Le trafic d’art de TDA

Entrevue réalisée par Patrick Baillargeon

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Avec son projet TDA, Samuel Gougoux présente Ascète, un album complexe et abstrait, aux couleurs sombres et aux contours parfois inquiétants. Batteur et percussionniste au sein de plusieurs formations de la scène montréalaise (Victime, Corridor, N NAO, Jonathan Personne, Lysandre Ménard), Samuel Gougoux a dévoilé en 2019 une autre facette de lui-même avec son projet solo TDA (pour Trafic des airs) et un premier EP homonyme de cinq titres sur lequel musique industrielle, expérimentale et no wave se bousculent. Avec Ascète, le multi-instrumentiste originaire du Bas-Saint-Laurent et désormais installé à Montréal présente un premier album complet, plus sombre et contemplatif que le précédent mais toujours teinté des mêmes courants d’influences. 

Un peu timide mais affable, l’esprit vif, Samuel Gougoux nous a guidés à travers cet Ascète complexe, obscur et fascinant.

PAN M 360 : Comment est né le projet TDA/Trafic des airs, avais-tu une idée de concept ou un certain objectif en tête ?

Samuel Gougoux : Je demeurais à Québec où j’étais assez impliqué avec Victime. Mais lorsque j’ai déménagé à Montréal, on a tous eu moins de temps à consacrer au groupe. Ce projet n’était plus au centre de ma vie, et je crois que ça me manquait de jouer de la musique plus brute comme celle de Victime puisque les projets dans lesquels je m’investissais à Montréal n’étaient pas vraiment dans cet esprit là. Je ressentais le besoin de retrouver cette musique qui est vraiment importante pour moi. Donc c’est de là que TDA est né, en 2019. Ceci dit, j’ai toujours enregistré de la musique de mon côté depuis que je suis ado, donc je savais que j’étais capable de me lancer seul dans un projet et je sentais que c’était le bon moment… L’idée avec TDA est d’explorer. Je ne pense pas avoir atteint la forme finale, c’est un projet qui va toujours changer. Mon premier album penche plus vers la recherche électronique, de façon expérimentale disons. L’idée était de jouer, d’explorer un peu plus la musique abrasive, voir comment je pourrais approfondir la pratique de ce genre musical. Ce sont des essais esthétiques qui reflètent plus comment je me sentais à ce moment-là. Il n’y avait pas vraiment d’objectif pour ce disque alors que pour le nouveau, j’ai l’impression que j’ai fait ça en pensant moins à une sorte de performance musicale mais à quelque chose de plus introspectif. 

Je suis parti m’isoler chez mes parents dans le Bas-Saint-Laurent et c’est là que j’ai enregistré le disque. Je pense en fait que c’est là que TDA est devenu un vrai projet solo. 

PAN M 360 : Comment s’est déroulée la composition et l’enregistrement d’Ascète ?

Samuel Gougoux : L’idée de cet album a germé sur la route, lors d’une tournée avec Corridor aux États-Unis en mars 2020, juste avant que la pandémie nous tombe dessus. Ça faisait quelques mois que je jouais avec eux et tranquillement l’idée de faire des tournées avec ma propre musique s’est mise à trotter dans ma tête. Je me demandais à quoi pourrait ressembler les concerts avec la musique que je voulais faire, accompagné par des musiciens et non seul comme pour mon précédent disque. Je savais déjà avec qui je voulais faire ça. J’avais en tête Simon Provencher de Victime à la guitare et Mathieu Arsenault de Technical Kidman et Seulement aux voix. J’avais déjà une idée de la formule live avant même d’avoir composé l’album; ça m’a permis de m’imposer certaines limites afin que ce que je voulais faire sur disque puisse se réaliser sur scène… Pour la création, je commence toujours par des percussions et je bâtis autour. Je ne pense pas en partant aux accords, et la voix est la dernière chose que j’ajoute. C’est une fois que je commence à travailler les morceaux que je réalise qu’il y a une certaine suite harmonique qui se créé, mais ces harmonies sortent plus souvent des percussions; même à la guitare, je ne fais pas vraiment d’accord, je m’en sers plus comme une percussion. Ensuite j’organise tout ça. Je suis vraiment obsessif dans ma manière de travailler ma musique. J’aime la précision; je peux mettre beaucoup d’énergie sur des petits détails car je trouve que c’est là que se cache souvent ce qui rend un morceau intéressant. J’ai tout fait tout seul pour cet album, sauf pour le saxophone, c’est Linsey Wellman de Fet.Nat qu’on peut entendre sur deux morceaux. Maude Arès et ma sœur Gabrielle sont aussi venues poser leurs voix sur quelques titres. L’enregistrement a duré environ 4 mois et je suis revenu à Montréal pour le mix final. 

PAN M 360 : Quelle est la part écrite et improvisée de ta musique ?

