techno

Dômesicle / SAT | Premier soir techno sous le dôme, récit d’une première immersion

par Ariel Rutherford

11h36, SAT, j’entre sur guest list avec mon +1.  J’feel ben swell.

Ce samedi 10 janvier, coup d’envoi de la dixième édition du Dômesicle, une série de soirées DJ/VJ hivernales au cœur du dôme immersif de de la SAT. Ma première fois. Excitant. On descend d’un étage, coat check, les pulsations de la musique traversent le bâtiment dans toute sa profondeur. La piste de danse nous attend trois étages plus haut et nous le fait savoir.

Le temps de mettre nos bouchons d’oreille, l’audition est un bien précieux, et on y go!

On m’a promis une soirée pure techno, des rythmes hypnotiques entrelacés de sonorités organiques, de l’intensité. Le tout couplé de projections tant minimalistes et hypnotiques qu’enveloppantes et architecturales. 

On pénètre dans le dôme sous une un kaléidoscope aux airs de cathédrale, Mike Larry vient de débuter son set. La foule est plutôt calme. Passive, au goût de mon ami: « North Americans don’t know how to party”. Il m’entraine à l’avant des platines. Là, ça danse, ça se secoue, ça se laisse emporter par la musique. Le DJ est bon, arrache à plusieurs reprises des exclamations à la foule aux changements de morceaux.

Je m’accote aux barrières, le DJ à portée de regard. J’absorbe l’ambiance. Des rythmiques soutenues, répétitives, pourtant variées, d’où émergent des échantillons sonores inattendus. On se laisse entraîner. Les stroboscopes m’aveuglent, mais les images du dôme me plaisent. J’ai un faible pour les éléments les plus minimalistes : cette grille pulsatile qui surplombe la foule comme un filet rouge néon, l’inattendu ciel étoilé formé de lettres de l’alphabet flottant dans l’espace, cette boite remplie de sphères grises qui s’évaporent continuellement derrière le DJ.

La foule demeure assez placide, contente d’être là, mais peu dansent. Plusieurs placotent.

Mon ami, lui, danse à n’en plus finir. L’électro, c’est sa came. Moi, un peu moins. 

Le volume, les flashs de lumière, c’est beaucoup pour moi, un peu trop. Je suis facilement surstimulé, mauvais combo. Je prends des pauses, retourne danser. Danse, pause, danse. C’est paradoxal, mais je pense que je profiterais davantage d’une production plus intense, plus noise, plus décousue. L’intensité peut être un antidote à la surstimulation, mais je me sens dans un entre deux. 

Retour de pause, une heure du matin, la foule s’active davantage depuis un moment déjà. Changement de set, Measure Divide entre en scène. Le dôme semble se déplacer à toute vitesse dans un tunnel de lumière oscillant entre le bleu et l’orange. Un gars pratique ses meilleurs moves de manière déchaînée à l’entrée de la satosphère.  La sélection m’apparaît moins variée qu’avec Mike Larry, plus intense peut-être. 

Viens le temps de rentrer une demi-heure plus tard, mon ami passe un bon moment mais tombe de sommeil. J’ai mal au crâne. J’aurais été là deux heures et des poussières. Je ne pense pas être le public cible. Je regrette avoir manqué le set de XIA. Malgré cela, je serais prêt à tenter l’expérience de nouveau, l’environnement est pour sûr impressionnant. À voir avec d’autres genres musicaux. 

classique occidental

Fred, Nagano et l’OSM : Un Pellerinage annuel dans le sillon des précédents

par Frédéric Cardin

La septième rencontre entre le conteur Fred Pellerin, Kent Nagano et l’OSM n’a pas dérogé aux préceptes de ceux qui l’ont précédé : ambiance chaleureuse (toujours cette immense boule de Noël animée – mais où et comment la rangent-ils le reste de l’année??), musiques de circonstances choisies dans le répertoire classique et interprétées par un OSM aptement velouté, présence discrète mais bienveillante de Kent Nagano qui, malgré son départ il y a maintenant plusieurs années, revient toujours avec plaisir et dévouement pour participer à cette tradition désormais bien ancrée. Et, surtout, la parlure intelligente, teintée d’humour et d’un peu de poésie, de Fred Pellerin, as conteur et représentant de son village natal, transformé sous sa plume et son génie oratoire en lieu de légendes fantasmagoriques. 

