait fabriquer des espaces de liberté spacieux pour ses partenaires tout en maintenant la cohérence et la solidité de ses constructions. Des rythmes aisés, aérés, qui soutiennent des lignes mélodiques claires malgré leurs nombreux détours.
Rager, un musicien essentiel du meilleur jazz montréalais, qui n’a pas la moitié des albums qu’un musicien de son génie devrait avoir. Alors, ne manquez pas votre chance quand il en sort un.























