musique de chambre / néoclassique / pop instrumentale / tango nuevo

Songe éveillé … aux premiers accents du Québec moderne

par Alain Brunet

Songe, projet du violoncelliste et compositeur Vincent Bélanger s’incarne dans un album ainsi qu’un concert d’intérêt pour les férus de néoclassicisme en mode musique de chambre. Devant public, le  premier Songe a été vécu sur scène au dernier après-midi de février, voici le compte-rendu d’une évocation.

Le choix d’un bâtiment historique du patrimoine religieux québécois, soit l’Église de la Visitation, sied bien à cette entreprise que l’on peut qualifier de néoclassique puisqu’elle puise dans la musique classique mais aussi dans les mélodies populaires, le tango moderne ou même dans l’improvisation  jazz. 

Sur un ton presque ecclésiastique, le violoncelliste essaie de tisser un lien poétique entre les pièces de son nouvel album dont il procède à l’exécution intégrale.

Chaque musicien.ne de ce quintette est hautement professionnel et contribue à l’érection d’une musique de chambre de plus en plus cohésive. Le violoncelle est au centre de la proposition mélodico-harmonique, mais chaque instrumentiste et la soliste contribue bellement au son d’ensemble : la soprano Jessica Larouche, la harpiste Annabelle Renzo, la violoniste Véronique Turcotte et le contrebassiste Étienne Lafrance se joignent au violoncelliste pour cueillir le fruit de son imagination, sorte de songe éveillé aux premiers accents du Québec moderne,

Ainsi donc un paysage intérieur apparaît en soi, le soi du narrateur, marcheur du songe.   Dans un espace suspendu et un sentier invisible, c’est ici que commence le songe . Le projet en décrit la trajectoire du marcheur et la réflexion solitaire qui en émane, le lâcher-prise, les empreintes du son, la perte de repères, la chute, le renouveau et autres facteurs d’élévation.

La première pièce est consacrée à la harpe, introduction parfaitement consonante intitulée Solitude.

Nous sommes déjà au cœur de l’évocation d’André Gagnon , Pour ma sœur en allée.  Nous revoilà dans les années 60 et 70 de notre conception émergente d’une musique de qualité. André  Gagnon était un autodidacte mais un musicien studieux ayant appris les fondements de l’orchestration baroque et classique, sans parfaitement maîtriser ces formes.

André Gagnon, à l’instar de Claude Léveillée, étaient les pianistes et compositeurs par excellence de cette période des boîtes à chanson et leur legs touche encore beaucoup de monde. De leur façon de faire et de leurs idées, des musiciens éduqués comme Vincent Bélanger s’en inspirent.

Songe, la pièce titre de son album s’enchaîne parfaitement avec celle d’André Gagnon, Songe aurait pu être composée il y a un demi-siècle, mais pas l’exécution; le niveau des interprètes de telles musiques n’était pas aussi élevé à l’époque.

 Mais l’empreinte reste forte et cette esthétique revient à la charge, dans la foulée néoclassique qui domine largement la musique instrumentale depuis quelques années. Voilà d’ailleurs pourquoi le grand public féru de musique instrumentale peut s’y retrouver.  Hormis André Gagnon dont ces œuvres s’inspirent, les plus âgés de l’auditoire se rappelleront entre autres Un retard, thème connu de la série télévisée Le monde de Marcel Dubé, composé par Claude Léveillée et fredonné jadis par la soprano Nicole Perrier. Il faut ici rappeler  qu’André Gagnon et Claude Léveillée étaient des compositeurs instinctifs et  imaginatifs, en tout cas assez inspirés pour que leur esthétique fusse partiellement reprise en 2026 par des musiciens comme Vincent Bélanger. 

Ce dernier semble aussi très influencé par le maître des maîtres du baroque : Dialogue, pour violoncelle et contrebasse, puise presque directement dans la  Suite pour violoncelle No 1 de Jean-Sébastien Bach. Joué ici dans une clé différente, le « riff » principal de cette fameuse suite devient prétexte à un dialogue entre  violoncelle et contrebasse, on applaudit ici la grande maîtrise d’Étienne Lafrance, excellent son,  excellente articulation.

Ce tandem aura été joué à la suite de Choc, démonstration d’efficience technique au violoncelle seul.

Autre influence majeure chez Vincent Bélanger, le tango nuevo, à commencer par celui d’Astor Piazzolla, on l’aura observé à l’écoute de Comme un tango et (un peu moins) Passage ancien.

Pure, puissante, sans vibrato et sans paroles,  la voix de Jessica Latouche s’impose particulièrement dans la pièce Fée, comme ce fut le cas en début (Songe et Pour ma sœur en allée) et en conclusion de programme (Tout est dit et Cantilène). 

Consonant et mélodieux, ce mélange des genres trouve ainsi une certaine cohésion sur la palette de Vincent Bélanger qui s’inscrit dans la tendance en toute rigueur, sincérité, honnêteté.

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