La version 2025 des aventures pellerinistes de Saint-Élie-de-Caxton nous faisait plonger dans les origines de ce village où les mythes se marient avec la réalité. C’est un 12 avril 1865 que le village a été fondé. Mais que s’est-il donc passé dans la nuit du 11 au 12 pour que ‘’rien’’ devienne ‘’quelque chose’’, qui plus est une communauté, demande Fred. C’est en ‘’faisant ses recherches’’ qu’il découvre l’histoire d’un curé psycho-rigide et d’une veuve olé olé, appelée la Roulette Rousse.  Celle-ci, pas mal d’affaires, met à profit les ‘’visites de courtoisies’’ de ces messieurs du village en leur réclamant, en échange de son silence, une vache. La dame en possède alors tout un cheptel, 100 pour être précis. 

De ces multiples rencontres galantes (curé compris), naîtra une petite fille qui gagnera le cœur de tous, dans une allégorie manifestement liée, mais en format miroir inversé, à la naissance de Jésus. Ici, pas d’immaculée conception. Au contraire, le petit ange porte (pas si) curieusement des traits de tous les villageois, lol. 

Au final, c’est une grande communion qui permet au village de Saint-Élie-de-Caxton d’exister, précisément le jour du 12 avril 1865. Je ne vous divulgâcherai pas pourquoi ni comment ça se passe à ce moment précis. De toute façon, vous irez au concert le 18, le 19 ou le 20, et/ou le regarderez à la télé de Radio-Canada plus tard dans le Temps des Fêtes. 

Cela dit, on remarque que l’utilisation des pièces musicales est parfois principalement cosmétique, voire obligatoire. On se demande pourquoi ce choix plutôt qu’un autre, sinon pour remplir le programme de tounes à succès du répertoire classique traditionnel. L’Entrée des dieux au Walhalla de Wagner en amorce, suite à l’annonce de la disparition des défricheurs (allés s’installer là où le village naîtra), beurre trop épais, mettons. La Marche au supplice de Berlioz (de la Symphonie fantastique), ne ‘’fittait’’ pas avec le propos précédent, je trouve. A contrario, Le tremblement de Terre de la montréalaise d’origine biélorusse Yuliya Zakharava, une commande de l’OSM, a fort bien rempli son mandat. La jeune compositrice a démontré de très belles qualités d’orchestration, dans un schéma narratif expressif très accessible, du genre cinématographique. C’est aussi elle qui a réalisé le bel arrangement de la chanson Amène-toi chez nous de Jacques Michel, chantée par Fred Pellerin à la fin du concert.

Et en ce qui concerne l’animation de Fred lui-même, certaines redites auront été remarquées par les habitués, soit des reprises de blagues provenant de spectacles précédents (Polichignon) ou des éléments structurels de la narration. Bon, lui en doit-on rigueur? La plupart des grands artistes se sont auto-recyclés, certains plus souvent que d’autres d’ailleurs (Bach, pour n’en nommer qu’un seul). Alors, ne jetons pas la pierre trop hâtivement. De plus, si j’en crois les commentaires et les visages des spectateurs à la sortie de la Maison symphonique, l’effet de bonheur de l’union OSM/Fred Pellerin a encore été rendez-vous. Les gens aiment cette tradition, même quand la dinde est un peu moins juteuse que la dernière fois. 

INFOS, BILLETS ET HORAIRE DE DIFFUSION DU SPECTACLE

classique / pop

Trois femmes sont venues ce soir

par Alain Brunet

Le 9e, superbe salle Art Déco du Centre Eaton qui connut ses heures de gloire au siècle précédent, est enfin remise à contribution. Le programme Mère-Noël donné le mardi 16 décembre par la mezzo Kristin Hoff, la soprano Jacqueline Woodley et la harpiste Juliette Duguay fut l’occasion pour les férus de chant lyrique et de musique de chambre d’apprécier en famille une jolie sélection de grands airs de Noël.

Minuits Chrétiens fut la porte d’entrée de cette prestation en trio. Dès lors, on a observé la polyphonie à deux voix de la mezzo et de la soprano, le tout 

Feu Gilbert Patenaude, son fils Julien Patenaude et Juliette Duguay, tous liés à la famille Patenaude comme l’est Jacqueline Woodley, ont conçu les arrangements de ce programme fort sympathique, juste assez classique pour se démarquer de plusieurs exercices du genre, et assez pop pour séduire les profanes du chant lyrique.

