électronique

EAF x SAT | L’océan sonore d’IRL

par Loic Minty

Après une longue nuit passée à écouter de la musique à la SAT, je me suis réveillé en me souvenant de ce que je pensais être un rêve.

IRL, alias Amanda Harvey, a ouvert le bal avec une ode à sa pratique d’écoute anthropocène : un enregistrement sur le terrain d’un paysage sonore océanique.

Immédiatement, les pensées vagabondes se sont estompées et réduites au balancement des vagues. Très lentement, alors que nous atteignions le niveau le plus bas de notre attention, nos oreilles se sont ouvertes dans l’attente des premières notes d’un pad chaleureux. Doucement mais sûrement, IRL a commencé.

Des profondeurs sous la surface de l’eau émergea un drone. Puis, alors que les motifs de son échantillonneur s’entremêlaient, des rythmes remplirent l’espace, créant ce qui semblait être un océan entre chaque note. Au-dessus, un clavier jouait doucement la symphonie d’un millier d’anges avec leurs cors. Elle était aiguë et aérienne, mais également ancrée dans l’espace. Se déplaçant d’avant en arrière, IRL faisait des pauses, écoutait, sentait la foule. La « performance » semblait secondaire par rapport à un désir de canaliser quelque chose de plus grand. Au fil du temps, le canal est devenu de plus en plus clair, et les parasites se sont transformés en une petite boule de peluche.

Derrière elle, on voyait ce qui semblait être des images tournées en 16 mm, dont le cadre se reconfigurait sans cesse, laissant place à l’imagination pour deviner quelle vie se cachait derrière ces taches floues de lumière. Il n’y avait ni sujet ni histoire, mais le thème était très fort. Il suscitait des images dans l’esprit et, associé à la musique, créait ce que Michel Chion a appelé l’illusion audiovisuelle. Nous voyions simultanément le son et entendions les images bouger à l’écran. Ainsi, ce que nous vivions dépassait les deux médias : une sorte de poème qui s’adressait aux profondeurs de la mémoire, à un rêve récurrent commun que nous n’avons pas encore fait. Sur les enregistrements sur le terrain et les bourdonnements profonds d’IRL, les images de mousse marine, de chaînes de montagnes désertes, de traînées de lave, tout cela s’est intériorisé en un tout. Et là, si l’on écoutait attentivement, on pouvait entendre les sans-voix.

Lors de notre entretien l’hiver dernier, alors qu’elle préparait son exposition Substrat, Amanda Harvey a longuement parlé de l’influence de l’écoute sur sa pratique artistique, et je me rends compte que je n’avais pas compris ce que cela signifiait jusqu’à hier soir. Sa musique s’apparentait davantage à une pratique de méditation sonore inspirée de Pauline Oliveros qu’à un concert classique, et son approche altruiste et expérientielle exigeait une présence physique, ce que les descriptions indirectes ne parviennent souvent pas à transmettre.

EAF est un aimant qui attire ces êtres uniques. Il y a beaucoup à dire sur l’influence croissante de cette série, et on a l’impression que la chrysalide a commencé à se fissurer. Pourtant, elle reste l’œuvre et l’apanage des artistes. De petites bulles issues des sous-cultures environnantes apparaissent régulièrement pour donner un peu d’air à cette formule exploratoire désormais familière, c’est-à-dire un engagement avec l’indéfini. Et ainsi, l’histoire continue, avançant vers le présent inexploré.

bass-music / drum & bass / électronique / groove / jazz groove / tech-house

Au sujet de Patche

par Alain Brunet

Il y a un buzz justifié à l’endroit de Mode, 3e album de Patche, ça fait un moment que les échos rebondissent sur PAN M 360. Tant et si bien que M pour Montréal, soit le 21 novembre dernier au Ausgang, était l’occasion de se faire une tête et aussi se refaire un plexus.

Ainsi, on a pu apprécier ces excellents grooves signés Eliott Durocher Bundock, JB Pinard, Lévy Bourbonnais, Étienne Dupré, Mandela Coupal Dalgleish, musiciens éminemment actifs sur la scène keb et qui peaufinent ce projet signature lorsque l’occasion le leur permet.

Le communiqué promotionnel de Patche dissèque l’opus Mode en « grooves dissidents, structures élastiques, réverbérations caverneuses, rythmes labyrinthiques, intensité enthousiasmante, fébrilité collective et visées cosmiques ». Bon, bon…

Pour ma part, Patche est constitué d’une très solide section rythmique basse/batterie et d’un trio de synthés modulaires (d’où patche, on imagine) / effets / harmonica chromatique qui génèrent les flux texturaux et riffs harmoniques pas piqués des vers. Les beats sont très clairement inspirés de l’électro, jungle, drum&bass, jazz-fusion, jazz électro, mathrock, bass music, tech-house mais joués par des mains et des pieds, le tout complété par une lutherie surtout électronique.

Depuis l’époque de Squarepusher, soit deux décennies plus tôt, des sections rythmiques en chair et en os assurent le groove de plusieurs projets électroniques jadis qualifiés de IDM… À Montréal, voilà un autre exemple probant de cette croissance et de cette maturation, soit cette fusion de plus en plus fluide d’instrumentistes éduqués et de férus d’électro. Tant pour les beats que pour les enrobages, on se régale au buffet de Patche.

bebop / jazz / saxophone

ONJ | Un orchestre de cordes, un ensemble de jazz et des saxophones altos célèbrent Charlie Parker

par Michel Labrecque

En entrant dans la Cinquième Salle de la Place des Arts, vingt minutes avant le concert, l’ensemble de cordes était déjà fébrile : les instruments s’accordaient, faisaient des gammes et virevoltaient dans tous les sens.

