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Sans contredit, Valentina Magaletti est devenue un personnage sur les continents exploratoires, ceci incluant la communauté MUTEK qui lui consacre une grande visibilité cette année. Italienne originaire des Pouilles (Apulia) dans le sud de la botte, elle vit à Londres depuis nombre d’années, elle y mène une foule de projets dont ceux ici présentés cette semaine. Entre test de sons et autres obligations professionnelles, elle a accepté de nous parler de son parcours, ses collaborations actuelles ou de sa manière d’aborder la percussion dans tous les contextes qui la branchent: acoustique, électrique, électronique. Alain Brunet a rencontré cette musicienne extrêmement dynamique et qui a visiblement le don d’ubiquité.
PAN M 360 : Ce que vous faites est très intéressant : vous explorez de nombreux types de musique et vous jouez dans un contexte très différent de celui de la plupart des percussionnistes de haut niveau.
Valentina Magaletti : Effectivement, j’ai eu une formation académique.
PAN M 360 : Classique ou jazz ?
Valentina Magaletti : J’ai étudié les deux. J’ai étudié beaucoup de jazz quand j’étais plus jeune et puis j’ai étudié les timbales classiques et autres percussions orchestrales, comme le marimba/vibraphone que j’utilise dans mes concerts. Mais disons que l’approche et l’objectif principal de ma pratique sont de de déconstruire tous ces différentes formations. J’ai réalisé au fil du temps que la force de la musique ne vient pas de l’entraînement classique ou du jazz, mais d’une énergie continue à laquelle il faut se nourrir. Et surtout avec la percussion, c’est primordial à mon sens. Donc, je m’éloigne assez librement de tout académisme et je m’inspire de mes expériences, de mes écoutes et de mes intérêts pour telle ou telle musique.
PAN M 360 : Pouvez-vous nous expliquer, en tant que joueuse,comment vous déconstruisez ?
Valentina Magaletti : C’est un processus un peu abstrait et sans prétention. Mon idée de déconstruction repose sur celle de combattre les conventions en tenant compte de mon environnement de jeu. Par exemple, quand je donne un concert, j’essaie d’aller ailleurs qu’où l’auditoire pense que je vais. Et puis je les emmène dans une autre direction, complètement différente que celle présumée. En essayant d’éviter d’être un produit dérivé, conventionnel ou prévisible, je fais dans la déconstruction.
PAN M 360 : Cela dit, vous utilisez des référents musicaux du jazz, de la lignée classique de la musique contemporaine ou des percussions modernes, sans compter le rock et les rythmes mis de l’avant par les musiques électroniques transposés à la percussion instrumentale. Vous explorez aussi le vibraphone autres petites percussions. C’est là que vous nous emmenez.
Valentina Magaletti : Oui. J’aime m’exprimer sur le sol pour de vrai ou sur la scène, il me faut être organiquement connectée au lieu où je vais me produire. J’ai aussi la première intention de capter quelque chose qui appartient à tout le monde d’emblée.
PAN M 360 : Un désir de communication et d’accessibilité sans négliger l’exploration, en quelque sorte.
Valentina Magaletti : Et c’est ce que j’aime à propos des percussions. Il n’y a pas de filtre entre moi et mon background académique ou mon talent présumé. Avec les tambours, on peut changer l’énergie sur scène!
PAN M 360 : On peut comprendre que vous cherchez à innover par les stratégies de votre jeu, alors que la majortié des percussionnistes virtuoses innovent par les prouesses techniques dans un contexte plus convenu. Ainsi, vous êtes mise en valeur dans des contextes différents comme ceux de vos sets donnés à Mutek, un contexte où les gens n’ont pas a priori des connaissances sur le drumming. Ce qui est très cool pour vous, n’est-ce pas ?
Valentina Magaletti : Oui! J’ai eu la chance de partir le bal mardi, j’ai été très honorée d’être la première à jouer dans cette édition de MUTEK. J’applaudis la décision des organisateurs, et je l’apprécie vraiment. Je suis très satisfaite de la réaction de l’audience et de la façon dont ça s’est passé.
PAN M 360 : Lorsque vous travaillez seule comment travaillez-vous avec tous les outils dont vous disposez?
Valentina Magaletti : Quand j’ai commencé à faire du solo, c’était une sorte de voyage acoustique. Puis d’autres éléments sonores et des musiciens se sont intégrés à mes compositions. Plutôt que de m’évaluer exclusivement comme instrumentiste, on a commencé à m’évaluer en tant que compositrice et productrice. On me disait « ah, j’aime vraiment cette chanson, j’aime vraiment ce rythme », alors j’ai pensé : pourquoi ne pas créer une sorte de collage entre ce que j’avais pré-enregistré et ce que je jouais en direct, ce qui me semblait plus complet. J’ai alors enregistré mes concerts, j’ai pensé que ce serait plus complet d’ajouter autre chose. D’autant plus que je suis une multi-instrumentiste, ce qui me permet de proposer tout un paquet de musiques que je suis capable de jouer ou de produire.
PAN M 360 : Vous êtes revenue sur le premier concert donné à Montréal. Qu’en est-il des deux autres?
Valentina Magaletti : Je joue assez tard ce soir mercredi, je pense que c’est minuit, aux côtés de la fantastique productrice hollandaise Upsammy. Nous faisons ensemble un album qui sortira cet automne. C’est très excitant, donc nous présentons cette matière à la SAT, une sorte de pré-enregistrement de l’album. Avec Upsammy, je travaille à la batterie et au vibraphone, elle s’occupe de l’électronique.
