Codes d’Accès | Battements: Geneviève Ackerman présente « Rimes défaites par le Sphinx »

Entrevue réalisée par Alain Brunet

Présenté ce lundi 23 mars, 19h30, à la Chapelle Saint-Louis – Le Saint-Jean-Baptiste, Battements  réunit trois artistes émergents de la musique de création. PAN M 360 choisit de les présenter un à un avant le concert, nous concluons avec Geneviève Ackerman qui  présente Rimes défaites par le Sphinx pour voix soprano et alto, et  deux guitares en intonation naturelle, 2026 (25’) 

« Rimes défaites par le Sphinx » est un projet de chansons en « intonation juste » pour deux  voix et deux guitares à intonation juste (selon la conception de Simon Martin). Lorsque nous  écoutons des sons (les sons de la musique, les sons de la vie), nous les entendons à travers le prisme de la culture. Peut-être par des chansons (forme trop connue!) chantées dans un  tempérament inhabituel bien qu’enivrant?”

Geneviève Ackerman, composition et voix 

● Florence Tremblay, voix 

● Alexandre Éthier, guitare 

● Francis Brunet-Turcotte, guitare 

BILLETS ET INFOS

PAN M 360 : Rappelez-nous qui vous êtes, votre formation, comment vous en êtes venu à la  composition, ce que vous avez généré jusqu’à maintenant. 

Geneviève Ackerman: Chaque jour de cette étrange vie, je tente moi-même de me rappeler qui je suis! Alors tentons l’exercice, une fois encore : je ne viens pas d’une famille de musiciens, et l’on n’écoutait pas de musique lorsque j’étais enfant. La venue de la musique dans ma vie est un grand mystère. Mais voilà que du plus loin que je me souvienne, il y avait des sons qui jouaient dans mon esprit, et qui tournaient inlassablement en boucles toujours variées. 

J’ai suivi une formation musicale classique. À l’âge de 18 ans, excédée par les contraintes de cet univers-là, j’ai l’ai quitté. Plusieurs années plus tard, hantée malgré moi par les muses, j’y suis revenu, non comme interprète, mais comme compositrice. Depuis ce retour à la musique, j’ai proprement voué ma vie aux muses, et elles me tiennent pieds et poings liés. Je compose depuis maintenant presque dix ans, et c’est devenu le cœur, l’essence même de ma réalité. Je compose de la musique de concert, de la musique pour le cinéma (expérimental), pour le théâtre, des installations, pour la danse, et je joue moi-même de

de temps en temps, avec ma voix. Je m’intéresse particulièrement à la rencontre entre la poésie, la voix et la musique. 

PAN M 360 : On connaît les travaux de Harry Partch (1901-1974) et consorts sur l’intonation juste et l’approche microtonale – 60 ans avant Angine de Poitrine haha! Cette fois, il s’agit de chansons. Comment s’y prend-on pour  composer et écrire des chansons en intonation juste? 

Geneviève Ackerman : Harry Partch est à vrai dire mon maître à penser! Lui-même a composé de nombreuses chansons, et sa musique est inséparablement liée aux inflexions propres à la voix parlée et chantée. Cette musique a le don de m’émerveiller au plus haut point! 

Une chanson composée selon « l’intonation juste », c’est tout simplement une chanson, mais qui cache derrière elle une horde de calculs mathématiques soigneusement cachés. Si tout se passe bien, on ne se rendra compte de rien, seulement… une certaine magie ineffable peut-être, comme une nuée impalpable, se lèvera, légère, au milieu de l’assistance. 

PAN M 360 : Plus précisément, quel sera le travail des guitares et de la voix? 

Geneviève Ackerman : Tous les modes exprimés par les guitares et les voix sont en intonation juste. Les guitaristes jouent sur des guitares spécialisées aux frettes asymétriques, et cela demande une certaine adaptation par rapport à leurs habitudes de jeu. Pour les voix, l’effort est plus exigeant, puisqu’il s’agit de reconstruire le solfège sur une gamme de 22 notes par octave (plutôt que 12), 22 notes inégales, dont chaque intervalle est singulier et très précis. À mon plus grand étonnement, ce travail a été plus aisé que prévu. Lorsqu’on chante un intervalle juste, le son s’aligne de manière tout à fait perceptible. En faisant confiance à ce phénomène acoustique, autrement dit, en faisant confiance à notre oreille et à notre ressenti, on trouve de solides repères. 

PAN M 360 : Je reprends votre question : comment libérer notre oreille du trop connu, en se laissant  porter par le charme de l’inconnu? 

Geneviève Ackerman: Eh bien, si j’ai bien fait mon travail… il n’y aura qu’à venir entendre cette nouvelle musique! Le voyage entre le familier et l’inconnu fait partie de sa réalité interne, de son expérience esthétique.

PAN M 360 : Un auditeur.trice ne sachant pas qu’il s’agit de chansons interprétées avec des guitares à intonation juste se rendra-t-il compte de la différence? 

Geneviève Ackerman: Je souhaite que les auditeurs ne se rendent compte de rien. Qu’ils se laissent porter tout simplement par l’immédiateté de leurs sens, qu’ils laissent leur esprit voyager à plaisir au lieu intime de leurs songes. 

PAN M 360 : Quel est d’après vous votre contribution au langage microtonal à travers ce projet  spécifique? 

Geneviève Ackerman : La plupart du temps, la microtonalité est utilisée dans des contextes musicaux déjà complexes, ce qui rend cette microtonalité difficile à entendre, puisqu’il se passe souvent trop d’évènements sonores pour qu’on puisse vraiment s’y attarder. Dans ces chansons, je tente d’y aller au plus simple, pour qu’on puisse prendre réellement le temps de savourer chaque intervalle, chaque accord, chaque modulation. Cela vaut aussi pour les musiciens; cette musique prouve qu’il est tout à fait possible de travailler l’intonation juste à l’oreille. Cela me paraît essentiel. La musique, il faut d’abord que les musiciens puissent l’entendre eux-même, avant de pouvoir la rendre aux auditeurs. 

PAN M 360 : Pouvez-vous élaborer sur le thème de ces chansons, « Rimes défaites dans le Sphinx »?  De quelle manière cela devient un prisme pour vos textes de chansons? 

Geneviève Ackerman : Les paroles des chansons ont été écrites par le poète Frédérik Dufour, avec qui je collabore depuis de nombreuses années. C’est un magicien. La musique a été composée d’abord, puis je lui ai donné carte blanche (ou presque!). Je dois avouer que le titre du cycle est une sorte d’ovni : « Rimes défaites par le Sphinx ». Ces mots ensemble me désarçonnent de manière euphorique. C’est un peu la sensation que j’aimerais offrir aux auditeurs. Les textes, eux, sont thématiquement libres. Des algues sous l’eau, une vieille blessure, une étoile vue en rêve, une lune qui revient, une femme qui s’en va… 

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