L’Orchestre national de Jazz s’est métamorphosé en ensemble de cordes, comme ça lui arrive à l’occasion. Cette occasion-ci était de rendre un hommage à Charlie Parker with Strings, ce moment rare où, entre 1949 et 1951, le grand saxophoniste de be-bop a enregistré avec un ensemble de cordes. Un moment qui a marqué l’histoire à cette époque.

Pour commémorer cet événement, l’ONJ a pris les grands moyens : sur scène, on trouvait une vingtaine de violonistes, altistes et violoncellistes, accompagnés d’une harpiste, d’une hautboïste et d’une joueuse de cor anglais. De plus, on trouvait une section rythmique, batterie, basse, guitare, piano.

Le directeur musical de cette soirée, Samuel Blais, m’avait raconté en entrevue que Charlie Parker, alias Bird, n’a jamais eu droit à un ensemble aussi vaste. À l’époque, le producteur voulait économiser, donc c’était un petit ensemble de cordes qui a collaboré avec le grand saxophoniste.

Pour incarner Charlie Parker, Samuel Blais a fait appel à des habitués de l’ONJ : les excellents saxophonistes montréalais Jean-Pierre Zanella, Rémi Bolduc, André Leroux et Alexandre Côté. Chacun d’eux a eu son moment de dialogue avec l’ensemble de cordes.

Comment vous dire simplement ? Tout ça sonnait très bien ! C’était fluide et riche. L’ONJ a respecté scrupuleusement les arrangements de l’époque, mais les saxophonistes avaient la liberté d’improviser, sans chercher à copier Parker. Évidemment, il faut aimer le style de l’époque. Les cordes sonnent parfois comme une trame sonore d’un film de Walt Disney. Mais c’est finement arrangé et, en cette époque grise, ça rajoute un peu de couleur dans nos vies.

Ne me demandez surtout pas lequel des quatre solistes était le meilleur. Chacun avait sa propre couleur. Et c’est très bien comme cela.

Pour terminer, les quatre larrons se sont retrouvés sur scène et se sont laissés aller dans une série de solos, accompagnés de la section rythmique, pour une dernière pièce. L’orchestre de cordes et de vents, presque entièrement constitué de femmes, tapait du pied en souriant.

Dans la salle, nous faisions pareil….

C’était une très belle soirée, à guichet fermé, bien qu’autour de moi, il y avait quelques sièges vides.

Le prochain rendez-vous de l’ONJ sera Ellingtonien. Le 15 janvier 2026, Kim Richardson chantera Duke Ellington, sous le direction de Marianne Trudel. Bonne année !

Publicité panam
classique / période romantique / post-romantique

OSM | Première présence réussie pour Anja Bihlmaier à la barre

par Jeremy Fortin

Ce mercredi l’Orchestre symphonique de Montréal (OSM) présentait à la maison symphonique, la Symphonie « Pathétique » de Tchaïkovski, dirigé pour l’occasion par la cheffe allemande Anja Bihlmaier, qui en était à sa première performance avec l’OSM.

C’est avec l’énergique Ballade en la mineur de Samuel Coleridge-Taylor que le concert fut lancé. Dès les premières minutes de cette pièce très rythmée et expressive, on peut constater que la cheffe n’a aucune intention de pousser l’orchestre aux extrêmes de son niveau sonore en cette première partie de concert. Celle-ci mise plutôt sur une précision de l’articulation et un approfondissement des nuances entre le piano et le mezzo-forte.

La soirée s’est poursuivie avec un invité de marque, soit le violoncelliste franco-allemand Nicolas Altstaedt, qui était présent pour interpréter le Concerto en mi mineur du compositeur anglais Edward Elgar. Sa performance fut certes d’une grande qualité et ses échanges avec l’orchestre étaient de toute beauté, particulièrement lors des sections plus douces du concerto. Bihlmaier continue pour sa part avec une approche dans la douceur, nous donnant un dialogue pianissimo entre le soliste et l’orchestre absolument sublime.

Pour cette deuxième partie de concert, les spectateurs ont eu le droit à une représentation tout simplement magnifique de la Symphonie « Pathétique » de Tchaïkovski. L’orchestration incroyable de la pièce permet à l’auditeur de savourer chaque section de l’orchestre en commençant par les bois, plus particulièrement le basson, qui, avec une précision impeccable, énonce le premier thème presque en solo soutenu par un tapis de corde. Les cuivres, quant à eux, auront tout le plaisir du monde durant les moments plus sonores de la pièce. Si certains ont douté de la capacité de la cheffe à faire ressortir ces moments plus grandiose après une première partie où l’on pouvait sentir qu’elle se contenait, ils ont vite été rassurés. Effectivement, la cheffe allemande a su exploiter les nuances de la pièce avec brio, tout en gardant la légèreté mise de l’avant dans la première partie du concert.

Une chose est sûre, les applaudissements inattendus du public à la fin du 3e mouvement qui auront certainement dérangé les plus habitués à la Maison symphonique, ainsi que la pluie d’applaudissement quelques minutes plus tard à la fin de la pièce témoigne d’une première présence réussie pour Anja Bihlmaier à la barre de l’OSM.

jazz / jazz latin / orchestre / saxophone

L’âme de Melissa Aldana transperce le Big Band de l’UdeM

par Michel Labrecque

Avec le froid et les cordes de pluie qui tombaient sur Montréal, il fallait un peu de courage pour se rendre à la salle de concert de la Faculté de musique de l’Université de Montréal. Mais ce n’était pas en vain : le saxophone solaire de la Chilienne Melissa Aldana nous attendait. Avec un Big Band d’étudiants qui semblait chauffé à bloc. La pluie ? Quelle pluie ?