Après Minuit, chrétiens, un petit tour dans le Great American Songbook avec la version bilingue de White Christmas / Noël blanc composé par Irving Berlin. Dans cette même inclination pour le bilinguisme montréalais, Ô nuit de paix / Silent Night , un air créé en 1818 et composé  en Allemagne par Franz Xaver Gruber, se fondant dans Night of Silence, un air composé en 1981 par Daniel Kantor afin qu’il s’imbrique dans la première chanson que tout le monde occidental connaît fort bien.

M3F étant un collectif se consacrant au chant lyrique et à l’opéra tout en favorisant les femmes (et personnes non binaires) compositrices et librettistes dans les choix de production, ce récital de  Noël faisait un peu exception à la mission, bien que deux femmes compositrices aient été identifiées dans œuvres archi-connues : Augusta Holmès pour Trois anges sont venus ce soir (1884) et Gloria Shayne Baker pour Do you hear what I hear? (1962).  

De retour côté classique, on a eu droit à un extrait de l’incontournable Messie de Haendel (He shall feed his flock / Come unto Him), suivi de l’hispanophone A la Nanita de Ramon Gomis, de Interlude, A Ceremony of Carols de Benjamin Britten, Nana de Manuel de Falla. Lors de l’exécution de la pièce instrumentale de Benjamin Britten, jouée exclusivement à la harpe, les enfants de la salle ont été invités à se rapprocher des artistes et ressentir encore plus ce qui s’y exprimait.  

Sauf Mariae Wiegenlied de Max Reger.  le reste du programme fut clairement plus pop-opérette, avec les versions lyriques de Greensleeves (traditionnel),  Marie-Noël de Robert Charlebois, Happy Christmas de John Lennon,  Petit Papa Noël de Henri Martinet, Noël, c’est l’amour de Norbert Glanzberg.  Pour cette dernière partie les enfants des chanteuses se sont joints à elles pour entonner les airs de la dernière partie au programme, arrangés par feu Gilbert et Julien Patenaude. Aux mères Noël et leur progéniture se sont joints les papas (dont Julien Patenaude, mari de Jacqueline) pour une finale bien sentie, soit le fameux Gloria des Anges dans nos campagnes, repris également à l’unisson par le public.

Ainsi, Jacqueline Woodley et Kristin Hoff se sont partagé les mélodies principales de ces chants et aussi une seconde ligne mélodique qui produisait un contre-chant réussi dans la plupart des cas observés mardi. On peut noter que la soprano a eu une part plus importante des mélodies principales, mais que  L’accompagnement sobre de la harpiste était tout à fait indiqué dans ce contexte éminemment festif.

baroque

Un Noël baroque avec Arion sous la gouverne de Mathieu Lussier

par Jeremy Fortin

Dimanche après-midi, à la Salle Bourgie, avait lieu le concert Noël baroque à Montréal présenté par l’Ensemble Arion, orchestre baroque. C’est un choix audacieux que le directeur artistique Mathieu Lussier a fait avec ce concert se voulant « immersif » dans la vie montréalaise en 1780 en y incluant pour la grande majorité des compositeurs inconnus du public.

Le concert s’entame sur un motet intitulé Cantate Domino, interprété par la soprano Janelle Lucyk accompagnée au serpent, un instrument à vent d’époque utilisé traditionnellement en tant que basse. L’interprétation de la pièce se fit dans une douceur teintée d’introspection laissant place à l’immersion immédiate du public dans l’atmosphère hivernale des Fêtes. 

