Envie de concerts qui innovent votre écoute ? Innovations en concert vous attend !

Entrevue réalisée par Frédéric Cardin

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Depuis 1994, Innovations en concert offre aux mélomanes un large éventail d’occasions de découvrir certaines des meilleures musiques contemporaines à découvrir. L’organisme a permis aux Montréalais et aux visiteurs d’apprécier un éventail particulièrement large de sons modernes, allant des plus expérimentaux à des incontournables de la culture minimaliste tels que Titanic Sinking et Jesus’ Blood Never Failed Me Yet de Gavin Bryars.

L’organisation a été fondée par le guitariste et compositeur Tim Brady, qui l’a dirigée pendant 10 ans, puis par Michel Frigon, qui l’a dirigée de 2004 à 2010. Cassandra Miller et Isak Goldschneider ont dirigé leur première saison en 2011, Isak Goldschneider prenant le poste de directeur artistique et général solo en 2014. Depuis les débuts, plus de 300 concerts ont été présentés au cours de 27 saisons artistiques.

Voilà une institution remarquable, peut-être pas aussi connue du grand public que la SMCQ, par exemple, mais qui mérite d’être mise en lumière, notamment Isak Goldschneider, que j’ai rencontré pour parler de la prochaine saison, un peu de lui et d’autres choses.

Allons-y.

Pan M 360 : Il y a des personnalités bien connues à Montréal qui représentent la musique contemporaine, comme Walter Boudreau ou Lorraine Vaillancourt. Le nom d’Isak Goldschneider devrait également y figurer, car ce que vous faites avec Innovations en concert est vraiment important et constructif. Parlez-nous de vous et de ce qui vous a amené à diriger cette organisation ?

Isak Goldschneider : Je suis originaire des États-Unis, mais j’ai vécu à Amsterdam pendant environ 16 ans. C’est là que j’ai rencontré ma partenaire, la trompettiste Amy Horvey, qui est canadienne. Nous sommes ensuite revenus au Canada et nous nous sommes installés à Montréal en 2007. À l’époque, je travaillais de manière tout à fait ‘’undergroung’’, je faisais des concerts expérimentaux, quelques contrats commerciaux, je jouais dans le métro, toutes sortes de choses. J’ai également travaillé pour le programme musical d’une synagogue, Shaar Hashomayim. Ils ont un programme merveilleux. Plus tard, nous avons fait les voix de fond pour le dernier album de Leonard Cohen.

Ensuite, j’ai commencé à travailler avec la compositrice Cassandra Miller. Nous avons codirigé Innovations pendant un an, succédant à Michel Frigon, puis elle est partie au Royaume-Uni, où elle a connu un grand succès en tant que compositrice. J’ai donc repris son poste de directeur d’Innovations en concert. C’était une opportunité merveilleuse, car j’ai pu être à Montréal à un moment où les choses changeaient de manière très excitante. Il y avait beaucoup de nouvelles voix dans la musique contemporaine, beaucoup de représentations d’artistes qui n’avaient pas vraiment eu accès à la scène jusqu’à cette période, vous savez, autour de 2008 2010.

J’ai eu l’occasion de faire des choses magnifiques avec des organisations comme Suoni per il popolo, la SMCQ, etc. Et nous avons exploré de nouvelles possibilités dans le domaine de la musique savante contemporaine en stimulant les collaborations entre, par exemple, l’artiste hip hop expérimental américain, poète, écrivain, etc. Saul Williams et le Montréalais Kaie Kellough, avec le saxophoniste Jason Sharp. C’était incroyable et très innovant. Ce n’est qu’un exemple. Il y a tellement d’opportunités. Je pense que Montréal est une ville absolument extraordinaire sur le plan artistique. Déjà, lorsque je suis arrivé ici en 2007, des articles du New York Times disaient que Montréal était une Mecque secrète de la musique. Et c’est toujours aussi intéressant ! Nous avons fait beaucoup de choses passionnantes, mais je pense que la saison prochaine le sera encore plus.

Pan M 360 : Ok, parlons de la saison prochaine !

Isak Goldschneider : Cela va être une course effrénée. Pour le concert d’ouverture, je jouerai la gigantesque œuvre pour piano Triadic Memories de Morton Feldman. Il s’agit d’une œuvre pour piano de 90 minutes, que Feldman a qualifiée de « plus grand papillon en captivité ». Elle allie contemplation profonde et grâce rythmique, et constitue une expérience d’écoute épique. Ce concert aura lieu au Centre de musique canadienne au Québec, rue Crescent, le 12 septembre. Ils ont un très beau petit espace de concert qui sera inauguré en même temps.

À ne pas manquer : Triadic Memories, de Morton Feldman, pour piano, joué par Isak Goldschneider le 12 septembre 2023.

Le 7 novembre, le compositeur péruvien-canadien et montréalais Mirko Sablich présentera sa nouvelle œuvre, Uno, un dialogue entre les mathématiques et la musique. Puis, le 13 mars 2024, nous aurons une nouvelle collaboration passionnante entre l’autrice/actrice afghano-canadienne Shaista Latif, de l’Ontario, et le célèbre compositeur égypto-canadien de Montréal Osama (Sam) Shalabi, qui explorera l’histoire du cinéma et de la culture de l’Afghanistan d’une manière tout à fait originale. Elle sera suivie de la première montréalaise de Supervillain Etudes de Vincent Ho, nominée aux Juno Awards, par les pianistes Vicky Chow et Megumi Masaki. Le concept est étonnant : prendre six méchants célèbres de la culture des bandes dessinées, faire un profil psychologique de chacun d’entre eux, et composer une musique qui décrirait ces profils ! Ainsi, nous aurons sur un « canapé » musical métaphorique le Sphinx (Riddler), 2-Face, le Pingouin, Catwoman, Poison Ivy et le Joker. Le concert sera également animé par le journaliste scientifique québécois Michel Rochon. Une expérience artistique/scientifique/sociologique complète ! Ce sera le 27 avril 2024.