Melissa Aldana s’est attiré beaucoup d’éloges au cours des dernières années pour l’originalité de son jeu et la qualité de ses compositions. « C’est une des meilleures saxophonistes sur la planète », m’a dit João Lenhari, trompettiste, professeur et directeur musical du Big Band lors de notre entrevue. Et par cela, il voulait dire sans distinction du sexe.

Habituellement, Melissa se produit en sextet ou en quintette. Son unique expérience en big band était un projet réalisé avec le Frankfurt Radio Big Band, un projet inspiré par l’artiste mexicaine Frida Kahlo. C’est à une version de ce projet que nous avons eu droit à la Salle Claude Champagne.

João Lenhari l’a déclaré, d’entrée de jeu, dans son français joliment teinté d’accent portugais : reproduire ces compositions de Melissa Aldana arrangées par Jim McNeely était un travail sérieux de complexité qui a exigé beaucoup de répétitions.

Dans l’ensemble, ce concert était à la hauteur. Les kids se sont très bien tirés d’affaires. Ces pièces, qui sont du jazz teinté de latinité, mais de façon très subtile, sont effectivement difficiles à exécuter. Mais, dans l’ensemble, tout coulait. La section rythmique était particulièrement impeccable, de mon  avis de profane, qui écoute beaucoup de musique.

Ce qui est particulièrement chouette dans ce genre de concert, c’est la capacité d’humilité de la « vedette ». Melissa Aldana laissait beaucoup de place aux solos des étudiants, les applaudissait, les encourageait. Je ne sais pas si on trouve ceci dans la musique classique. Il y a eu un moment particulièrement émouvant ou la saxophoniste ténor Maude Gauthier et Melissa Aldana dialoguaient, se donnaient la réplique. Je me demandais à quelle vitesse le cœur de Maude battait. C’est une chance incroyable !

Bref, ce fût une soirée chaleureuse et musicalement excellente. Seul petit bémol : parfois, le Big Band enterrait un peu le saxophone de Melissa, qui est souvent dans des émotions très subtiles. Fort heureusement, elle a pu démontrer tout son talent dans un solo sans accompagnement, où on réalisait l’ampleur de son registre et des nuances.

Je vous recommande donc d’écouter son dernier album Echoes Of The Inner Prophet, pour prendre la mesure de ses talents de saxophoniste et de compositrice.

Le 7 décembre, la Salle Claude Champagne recevra le saxophoniste Bob Minzer, accompagné par le Big Band des diplômés de l’université.

classique / Moyen-Orient / Levant / Maghreb

FMA 2025 | Cantiques de l’amour, entre Orient et Occident

par Sandra Gasana

Trente-six choristes. Sept musiciens. Un directeur musical. Un derviche tourneur. Et il y avait bien entendu les deux stars de la soirée : le chanteur syrien Khaled Al-Hafez et la contralto québécoise Gabrielle Cloutier.

La Cinquième salle de la Place des arts était presque remplie, mais cette fois-ci, contrairement aux autres concerts du Festival du monde arabe, il y avait un public majoritairement québécois, majoritairement âgé, les familles des choristes étaient probablement nombreuses dans la salle.

La chorale, composée de l’Ensemble Vox, était en trame de fond. Elle revenait entre les morceaux interprétés parfois par Khaled, parfois par Gabrielle et parfois par les deux. D’ailleurs, Gabrielle chantait en arabe sur les morceaux de Khaled et en français pour ses morceaux. Vêtue d’une longue robe rouge, elle se démarquait dans la salle puisque tout le monde était habillé en noir. Sa voix donnait des frissons, surtout lorsqu’elle se mettait debout au milieu de la scène et qu’elle la déployait librement. 

Les chants de Khaled avaient des allures de prières, un peu comme celles qui résonnent à travers les mosquées alors que la chorale nous plongeait dans une ambiance de messe. Et l’on valsait entre ces deux univers tout au long de la soirée. Avant la fin de la première partie, nous avons vu arriver le derviche tourneur qui a illuminé la salle avec sa méditation giratoire. Il semblait complètement en transe et tout le long, je me demandais comment il n’avait pas le vertige à la fin de tout cela.

Les musiciens ont eu le temps de briller chacun à leur tour. Ils s’assuraient de prendre leur temps durant leur solo, sans se presser, afin de laisser les spectateurs savourer jusqu’au bout.

Des images étaient projetées tout au long de la soirée, parfois des lettres de l’alphabet arabe, d’autres fois des images géométriques ou encore des décors qui se mariaient bien avec la musique.

Je dirais que le seul hic était peut-être la durée du concert. Une spectatrice assise tout près de moi pensait que c’était la fin du spectacle à l’entracte puisque nous venions d’avoir 1h30 de show. La deuxième partie était un peu plus courte certes, mais pour les amateurs de musique de ce genre, ils étaient bien servis.

Publicité panam
punk / rock

Saints Sacrement

par Patrick Baillargeon

Que ce soit du côté punk ou du côté rock and roll, on ne devrait plus avoir à présenter les Saints, et pourtant…  Encore aujourd’hui, le combo de Brisbane demeure généralement inconnu du public lambda. Mais chez les accros aux sensations fortes, le groupe fait figure de légende. C’est pourquoi plusieurs fans de Montréal et d’ailleurs n’ont pas hésité à se rendre à Toronto afin d’assister à ce concert inespéré des Saints au Canada. Enfin, de ce qu’il reste des Saints, c’est à dire le batteur Ivor Hay et le prodigieux guitariste Ed Kuepper, grand manitou du son des Saints.

