La simplicité, la vérité, le ‘’presque rien’’. Derrière ces qualifications minimalistes existe les recueils de miniatures pour piano Játékok (Jeux) de György Kurtág l’unique et inclassable compositeur hongrois qui aura 100 ans en février 2026. Tout au long de sa carrière, il a bonifié ces recueils qui sont désormais au nombre de dix. Dépassant rarement plus de deux minutes, les pièces se veulent une tentative pour harnacher un certain état d’esprit juvénile dans la pratique du piano.
Cela dit, loin d’être des pièces de danses ou de nature strictement espiègle, elles sont d’abord et avant tout un ensemble de réflexion presque spontanées sur une très vaste panoplie de sujets. Sa femme Marta, des clins d’oeil aux compositeurs du passé, des impressions furtives, des hommages à des amis, etc. Tels des haïkus sonores, le Hongrois pousse l’exercice de la minutie à un degré de perfection exceptionnel. S’il pouvait résumer toute sa pensée dans un seul son, il le ferait.
Je cherche une note et peut-être la retrouverai-je éventuellement.
– György Kurtág
La pianiste Brigitte Poulin s’intéresse à ce répertoire depuis plusieurs années. Elle a déjà, d’ailleurs, donné ces Jeux en concert en 2022 ici à Montréal. Elle maîtrise donc avec conviction ce langage hyper dépouillé, post-webernien. Alliant douceur et conviction, son propre jeu pianistique est en adéquation holistique avec les partitions de Kurtág.
Qui plus est, à travers le grand nombre de pièces disponibles, elle a réussi à construire un programme qui divise de façon cohérente les quelque 50 morceaux du programme en cinq ‘’actes’’ : Acte 1 – Paradis et Enfer, Acte 2 – le Monde humain, Acte 3 – Hommage à Marta Kurtág, Acte 4 – En mémoire de… et Acte 5 – Nature et Transformation.
Ainsi, les pièces ne sont pas jouées dans un ordre chronologique mais plutôt en fonction de leur appartenance (subjective mais justifiée) à ces thèmes. L’écoute en devient plus concentrée, voire guidée. La musique de Kurtág est ainsi faite qu’une autre formule aurait tout aussi bien pu fonctionner, mais celle-ci est une proposition très valable, et j’avoue en avoir grandement apprécié la structure.
Cette parution LEAF nous offre un regard fin et appliqué sur un répertoire encore méconnu mais imprégné d’une force tranquille pénétrante et mémorable.























