Pays : États-Unis Label : Jagjaguwar Genres et styles : art-pop / électronique / future-soul Année : 2020

Grae

· par Steve Naud

En février dernier, Moses Sumney nous gratifiait du premier volet de l’aventure Grae. Dans l’interlude intitulé also also also and and and, l’artiste clamait : « I insist upon my right to be multiple ». Cette phrase est la clé du projet que nous pouvons enfin apprécier dans son entièreté. Sumney n’est pas homme à aimer être mis dans une case. Rejetant le noir et le blanc, il choisit le gris qui donne son nom au titre de l’album. N’ayant cure des préconceptions qu’ont les esprits moins ouverts lorsqu’il est question d’identité raciale ou sexuelle, il suit les traces de Prince et de Little Richard qui, comme lui, prenaient un malin plaisir à jouer la carte de l’ambiguïté.  

Musicalement parlant, l’étiquette soul que l’on accole souvent paresseusement aux musiciens afro-américains lui pue au nez. Après avoir mis la table avec l’excellent Aromanticism en 2017, il y dépose tout le buffet : pop, folk, rock, jazz, classique, électronique… Grae est nettement plus ambitieux. Afin de l’épauler dans cette entreprise colossale, Sumney a fait appel à pas moins d’une quarantaine de réalisateurs et de musiciens dont, notamment, James Blake, Thundercat, Daniel Lopatin et Shabaka Hutchings. Le Esbjörn Svensson Trio est, quant à lui, échantillonné dans la planante et jazzée Gagarin. C’est surtout dans la première partie de l’œuvre que cet éclectisme prévaut. Les refrains pop accrocheurs des très efficaces Cut Me, Virile et Conveyor y côtoient des passages électroniques plus expérimentaux.

La seconde moitié du projet est beaucoup plus éthérée. Le chanteur y couche sa magnifique voix de fausset sur des nappes de synthés ambient ou de sobres accords de guitare comme sur l’exquise Keeps Me Alive. Après avoir fait une démonstration éloquente de l’étendue de ses capacités créatrices dans le premier chapitre de Grae, Sumney se met à nu et se montre sous son jour le plus vulnérable. Il prend le beau risque de s’assumer dans toute sa multiplicité et nous fait la preuve qu’il est un créateur hors norme qu’il sera dorénavant difficile d’ignorer.

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