Le chanteur Chris Bailey et le bassiste Algy Ward canonisés dans l’au-delà, les deux membres restants ont monté une version Saints lave plus blanc imparable en recrutant Mark Arm, de Mudhoney, un chanteur dont le timbre est différent de celui de Bailey mais qui peut interpréter les morceaux avec intensité et une véritable passion. Mick Harvey (Birthday Party, Bad Seeds), était le choix naturel pour aider à reproduire les parties supplémentaires jouées sur les albums, que ce soit à la guitare ou au clavier. Le bassiste Peter Oxley (Sunnyboys) est depuis longtemps le complice de Kuepper dans divers projets. Cette nouvelle version du groupe, baptisée The Saints ’73-’78, est complétée par une section de cuivres : Eamon Dilworth (trompette), Julian Wilson (saxophone ténor) et Mark Spencer (saxophone baryton). Objectif : reprendre là où le groupe original s’était arrêté en 1978, en interprétant les morceaux de leurs trois premiers albums, soit ceux avec Kuepper à la six cordes : (I’m) Stranded (1977), Eternally Yours (1978) et Prehistoric Sounds (1978).

Après une première tournée australienne couronnée de succès en 2024, The Saints ’73-’78 a fait ses débuts aux États-Unis en novembre, en bifurquant au passage par Toronto, seule date canadienne de la tournée. C’est la première fois que les morceaux du groupe original et de leurs trois albums, ainsi que leurs EP et singles respectifs, sont interprétés en Amérique du Nord.

Canonisation

Pour ceux et celles qui se demandent de qui on cause, on récapitule vite fait. Entre 1973 et 1978, The Saints posent les bases de leur légende. En septembre 1976, ils auto-produisent (I’m) Stranded, un single fondateur qui devance les premières salves des Sex Pistols, Damned, Buzzcocks et Clash. Leur premier album paraît en février 1977. Le groupe quitte alors Brisbane pour Sydney, puis gagne Londres où, en guise d’introduction, se produisent au Roundhouse en première partie des Ramones. Le bassiste Kym Bradshaw part peu après rejoindre The Lurkers ; Algy Ward prend sa place.

Dans l’année qui suit, The Saints enchaînent This Perfect Day ainsi que l’EP 1-2-3-4, puis amorcent un virage vers un son plus ample, teinté de R&B et parfois soutenu par une section de cuivres. Eternally Yours et Prehistoric Sounds sortent en 1978. Le groupe se dissout dans la foulée.

Chris Bailey poursuivra l’aventure sous le nom des Saints pendant quatre décennies, glissant vers un mélange de folk et de r’n’b. Ed Kuepper, cerveau sonore de la première époque, retourne en Australie, fonde les Laughing Clowns, multiplie les albums solo, signe des BO, revient au rock avec The Aints/The Aints!, collabore avec Nick Cave & The Bad Seeds, explore le jazz expérimental avec Asteroid Ekosystem et, tout récemment, publie After the Flood avec le batteur Jim White.

Le batteur Ivor Hay effectue de son côté quelques retours ponctuels au sein des Saints de Bailey et monte le groupe Wildlife Documentaries. Quant à Algy Ward, il rejoint ensuite les Damned.

73-78… 2025

S’ il y a eu quelques reformations sporadiques des Saints (en 2001 et 2007), elles se limitèrent toutefois à quelques concerts en Australie. Suite au décès du chanteur Chris Bailey en 2022 (et du bassiste Algy Ward l’année suivante), le guitariste Ed Kuepper et le batteur Ivor Hay ont pris la décision de former un groupe qui pourrait représenter au mieux les chansons interprétées sur les trois premiers albums du groupe de Brisbane.

C’est ce qu’on est allé constater au Phoenix Concert Theater de Toronto le 13 novembre dernier. Précédés de la formation locale Gloin (désolé, arrivé trop tard), les Saints sont tranquillement montés sur scène peu après 21h et se sont immédiatement lancés dans un Swing For The Crime cuivré sans faille, hormis un son mal ajusté. Le tir sera réglé au deuxième morceau, l’incisif No Time, tiré du premier album. This Perfect Day (ou night, en ce qui nous concerne) suit sans attendre, donnant le ton pour ce qu’il reste à venir. En tout, 19 morceaux, dont bien sûr l’inévitable (I’m) Stranded, The Prisoner, No, Your Product et Know Your Product, Brisbane (Security City) et une finale culminant avec les furieuses Demolition Girl et Nights in Venice.

La folie n’est pas tout à fait au rendez-vous cependant. L’ambiance dans cette vénérable salle de concerts, salle qui en a vu défiler plus d’un digne de mention depuis ses premiers shows en 1991 (et qui fermera définitivement ses portes à la fin de l’année), n’était pas aussi folle qu’on l’aurait espéré. Il faut dire que le concert était loin d’être complet… Quant au groupe, on ne le sentait pas franchement excité par ce (seul) show au Canada. Peu loquace (comme pas mal tout le reste du band d’ailleurs), Mark Arm s’est contenté de glisser quelques mots ici et là, bien accroché à son pied de micro durant toute la prestation, ou presque. Comme s’ il ne se sentait pas à sa place, lui qui est capable de toutes sortes d’excentricités scéniques avec ses Mudhoney. Pour les Saints en fait, il n’a pas à jouer ce rôle là. Et il faut dire que le chanteur américain a la difficile tâche d’intégrer les trop grands souliers de Bailey, une mission périlleuse qu’il a mené avec une sorte de respect, d’humilité et de sérénité quand on y pense. Et à chaque prestation c’est pas mal le même scénario, si on s’amuse à regarder certains de leurs shows qui circulent sur le web en ce moment.

