Chanson francophone

Coup de coeur francophone | Marie-Pierre Arthur et compagnie en mode chalet

par Simon Gervais

Ayant sorti son fantastique Album Bleu en version Deluxe le 15 mai dernier, Marie-Pierre Arthur a revisité son riche répertoire en bonne compagnie lors d’un spectacle intime et authentique mercredi dernier au Cabaret du Lion D’Or dans le cadre de Coup de cœur francophone. Accompagnée de Naomie De Lorimier (N Nao), Raphaël Pépin-Tanguay (Velours Velours), Emilie Pompa, ainsi que du guitariste Joe Grass et de de son partenaire, le pianiste François Lafontaine, elle nous a livré une performance chaleureuse, décontractée et participative.

Après une touchante première partie assurée par Luan Larobina et sa chanson explorant ses origines latines paternelles, Marie-Pierre et ses musiciens montent sur scène sourire au lèvres. Tous sur une fin de rhume qu’ils se sont partagé durant les répétitions et habillés en mode chalet, l’ambiance est mise ; nous sommes ici entre amis.

Dirigeant ses complices de voix, et le public, d’une main tantôt virevoltante tantôt imitant la fluidité d’une vague, Marie-Pierre nous irradie de son plaisir de chanter qui l’habite de façon évidente. C’est d’ailleurs à l’image des visuels associés à la promotion de ce spectacle. Troquant l’esthétique bleue de l’album de départ, on la voit drapée d’un voile de tons chauds et ocres, évoquant un levé de soleil enveloppant.

Les moments de grâce se succèdent au fil des pièces connues et moins connues, comme la chanson Il, écrite au sujet de Lafontaine « Un garçon toujours dans la lune, qu’il faut aimer comme il est » et Chanson pour Dan, qui s’adresse à un ami aujourd’hui décédé.

Lors de Le silence, on frôle le gospel avec des notes éthérées poussées depuis le fond de leurs âmes. « Je vis mon rêve d’enfance » s’exclame candidement Naomie. « Raphaël n’était pas encore né quand j’ai écrit celle-là » blague Marie-Pierre. Vraiment, l’ambiance est collégiale, tellement qu’à un moment, Arthur admet « On est même dissipés, je dirais ».

À quelques reprises, maestro Marie nous fait humer des airs, claquer des doigts, taper des mains. Dans cet esprit de partage, on a véritablement l’impression de contribuer à l’expérience.

Avec sa voix en pointes mélodieuses et ses textes qui remettent subtilement en question les fondements de la société, Marie-Pierre Arthur nous invite à miser sur le bonheur d’être ensemble et à oser être fougueux.

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Moyen-Orient / Levant / Maghreb / raï

FMA 2025 | Chazil a séduit Montréal

par Sandra Gasana

D’entrée de jeu, Chazil a choisi d’ouvrir le bal avec la chanson Twahchete Shabi w Bladi, dans laquelle il parle de sa mère et de ses amis qui lui manquent, lorsqu’il est loin du pays. En effet, l’exil tient une place importante dans son répertoire, comme si le raï se prêtait bien à ce genre de thème.

Pour son premier spectacle au Canada, Chazil a plutôt fait bonne impression. Le National était rempli de jeunes, mais pas que, certains étant venus avec leurs parents pour écouter le jeune prodige du raï 2.0, comme il l’appelle.

Dès la deuxième chanson, les spectateurs se lèvent pour danser, alors que la salle n’est pas propice à cela et plus la soirée avançait, plus les danseurs se faisaient de plus en plus nombreux, transformant le National en véritable boîte de nuit.

Une écharpe autour du cou, sa signature, et vêtu d’un costard beige, Chazil a un fan club montréalais qui était au rendez-vous, à entendre son nom scandé à plusieurs reprises durant la soirée.

Avec un full band 100% Montréalais, Chazil a réussi à nous livrer un spectacle digne de ce nom, avec une complicité particulièrement forte avec son guitariste. Certaines chansons débutent en douceur, mettant en évidence sa voix profonde, avant que la darbouka et la batterie n’embarquent avec puissance. Malgré son jeune âge, il n’a que 25 ans, on a l’impression qu’il a l’âme d’un vieux sage.

« Est-ce que vous êtes chaud pour la suite ? » demande-t-il à la foule avant de poursuivre avec des classiques de la musique algérienne que tout le monde semblait connaitre par cœur, en alternance avec ses propres chansons à succès. Il fait participer la salle qui se transforme en chorale et fait applaudir son public aux rythmes de la darbouka, ajoutant des chansons à réponses. Ses pas de danse ont plu aux jeunes filles dans la salle, qui se mettaient à ululer.

