Emma-Jean Thackray se qualifie elle-même d’artiste neurodivergente. C’est une pluri-instrumentiste. Sur Weirdo, elle joue de la batterie, de la basse, des guitares, du piano, des synthétiseurs, des percussions, du trombone, du fluglehorn, du tuba, de l’euphonium, en plus de chanter et de s’harmoniser. Vous en voulez plus ? Elle a réalisé presque toute la production de l’album. Weirdo, la jeune femme ? Ou géniale ?
Il y a plusieurs semaines que je voulais vous parler de cet album, mais la couverture des nombreux festivals a pris le dessus.
On a comparé Emma-Jean Thackray à Meshell Ndegeocello, pour son mélange d’influences jazz et funk et sa curiosité musicale. Sans doute que ces deux femmes menues et hypercréatives pourraient bien s’entendre.
Weirdo est un album paradoxal, du début à la fin. D’un côté, Save me, Please leave me alone, What is The point, Wanna Die, quelques titres de chansons qui reflètent l’état d’esprit d’Emma-Jean. Elle vient de perdre l’être cher, mort de cause naturelle, et elle a songé à mourir. De l’autre côté, une musique festive, funky, souvent endiablée, subtilement arrangée, qui donne le goût de danser.
Il semble bien qu’elle désirait ce paradoxe : créer une musique groovy pour se remettre du pire, tout en évoquant le pire. Toutefois, ce n’est pas que groovy, on retrouve plein de tonalités mineures, mais c’est un disque de reconstruction, de réinvention, de transgression.
Emma-Jean Thackray est la protégée de Gilles Peterson, l’animateur de radio DJ et musicien franco-britannique qui s’est fait une spécialité d’identifier les nouvelles musiques du monde entier qui mélangent les genres. Elle a déjà dirigé des orchestres symphoniques. Bref, elle peut tout faire musicalement. Une femme-orchestre. Le côté positif de la neuro-divergence.
Weirdo est la suite assez logique de Yellow, l’album précédent, de 2022, avec une orientation davantage funk, sans délaisser le jazz. Emma-Jean produit presque tous les sons qu’on y entend. Il y a des collaborations avec le musicien et comédien Reggie Watts et du rappeur-jazzman Kassa Overhall.
Tout ceci est bien agréable à écouter, malgré la lourdeur du propos. Personnellement, j’aurais aimé entendre un peu plus de trompette et de flugelhorn, dans lesquels Thackray excelle. L’album aurait pu gagner à être un peu élagué.
Emma-Jean Thackray s’ajoute à une panoplie d’artistes pour démonter la vitalité du jazz britannique…et au-delà.