Qu’on se le dise, les Saints d’aujourd’hui ne sont pas ceux d’hier et n’essayent pas de l’être non plus. Le tempo est un peu plus lent, l’énergie est moins intense ou, du moins, canalisée autrement. En fait, la formation actuelle se contente de livrer le plus honnêtement possible certains titres des trois premiers albums, sans fanfare, mais avec trompettes. 

Ces concerts bardés de cuivres qu’ils ont présenté en Océanie, puis en Amérique du Nord et maintenant en Europe, sont ceux qu’ils auraient dû donner à l’époque, s’ ils ne s’étaient pas séparés aussi tôt. Kuepper et Hay ont vieilli, Bailey et Ward ne sont plus, mais ceux qui les remplacent, et ceux qui ont été ajoutés, notamment le polyvalent Mick Harvey qui joue en quelque sorte le chef d’orchestre sans la baguette, donnent une autre couleur à l’ensemble.

Les Saints de 1973 à 1978 oui, mais en 2025. Une autre perspective, une autre énergie, mais les mêmes musiques qui ont jalonnées le parcours bien trop court de ce groupe emblématique.

Live photo de Matthew Ellery

hard rock / math rock / mathcore / noise-rock / rock psychédélique

M pour Montréal | Angine de Poitrine: cap sur l’infarctus!

par Alain Brunet

Le tandem Angine de Poitrine n’est peut-être pas au bord de l’AVC mais les signes de l’électrocardiogramme (cardiogamme!)  ne mentent pas : le buzz est tangible, on a pu en mesurer l’impact à Ausgang, un vendredi 21 novembre dans le contexte de M pour Montréal.

Ce tandem guitares microtonales-percussions (Khn de Poitrine et Klek de Poitrine pour les intimes) enrobé d’électro fait boum sur les scènes indies avec ses déguisements carnavalesques et ses réparties de Cro-Magnons numérisés, servies sous forme de sympathiques grognements saturés. Bonnes bêtes !

Tous ces éléments concourent à une formule gagnante, à la fois audacieuse et hilarante. Des grooves tribaux sont ainsi plongés dans un épais magma de pédales d’effets et autres générateurs de fréquences hypnotiques. Tous les beats au programme sont connus, souvent inspirés du prog et du mathcore  (pour les mesures composées), du psych-rock, du hard-rock ledzeppien (pour les fameux riffs orientaux de Jimmy Page, forcément microtonaux) ou carrément du noise. Les interventions des cordes microtonales (guitare et basse siamoises, deux manches et un seul corps) nous éjectent ainsi des échelles mélodiques couramment employées dans les styles mentionnés. 

Cette musique est faite de motifs mélodico-harmoniques couchés sur des rythmes d’enfer, toutes ces superpositions texturales produisent un jam hors du commun.

Balancées à la manière d’un jam, ces pièces au programme sont relativement simples, peu de variations en cours de route sauf quelques ponts plus sophistiqués. Quo qu’on en pense, Angine de pointrine s’avère tout simplement incendiaire, ces Bleuets tonitruants (Saguenay, Alma) vous font exploser ça en pleine gueule. L’effet d’entraînement de cette transe festive est indéniable, impossible d’y résister.

Cap sur l’infarctus!

musique contemporaine

Quigital Corporate Retreat : comment détruire la culture corporative en s’amusant ferme.

par Frédéric Cardin

Comment décrire le concept à la base de Quigital Corporate Retreat de l’ensemble de percussions Architek, la soprano Sarah Albu et les concepteurs-trices Eliot Britton, Patrick Hart, David Arbez et Kevin McPhillips? Je ne répéterai pas ce qui a déjà été dit dans l’entrevue que j’ai réalisée avec Ben Duinker de Architek, Sarah Albu et Elliot Britton. Je vous invite donc à la consulter sans attendre.

REGARDEZ L’ENTREVUE ICI

Je me concentrerai plutôt sur le spectacle lui-même, auquel j’ai assisté le 13 novembre 2025, à la Sala Rossa, à Montréal. Ce qu’il faut en dire, de prime abord, c’est que ce spectacle représente une forme renouvelée du concept d’art total dans lequel le public est impliqué. Une bonne demie heure avant le lancement des premières notes, nous sommes déjà dans le show lui-même. Nous sommes accueillis non pas en tant que spectateurs, mais plutôt comme employés de la corporation Quigital. L’événement est une retraite professionnelle, une séance de boosting et de motivation, de brainstorming collectif, mais aussi, à notre insu, une évaluation de nos performances. Nous recevons une carte officielle d’identité et une application téléchargeable nous connecte aux autres ‘’employés’’ avec lesquels nous sommes appelés à échanger des idées de produits à lancer, à bâtir un réseau et surtout, à accumuler des points Quigital. Avec ces points, on peut même s’acheter des promotions!