Nous avons ensuite eu le plaisir d’entendre la première symphonie d’un cycle de six symphonies de Michel Corrette autour de la thématique des Fêtes, ainsi qu’un hymne de Capel Bond intitulé Blessed Be the Lord God of Israel « for Chrismtas Day »

Cependant, ce sont les sept cantiques suivants qui ont retenu mon attention. Ces petites cantates se trouvent à avoir été composées ici même par une Ursuline au début du 19e siècle dans le but de remplacer les chants de taverne trop souvent chantés à cette époque. Si, en théorie, ces cantiques illustrent parfaitement le milieu musical montréalais au tournant du 19e siècle, ceux-ci se sont perdus dans le concert par leur simplicité et par une harmonisation que Mathieu Lussier définit lui-même de  « parfois maladroite ».
Après une série d’hymnes par divers compositeurs de France et du Royaume-Uni, ainsi que la 4e symphonie de Michel Corrette et des extraits de la pièce A Christmas Tale de Charles Dibdin (une des seules pièces du concert n’étant pas religieuse),  le concert s’est terminé avec un arrangement d’extraits du Messie de Handel. Le but de cet exercice était d’illustrer comment, avec peu de moyens et d’effectifs, certaines pièces aussi grandioses que celle-ci pouvaient être jouées à l’époque sans chœur ou même sans soliste. Les deux premiers extraits. Thou Art gone Up on High et The Trumpet Shall Sound ont été joués de manière purement instrumentale, ce qui a permis à Mathieu Lussier de nous montrer la virtuosité du basson reprenant  la partie solo. La soprano a rejoint le reste de l’orchestre pour clore le concert avec l’air If God Be for Us.

A Cappella / classique moderne / musique de la Renaissance

Soirée de musique anglaise pour la Vierge Marie… et Noël !

par Chloé Rouffignac

Ce samedi 13 décembre, Montréal accueillait  les célèbres Tallis Scholars à l’église de St Peter & St Andrews pour leur  programme Mère et Enfant. Pour une durée de près de deux heures, l’ensemble vocal nous emporte dans l’univers de la musique sacrée de la Renaissance, le tout entrelardé de compositions modernes. 

Sous la direction de Peter Phillips, chef et fondateur de l’ensemble , on retrouve d’abord les fameux Thomas Tallis avec Missa puer natus et William Byrd Votive Mass of the Virgin. Mais également des compositeurs plus récents comme Benjamin Britten ou carrément vivant comme Matthew Martin et sa commande Salve Regina. Une pièce pleine de complexité qui met en valeur la pureté de la voix de l’alto dans un latin tout à fait intelligible. Bien qu’il exploite le  modèle traditionnel du plain-chant, Martin compose une œuvre parsemée de dissonances et d’accords non résolus, mettant ainsi en valeur la maîtrise pointue du texte par l’ensemble. Une œuvre qui en elle-même démontre le talent des chanteurs dans leur capacité à faire résonner leur voix d’une manière singulière et l’inclure dans un tout, notamment chez les basses. 

A l’approche des Fêtes, The Tallis Scholars nous offrent un moment magique, suspendu par la teneur sacrée des lieux et du chant et la propreté d’une exécution millimétrée. Les chanteurs font l’unité dans un seul et même flot et ce tout en subtilité, sans grands élans ou déplacements, traduisant l’aisance de chacun dans son rôle. Après l’ovation unanime du public, l’ensemble nous offre un encore du compositeur Jean Mouton qui vient toucher une tessiture plus grave et qui nous laisse en suspens pour le reste de cette soirée d’hiver plus que réussie.

PROGRAMME

Thomas Tallis (c.1505-1585) : Missa Puer natus est nobis – Gloria

William Byrd (c.1540-1623) : Messe votive de la Vierge
• Ave maris stella
• Rorate caeli
• Tollite portas
• Ave Maria
• Ecce virgo concipiet

Matthew Martin (b.1976) : Salve Regina*

Thomas Tallis : Missa Puer natus est nobis – Sanctus et Agnus Dei

Benjamin Britten (1913-1976) : A Hymn to the Virgin

John Taverner (1490-1545) : Mater Christi

John Nesbett (? – c.1488) : Magnificat

DISTRIBUTION

Peter Phillips – direction
Amy Haworth, soprano
Daisy Walford, soprano
Sumei Bao-Smith, soprano
Elisabeth Paul, alto
Anna Semple, alto
Simon Ponsford, alto
Steven Harrold, ténor
Tom Castle, ténor
Tim Scott Whiteley, basse
Ben Davies, basse

classique / pop instrumentale

Neiges de velours et flocons flamboyants : hommage à André Gagnon par l’OM

par Frédéric Cardin

L’hommage de l’Orchestre métropolitain à l’album Neiges d’André Gagnon s’avère un exercice réussi, si ce n’est de quelques manques. Il y avait en effet quelques écueils dans l’aventure, mais, bien que tous n’aient pas été surmontés, l’ensemble a donné lieu à des moments émouvants.