Au bout de quelques chansons, un spectateur lui donne le drapeau algérien qu’il attache à son micro, lui qui se dit nationaliste et très fier de son pays. Une chanson dédiée à l’amour a particulièrement plu aux spectateurs, qui chantaient à tue-tête.

Parfois, le raï se mêlait au rock sur certains morceaux alors que dans d’autres, il était plutôt à l’état brut, avec des solos de clavier et de guitare électrique époustouflants. Il en a profité pour présenter sa nouvelle chanson Katba, que plusieurs dans la salle connaissaient déjà par cœur ou encore Khelouni, qui signifie « Laissez-moi » en arabe, et qui figure dans son live session Raï Rayi sur Youtube.

La darbouka a laissé la place aux congas sur certains morceaux, notamment lors de sa reprise de Abdelkader Ya Boualem, de Cheb Khaled, le vrai king du raï. Voyant le déchainement de la foule, il a offert un medley des classiques du raï, sans interruption. Pas très bavard entre les chansons, il s’adresse au public en arabe surtout, glissant des petites blagues par-ci par-là. Il demande souvent de mettre la lumière sur le public afin de mieux voir son audience, qui en redemandait encore et encore. D’ailleurs, même après le seflie de fin de concert, le public ne voulait pas partir. Chazil n’a pas eu d’autre choix que d’en faire une dernière, avant de clôturer son tout premier show à Montréal, et sûrement pas le dernier.

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kebamericana

Coup de cœur francophone | Sommet kebamericana!

par Justine Charland

Stephen Faulkner, Mara Tremblay, Patrick Bourdon, Fred Fortin, Arielle Soucy, Veranda, Tom Chicoine, Cindy Bédard, Dan-Georges Mckenzie… C’est la brochette d’artistes qu’Alex Burger a rassemblé lors de son Un coin du ciel, une soirée qui veut rendre hommage à la culture americana. 

18 :40 : une file à l’entrée des portes s’installe déjà. Une heure plus tard, elle s’étire jusqu’à Sainte-Catherine, tourne le coin, attire les curieux. Il fait froid, mais le public multigénérationnel de la scène folk et country a tout sauf froid aux yeux. Rares sont les moments où il peut se rassembler, chanter les paroles de la relève ainsi que des ceux qui l’aura forgée. La soirée qu’Alex Burger nous offre est précieuse. 

L’americana mélange les styles nord-américains, le  country, le folk, le rock, le blues, enfin, ces sons ayant constitué l’identité musicale de  ce continent. Avant même qu’une seule note tombe, Alex Burger s’offre une introduction percutante, nécessaire. Il prend d’abord le soin de saluer Renée et Marcel Martel (auteur de la chanson Un coin du ciel), importantes influences pour le genre au Québec. 

Il aborde ensuite un sujet grave : ce qu’il advient de notre culture dans notre monde capitaliste. « On dit de plus en plus à quel point y’a des choses qui sont toughs dans l’industrie de la musique, on est écœuré.es des grosses plateformes, qui ne donnent pas assez de redevances. Et bien il y en a, des chaînes et des radios, qui sont programmées par des êtres humains, qui choisissent chaque chanson à la mitaine, puis qui créent à l’année longue, comme Alex Burger et ces musiciens-là ce soir. »

C’est sur une dernière phrase touchante, que les musicien-nes de Spagatt préparent leur venue sur scène : « J’espère que comme moi, vous allez trouver que la musique americana francophone et autochtone, c’est une des plus belles musiques au monde. »

Le mandat est grand pour les six membres de Spagatt, qui doivent ouvrir le bal (et quel bal!) devant une salle non seulement pleine, mais pleine d’un public qui en a vu et entendu. Un mandat qu’ils auront réussi avec succès, alors que le groupe livre un country moderne, avec des touches de rock et des expressions jeunes qui font sourire. Ça danse déjà en avant, la foule est décidément prête pour Burger. 

Il monte ensuite sur scène et ouvre ce qui sera une longue performance de près de 3 heures. D’abord, par une chanson très rock, qui assure un commencement fort (dans tous les sens du terme), un choix judicieux pour un public qui aura attendu longtemps dehors quelques heures auparavant. C’est ensuite que montent ses premiers invités avec qui il partage une ou deux chansons de leur répertoire. Chacun de ces moments sont touchants, et permettent de revoir chaque chanson de manière unique.  

