photo de couverture: Bernardino Femminieli, le « break dealer »
Lunettes fumées, regard pointé au fond de la pièce. “Celle là est à propos de mon avocat et de ma femme”. Micro collé au long poils de sa moustache, il commence à marmoner comme Gainsbourg après quelques vermouths.
Peut-être que je suis sourd après avoir fait tout le Taverne Tour sans bouchons à oreilles, mais j’entends rien de ce qu’il dit sauf quelques passages à propos du sexe anal et du facisme. Le lien entre les deux reste un mystère. Nul besoin de comprendre les paroles en entier, son côté plus italien- animé et corporel- raconte l’histoire à leur place.

Il se rapproche de nous, enlève ses lunettes fumées et déboutonne sa blouse faisant paraître un joli tableau de chaines en or et de pelage bouclé. D’un moment, il dance subtilement d’un élan sensuel, de l’autre, il arrache son coeur de sa poitrine. Il semble complexé par la conscience de ses pechés, mais retourne toujours à ce petit sourire malicieux, fier de nous dire qu’au final, il s’en est sorti vainceur. La performance fait garder un sourire permanent, mais c’est vraiment lorsque la musique arrête que ce sourire explose en rires.
Comme un mononcle saoul, Bernardino se confèsse à nous.
“La scène c’est une thérapie, et vous êtes tout aussi malade que moi en étant ici”
À chaque chanson est une dédicace, fruit d’une histoire mal virée; une date pleine de remords avec Gigi, un stand de micro lancé dans la foule sous un nuage de colère” Bernardino Femminieli est un homme brisé, mais honnête du moins.
“Je pourrais devenir violent ce soir”, il dit, en expliquant comment les larsens du micro mal ajusté mélangé avec l’alcool ont déjà poussé les limites de son état mental déjà assez fragile à la violence. “C’était un ami mais tsé, je pense que y’a des séquels” Avec un regard morose il retourne vers sa console pour partir un rythme kitsch et heureux typique des années 80. Le contraste ridicule fait éclater la salle de rire. Cette fois il souffle des grongments graves en italien: “Te quiero”. À force d’alterner musique et stand-up, Bernardino Femminieli a vu son personnage dépasser la performance pour devenir, sous nos yeux, une véritable figure culte.
Derrière cette façade d’humour noir, il y a quelque chose de profond dans le personnage de Bernardino Femminieli. À travers ses propos provocateurs se faufile une critique absurde des choses, un peu à la dada.
Ses poèmes prennent la forme d’histoires détaillées qui mettent en lumière les conflits d’intérêts du pouvoir, la corruption policière et les paradoxes de l’amour monogame. Il ne prêche jamais frontalement. Il préfère l’aveu bancal, la phrase trop grande, l’image déplacée. Ce sont ces excès qui dévoilent l’hypocrisie des structures qu’il évoque.
On rit de lui, mais on rit aussi de ce qu’il expose en nous.