Enfin, nous clôturerons la saison le 28 mai 2023 avec la première d’une toute nouvelle œuvre de Nicole Lizée, avec Amy (Horvey) comme soliste. Nicole et Amy sont toutes deux originaires de la Saskatchewan, l’une de la communauté anglophone, l’autre de la minorité francophone. Saskbient est le titre de l’œuvre et promet de plonger les auditeurs dans une sorte d’hymne ambiant à la Saskatchewan, une expérience sonore de ce qu’elle représente pour ces artistes.

Mon rêve a toujours été de faciliter l’émergence d’un nouveau type de musique qui transcende ces catégories d’art et de culture, et j’espère que j’atteindrai cet objectif avec ces projets.

Création d’une oeuvre de Nicole Lizée en 2022 : 

Pan M 360 : Cela semble très excitant ! Vous avez mentionné plus tôt que Montréal est un bon endroit pour les arts, et la musique contemporaine d’avant-garde en particulier, que ce soit du point de vue de la musique classique, de l’improvisation-jazz ou du rock de chambre. Pouvez-vous nous expliquer pourquoi ?

Isak Goldschneider : Montréal a d’abord été une ville divisée entre Français et Anglais, puis l’immigration, très importante, en a fait l’une des villes les plus cosmopolites du continent, voire du monde. Dans certains cas, cela peut être une source de problèmes ou de tensions sociales. Mais Montréal a réussi à en faire un aspect extraordinairement positif et stimulant de sa personnalité. Je ne sais pas s’il existe une autre ville en Amérique du Nord où il est possible de vivre en tant qu’artiste et de construire une pratique créative expérimentale. L’incroyable diversité des pratiques que l’on trouve ici (musique ancienne, pop, rock, avant-garde, improvisation, musique du monde) a conduit à des situations où l’on ne sait pas vraiment ce qui relève du grand art et ce qui relève du petit art. C’est l’un des domaines les plus créatifs de l’art contemporain actuellement dans le monde, ce mélange de haut et de bas, d’ancien et d’expérimental. Et Montréal est  » génétiquement  » faite pour cela ! 

Je ne sais pas s’il y a d’autres villes en Amérique du Nord qui ont ce genre de diversité d’approche, vous savez, des groupes qui brouillent les lignes entre la musique contemporaine et ce qu’on appelle la World Music, par exemple (c’est ce que fait Sam Shalabi). Et puis, bien sûr, il y a toute la scène du théâtre et de la danse, le cirque, les arts technologiques, toutes sortes de choses. C’est incroyable si l’on considère que Montréal n’est pas aussi grande que, disons, Los Angeles, Chicago ou New York.

Pan M 360 : Est-ce sur cela que vous voulez baser la personnalité d’Innovations en concert ? Je veux dire par rapport à d’autres organisations importantes comme la SMCQ ou le NEM ?

Isak Goldschneider : Je ne veux pas faire ce genre de comparaison. Ce que je veux dir, c’est que nous faisons notre travail et qu’ils font le leur. Parfois, nos chemins se croisent, et c’est une bonne chose ! Je ne pourrai jamais surestimer, par exemple, l’importance de ce que fait le NEM. La musique contemporaine n’est pas toujours synonyme de nouveauté. Il y a eu un siècle de discours sur l’avant-garde classique, et il est très important que certains ensembles s’intéressent aux modèles historiques d’efforts « expérimentaux » et « novateurs ». Quand on pense à la richesse de la musique artistique européenne des années 1960 et 1970, à des œuvres comme la Sinfonia de Berio, qui ne sont pas jouées par les orchestres nord-américains, on se dit qu’on a absolument besoin d’ensembles comme le NEM. Ce que nous faisons à Innovations en concert est différent mais, je pense, complémentaire. Et cette complémentarité est bonne et essentielle.

Pan M 360 : Êtes-vous optimiste quant à l’avenir de la musique d’avant-garde en général ?

Isak Goldschneider : Je suis très optimiste quant à la créativité qui existe ici à Montréal et à son potentiel d’incubation. J’espère que les pouvoirs en place dans notre environnement créeront des conditions propices à ce type de créativité bouillonnante, car ce sont vraiment ces éléments de base qui la rendent possible. Par exemple, le fait que Montréal soit un endroit plus abordable pour les artistes a été très, très important et je pense qu’il ne faut pas sous-estimer l’importance des conditions matérielles dans la création d’œuvres d’art fantastiques. J’espère que ce type de soutien continuera à exister et à maintenir Montréal sur la carte en tant que plaque tournante importante pour la culture dans le monde entier.

Pan M 360 : Merci beaucoup, Isak, de participer à ce bouillonnement de créativité dans notre ville. Nous espérons que le message sera entendu, parce qu’il y a certainement des problèmes en ce moment à propos de l’accessibilité financière. Je vous souhaite une excellente saison 2023-2024, qui s’annonce passionnante. J’y serai, et nos lecteurs aussi, j’espère ! Surtout s’ils aiment la créativité et l’originalité.

Isak Goldschneider : Merci pour cette opportunité.

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