Parmi ces moments, l’entrée de Mara Tremblay est remarquable. Sa performance partagée avec Alex fige le temps. Le duo a une complicité contagieuse, quelque chose se passe sur scène. C’est intime, la salle est attentive, l’énergie est palpable. 

Quelque chose de similaire se passe avec Arielle Soucy, une artiste douce au génie créatif. Elle porte sa chanson dans une sensibilité qui fait du bien, qui apprivoise l’americana différemment.  

Stephen Faulkner, pour sa part, n’aura pas besoin d’introduction. C’est  le nom qui pend sur toutes les lèvres. Sa présence à elle seule, aura fait la semaine de bien des gens. Sa performance était à la hauteur de nos attentes. 

Les textes touchants de Fred Fortin arrivent en fin de parcours. Il y a quelque chose de beau à l’écouter, car sa musique est aussi en quelque sorte un poème. C’est un baume chaleureux qui a su réchauffer la salle avant qu’il faille retourner dans l’hiver montréalais.  

La soirée se conclut finalement par un beau party sur scène. Tout ce beau monde, pour quelques minutes, se retrouve sur les planches  pour partager un instant de musique. C’est devant ces artistes, toustes côte à côte, qu’on se dit que la musique americana québécoise est entre de bonnes mains. 

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classique / classique arabe / folklore / Moyen-Orient / Levant / Maghreb

FMA 2025 | Convergence, un pari réussi

par Michel Labrecque

En ce mardi soir, où Montréal était éprouvée par une tempête de neige trop précoce, nous avions rendez-vous à la petite Salle Claude Léveillée de la Place des Arts pour entendre la première d’un concert mettant en vedette une joueuse de qanun et un violoncelliste. Chaima Gaddour et Samih Souissi, tous deux originaires de Tunisie. Chaima vit maintenant au Québec et Samih habite en France.

J’avoue: sortir par cette température compliquée m’a demandé un effort quasi-surhumain. Toutefois, après une minute de spectacle, je me suis retrouvé dans une dimension hors du temps et je n’ai jamais regretté d’y être venu.

Convergence est un concert créé par deux musiciens passionnés et passionnants. Le concept, que les deux m’ont déjà expliqué en entrevue, est de marier la musique orientale avec d’autres cultures, mais en la faisant avec fluidité. Le qanun, l’instrument par excellence du Moyen-Orient, est juxtaposé au violoncelle, un héritage essentiel de la musique occidentale.

Mais Samih arrive à faire sonner son violoncelle comme un instrument oriental et Chaima tire des sons asiatiques et occidentaux de son qanun bien-aimé.

D’ailleurs, c’est fascinant de la regarder jouer cette « harpe horizontale »: elle pince les cordes, parfois les tire, met sa paume de main sur les cordes, penche son instrument pour changer le son, le secoue comme un instrument percussif. C’est un instrument compliqué, il faut parfois changer les tonalités en cours de morceau. Mais quelle démonstration virtuose de richesse harmonique. 
Les deux musiciens semblent s’amuser, malgré les difficultés techniques. Convergence devient connivence. On passe de Schubert au monde arabe, on évoque le folklore irlandais pour le plonger dans l’empire Ottoman et ainsi de suite. Il y a un moment Andalou très réussi, même sans castagnettes et voix.

« Quand on fait de la musique classique, on joue d’un instrument, mais quand on aborde d’autres musiques, nos instruments chantent », nous avait confié Samih Souissi en entrevue. Nuance intéressante.

Chaima et Samih ont fait des choix de propositions musicales pour rendre le tout accessible aux oreilles moins habituées. On y entend un extrait de Carmen de Bizet, de la berceuse japonaise Sakura, de la balade Autochtone Ani Kouni…et même de My Heart Will go on, la chanson de Céline Dion pour le film Titanic! A ce moment, j’ai eu un peu peur…

Ces introductions plus connues permettent ensuite aux deux complices de nous emmener vers des avenues plus complexes et plus aventureuses.

C’était la première de ce spectacle que Chaima et Samih espèrent répéter dans de nombreux pays. Ce n’était pas parfait, mais extrêmement prometteur.

Pour l’amateur de musique plus expérimentale que je suis, j’aimerais qu’ils aillent encore plus loin dans l’improvisation, qu’ils flirtent avec la dissonance. Mais ce n’est pas mon concert, c’est le leur.

