Voici un joli programme de musique moderne et contemporaine accessible pour alto et violoncelle, un mariage instrumental relativement peu fréquenté par les compositeurs et compositrices. Les deux jeunes artistes s’appellent Caitlin Boyle (alto) et Dobrochna Zubek (violoncelle). Elles sont basées à Toronto.
Boyle a fait partie du défunt quatuor Cecilia, l’un des bons quatuors classiques/romantiques que le Canada ait connu entre 2006 et 2018. L’ensemble a été plusieurs fois enregistré sous étiquette Analekta. Zubek quant à elle est membre du Thin Edge New Music Collective et du Quartetto Gelato.
100 ans d’alto et violoncelle
Le programme choisi propose un parcours des quelque cent dernières années en musique en commençant par les jolies Two Pieces for Viola and Cello de Rebecca Clarke (1886-1979). Une tendre berceuse (Lullaby) s’enchaîne avec un mouvement de caractère espiègle nommé Grotesque. Une musique simple mais qui démontre un beau raffinement d’écriture et une recherche futée de textures attrayantes, parfois surprenantes.
Les cinq bucoliques (Bucolics for Viola and Cello) de Lutoslawski nous présentent le compositeur polonais, l’un des plus innovants du 20e siècle, sous un jour parmi ses plus favorables. Initialement conçues pour piano, ces cinq pièces teintées de folklore et d’harmonie parfois piquantes mais jamais atonales ont été arrangées par le compositeur pour alto et violoncelle. Boyle et Zubek réussissent à incarner l’esprit joueur et un peu sarcastique de ces petites pièces, écrites en même temps que le Concerto pour Orchestre, et trahissant certaines couleurs s’abreuvant à la même source.
Excellence du 21e siècle
L’excellente Caroline Shaw (née en 1982) est représentée avec Limestone and Felt, où la majorité de l’œuvre est jouée en pizzicato, entrecoupés d’interventions aux doubles cordes. Musique tonale et délicatement contrastée, d’une belle simplicité d’exécution et de concept. Caroline Shaw rejette la complexité narcissique en faveur d’une clarté d’intention et d’effets qui, cependant, manifeste toute son intelligence à travers le raffinement de ses constructions. L’une des meilleures musiques contemporaines de ce début de 21e siècle.
De Chostakovitch, la Chanson d’Ophélie (Song of Ophelia) extraite des Sept romances sur des poèmes d’Alexander Blok pour soprano et violoncelle nous plonge dans une atmosphère de deuil et de recueillement trempé de mélancolie. Suit The Break of Dawn, une création d’Andrzej Zubek (le papa de Dobrochna) qui s’épanouit dans une construction initiée dans une certaine rugosité se mutant en textures plus lumineuses et lyriques au fil de l’évolution de la pièce. Des éléments de jazz sont subtilement perceptibles. D’ailleurs, pour les plus connaisseurs, le nom de Zubek sonnera peut-être une cloche : il est le fondateur du Andrzej Zubek Quartet, devenu plus tard le Silesian Jazz Quartet.
Sobriété
Le programme se conclut élégamment sur trois des 8 Pieces, Op. 39 écrites en 1909 par Reinhold Glière. Un Prélude plutôt sombre laisse place à une Gavotte un brin rustique sous les doigts du duo (j’aime beaucoup), suivie par une attendrissante Berceuse, aptement caressée par les deux interprètes.
From Dusk Till Dawn est un album de qualité, sobre, sans éclat spectaculaire mais baigné d’une belle attention expressive et d’un jeu de duo efficacement complice.