Dans ce genre de projet, on commence toujours par se demander ce que l’on va ajouter et ce que l’on va laisser tomber. En faisons-nous une lecture littérale, bien que bonifiée par l’ampleur symphonique, ou allons-nous explorer les possibilités insoupçonnées des partitions originales afin d’en étoffer l’impact? Le choix fait par l’arrangeur François Vallières penche plutôt du côté de la première option, tout en ayant assumé le classicisme intégral de l’orchestration, c’est-à-dire qu’il a biffé la présence des instruments d’origine électrique des partitions de Gagnon : la guitare et la basse électrique. 

C’est dans la pièce la plus emblématique de l’influence Disco, Wow, que le manque dont je parlais s’est fait le plus sentir. Les contrebasses n’ont pas réussi à projeter la même force de conviction sonore que la basse électrique de l’album, dans le fameux riff joué à l’époque par Jean-Guy Chapados. Peut-être faudrait-il trouver une astuce pour le rendre plus saillant dans un contexte acoustique. Cela dit, levons tout de même notre chapeau aux contrebassistes de l’OM pour avoir été techniquement épatant dans le rendu de cette ligne très bondissante. 

Dans la même pièce, un autre manque : les effets funky de guitare wah-wah, qui n’ont pas trouvé leur équivalent dans la traduction. Pourtant, j’aurais imaginé des trompettes en sourdine reproduire correctement l’effet en question. 

Rendu ici, vous pensez probablement que je n’ai pas aimé l’expérience. Ce n’est pas le cas. Au-delà de ces chipotages un peu précieux je le reconnais, j’avoue que la grande majorité des orchestrations nous ont permis de profiter de la richesse mélodique d’André Gagnon, et ce avec un surcroît de profondeur harmonique et même, occasionnellement, contrapuntique. Le Petit concerto pour Carignan et orchestre, très bien porté par le premier violon de l’OM, pour la portion ‘’classique’’, et le violoniste trad David Boulanger, pour la portion ‘’folklore’’, a eu l’effet d’une impressionnante bourrasque, même si j’aurais souhaité un orchestre avec plus d’amplitude et ajoutant de la profondeur sonore derrière les tourbillons de notes de Boulanger. 

L’Ouverture-éclair et Dédéthoven de leur côté ont bien profité du contexte symphonique, même si le velours orchestral avait tendance à diminuer la netteté cristalline de certaines voix, bien notables dans l’album. C’est l’excellente Julie Lamontagne, habituellement pianiste de jazz, qui a pris en charge l’exécution de ces deux premières pièces du programme au piano, se retrouvant ainsi avec la responsabilité de donner le ton au concert. Je ne peux lui offrir une note parfaite en raison de quelques légers accrocs techniques dans Dédéthoven, mais son excellent sens narratif et la qualité du souffle qu’elle a donné à ses interprétations ont été amplement appréciés. Elle a lancé la machine efficacement. L’autre pianiste, Rousso, s’est essentiellement chargé des portions romantiques, exception faite de sa lecture habile de Ta Samba. 

C’est d’ailleurs dans les plages lyriques que les orchestrations de Vallières ont résonné avec le plus de force et la musique de Gagnon a semblé la plus touchante, jusqu’à la finale grandiose, voire épique, de la pièce-titre Neiges et ses bordées d’arpèges baroques, accompagnés par le chœur de l’OM. Une conclusion puissante et convaincante à un hommage parcouru de belles émotions, mais en recherche de fignolage ici et là afin d’atteindre pleinement son potentiel expressif. 

Neiges constituait la première moitié du concert. La deuxième était occupée par un ensemble hétéroclite de flocons musicaux de Noël ou simplement festifs. À travers les lectures chaleureuses de classiques comme Have Yourself A Merry Little Christmas et C’est l’hiver, et des extraits de deux pièces chorales contemporaines très accessibles (Magnificat de Taylor Scott Davis et le Gloria de John Rutter), deux petites perles signées Antoine Gratton ont été jouées avec tous les feux d’artifices qu’elles réclamaient et ont durablement été imprimées dans mon esprit. 

