Bellbird est un quatuor de jazz, l’un des meilleurs a être apparu sur la scène montréalaise depuis plusieurs années. Allison Burik (sax alto , clarinette basse) Claire Devlin (sax ténor), Eli Davidovici (Contrebasse) et Mili Hong (batterie) se sont rencontrés durant la pandémie en jouant dans des parcs, lors de rares possibilités de rassemblements. Ils se sont trouvé des points d’accroche en termes de style et d’inclinations musicales. On avait déjà beaucoup aimé leur premier opus, Root in Tandem (LISEZ LA CRITIQUE ICI) et on est encore plus impressionné par celui-ci, The Call.
Plusieurs oiseaux sont évoqués dans la musique, d’où l’appel du titre (The Call). Une colombe (Mourning Dove), le fameux oiseau-cloche (Bellbird) qui donne son nom au groupe ainsi qu’à la pièce-titre (The Call), l’oie sauvage (Soft Animal) et le troglodyte de Caroline dont le chant apparaît dans Murmuration. Un peu à la manière d’Olivier Messiaen, mais dans des constructions harmoniques totalement différentes, les oiseaux deviennent des motifs, structurant, ou encore des inspirations conceptuelles, sur lesquels s’appuient les compositions collectives de Bellbird.
Car la manière Bellbird est d’ordre égalitaire et démocratique. Personne ne prend la tête de la démarche d’écriture. Il s’agit d’un processus qui se fait à huit mains. On sent cette liberté, et aussi la cohésion d’ensemble.
Caractère et puissance
Musicalement, l’aura transmet un génie éminemment contemporain, mais qui n’hésite pas à piger là dans le hard bop, ailleurs dans le free jazz et ses jaillissements ornettiens. On décèle également ici et là l’influence du rock indie très montréalais dans l’architecture d’une ou deux pièces.
Aussi, la présence athlétique de Milli Hong à la batterie détermine la forte personnalité de l’ensemble et témoigne efficacement de cette filiation indie. La Montréalaise exhibe un caractère dominant qui enveloppe toutes les partitions d’une énergie propulsive inaltérable, sans toutefois limiter l’expressivité naturelle et tonique des autres solistes. Il y a quelque chose d’Art Blakey chez la jeune dame, peut-être aussi de Brian Blade.
La puissance de Hong est certes marquante, mais elle n’induit pas une démarche linéaire à la créativité du quartette. Au contraire, la pulsation est fugace, hachurée, ce à quoi répondent des saxos/clarinette basse parfois coltraniens, mais souvent, aussi, thématiquement parcellaires, fabricants d’éclats et de figures explosives. Quelques épisodes apaisés viennent équilibrer efficacement un programme fort bien construit.
The Call est un appel sans équivoque pour un jazz d’avant-garde que revendique une nouvelle génération, à la fois bien informée de ses racines, mais apte à s’en détacher pour explorer brillamment toutes les possibilités qui continuent de s’offrir à elle.
Le mieux que vous ayez à faire est d’y répondre positivement, si le moindrement vous apprécie la musique complexe et brillante.