Cette intro passée, le spectacle est lancé. Celui-ci est un feu roulant assez ludique dont le succès, me dit-on, est à mettre au crédit des conseils de la metteure en scène et chorégraphe Marie-Josée Chartier. On se laisse vite embarquer, tellement tout est mené rondement et les musiciens font aussi office de gestionnaires plus ou moins efficaces de la progression de l’événement. Mais la personne qui assure le déroulement impeccable et le maintien de l’énergie essoufflante, c’est la MO (Mistress of ceremony), sorte d’animatrice de foule/GO Club Med/motivatrice poussive de la soirée : la soprano Sarah Albu. C’est elle qui colle tout ça ensemble, qui chante, parle, incite jusqu’à saturation à répéter les mantras, ridicules, de cette grosse boîte fictive, mais pas tant que ça. Tient, par exemple : If you’re on time, you’re late; We strive for Data Completeness!; It’s up to all of us to live and breathe the sunset-type environment; Aim to find out your Complete Edgeboard Storylines, et un tas d’autre nonsense du genre. Nous sommes bombardés par une propagande creuse, couverte de faux-bons-sentiments qui sous-tendent un productivisme abrutissant semblant sortir d’une version actualisée de 1984

Tout ça, bien entendu, est une critique acerbe mais lucide du monde corporatif contemporain, qui semble incapable d’éviter le piège de sa propre caricature extrémiste menant vers l’absurdité. 

L’événement est constitué de chansons qui forment un cycle complet (un Songbook) de six titres, évoquant des platitudes convenues que l’on pourrait entendre ou lire dans les activités usuelles d’une journée de travail : 

Can You Forward This To Me?
I Hope This Email Finds You Well
Exciting News!
Just Wanted To Circle Back
You Left Something Behind
We Love You

Tout cela est entrecoupé de moments instrumentaux parfois frénétiques, comme lorsque l’animatrice surcharge ses collègues de travail en les poussant à toujours aller plus vite. Ceux-ci (les gars de Architek) tapent de plus en plus vite sur des ‘’claviers’’ d’ordinateurs qui font aussi office de percussions ou d’instruments rigolos comme un mélodica!

La grande réussite de ce spectacle comme aucun autre que j’aies déjà vu, c’est que, premièrement, la mise en scène est attachée au millimètre et rendue à la milliseconde près. Deuxièmement, la critique socio-économique proposée n’est pas faite dans la lourdeur ou la prêche gauchiste. Bien que le propos soit indéniablement de gauche, l’humour et la dérision présente tout du long servent de paratonnerre à une éventuelle impression de démarche politique militante. Puis, troisièmement, la musique signée par Elliot Britton et Patrick Hart est parfaitement adaptée au propos et au déroulement. Le compositeur montréalais nous plonge dans une tornade de sons, de notes et de mélodies bien tournées qui évoquent autant la muzak de boîte vocale téléphonique ou le jingle corporatif que la chanson type de musical états-unien et, aussi, des épisodes instrumentaux plus contemporains, mais toujours habités par une énergie propulsive irrésistible. Le petits thèmes simplistes associés aux ‘’pubs’’ de Quigital rappelleront, à ceux et celles qui s’en souviennent, les jingles stéréotypés des fausses publicités dans des films comme Robocop (l’original de 1987, un chef-d’oeuvre satirique très glauque signé Paul Verhoeven) ou Total Recall (aussi l’original, avec Arnold Schwarzanegger en 1990, également de Verhoeven et basé sur une nouvelle de Philip K.Dick). Comme quoi, les tendances superficielles et propagandistes des multinationales n’ont absolument pas changé… De nos jours, on dirait même qu’un mouvement de fusion est en train de s’opérer avec une certaine frange religieuse de la société, surtout aux États-Unis. 

Les concepteurs-trices l’ont d’ailleurs probablement très bien noté, car la majeure partie de cette retraite corporative est divisée en six parties associées à un rite cultuel initialement lancé avec la ‘’prière’’ Oh Growth, Heed My Call. S’ensuivent les six parties, dont les titres ne laissent pas vraiment de doute quant aux liens religieux : Invocation, Thanksgiving, Confession, Supplicata, Intercession, Adoration. Imaginez ensuite l’animatrice qui, à la suite du congédiement de certains employés, offre de très superficiels et inutiles ‘’thoughts and prayers’’!! Un moment particulièrement fort quand on sait comment et dans quels contextes ils sont utilisés chez nos voisins du sud. 

Au final, Quigital Corporate Retreat est un spectacle audacieux, très audacieux, mais qui a assurément le potentiel de rejoindre un vaste public en quête de dépaysement et de critique sociale aussi virulente que comique, sans obliger quiconque à s’arracher la tête pour comprendre ce qui se passe. Voilà une chose rarissime en création contemporaine dite ‘’d’avant-garde’’. 

When you burn bridges, people fly!

baroque / classique

Arion Orchestre Baroque | Les Adieux, attentes comblées

par Chloé Rouffignac

Les samedi 14 et dimanche 15 novembre, Arion Orchestre Baroque nous offrait un concert très émouvant, Les Adieux, présenté à la salle Bourgie. Dans un programme varié et sous la direction de la violoniste solo Chouchane Siranossian que nous découvrions et redécouvrions le répertoire de Mozart, Haydn mais également Andreas Romberg dans son Concerto pour violon en la majeur.