En attendant le retour de Convergence, vous pouvez entendre Chaima Gaddour dans d’autres contextes, notamment l’ensemble RCM, richesse culturelle de Montréal.

indie rock / rock psychédélique

Coup de Cœur Francophone | Occasion rare: Bon Enfant à L’Esco

par Justine Charland

Coup de Cœur Francophone, un festival attendu annuellement, a entamé sa 39e édition jeudi, dans le froid et la noirceur d’un automne féroce. Trois spectacles, tous à plus ou moins 50 mètres les uns des autres, marquaient le début d’une longue série qui s’étire jusqu’au 16 novembre. 

Dans les catacombes du Triangle, logeait le groupe Bon Enfant, qui foulait la scène de l’Esco que ses membres appellent affectueusement  la maison. Récipiendaire tout frais d’un Félix pour album rock de l’année la veille, c’est fatigué, mais bien déterminé, que Bon Enfant allait ouvrir le bal, façon singulière de célébrer une victoire bien méritée. 

Retour sur un spectacle intime dans un lieu fréquenté par la marge musicale. 

Bon Enfant est attendu à 22h, un rendez-vous de fin de soirée qui laisse place à l’engouement. Cet engouement se fait sentir : on peut compter pas moins de quatre personnes à la vidéo, la salle est pleine, les billets sont épuisés. Retrouver Bon Enfant dans un lieu aussi exigu que l’Esco, alors que le groupe peut normalement remplir un Club Soda, est une occasion de choix, une denrée rare. Le public le sait. 

Le groupe monte finalement sur scène, entame doucement son spectacle avec des pièces appréciées de son plus récent album. Quatre d’entre elles se succèdent, avec les éléments musicaux qu’on leur connaît : les lignes de guitare baignent dans une superposition d’effets oniriques, les interventions au synthétiseur rappellent le Fender Rhodes et les orgues des années psych-rock, les grooves dansants de la batterie et de la basse sont fidèles à leurs habitudes, ensemble ils sont solidement enracinés. 

Porcelaine arrive enfin, trame culte de Diorama. On ne peut passer à côté du style vocal de Daphné, qui rappelle sans équivoque la nostalgie des années 70. C’est sur l’exécution de ce premier grand succès que le public sait se joindre au bain sonore. Les paroles sont clamées. La fête est officiellement lancée. 

Peu après, le groupe lance courageusement Enfant de l’air, suite instrumentale à la Alain Goraguer, qu’il aborde comme un grand jam. Si peu d’artistes se permettent un intermède instrumental au milieu de la set list, Bon Enfant exécute avec finesse ce clin d’œil au prog et psychédélisme auxquels on les associe tant. 

Le spectacle présente ensuite ces chansons jouées en boucle dans nos salons, dont les fameuses Aujourd’hui et Magie, inépuisables. L’ambiance monte jusqu’à ce que la soirée s’achève, comme quoi la fatigue se combat par la musique. Certaines interventions nous font sentir proche du groupe : « on a gagné album rock à l’ADISQ hier, on a eu du fun ici même après. La vie est bien faite. Hier on payait pour être ici, aujourd’hui on est payé pour être ici. » Sans surprise, c’est à la suite d’une demande de rappel que le groupe boucle cette longue épopée de party et de show par deux pièces, solidement livrées. Le message est clair : cette édition de Coup de Cœur Francophone est à suivre de près.

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Violons du Roy | Sans faute pour l’orchestre, prestation impeccable du soliste

par Chloé Rouffignac

A l’approche du fameux Festival Bach à Montréal, l’aura du compositeur flotte déjà: ce vendredi 7 novembre, les Violons du Roy nous proposaient  un concert on ne peut plus thématique (Leçons de Bach) à la Salle Bourgie. C’est sous la direction du chef Bernard Labadie, qui a dû prendre la place de son collègue Robert Levin étant à l’origine du programme de la soirée, que nous avons pû profiter d’un concert digne de la réputation de l’orchestre.

En effet, le pianiste Inon Barnatan, remplaçant au pied levé Robert Levin (qui devait assurer son rôle de soliste également) nous a captivé par la maîtrise d’un texte chargé et complexe notamment dans le Concerto en Ré mineur BWV 1056 , conclu en une ovation qui ne s’est pas fait attendre. Malgré l’interruption de plusieurs téléphones dans la salle, l’attitude engagée du pianiste envers un orchestre millimétré était une expérience en elle-même. 

Une attitude bienvenue dans l’univers de Bach qui ne demande pas seulement une précision rythmique et une intonation irréprochable mais également de dialoguer physiquement entre sections. L’énergie galvanisante du soliste et de ses musiciens s’est transmise au public dès l’allegro. Une osmose que l’on verra se poursuivre dans le Concerto no 5 en Fa mineur et son fameux Largo tout en dentelle et en émotion. 

