Brésil / forró / reggae

Jota Pê envoûte Montréal : entre rires, histoires et émotions

par Sandra Gasana

Nous avons découvert plusieurs facettes de Jota Pê lors de son tout premier concert à Montréal. Non seulement il a l’une des plus belles voix du Brésil à mon humble avis, mais il est également un excellent conteur en plus d’être très drôle sur scène. Toute la soirée, il alternait entre chansons, histoires et blagues.

Accompagné de deux excellents musiciens venus avec lui du Brésil, Weslei Rodrigo à la basse et Kabé Pinheiro aux percussions, il est apparu sur scène avec son fameux chapeau qui est devenu sa signature. Avec un style vestimentaire très épuré, l’artiste débute seul à la guitare, suivi de près par la basse puis les percussions embarquent. Dès le premier morceau, il implique la foule et la fait participer à la performance.

C’est parti pour une soirée enflammée devant une salle comble au Belmont.

Troisième arrêt de sa toute première tournée canadienne, il a débuté à Vancouver, puis Toronto avant de terminer avec Montréal. Il a joué plusieurs morceaux de ses albums, principalement Dominguinho et Se O Meu Peito Fosse o Mundo, tous les deux sortis en 2025.

« J’espère qu’à la fin du concert, vous vous sentirez mieux que lorsque vous êtes arrivés », partage-t-il à la salle, avant d’enchainer avec le morceau Tà Aê.

Entre les morceaux, il raconte notamment sa rencontre avec le grand Gilberto Gil qui l’a invité à manger chez lui. Lors de cette soirée, il a eu la malchance de casser un verre en cristal, ce qui est devenu un « running joke » depuis lors. Mais c’est surtout sa façon de raconter les histoires qui marque : il sait comment garder l’attention des spectateurs qui restent pendus à ses lèvres.

Un moment fort de la soirée est lors de la chanson Feito A Maré, sur laquelle il a collaboré avec Gilsons, le trio formé par les fils et neveu de Gilberto Gil. La salle au complet chantait à tue-tête pendant que le bassiste, dont le foulard se mariait parfaitement à sa basse, rajoutait quelques lignes aux allures de kompa. On a eu droit à du reggae, du forro, du rock même et un peu de samba.

Quelques reprises ont fait partie du répertoire de l’artiste originaire d’Osasco, dans l’État de São Paulo comme A primeira vista de Chico César, avec une touche reggae, ou encore A Ordem Natural Das Coisas du rappeur Emicida, dont on a couvert le concert. D’ailleurs, ce dernier aurait appelé Jota Pê lorsque le morceau est sorti pour le féliciter pour cette version.

Mais le moment fort de la soirée était sans aucun doute durant le morceau Ouro Marrom, qu’il a joué seul à la guitare et dans laquelle il parle de la réalité d’être un homme noir. Cette chanson a d’ailleurs remporté le prix de la meilleure chanson en langue portugaise en 2024 lors des Grammy latino. Sa voix résonnait dans la salle le temps de la chanson, alors que le public se transformait en immense chorale.

« J’ai trop parlé, je vais laisser mes musiciens parler à leur tour », avant de laisser le bassiste et le percussionniste faire leurs solos respectifs. Ce dernier rajoutait son cavaquinho au mix, en plus des percussions corporelles. Et comme pour nous garder éveillés alors qu’il commençait à se faire tard, il a terminé le concert en force, avant une session d’improvisation entre les trois musiciens. « C’est le dernier concert de la tournée canadienne. J’aimerais remercier les productions Showzaço d’avoir rendu cela possible, ainsi qu’à JØY Brandt pour la première partie », a-t-il dit avant de s’éclipser autour de 2 heures du matin.

À mon avis, le pari est réussi, nous sommes sortis de là en nous sentant mieux qu’à notre arrivée.

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