Le Concerto trad pour David Boulanger est un flamboyant et trop bref exercice pour un violoniste trad de qualité, accompagné par un orchestre qui s’affirme sans écraser le soliste. Gratton sait trouver toutes sortes d’astuces pour rendre ses partitions intéressantes et éviter la banalité tout en demeurant familier. C’est d’ailleurs ce qu’il a réussi à faire avec brio dans l’autre perle dont je vous parlais, un arrangement de célèbres thèmes de films pour enfants prisés dans le temps des Fêtes, une sorte de ‘’Symphonie Ciné-Cadeau’’ regroupant de façon ingénieuse des bribes de mélodies bien connues provenant de films d’animation comme Astérix et Lucky Luke, et se terminant par un hymne choral reprenant la chanson L’amour a pris son temps, tiré de La guerre des tuques.

J’ai souvent remarqué la qualité des orchestrations de Gratton. Cette fantaisie sur des thèmes de films et surtout le Concerto trad me convainquent une fois de plus que le temps est plus que venu d’offrir à cet artiste de la plume symphonique la chance de présenter du matériel beaucoup plus substantiel, comme un concerto de dimension conséquente, ou une oeuvre symphonique complète et musclée. 

Le concert s’est terminé dans la douceur d’une version de Have Yourself A Merry Little Christmas, réunissant presque tout le monde sur scène avec le chœur. Pas de rappel, mais un public qui semblait très satisfait. Deux autres occasions vous sont offertes d’en faire l’expérience, dimanche matin et après-midi. 

INFOS ET BILLETS (ce qu’il reste)

Autres articles à consulter : 

Léa Moisan-Perrier : dans les souliers et avec la baguette d’André Gagnon
Dans les coulisses de Neiges d’André Gagnon, il y a 50 ans, avec le percussionniste Robert Leroux

baroque / classique

OSM | Le Messie… en Avent!

par Ariel Rutherford

10 décembre 2025, l’Avent bat son plein. Au cœur de la Maison symphonique de Montréal, l’OSM s’apprête, une fois de plus, à redonner vie au grand classique baroque qu’est le Messie de Haendel. Je suis assis rangée J, siège 23, mon sac à mes pieds. Je vais, pour la première fois découvrir et écouter l’entièreté du Messie. Je suis impatient. 

Les musiciens entrent sur scène, choeur, premier violon, solistes, Payare, applaudissements. Silence. Ça commence. Premier mouvement, Symphonie : l’oratorio émerge de la crypte du temps, aussi vivant qu’il y a 284 ans. Le miracle de la musique. Puis le premier soliste de la soirée se lève, ténor, et ça ne s’arrête plus. 

Je prends des notes, je gribouille, et surtout, j’écoute. C’est une œuvre massive et riche que Haendel a laissé à la postérité. Je ne vois pas le temps passer, la musique m’enveloppe, et voilà déjà l’entracte. Applaudissements, brouhaha, pause pipi. 

J’ai déjà des coups de cœur. Luciana Mancini, la mezzo-soprano, a une voix magnifique : chaude et puissante, ça me parle, ça m’enchante. C’est elle dont la voix, ce soir, me parait la plus puissante. Chaque fois qu’elle se lève, dans sa robe de velours turquoise, et marche vers le centre de la scène, j’ai hâte à ce qui m’attend. Le chœur reste malgré tout la vedette de la soirée: 35 voix qui fusionnent, s’affrontent, jouent et s’harmonisent, 35 voix qui se font un unique instrument. Un instrument qui me laisse à entendre des aperçus du paradis. Les fluctuations de registres, de volumes, du grave à l’aigu, du murmure au tonnerre, tant soudaines qu’imperceptibles, me donnent des frissons, m’arrachent par instant à Assiah. Quand je vois les chanteurs se lever à l’arrière de la scène, j’en ronronne presque.