La valeur sentimentale se retrouvant également seule avec le Concerto Italien BWV 97, dévoilant un pianiste seul sur scène qui déverse un flot de notes sans erreur et surtout sans perdre de caractère ni de précision sous la difficulté du texte.

Le concert a débuté par des extraits de L’Art de la Fugue, une belle entrée en matière pour l’orchestre qui a pu mettre en valeur une sonorité unie avec un chef proche de ses musiciens. On peut retenir l’entrée du violoncelle dans le Contrapunctus II qui enjambe le flot du premier sans discontinuer la douceur des violons. On retrouve également de belles vagues dans les nuances même dans des passages plus techniques et acrobatiques du Contrapunctus IX, rendu possible, aussi, par la présence dynamique du premier violon Katya Poplyansky. 

Elle offre ainsi que sa section une très belle qualité sonore et dirige dans Offrande musicale une conversation très fluide du courant mélodique qui pourrait souvent se résulter en ligne d’apnée. Mais au contraire, on observe une interprétation légère et très appliquée.

En somme ? Un sans faute pour les Violons du Roy qui ont pourtant dû s’adapter aux changements de direction et de soliste, et une prestation impeccable du soliste Inon Barnatan qui a fait l’unanimité du public. Rendez-vous le 22 novembre prochain pour l’orchestre de chambre qui proposera cette fois-ci du Vivaldi sous la direction de Jonathan Cohen.

alt-pop / Alternative / électro-pop / électro-rock

Le Quai devient «club» au son de Bibi Club

par Simon Gervais

Énergique et envoûtant, Bibi Club nous a captivés le 6 novembre, nous plongeant dans un univers unique où la douceur d’une âme naturaliste se mêle à la puissance vibrante de l’électro-rock.

J’avais déjà vu le duo Adèle Trottier-Rivard et Nicolas Basque en 2023, lors du Taverne Tour, au Quai des Brumes. Ce lieu mythique de la musique québécoise fête ses 40 ans, nous rappelle la programmatrice Noémie Laniel en ouverture du spectacle. Cette fois, je suis habité d’une curiosité nourrie par leur plus récente chanson, Amaro, une pièce beaucoup plus dance et méchante que tout ce qu’ils ont produit jusqu’à ce jour. Une piste qui, je l’espère, laisse présager une nouvelle direction pour Bibi Club.

Souffle new wave

Dès les premières chansons, on perçoit ce glissement : un matériel un peu plus sombre, davantage de distorsion, et une touche qui puise dans le new wave et le downtempo. Les textes conservent cette poésie naturelle et élémentaire propre à Bibi Club, empreinte d’amour et d’entraide. Les ambiances, quant à elles, semblent plus dramatiques qu’auparavant, avec des tonalités mystérieuses et des coups de guitare cinématographiques faisant penser à Ennio Morricone. En entendant des pièces plus vieilles comme Le feu, je réalise que ça a toujours été là, ce souffle new wave — simplement, ce soir, il semble moins diaphane et plus frontal, encore plus assumé.

À certains moments, on est frappés par un véritable mur de son : drum machine très appuyée, sonorités synth texturées, couches de voix superposées et solos de guitare endiablés. Basque lève régulièrement sa guitare au-dessus de sa tête, comme une rock star. La chimie entre les deux artistes s’impose avec une aisance naturelle et instinctive, formant une unité presque indissociable — à l’image de Janus — lorsqu’ils se tiennent côte à côte.

Sous les lasers multicolores, la salle oscille parfois doucement, parfois hochant la tête vigoureusement sous la cadence hypnotique du beat.

Puis arrive Amaro

Point fort du show. Les planches du Quai s’embrasent sous un éclairage écarlate. Les tons mystiques annoncent une montée crispante. Le caractère oppressif du morceau rappelle presque le phonk, ce sous-genre electro à l’aplomb insolent issu de la culture web. C’est pour Bibi Club la découverte d’un nouvel horizon dansant, et la foule emboîte le pas.

L’avant-dernière chanson évoque un peu War On Drugs, avant de revenir sur une finale très new wave, très rock. Après le concert, Adèle m’avoue que Amaro était au départ une expérimentation, presque une joke. Ils ont créé ce beat pour le plaisir, ont aimé ce que ça donnait, et maintenant c’est la chanson titre de leur prochain album qui paraîtra en février prochain. Comme quoi parfois, une création ludique et décomplexée peut mener à de véritables pépites d’or. J’aimerais sincèrement qu’ Amaro devienne leur point cardinal pour la suite — histoire de mettre encore plus de « club » dans Bibi Club.