Le concert a débuté par un discours de la directrice artistique visant à rappeler l’importance des dons en cette journée internationale de la philanthropie. Un clin d’œil qui n’est pas anodin, en référence bien sûr au climat économique actuel mais également à la Symphonie No 45 “Les Adieux” de Haydn, proposée à une époque où les musiciens du château d’Esterhaza cherchaient à retrouver leur famille, dans un contexte où le métier de musicien était déjà précaire…

Cette symphonie -très connue- de Haydn, donc, pièce maîtresse du concert, a comblé toutes les attentes du public. L’orchestre nous a partagé son énergie dès l’allegro, dans une très belle exécution d’un texte qui malgré sa popularité n’est pas simple et requiert beaucoup de dialogue entre sections notamment dans ses nuances. On note dans l’adagioles interventions de hautbois et le son très puissant des cors qui s’étaient fait jusqu’à présent plutôt timides. Ce qui frappe, également, c’est la gestuelle fluide et subtile de la cheffe. On a l’habitude des grands élans et de larges mouvements, et pourtant l’efficacité de la soliste est remarquable. Cette qualité de cheffe, on la retrouve dans le concerto pour violon de Romberg, où l’on peut entendre les belles couleurs du cor et les sonorités très riches des basses. La soliste démontre son agilité dans une pièce qui requiert de l’endurance et une maîtrise du registre aigu très délicat dans le rondeau.

Après un départ millimétré dans la Symphonie no 5 de Mozart, où la précision de l’orchestre s’est manifesté dans l’allegro, on comprend alors toute l’importance d’un concert chargé de sens, où il est primordial de reconnaître la qualité des musiciens qui performent et un orchestre qui mérite sa pérennité.

Crédit photo: ©Tam Photography.

americana / chanson keb franco / indie folk / indie rock

Laurence Hélie sort du lit: toutes les créatures de son moi profond

par Alain Brunet

Laurence Hélie en français ou Mirabelle en anglais ? Créature hybride?  Qu’importe. Cette femme crée des chansons, des ambiances, des fréquences qui finissent par nous happer et nous mener au bon endroit. 

Depuis les années 2010, cette chanteuse, autrice et musicienne a fréquenté l’americana et l’indie rock anglo-américain. Elle s’exprime dans les deux langues et on ne s’en plaindra pas dans la république de Montréal. Depuis les débuts de son parcours, on aurait pu conclure à l’incohérence de sa direction artistique, à la girouette esthétique.

Aussi modeste soit-il, son nouveau spectacle infirme cette appréhension : Laurence Hélie présente un vrai corpus artistique: inspiré, équilibré, complet.

En ce mercredi 19 novembre au Lion d’Or, elle savait rire d’elle-même, s’avouant fatiguée, exaspérée par une covid longue qui, trop souvent, trop longtemps, la cloue au lit avec ses chats comme elle le raconte  dans la chanson Last Chance Lake. Lorsqu’elle arrive à sortir du lit, en tout cas, elle se présente sans filtres apparents, fragile et mortelle telle qu’elle est, parfois éteinte par la conjoncture générale pour des raisons évidentes. Enfin… on la croit! 

Cela étant posé, Laurence Hélie trouve quand même l’énergie de pondre des chansons solides, bien tournées, assez substantielles pour qu’on les écoute à répétition. Elle trouve le moyen d’écrire des textes solides et consonants malgré leur simplicité apparente. Néanmoins, son arme principale est sa voix : timbre magnifique, superbes inflexions, susurrements circonspects, puissance naturelle.

Sans prétention apparente, son groupe compte des multi-instrumentistes aguerris, toustes capables de tout jouer, guitares, basse, claviers, batterie : Karolane Carbonneau, Navet Confit (Jean-Philippe Fréchette), Pierre-Guy Blanchard, sans compter la participation du doué Mat Vezio à la batterie sur deux titres, ce dernier ayant assuré une première partie touchante et minimaliste en y présentant une demi-douzaine de chansons neuves – il revient de loin le mec, infarctus printanier, maman alzheimer, papa sourd, on en passe.

Laurence Hélie aura interprété, grosso modo, les titres de son mini-album Tendresse et bienveillance, lancé en 2025 chez Simone Records, aussi d’une reprise singulière de Nirvana qu’elle a enregistrée récemment (All Apologies), sans compter quelques « classiques » de sa discographie franco ou anglo. 

Elle a beau faire vraisemblablement plus de siestes que nous en faisons, son art n’a rien d’endormant. 

Laurence Hélie réunit désormais toutes les variables de son moi profond et affiche une belle maturité chansonnière. Aurez-vous saisi qu’elle mérite plus d’attention qu’elle n’en reçoit. À vous de jouer!

Afrique / afro-colombien / Europe de l'Est / japon / latino / Musiques du Monde

Mundial Montréal | Un tour du monde pour la 15ème

par Sandra Gasana

La Colombie, le Japon, la France, la Lituanie et la République démocratique du Congo étaient représentés lors de cette deuxième journée de Mundial au Café Campus. En effet, nous avons eu droit à un tour du monde en musique, nous promenant d’une salle à l’autre, d’un univers à l’autre.

Less Toches

Pour ouvrir le bal de cette 15ème édition de Mundial, Less Toches ont ramené leur énergie contagieuse au Café Campus. Vous les avez sûrement vus sur plusieurs scènes montréalaises depuis leur passage au Syli d’Or ou encore à MUZ. En 25 minutes de spectacle, ils ont réussi à mettre le feu, en partie grâce aux instruments percussifs du groupe mais aussi à l’accordéon. A cela s’ajoutent les voix des musiciens qui font les chœurs. La cumbia est au centre de l’univers de ce groupe colombien mais ils n’hésitent pas à rajouter du boléro, chanté en français de surcroît, pour démontrer leur versatilité, avant de revenir à la cumbia dans la même chanson. La complicité entre les musiciens était palpable, on a l’impression de voir un party de maison téléporté sur scène. Ils ont pris soin de s’adresser au public dans les deux langues officielles du Canada, s’assurant ainsi de rejoindre les nombreux diffuseurs dans la salle. Leur énergie électrisante a plu à l’audience, qui a même eu l’occasion de chanter avec eux.

