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Tarta Relena, ou l’enchantement méditerranéen à travers les siècles

par Z Neto Vinheiras

Dans une Sala Rossa comble, ce dernier jeudi 22 janvier a été une soirée de communion vocale, un écho aux courants sous-jacents des siècles, aux paysages méditerranéens. Et à une incroyable perméabilité entre les genres, les langues et les techniques. Un spectacle gigantesque traversant les géographies, le temps et l’humanité de Ros et Torella.

Honorant à la fois le sacré et le profane, l’ancien et le contemporain, Marta Torella et Helena Ros tissent des histoires avec leurs voix, et dans leurs voix, il y a de la gravité – c’est une danse entre une soprano et une contralto, qui s’équilibrent, se soutiennent mutuellement, affrontent la foule. Elles incarnent les contrastes dans lesquels sont tissés les fils de la continuité, la tapisserie sirène avec toutes les histoires qui doivent être racontées et entendues.

Il existe entre les deux artistes sur scène une synchronie et une affinité qui ne sont pas exactement télépathiques, mais qui donnent l’impression qu’elles sont faites de la même étoffe.

Le duo barcelonais arrive à Montréal après une bonne semaine passée aux États-Unis à promouvoir son dernier album, Ès pergunta (Latency, 2024), qui conceptualise l’inévitabilité du destin dans cette tension entre l’humain et la nature. C’est une plasticité lyrique, une unification des cadres temporels et une gamme élastique de techniques. La musique de Tarta Relena est tellement axée sur la voix, les langues, les histoires et le mysticisme que l’utilisation de l’électronique n’est ici qu’une adaptation à la contemporanéité, une couche supplémentaire de gravité dans une scène qui est un présent pesant.

Tout au long de la nuit, Ros et Torella nous racontent également les coulisses de la création de cet album, notamment les heureux hasards qui ont donné naissance à un titre supplémentaire, « Odniramat », issu d’une inversion accidentelle du morceau « Tamarindo » lors de l’enregistrement. Obsédés par l’énergie du destin, ils ont appris les paroles et les mélodies inversées et ont conservé le morceau. Cela m’amène à réfléchir, dans leur cadre conceptuel, à l’intemporalité du temps et du destin eux-mêmes. Un passé qui s’étend à l’infini et revient n’est plus un passé, mais une continuité. Il fait partie de la même matière.

Néanmoins, Ros et Torella ne se contentent pas de chanter pour nous sur scène ; elles nous invitent à vraiment écouter, elles veulent que nous entendions ce que les sirènes ont à nous dire sur le destin, qui n’est pas très serein. À la fin de la soirée, ils nous offrent un rappel a cappella géorgien avec Mingjia Chen et Linnea Sablosky, qui sont ensemble en tournée pour interpréter Hocket for two voices de Meara O’Riley, un spectacle à ne manquer sous aucun prétexte !

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