🔗 Lisez aussi notre compte rendu de Bibi Club au FME !

Photos: Marie-Michèle Bouchard | Luna Choquette Loranger

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arabo-andalou / Maghreb

FMA 2025 | La grande classe de Lila Borsali

par Alain Brunet

Chanteuse de grande qualité, Lila Borsali explorait samedi les recoins de la pensée face à l’exil. Ses introductions de chaque chanson au programme rappellent plusieurs états de l’exil à travers les mélodies, rythmes et paroles des artistes les ayant créées.

Cette fois, elle mettait en lumière Ya Ghorbati, « chant séculaire où palpitent les mémoires blessées de l’exil ». Ce répertoire raffiné comprenait aussi une composante kabyle (amazigh algérienne ou berbère algérienne), soit une langue autochtone qui existait avant les invasions et la colonisation arabe à partir du 7e siècle. Et qui existe toujours. Une forte portion de l’Algérie québécoise étant kabyle et dont plusieurs parlent toujours leur langue d’origine, on peut comprendre l’intérêt des festivaliers venus remplir la 5e salle de la Place des Arts ce samedi 8 novembre.

Originaire de Tlemcen, Lila Benmansour avait pris le nom Borsali lorsqu’elle maria Selim Borsali, dont elle est la veuve depuis 2013. Spécialiste du répertoire arabo-andalou, mais ne parlait pas cette langue kabyle qu’elle a approfondie dans le contexte de ce programme – nous a-t-elle confié. Son directeur musical et oudiste l’a assistée afin qu’elle en maîtrise la prononciation et les accents toniques de la langue amazigh. On ne se prononcera pas sur les résultats mais on vous assure que le public a vraiment apprécié dans son ensemble

Pour tout Occidental qui n’a qu’une connaissance théorique de cette culture, l’exotisme est complet : les (2) violons sont joués à la verticale, le quanoun est un instrument à cordes pincées et exigeant une technique complexe, ney (flûte traditionnelle), deux ouds (luth arabe) et deux percussions – derbouka, cymbales, tambours sur cadre, etc.

De souches arabes et nord-africaines, les mélodies modales de ces chants arabo-andalous peuvent se coucher sur des accompagnements doux et soyeux, mais aussi impliquer de vrais élans rythmiques, fortes pulsations suscitant le battement des mains et même les youyous aigus des spectatrices galvanisées.

Deux heures bien pleines, conclues sans l’euphorie générée par cette chanteuse excellente, dont le timbre rappelle des voix aux carrières fort différentes mais unies par leur texture vocale et leur tessiture mezzo soprano – Joan Baez, Edith Butler, Nana Mouskouri.

Altière, très élégante dans sa robe traditionnelle blanche serti de dorures orientales, Lila Borsali aura comblé le public du FMA, à l’évidence conquis d’avance.

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Électro / électroacoustique / musique acousmatique

AKOUSMA | Entre les griffes de James O’Callaghan

par Loic Minty

Il y a quelque chose d’étrangement unique dans le fait de voir des gens assis par terre au milieu d’une pièce plongée dans le noir. Vu de l’extérieur, cela pourrait ressembler à une étrange cérémonie sectaire, mais chez Akousma, c’est aussi une façon de découvrir les plaisirs les plus raffinés de l’écoute.
Lorsque tous les autres sens sont mis en veille, même le plus infime détail sonore peut rediriger la pensée. C’est pourquoi il faut quelqu’un qui comprenne le silence de ces grands espaces vides pour les faire parler.

This is where James O’Callaghan comes in.

Il se dirigea, imperturbable, vers son ordinateur portable, qui se trouvait au centre de la pièce, et fixa l’écran avec un regard perçant. Avec précision, il commença. Sous le souffle le plus léger du vent, on pouvait entendre le moindre bruissement des personnes qui bougeaient sur leur siège. Tout le monde était figé, l’oreille tendue. Le vent se leva et les sons s’accumulèrent, se dispersant à travers le dôme des haut-parleurs. Un cliquetis de couteaux, un criquet lointain et des portes qui grinçaient plantèrent le décor d’une catastrophe.

