Semaine du Neuf | Aux confluents et de l’âme et Du vivant : l’abandon du corps et de l’esprit à la musique
Nous perçons les oreilles, duo formé du couple d’instrumentistes Jean Derome et Joane Hétu, présentait à la conviviale black box qu’est La Chapelle Théâtre La Chapelle, le 14 mars 2026, une collaboration en improvisation libre avec les danseuses Sarah Bild et Susanna Hood. Une création qui rendait hommage à la musicalité des corps, dans la lignée de la thématique qui a jalonné cette édition de la Semaine du Neuf.
Quand on pénètre dans l’enceinte de La Chapelle, nous sommes accueillis par un large plateau ouvert avec comme seule installation trois micros et une table avec, disposé sur celle-ci, une panoplie d’objets et d’instruments hétéroclite que Joane Hétu et Jean Derome utiliseront pour façonner l’univers musical qui sera créé sous nos yeux. Car, bien que l’œuvre soit titrée Aux confluents des âmes, il n’y a pas de thématique sous-jacente ou de point d’ancrage organisé qui vient formellement guider la forme. Le seul élément qui traverse la réalisation de cette œuvre, c’est la volonté exprimée dans la note de programme, rédigée à quatre mains, par les protagonistes :
Le corps, la voix, le rythme
s’invitent mutuellement à aller l’un vers l’autre,
à tisser une trame invisible
où le rêve prend forme,
où l’histoire s’écrit à vue.
C’est un exercice fascinant d’assister au déploiement de cet univers sonore et visuel éphémère et, en tant que spectateur et auditeur, de s’amuser à créer des liens et à faire sa propre trame narrative. C’est ce qui rend l’expérience unique. Les différents sons générés par les deux musiciens tantôt avec des assiettes d’aluminium, wood-block, sifflet à coulisse, bouteille d’eau, ocarina, tambour-tonnerre, archet, mélodica, éventail, bruits de bouche divers, nous ont personnellement évoqué tantôt des froissements de feuilles mortes, des paysages naturels, tantôt des thématiques comme la mort, la folie, la naissance. Une idée est lancée par une texture, un mouvement et les interprètes se répondent, s’adaptent, pour créer des moments où musique et corps deviennent interreliés.
Saluons par ailleurs la concentration des danseuses Sarah Bild et Susanna Hood du duo Frying Pan qui ont offert un relief bien particulier aux différents temps de cette performance, que ce soit bien sûr par leurs gestes signifiants, mais par leur expression qui apportait une touche de théâtralité à l’œuvre.
En deuxième partie de cette soirée, la performance intitulée Du vivant, regroupant Jean-François Laporte et sa Table de Babel (Totem Contemporain) et le groupe Tours de Bras, avec Éric Normand (basse électrique et objets), Philippe Lauzier (clarinette basse et objets) ainsi qu’Annie Saint-Jean (projections et manipulation d’images). Ils sont venus apporter un complément stylistique à cette soirée.
Alors que la complexité de la performance en première partie se jouait sur l’immédiateté de l’instant présent et avec des instruments, la performance de cette co-production de Totem Contemporain et Tour de Bras misait sur une complexité sonore plus étendue et générée par des moyens techniques plus élaborés.
Il y avait quelque chose de transcendantal et quasi méditatif de voir et d’entendre cet assemblage sonore porté entre autres par la lutherie imaginative de Laporte avec notamment cette puissance générée par un klaxon de camion propulsé par un compresseur. Deux approches, deux complémentarités face à la matière, mais le même sentiment d’abandon et de renoncement à la musique, autant pour les musiciens que pour le public.