Fin de l’entracte. Trois coups, je me rassois. Les musiciens retournent sur scène, chœur, premier violon, solistes, Payare, lumières, musique. C’est reparti. L’acte deux commence : avant de ressusciter le Christ, il faut bien le tuer – puisque le Messie de Haendel  avait été composé à l’origine pour Pâques. Les solistes se donnent à fond, ils sont à leur meilleur, plus assurés encore que dans le premier segment. Chaque mouvement est comme un nouveau chocolat tiré du calendrier de l’Avent, un plaisir. Les violons, trompettes et clavecins ne sont pas en reste : c’est beau, dramatique, triomphant et tragique. Les mélodies traversent mes tympans et me touchent au cœur.  J’ai bien dû laisser tomber une ou deux larmes et ce n’est pas dû à une poussière. Le Christ meurt, ressuscite, Alléluia. Le troisième et dernier mouvement m’a un peu laissé de marbre, mais je n’ai pas vu filer le temps, trois heures de bonheur. Applaudissement, trois rappels. Je rentre chez moi écrire ma critique, sourire aux lèvres.

Photos: Antoine Saito

jazz latin / latino

Ensemble de musique du monde de l’UdM : un bon cru, né dans le froid

par Frédéric Cardin

Chaque fin de session, l’ensemble de musique du monde de l’Université de Montréal, sous la direction de Julian Gutierrez Vinardell, présente le travail des étudiants du programme. Si vous cherchez un bon concert de musique latino (c’est l’expertise de Vinardell) gratuit, avec de respectables performances de salsa, de meringué, de cha-cha-cha et autres rythmes classiques de la musique latine, tout cela fortement teinté de jazz, vous devriez ajouter les concerts de ce groupe à votre agenda. 

Hier soir avait lieu le concert de la fin de session d’automne, avec un Julian Gutierrez Vinardell qui avait pour mission de compenser la noirceur hâtive et le froid frigorifique (hâtif lui aussi!) avec de la bonne humeur, pleine de soleil et de chaleur. Il réussit plutôt bien en la matière le monsieur, jouant l’entertainer efficace, mais heureusement sobre. Les jeunes musiciens (exception faite de deux vétérans supplémentaires à la trompette et aux percussions) ont bien intégré la nature mouvante des rythmes latinos, dans un programme constitué de deux compos de Vinardell, un traditionnel dominicain, plusieurs chansons arrangées pour l’occasion et une version de La valse des lilas de Michel Legrand. 

J’ai remarqué les belles présences de David Gareau à la voix et de Raphaël Labonté-Mathieu au piano. Le premier pour son timbre séduisant, son aisance avec l’espagnol et le legato rythmique latin, le deuxième pour de belles envolées improvisées et jazz. 

Une soirée qui a agréablement réchauffé l’espace vaste et très formel de la salle Claude-Champagne, au demeurant plutôt clairsemée. À ce sujet, je me demande s’il ne serait pas plus intéressant d‘offrir ce genre de concert dans un endroit approprié comme le Balattou, ou la Sala Rossa? L’efficacité, et la proximité des musiciens, décuplent l’efficacité des prestations. 

Quoi qu’il en soit, un autre programme sera donné au mois de mai 2026. J’ai très envie d’y être car j’ai été convaincu. Je vous suggère de tenter le coup également, si ce n’est déjà fait. 

AUTRES PUBLICATIONS PANM360 SUR LE SUJET : 

Entrevue de Vinardell par Frédéric Cardin il y a quelques jours

Entrevue de Vinardell par Michel Labrecque en mai 2025

Recension de l’album De Ti Lo Quiero Todo de Vinardell, sorti en 2024

musique contemporaine / Musique de création

Quatuor Molinari | Les miniatures de Blair Thomson, l’énergie noire de Kelly-Marie Murphy, le no 4 de R. Murray Schafer

par Jeremy Fortin

Le vendred 5 décembre, le quatuor Molinari présentait le programme  Rythmes canadiens,  mettant de l’avant les compositions de trois compositeurs en communion avec le rythme.

Le concert a débuté avec la pièce Dark Energy de Kelly-Marie Murphy, une œuvre  traitant du cosmos et de l’expansion continue de l’univers jusqu’à son éventuelle implosion. Cette description illustre parfaitement la pièce qui se déroule en grand crescendo en débutant avec une sublime mélodie que les membres du quatuor s’échangent continuellement sur un mélange de trémolos et de notes tenues, exécutées dans la douceur par les autres membres du quatuor. Il ne faut cependant pas se faire prendre au jeu, car tout comme l’univers prenant de l’expansion, le quatuor s’enflamme enchaînant les traits virtuoses joués avec  passion.