O’Callaghan a captivé notre imagination et nous a emportés. En un instant, nous étions submergés par des breaks glitchy qui se déplaçaient violemment dans la pièce ; l’instant d’après, nous baignions dans les riches harmonies de pads bruyants en dents de scie qui rappelaient la witch house. Mais nous revenions toujours à la narration inquiétante d’un paysage sonore enfoui au plus profond de la forêt. Lorsque notre esprit a enfin pu distinguer un chemin, sa voix hypnotisante a commencé à nous guider à travers ce labyrinthe de mystères obscurs, vers le vent et ce criquet lointain.

Il nous a laissés tels que nous étions lorsque nous l’avons trouvé : assis dans le noir.

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arabe / arabo-andalou / chaâbi / Moyen-Orient / Levant / Maghreb / Moyen-Orient / Levant / Maghreb

FMA 2025 | Soirée nostalgique avec Lamia Aït Amara

par Sandra Gasana

La communauté algérienne de Montréal est sortie en grand nombre pour aller voir Lamia Aït Amara, qui en était à son premier séjour dans la métropole. Elle était accompagnée de ses huit musiciens, une condition qu’elle a imposé pour sa première participation au Festival du monde arabe.

Toute vêtue de noir, avec une veste dorée qui se mariait bien à celle des musiciens, elle apparait sur la scène et c’était parti pour les ululations dans la salle, ce cri de célébration, dès les premières notes.

Les musiciens étaient également choristes, ce qui rajoutait de l’intensité au spectacle et contrastait avec la voix mielleuse de Lamia. On lui met le drapeau d’Algérie sur les épaules dès la première chanson, qu’elle dépose ensuite pour le reste du concert.

« Ce soir est encore plus spécial puisque c’est la date si chère à notre cœur, la journée qui symbolise le courage, la résistance, la soif de liberté pour notre chère Algérie », évoquant le début de la guerre d’Algérie.

Certaines chansons débutent uniquement avec l’oud, alors que d’autres commencent avec la flûte ou le piano, avant que les autres instruments s’insèrent les uns après les autres. Nous avons eu droit à un enchainement de plusieurs classiques de la musique algérienne que la salle connaissait par cœur. Alors que les places sont assises au National, plusieurs se sont mis debout pour danser, tellement l’envie était forte.

La salle était quasiment pleine, avec des spectateurs de tous âges mais principalement dans la quarantaine et au-delà. Ses chansons parlent beaucoup de l’Algérie mais aussi d’amour, de ce que j’ai pu en tirer avec le peu d’arabe qu’il me reste.

Lamia s’adresse principalement en français à son public mais le fait également en arabe, rajoutant quelques blagues au détour. Alors qu’elle est plutôt dans la retenue durant les premières chansons du spectacle, on sent qu’elle se dégourdi de plus en plus et se met même à faire des pas de danse par moments.

La soirée devient de plus en plus festive après le court entracte. « On va faire un programme très nostalgique », annonce-t-elle à son public avant d’entamer une chanson en français aux allures de boléro mais chantée à la façon orientale, débutant avec un solo de piano.

« J’avais peur de venir à Montréal, je me demandais s’il y aurait du monde. Mais là, ça me donne envie de revenir », avoue-t-elle.

Elle reprend la fameuse chanson « Historia de amor », qu’elle chante en espagnol et en arabe avec beaucoup de justesse. Certaines chansons débutent calmement, s’accélèrent au fur et à mesure tout en rajoutant les applaudissements et les ululations de la foule pour arriver à un bouquet final explosif. Parmi les reprises qui ont été appréciées, figurait LA fameuse chanson de Rachid Taha, « Ya Rayah », Lamia laissant le public chanter à sa place. Les danseurs deviennent plus nombreux, quittant leur siège pour se rendre sur les côtés afin d’avoir plus de place pour danser.

Mais la danseuse qui a volé la vedette est une jeune fille d’une dizaine d’années qui s’est retrouvée sur la scène à la toute fin du spectacle et qui s’est mise à danser avec classe et beaucoup d’assurance. Elle a également eu droit à un drapeau algérien autour des épaules, comme si le flambeau lui était passé.

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électroacoustique / musique acousmatique

Akousma | IRL dissout le temps dans la Big Room

par Marc-Antoine Bernier

Le 31 octobre à l’Espace C, lors du troisième soir du festival Akousma, l’artiste sonore montréalais·e IRL, également connu·e sous le nom d’Amanda Harvey, a présenté Big Room, une pièce immersive où le son devient espace, mémoire et matière sensible.

