Bryan Cheng et l’OSL invitent à la découverte

Entrevue réalisée par Alexandre Villemaire

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Pour son dernier concert de sa saison 2024-2025, l’Orchestre symphonique de Laval invite le public a une soirée de découvertes avec, dans ce programme essentiellement composé de musique romantique allemande la première symphonie de Johannes Brahms et deux œuvres qui sont peut interprétés: l’Ouverture Genoveva de Robert Schumann et le Concerto pour violoncelle de la compositrice française Marie Jaëll. Dirigé par le jeune chef Andrei Feher, l’OSL accueillera pour interpréter cette page de musique par Bryan Cheng, violoncelliste canadien qui s’est imposé comme l’un des jeunes artistes les plus captivants de la scène musicale classique. Alexandre Villemaire de PAN M 360 a pu s’entretenir avec lui avant le concert pour parler répertoire, interprétation et projets futurs.

PAN M 360 : Vous allez interpréter dans ce concert avec l’Orchestre symphonique de Laval, le Concerto pour violoncelle en fa majeur de Marie Jaëll, une compositrice française de la fin du XIXe siècle dont l’œuvre est peu connue ou jouée. Est-ce que cette œuvre a été une découverte pour vous et pourquoi?

Bryan Cheng : Oui, cela a été une véritable découverte. Je ne connaissais pas le concerto pour violoncelle de Marie Jaëll, ni même sa musique en général, avant ce projet, et j’ai été frappé par la grande qualité lyrique de sa voix. C’est aussi rafraîchissant de jouer un concerto historique pour violoncelle composé par une compositrice, car elles ont été largement sous-représentées au fil des siècles. C’est un véritable joyau caché du répertoire, avec quelque chose de profondément captivant à offrir.

PAN M 360 : Parlez-nous un peu de ce concerto. Comment est-il construit et quelles en sont les particularités au niveau de l’interprétation?

Bryan Cheng : Le concerto est en trois mouvements et suit une structure assez classique, mais il se distingue par une grande personnalité. Le premier mouvement a une intensité dramatique, avec des élans amples et des surprises harmoniques. Le deuxième est très lyrique, profondément introspectif – il évoque presque une scène d’opéra. Le dernier mouvement est à la fois exubérant et virtuose. L’interprétation du concerto demande de la finesse technique et aussi une réelle sensibilité émotionnelle. Ce n’est pas un concerto de démonstration : on a besoin d’une honnêteté et une richesse de couleurs.

PAN M 360 : Le programme du concert fait une belle part à  la musique allemande avec, en plus du Concerto, l’Ouverture Genoveva de Schumann et la Symphonie no 1 de Brahms. De quelle manière le langage musical de Jaëll s’insère-t-il en complémentarité avec les deux autres œuvres du programme?

Bryan Cheng : Jaëll partage avec Schumann et Brahms une profondeur d’expression et une architecture solide. On sent dans son langage une affinité avec l’école germanique, mais enrichie d’une finesse harmonique qui évoque le raffinement français. Elle établit en quelque sorte un pont entre ces deux traditions. Son concerto, placé entre Schumann et Brahms, permet de percevoir à la fois les résonances communes et la singularité de sa voix.

PAN M 360 : Vous jouez sur un violoncelle Stradivarius « Bonjour » de 1696, prêté généreusement par la Banque d’instruments de musique du Conseil des Arts du Canada. Quelle relation entretenez-vous avec cet instrument?

Bryan Cheng : C’est un immense privilège de jouer sur ce violoncelle. Le « Bonjour » possède une voix puissante et d’une subtilité remarquable. Il a un caractère bien affirmé, mais il est aussi très réactif — on a vraiment l’impression de dialoguer avec un partenaire musical à part entière. Après sept années passées à jouer avec lui, une véritable complicité s’est installée. Cet instrument a façonné non seulement mon son, mais aussi ma manière de penser la musique.

PAN M 360 : La nature de l’instrument influence-t-elle votre manière d’interpréter les œuvres ou la façon dont vous les aborder?

Bryan Cheng : Oui, absolument. Chaque instrument vous pousse à repenser certains passages, à explorer de nouvelles couleurs, de nouvelles articulations. Avec le « Bonjour », je me surprends à écouter plus attentivement les voix intérieures, à rechercher des phrasés plus souples, une résonance plus profonde. Ce n’est pas un instrument qui se contente de reproduire ce qu’on lui demande : il nous pousse à aller plus loin.

PAN M 360 : Vous jouissez d’une carrière prolifique qui a commencé très jeune. Carnegie Hall à 14 ans, débuts à l’Elbphilharmonie à 20 ans avec la Deutsche Kammerphilharmonie Bremen, en plus de plusieurs distinctions et nominations, dont le Prix Yves Paternot, et deux nominations aux JUNOS. Quels sont les défis de démarrer une carrière quand on est encore adolescent ou jeune adulte et qu’est-ce qui vous anime aujourd’hui dans la poursuite de votre carrière et de ce que vous voulez partager avec le public?

Bryan Cheng : Commencer jeune peut être à la fois exaltant et exigeant. On grandit en tant que personne en même temps qu’on évolue comme musicien, et trouver un équilibre n’est pas toujours simple. Je suis reconnaissant envers les mentors et les expériences qui m’ont permis de rester ancré. Aujourd’hui, ce qui me motive, c’est la connexion : à travers la musique, avec le public, avec les compositeurs d’hier et d’aujourd’hui. Je veux que chaque concert soit une rencontre vivante, un moment partagé de découverte.

PAN M 360 : Quels sont les prochains projets qui vous attendent?

Bryan Cheng : Cette année et la saison à venir s’annoncent riches en moments forts, avec plusieurs débuts très attendus aux côtés d’orchestres et de musiciens exceptionnels, dans des salles parmi les plus prestigieuses du monde. Je ferai notamment mes débuts avec le Chamber Orchestra of Europe sous la direction de Sir András Schiff, au Carnegie Hall avec le pianiste Kirill Gerstein, au Concertgebouw d’Amsterdam avec l’Orchestre Philharmonique Janaček d’Ostrava, ainsi qu’avec la NDR Radiophilharmonie de Hanovre et le Musikkollegium Winterthur.

Au Canada, je me réjouis de jouer pour la première fois avec l’Orchestre symphonique de Québec et de retrouver l’Orchestre du Centre national des Arts à Ottawa pour la création mondiale d’une œuvre pour violoncelle et orchestre du compositeur canadien Samy Moussa.

Par ailleurs, je serai le musicien en résidence de Cecilia Concerts à Halifax pour la saison 2025-2026, où je proposerai trois programmes très variés en compagnie de certains de mes collaborateurs internationaux les plus proches.

Je poursuis toujours le développement de nouveaux projets et nouvelles collaborations, par exemple des enregistrements mettant en lumière des œuvres peu jouées — comme le concerto de Jaëll. Ce qui me passionne, c’est de continuer à bâtir des passerelles entre le répertoire familier et celui qui reste encore à découvrir.

crédit photo : Andrej Grilc

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