POP MTL | Zola Jesus et ses incantations

Entrevue réalisée par Marilyn Bouchard

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L’autrice-compositrice-interprète et productrice américaine cultive des atmosphères denses et une versatilité qui l’ont menée à collaborer avec Dean Hurley (collaborateur de David Lynch), J.G Thirlwell (pionnier de la musique expérimentale industrielle), M83 et Former Ghosts. Invoquant les esprits électro-gothiques depuis bientôt 20 ans, elle s’inspire autant de la pop que du lo-fi et de la cold wave, dans un désir perpétuel de renouvellement et de curiosité artistique. Pour en savoir plus sur son parcours, je me suis entretenue quelque instants avec cette artiste non conventionnelle, qui souhaite donner vie à son propre univers.

Zola Jesus se produit ce jeudi 25 septembre à la Sala Rossa, 20h

PAN M 360 : De formation classique, vous vous êtes lancée dans une aventure pop avant-gardiste. Qu’est-ce qui vous attire dans ces paysages sonores non conventionnels et souvent sombres ?

Zola Jesus : C’est une bonne question, car j’aimerais bien le savoir moi aussi ! (haha) C’est une question que je me pose depuis longtemps. Ce n’est pas volontaire, ça c’est sûr ! Je suis juste submergée par les profondeurs de l’obscurité, en quelque sorte, ça a toujours été comme ça. Je pense que j’ai simplement besoin de comprendre les parties invisibles de moi-même, et cela transparaît dans ma musique. Parfois, j’essaie de « ne pas trop m’intéresser » à ces choses, car elles peuvent isoler ou aliéner, mais je ne peux pas m’en empêcher. Alors j’y reviens toujours.

PAN M 360 : Vous avez fait vos débuts avec des albums à l’ambient lo-fi (The Spoils, etc.), mettant en valeur votre voix puissante, puis vous avez évolué vers un son plus raffiné (Taiga, etc.). Vous pouvez aller partout avec votre production, de l’opéra à l’électro, vous semblez toujours à la recherche de quelque chose de différent. Qu’est-ce qui vous pousse à prendre une nouvelle direction ?  

Zola Jesus : Peut-être que je m’ennuie très facilement ! (haha) Quand je fais un album, je m’attache vraiment aux profondeurs de cette expérience, de ce son, de cette atmosphère. Et donc, quand je fais un nouvel album, j’ai presque envie de faire le contraire. J’ai fait le sombre… Et si je faisais quelque chose de clair et net ? Et puis je m’ennuie aussi de ça, alors je me dis : « OK, maintenant, je veux jouer avec les textures ! ». En gros, je passe d’un extrême à l’autre.
PAN M 360 : Que souhaitez-vous expérimenter dans ces directions ? Comment cette exploration des extrêmes influence-t-elle votre art ?

Zola Jesus : Eh bien, cela me motive énormément, car si je continue à faire toujours la même chose, je commence à m’ennuyer… alors je me dis « c’est facile pour moi, je peux le faire ». Quand je m’engage dans une autre direction, c’est un défi pour moi, car je dois apprendre une toute nouvelle façon de faire de la musique et de m’exprimer, une palette totalement nouvelle qui m’est inconnue. Cela me permet de rester vigilante et curieuse. J’aime me lancer des défis et sortir de ma zone de confort.
PAN M 360 : Vous êtes très passionnée par les arts visuels, d’où leur imbrication dans vos œuvres. Qu’est-ce qui lie ces deux éléments pour vous ?

