Neuf femmes sur scène, dans une sorte de grande geste théâtrale où sont évoquées toutes les facettes d’une sororité riche et complexe. De la bienveillance (surtout) à l’abandon, de l’exclusion à la réconciliation.
Les Veilleuses, de Simon Renaud (chorégraphie et conception) et Romain Camiolo (musique) se sont donc levées mercredi soir à la salle Bourgie du Musée des Beaux-Arts de Montréal. Une rare incursion de la salle de musique classique dans l’univers de la danse (la première? Je ne peux le confirmer…), mais une bien belle réussite. Il faut dire que le spectacle des Veilleuses est autant chorégraphique que musical. Six des neuf interprètes sont des chanteuses dans la vie : Marie-Annick Béliveau, Salomé Karam, Kathy Kennedy, Elizabeth Lima, Hélène Picard et Ellen Wieser. Celles-ci ont fait équipe avec les danseuses professionnelles Marie-Hélène Bellavance, Nasim Lootij et Ingrid Vallus.
On n’a bien sûr pas demandé aux danseuses de chanter pleinement, ni au chanteuses de faire des contorsions trop acrobatiques, mais la mise en espace avait manifestement pour but d’intégrer toutes les participantes à une seule communauté, celle de ces femmes de plusieurs tailles et gabarits, quoique pas trop hétérogènes. De manière assez abstraitement suggestive, ces femmes ont parcouru l’heure et quelques du spectacle pour exprimer différents états d’âme et surtout les moyens de les affronter ensemble, parfois désunies, ou de les partager entre toutes.
La pièce est déclinée dans un rythme lent et mesuré. Ces femmes évoluent dans un monde de ressenti mutuel qui prend le temps de s’exprimer et d’être accueilli. C’est la musique qui sert de puissant liant de l’ensemble psycho-émotionnel du spectacle, en appui à la cohérence visuelle des costumes, soit des robes de différentes teintes chromatiques liées au jaune-orangé-brun-ocre. La dite musique, toute vocale (sinon un drone électro préenregistré agissant comme coussin harmonique) et essentiellement tonale, est bien entendu interprétée par les chanteuses du groupe, qui agissent à la fois comme l’incarnation émotionnelle de chaque unité individuelle mais aussi comme coalescence de la relation de groupe. La partition de Camiolo est belle et semble progresser, du moins c’est l’impression que j’ai eue, selon une évolution chronologique historique.
Au tout début, les voix prennent une apparence collective de chœur grec, dans une expression de type modal qui évoque subtilement quelque chose de très ancien, peut-être archaïque. Plus loin, on entend quelque chose comme un air médiéval. Plus loin encore, ça se rapproche de la chanson folk ou populaire. Mais ce sont là des moments brefs, émergeant d’une trame plus ample et soutenue de longues lignes mélodiques qui ne déplairaient pas à plusieurs compositeurs ou compositrices actuels faisant dans le choral néo-mystique. À quelques reprises, les harmonies se resserrent, jusqu’à saturation et grincement rugueux. C’est dans ces moments, comme le soulignait le compositeur dans l’entrevue que j’ai réalisée avec lui et le chorégraphe à propos du spectacle (ENTREVUE À ÉCOUTER ICI) que les femmes de cette sororité symboliste semble s’éloigner les unes des autres et dissoudre leurs liens. La tactique est simple, mais efficace.
En fin de compte, Les Veilleuses est un regard assez juste et poétique sur la force, mais aussi sur les périls, d’une communauté féminine qui a, depuis des millénaires maintenant, dû se serrer les coudes devant l’adversité et se donner la main dans les épisodes lumineux.
Les Veilleuses est un spectacle beau et complet, complexe mais pas hermétique, et surtout parfaitement adapté à une large possibilité d’engagements : dans des festivals de danse comme de musique ou de propositions transdisciplinaires. Un lancement parfaitement adéquat pour la série Arts croisés de la salle Bourgie.
Les Veilleuses est une coproduction de Amour Amour, la Salle Bourgie, Chants Libres et Corpuscule Danse.