Maïa Barouh

Mon coup de cœur de la soirée est sans aucun doute cette Franco-Japonaise, à l’univers éclectique, maitrisant parfaitement l’art de la mise en scène. D’ailleurs, elle commence sa performance dans le public avec ses deux acolytes aux percussions, un mégaphone à la main. Malheureusement, cette partie n’était pas visible par toute la salle mais elle a ramené cette énergie sur la scène quelques minutes plus tard. Vêtue d’un genre de kimono à motifs, et des chapeaux traditionnels japonais, elle s’adresse parfois en anglais, parfois en français entre les chansons. Des lanternes japonaises à motifs décoraient la salle, pour nous mettre dans l’ambiance de son univers métissé. Elle mélange des chants traditionnels ancestraux japonais avec du rock, de l’électro, du rap en rajoutant sa touche théâtrale unique. Elle danse par moments, crie fort parfois, bref, nous sommes constamment surpris. En plus de chanter, elle joue la guitare sur quelques morceaux, et termine avec la flûte traversière qu’elle manie tout en chantant, nous dévoilant ainsi tous ses talents, les uns après les autres. Son morceau « Je ne suis pas Chinoise » aborde justement cette quête identitaire et son ras-le-bol de se faire aborder avec des « Ni Hao » dans la rue, bonjour en mandarin. Elle a fait participer la salle, la faisant chanter en japonais, appuyée par les percussionnistes qui étaient également ses choristes. Elle sera à Ste-Hyacinthe et Gatineau dans les prochains jours, ce qui donne l’occasion de découvrir cette artiste qui sort des sentiers battus.

Sutartronica

La barre était déjà très haute avec Maïa, alors ce n’était pas évident pour le groupe suivant de faire mieux. En effet, trois femmes toutes vêtues d’une robe blanche sont apparues sur scène, avec un DJ / musicien à leurs côtés. Ensemble, elles mélangent les chants polyphiniques lituaniens avec de l’électro, rappelant les chants grégoriens mais avec une touche moderne. Elles étaient plutôt timides au début du concert, mais plus ça allait, plus elles se dégourdissaient en rajoutant des danses et de la présence sur scène. Sur certains morceaux, le DJ rajoutait des sons rythmés de son ordinateur alors que d’autres fois, il jouait sa guitare électrique à la place. Leur musique remonte dans le temps, on parle même de plusieurs siècles en arrière, lorsqu’on traitait certaines femmes de sorcières parce qu’elles chantaient. « Si nous sommes ici ce soir, ça signifie qu’ils n’ont pas réussi leur coup », ajoute l’une d’elle, qui semble être la leader du groupe. Elles chantent parfois a capella et nous ont même appris quelques paroles en lituanien. Ce qui a commencé comme un spectacle solennel, presque religieux même, a terminé par une ambiance festive, mêlant chant, harmonies hypnotiques et danse.

Killabeatmaker

Ils sont trois sur scène mais on a l’impression qu’ils sont 10 tellement l’énergie qu’ils projettent est intense, particulièrement le percussionniste Hilder Brando Osorno qui manie également sa console pour créer des sons électrisants d’afrobeats et d’afrohouse, mixés avec des rythmes colombiens des régions caraïbes et pacifiques de Colombie. Ce dernier est accompagné par Guadalupe, une jeune musicienne qui joue également de la percussion, des maracas mais aussi de la flûte traditionnelle colombienne. Le troisième est le batteur du groupe, avec un gigantesque tambour devant lui sur lequel il se déchaine durant toute la performance. Au bout de quelques chansons, on a l’impression d’être dans une discothèque tellement le rythme est endiablé. Ils ont même eu la chance de rajouter une chanson à leur répertoire, lorsque l’un des membres à proposer cela au public.

Kin’Gongolo Kiniata

La deuxième soirée de Mundial s’est clôturée par la performance tant attendue de Kin’Gongolo Kiniata, ce groupe dont on a parlé à PAN M 360 lors de leur participation au Festival Nuits d’Afrique. Connus pour se servir d’objets trouvés dans la rue et qu’ils recyclaient pour fabriquer leurs instruments, ils nous font la démonstration que la musique peut se faire avec tout. Composés de cinq membres originaires de la République démocratique du Congo, ils chantent tous, à tour de rôle, et savent mettre l’ambiance. Le bassiste, véritable showman, avait un instrument aux allures de banjo mais qu’il maniait parfaitement tout en interagissant avec le public. La guitare électrique était beaucoup plus petite que ce que nous voyons habituellement mais elle était tout aussi puissante. Au centre de la scène, deux musiciens jouaient sur une boîte en bois dans laquelle ils avaient insérés des instruments percussifs, à base de métal ou de plastique. Ah, il y avait même une boîte de conserve qui servait d’instrument et rajoutait des bruits d’ambiance. Ils ont fait chanter leur public en leur faisant répéter leur nom, pendant que le batteur jouait sur des caisses, avec pour support une vieille télé des années 80. Malgré le fait que les activités avaient débuté à 8h du matin cette journée-là, les participants avaient encore de l’énergie à dépenser à 23h grâce à ce groupe qui a su les garder éveillés. Tout comme Killabeatmaker, Kin’Gongolo Kiniata a eu droit à une chanson supplémentaire puisque le public en redemandait. Et comme c’était le 15ème, certaines règles étaient plus souples permettant ainsi de faire durer le plaisir un peu plus.

Inscrivez-vous à l'infolettre