PAN M 360 : Votre collègue vous suggère des sons, mais pouvez-vous nous dire un peu plus sur sa propre création et votre relation avec Upsammy ? Comment vous interrogez-vous mutuellement?
Valentina Magaletti : C’est juste très simple, c’est un dialogue. Nous avons différentes maîtrises, la mienne est acoustique, la sienne est électronique, nous essayons d’établir une une communication, un dialogue entre nous.
PAN M 360 : Valorisez-vous des types de percussionnistes, des styles, des critères de virtuosité?
Valentina Magaletti : Pas vraiment. Il y en a tant! Comprenez-moi bien, je suis une auditrice insatiable, j’apprécie et admire tant de musiciens. Mon écoute est toujours en progression, enregistrements et concerts, c’est un processus évolutif et constant. Il n’y a rien d’intéressant à installer des habitudes.
PAN M 360 : Tout à fait. Nos goûts ne cessent d’évoluer à travers nos découvertes et apprentissages.
Valentina Magaletti : Et c’est pourquoi je suis également collectionneuse de disques. Je n’ai pas toujours le temps de fouiller dans les magasins mais je vois qu’à Montréal, il y a plein de disco, funk et dance music. Je suis allée dans quelques boutiques, j’ai trouvé des choses très intéressantes, du dancehall par exemple. Je suis aussi une grande fan de jazz, et j’entends beaucoup de jazz à Montréal.
PAN M 360 : Oui effectivement, les Européens connaissent la réputation disco de Montréal, qui remonte aux années 70. Les clubs de nuit et discothèques de Montréal ont été propices au Djisme, ce qui est plus proche de l’Europe que de l’Amérique du Nord. Enfin… beaucoup moins maintenant.
Valentina Magaletti : Oui! J’ai visité quelques boutiques de disques, j’ai trouvés des trucs très intéressants et très variés, dont un 7 pouces de dub.
PAN M 360 : Parlant de dub, vous allez aussi jouer avec Holy Tongue, avec vos collègues Al Wotton et Songamin Sorte de power trio londonien ?
Valentina Magaletti : C’est ça! C’est plus conventionnel, plus facile à comprendre, parce que je dirais que c’est une sorte de live dub. Si vous êtes familier avec le dub, vous vous observerez plein d’éléments qui rappellent façon dub de produire les sons, de l’amplifier ou d’y ajouter de la réverbération. C’est aussi dans cette vibe post-punk anglaise d’autrefois, qui faisait bon ménage avec le dub. Et ça se danse très bien!
PAN M 360 : Votre The Tumbling Psychic of Joy Now, qui accueille aussi Sam Shackleton est aussi jazz dans l’esprit.
Valentian Magaletti : Cette collaboration avec Shackleton nous a beaucoup habités. Il s’est joint quelques fois au trio sur scène. Nous venons juste de terminer la composition du nouvel album qui, j’ai très très hâte parce que je pense que c’est absolument magnifique.
Nous en jouerons quelques-unes à la SAT.
PAN M 360 : Et parlons de votre relation avec Susumu Munkai alias Zongamin et Al Wootton, parlez-nous de la façon dont cette relation artistique a été construite et a évolué.
Valentia Magaletti : Je connais ces gars depuis longtemps et je suis et je suis très difficile lorsqu’il s’agit de choisir mes collaborateurs. Susumu Munkai est l’un de mes joueurs de basse préférés, c’est beaucoup de plaisir à jouer avec lui – aussi avec notre duo VZ (Valentina et Zongamin), nous avons fait un album ensemble. Il est aussi un producteur incroyable et c’est pareil pour Al avec qui j’ai toujours jouer lorsque nous partagions les mêmes programmes autrefois. Et puis nous avons lancé projet Holy Tongue en duo, aprè quoi j’ai contacté Zongamin pour qu’il nous rejoigne.
Je travaille beaucoup avec eux, nous partageons des valeurs similaires quand nous sommes en studio. C’est toujours un plaisir de travailler avec eux.
PAN M 360 : Jouez-vous encore beaucoup dans des contextes strictement instrumentaux? Valentina Magaletti : Absolument, oui, chaque fois que je peux. Solo, duo avec violoncelle ou trombone, ensembles avec guitare, tout est possible! Je suis impliquée dans tellement de beaux projets. Et donc, quand je ne tourne pas, je fais de la musique seule ou avec d’autres. Je reste toujours ouverte aux collaborations, surtout avec d’autres femmes dans la période actuelle. C’est ma priorité en ce moment.
PAN M 360 : Pour certains, c’est peut-être devenu un cliché de parler de la sororité en musique. Pourtant, c’est loin d’être un sujet obsolète!
Valentina Magaletti : Oui! Je comprends cette perception de cliché. Inquiétant… Nous vivons actuellement dans un monde où il est vraiment difficile de parler de tout sans sans être jugé ou dénigré. Et c’est très décevant. Sur la question femme et musique, il y a encore aujourd’hui beaucoup de préjugés et beaucoup de sexisme. Nous devons le reconnaître.
PAN M 360 : Vous êtes vraiment une battante!
Valentina Magaletti : Merci, j’apprécie! Je fais de mon mieux. Il y a toujours des forces qui essaient de contenir tes pulsions artistiques et diminuer ce que tu fais. Et on doit juste ne pas laisser cette énergie nous envahir.
Ce jeudi Nocturne 2, Holy Tongue se produit à 00:15