Samuel Gougoux : Il y a une grande part d’improvisation, j’enregistre et ensuite je retravaille ce qui me plaît, donc là ça devient plus concret. Je fais des enregistrements sur le terrain, j’enregistre des choses abstraites qui ne sont pas nécessairement destinées à se retrouver dans une chanson et ensuite je réagis à ce que j’ai capté. À part pour Dalila qui est plus directe ou conventionnelle dans sa structure, je n’ai pas un plan précis pour mes chansons plus désarticulées. Les choses se mettent en place à force de les bricoler, de décortiquer et recoller ce que j’ai enregistré ici et là. 

PAN M 360 : Tes compositions touchent beaucoup à la musique expérimentale et industrielle, électronique ou non, mais il est aussi question de no wave et ça c’est peut-être moins évident à percevoir sur le disque.

Samuel Gougoux : Quand je suis tombé dans ce courant là avec Victime, on était pile dans le revival no wave; on s’est approprié les codes esthétiques, on les a réinterprétés, mais reste que ce mouvement musical m’a beaucoup influencé. Pour moi, mon premier album était punk; pas dans le son mais plutôt dans l’esprit et je crois que l’esprit ou la philosophie du courant no wave m’a beaucoup accompagné pour Ascète. Il y a peut-être le dernier morceau de l’album (Sans douleur) qui s’apparente davantage au no wave tel qu’on le conçoit. 

PAN M 360 : Il y a un petit album photo qui accompagne le disque. Peux-tu nous en dire plus à ce sujet ?

Samuel Gougoux : Il s’agit de 24 photos argentiques en noir en blanc que j’ai prises quand j’étais au Bas-Saint-Laurent. Elles représentent un peu le mood dans lequel j’étais quand j’enregistrais Ascète. J’ai l’impression que ces photos peuvent aider l’auditeur à approfondir son écoute, de lui permettre de comprendre où j’étais dans ma tête au moment d’enregistrer ce disque. Ce sont pour beaucoup des photos nocturnes. Je me promenais souvent seul dans les bois la nuit, c’était pour moi un moment de réflexion et je voulais en quelque sorte illustrer ce que je voyais. Je trouvais que la musique sur laquelle je travaillais et ces sombres paysages de forêts cadraient bien ensemble. Il y a beaucoup de photos de branches et, en pleine nuit et avec le flash, c’est assez brut et je trouve qu’il y a un aspect très sculptural. Ces images de branches me font penser à certaines des rythmiques de l’album, très désarticulées. Sinon il y a aussi ces zones de noir et de blanc très franches, très découpées, ce côté spectral qu’on retrouve dans l’album. L’aspect de ces branches me fait aussi penser aux annotations alternatives pour la musique qu’a créé John Cage, toutes ces formes abstraites… Il y avait quelque chose de calme mais en même temps d’un peu inquiétant dans ces balades nocturnes, et je pense que c’est ce que dégage mon album malgré certains éléments plus agressifs. Et puis juste l’idée d’avoir des photos qui accompagnent mon disque me plaisait, ça complète bien le projet. 

PAN M 360 : En plus de toutes les expérimentations sonores auxquelles tu te livres, il y a tout de même des textes sur l’album…

Samuel Gougoux : Je pense que c’est la première fois que ma voix est moins camouflée. Je voulais qu’elle soit plus claire. Les textes touchent à plusieurs choses : des constats, les questions que je pouvais me poser à propos de moi et des gens qui m’entouraient, des réflexions plutôt imagées sur ce que je vivais à ce moment-là, des anecdotes que j’ai pu vivre quand j’étais plus jeune… Par exemple, pour la pièce Racle, je relate quelque chose d’assez cocasse et étrange que j’ai vécu à l’école primaire. La direction pensait qu’il y avait un esprit maléfique dans l’école alors ils nous ont fait faire un genre d’exorcisme pour purifier l’école. Donc on tournait autour de l’école avec des chandelles… c’est assez troublant et marquant. Et je trouvais que cette histoire un peu inquiétante collait bien avec l’esprit de l’album. Je ne lis pas beaucoup, je ne me considère pas comme un parolier, mais j’aime la musique avec des voix. 

PAN M 360 : Et pourquoi avoir choisi le titre Ascète ?Samuel Gougoux : J’ai toujours été fasciné par l’ascétisme, comme ces moines qui vivent reclus, qui s’imposent beaucoup de restrictions. J’ai toujours trouvé ça beau et mystérieux, c’est complètement à l’opposé de nos modes de vie. Il y a quelque chose de très spirituel qui correspond bien à l’ensemble de l’album, bien que ce ne soit pas un album spirituel à proprement parler. Et puis autant j’aime collaborer avec d’autres musiciens, autant j’aime me retrouver seul pour travailler, j’aime cette bulle créatrice qui n’appartient qu’à moi. Donc ça vient un peu de là, et aussi de ce que je vivais durant cette période de ma vie… mais je ne saurais pas trop comment expliquer ça dans le cadre d’une entrevue.

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