Zola Jesus : Pour moi, j’ai toujours l’impression de créer des sons pour un espace, donc le son ne peut pas exister dans le vide. Et surtout grâce à ma formation en opéra, qui est une façon acoustique de chanter, j’ai besoin d’espace pour être entendue, donc pour moi, l’espace est très important. À quoi ressemble cet espace, quels sons émet-il, quelles odeurs dégage-t-il ? Comment se sent-on quand on s’y trouve ? Ainsi, lorsque je crée de la musique, je crée de la musique pour un espace, qu’il s’agisse simplement d’une atmosphère, d’une image ou même d’un bâtiment (haha). Cela peut être n’importe quoi. Il y a toujours quelque chose de visuel, d’immersif, associé au son. Par exemple, sur Arkhon, on avait vraiment l’impression d’être dans une grotte, une grotte préhistorique ancienne. Chacune des chansons explorait en quelque sorte son propre paysage à sa manière.
PAN M 360 : Vous vous intéressez particulièrement aux questions sociétales, spirituelles et émotionnelles, notamment sur Arkhon. Est-ce que cela fait partie de votre parcours d’essayer d’aider et guérir vos auditeurs ?
Zola Jesus :
Oui, c’est étrange, car ce n’était pas mon intention au départ, mais je pense que ma musique est naturellement très émouvante, elle parle de sentiments. Il y a aussi ce désir de créer des liens avec les autres. Je suis quelqu’un de très introverti, j’ai donc toujours envie de créer des liens avec les gens, mais même si cela me vient très naturellement, cela peut aussi être un défi. Pour moi, c’est aussi ma façon de me connecter à l’univers, à cette humanité qui nous relie tous, même à de parfaits inconnus. C’est pourquoi j’aime la musique, elle permet d’avoir une conversation avec le monde, avec l’humanité, et je pense que ma musique a aussi cette qualité « empathique ». Je veux préserver l’espace que je traverse, mais aussi le relier aux luttes et aux expériences universelles.
PAN M 360 : Quelles sont vos principales inspirations artistiques ? Trouvez-vous d’autres artistes avec lesquels vous vous identifiez, qui suivent un parcours similaire ?
Zola Jesus :
J’adore Maria Callas, c’est l’une de mes plus grandes idoles. Son dévouement à son art m’inspire énormément. Marina Abromovitch, une artiste de performance, et la façon dont elle distille ses propres expériences et sa culture tout en repoussant les limites de sa zone de confort, rendent son art très inspirant à mes yeux également. Sur le plan musical, je dirais que l’une de mes héroïnes est Diamanda Galas, qui est très intransigeante et qui a créé son propre univers avec sa musique : il n’y a personne d’autre comme elle.
PAN M 360 : Que recherchez-vous dans vos collaborations ? Je sais que la Canadienne Joanne Pollock est quelqu’un vers qui vous aimez revenir ?
Zola Jesus :
J’aime travailler avec des personnes que je respecte, comme Joanne, et qui peuvent me mettre au défi et me placer dans des contextes différents. C’est vraiment amusant pour moi, car je crée dans le vide, mon processus est tellement solitaire que les collaborations sont pour moi un moyen de grandir et d’essayer les processus et les idées créatives d’autres personnes, afin de me retrouver dans ces idées.
PAN M 360 : Qu’aimeriez-vous accomplir dans votre vie de créatrice ?
Zola Jesus :
Mon objectif ultime est de faire quelque chose comme écrire un opéra, afin de pouvoir exprimer toutes les différentes émotions et idées musicales qui ne cadrent pas vraiment avec un album pop ou rock.  J’aimerais aussi monter un spectacle très audiovisuel, car jusqu’à présent, je n’ai jamais pu me permettre de grands effets visuels dans ma carrière. J’ai toujours été très conservatrice à ce titre, car c’est tout ce que je peux me permettre.
PAN M 360 : Un petit mot pour les fans de Montréal avant votre passage cette semaine ?

Zola Jesus : J’ai hâte de revenir à Montréal ! J’y ai d’ailleurs vécu quelque temps, car mon mari y habitait depuis très longtemps, j’ai donc beaucoup d’amis là-bas. J’adore cette ville, si je pouvais m’y installer, je le ferais sans hésiter ! Je parle un peu français… mais pas très bien ! (haha)

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