La pratique d’IRL s’articule autour de l’écoute, de l’architecture sonore et du corps comme récepteur. Avec Big Room, iel façonne un paysage auditif qui enveloppe progressivement l’auditoire. La pièce s’ouvre comme un souffle : un lent vortex de basses, de drones et de fréquences radiophoniques qui semble transformer la salle, la plier et l’étirer. Le son ne remplit pas simplement l’espace, il le reconfigure ; on ne sait plus si l’on se déplace dans la musique ou si c’est elle qui circule autour de nous.

Une atmosphère lynchéenne s’installe rapidement. Les nappes de synthétiseur analogique, sombres et granuleuses, respirent comme des entités nocturnes. Leur modulation lente suspend le temps et crée un état flottant où la musique n’impose aucune émotion, mais ouvre un espace intérieur, disponible, flottant. Les textures lo-fi, les basses sourdes et enveloppantes et les mélodies en filigrane révèlent une beauté ambiante subtile, presque secrète.

Sur scène, IRL s’efface volontairement. Pas de geste spectaculaire, pas de présence imposante : seul le son demeure, autonome. Comme iel le souligne dans ses entretiens, iel souhaite que l’auditoire puisse fermer les yeux et n’entendre que le paysage sonore.
Big Room ne se contente pas d’être écoutée. Elle transforme la salle en souvenir et fait vibrer l’espace intérieur, offrant une expérience immersive qui dépasse la performance pour devenir un voyage intime au cœur d’espaces imaginaires façonnés par la mémoire et le son.

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électroacoustique / musique acousmatique

Akousma | Les échos de Daphne Oram, Joseph Sannicandro, Rehab Hazgui

par Joséphine Campbell-Lashuk

Le 30 octobre, Akousma a présenté sa deuxième soirée de musique acousmatique et électroacoustique.

La pièce de Daphne Oram a ouvert le premier bloc. Un bourdonnement analogique envahit l’espace ; de petits sons tourbillonnent autour de nous comme des extra-terrestres amicaux. C’est à la fois un bol chantant, une cloche synthétique et une réverbération granuleuse à l’ancienne. C’est une pièce chaleureuse et enveloppante qui nous habite comme l’espoir lui-même. Oram joue avec la distance, laissant certains tourbillons s’éloigner. Cette subtilité maintient notre attention sur les détails, de sorte que même lorsque la pièce commence à prendre de l’ampleur, nous pouvons encore entendre la résonance des petits sons. La partie centrale de la pièce apporte un contre-courant de noirceur, des rythmes semblables à ceux d’un train qui gonflent et s’estompent, laissant place au retour de la bande sonore pleine d’espoir.

La pièce suivante, composée par Joseph Sannicandro, nous semble assez particulière ; elle nous transporte du monde mystique d’Oram vers les rives d’un fleuve bien réel. Nous entendons l’eau, des bruissements et des gens. Le son reste proche de nous tout au long de la pièce, la rivière se déplaçant de gauche à droite tandis que le bruit blanc reste constant. La pièce, al-rambla / Las Ramblas, reste fermement ancrée dans le domaine de l’eau. Au début, elle m’a simplement bercé sans que j’y prête attention, mais sa répétition constante m’a rendu très conscient de ses subtiles variations. Il ne semblait y avoir aucun bruit d’eau répétitif ; chacun avait son propre rythme et sa propre tonalité. Cela rendait chacun d’entre eux spécial, comme si Sannicandro était accroupi près d’une rivière ou d’un ruisseau, écoutant attentivement sa voix. Dans la seconde moitié de la pièce, un moment m’a frappé comme l’incarnation de la claustrophobie, lorsque le bruit blanc s’est soudainement éloigné et que l’environnement s’est déplacé à l’intérieur.

La dernière pièce, Chôra (création) de Rehab Hazgui, commence avec vitalité. Deux explosions retentissantes nous frappent, suivies d’un haka tout droit sorti de la Chambre des communes néo-zélandaise, annonçant la résistance, le changement ou la destruction. Les voix du peuple nous frappent clairement, nous incitant à nous redresser et à prêter attention. Ensuite, les tambours prennent le relais, flottant au-dessus de nos têtes. On a l’impression que ces percussionnistes ont transcendé ce plan, au-delà de l’ici et maintenant. À notre niveau, un synthétiseur nous berce. Bien que cela soit agréable, il manque l’intensité et l’urgence qui rendaient l’ouverture si saisissante. Cela semble simplement s’apaiser et s’arrêter là. Ce programme Akousma était incroyablement varié, une occasion rare d’entendre des œuvres qui vont au-delà de ce à quoi on s’attend habituellement dans ce genre de contexte.

Photo de Joseph Sannicandro tirée de la page Instagram d’ Akousma

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