La deuxième pièce, unique création du concert, nous vient du compositeur Blair Thomson, qui présente pour l’occasion de ce concert son tout premier quatuor à cordes. Basée sur une succession de  miniatures, cette création du Molinari enchaîne une série de courts morceaux exploitant les nombreuses possibilités qu’un quatuor à cordes possède. C’est donc avec une grande virtuosité que le quatuor Molinari s’est lancé dans l’exercice, réussi avec brio.

Le concert s’est  terminé avec le quatuor à cordes no 4  de R. Murray Schafer, que le Molinari affectionne particulièrement. Après avoir joué ce même quatuor à cordes à leur tout premier concert en 1997, l’ensemble nous interprète cette œuvre magnifique au cœur de sa  29e saison.

La particularité de cette pièce est la spatialisation du son: alors que la pièce débute, la violoniste Olga Ranzenhofer se trouve à l’arrière-scène, et ce, en constant dialogue avec le quatuor. Au long de la première partie de la pièce, la violoniste sort de l’arrière-scène et s’approche tranquillement de ses collègues, un moment dramatique exécuté avec une grande expressivité. Après une deuxième section plus traditionnelle que le quatuor a joué  impeccablement, la pièce se termine en douceur avec une voix lointaine venant de l’arrière-scène, un moment de pure mélancolie.

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baroque / classique / musique sacrée

Caprice/ArtChoral à la Maison symphonique | La table de Noël est dressée

par Alain Brunet

Avec le programme Hallelujah!, présenté le jeudi 4 décembre à la Maison symphonique, les ensembles Caprice et ArtChoral ont dressé la table des Fêtes. Voilà un des premiers concerts d’une longue série de décembre, où les œuvres incontournables sont présentées au public fervent de traditions sacrées ou profanes. Matthias Maute est un excellent maître de cérémonie en ce sens, son humour et ses capacités de communicateur sont à la hauteur de ses compétences musicales. On reste attentif en tout temps, on peut aussi sourire et rire de bon cœur.

D’entrée de jeu, une œuvre du chef lui-même est exécutée avec le concert de l’auditoire. Les chants et la construction de Hallelujah sont de facture rétro-nuovo, en ce sens qu’elles respectent l’esprit sacré de l’époque baroque, avec un petit je ne sais quoi d’aujourd’hui parce que des chansons modernes pourraient reprendre des procédés similaires dans leur construction.

La suite du programme était constituée de parties probantes des deux œuvres les plus emblématiques de l’époque baroque, reprises annuellement pour la Nativité.

D’abord, la cantate no1 de l’Oratorio de Noël de JS Bach, un foisonnement choral magnifié par les cuivres et les bois de l’orchestre. Les 9 parties de cette cantate sont assurément maîtrisées par ArtChoral et Caprice, dirigés par un unique chef et directeur artistique. Matthias Maute , faut-il le rappeler, est un maître  « baroqueux » de culture luthérienne, et donc enclin à la grande musique chorale – il est originaire de l’Allemagne méridionale, dans la grande région de Stuttgart.

On aura droit aux interventions probantes de la mezzo-soprano Florence Bourget, dont les fréquences n’ont pas pour objet de démontrer de la puissance mais plutôt de la texture et de la justesse dans ce contexte (les parties 3 et 4).  Le ténor Emmanuel Hasler, que nos commentateurs de hockey qualifieraient de « gros bonhomme », exprime une voix haute et ferme dans les parties 2 et 6. Dans la partie 7, la basse William Kraushaar m’est apparu comme un soliste des plus éloquents, tant pour sa puissance que sa présence sur scène. Il partageait la scène un moment avec la soprano Marianne Lambert, qui offrait un complément intéressant au soliste principal de cette partie, pendant que les anches soufflaient en contrepoint. La basse a ensuite accompli magistralement sa tâche de la partie 8, avant le le choral de la partie 9 coiffe le tout.

Georg Friedrich Haendel avait été sélectionné en deuxième partie de programme. Un choix justifié puisque de Le Messie est l’œuvre la plus jouée durant la période de l’Avent, alors qu’elle avait été composée à l’origine pour célébrer la résurrection du Christ. La posture lumineuse et sensuelle des sections confiées la soprano Marianne Lambert (There were shepherds abiding in the fields et Rejoice, greatly, O daughter of Zion) auront été parmi les passages marquants de cette exécution. La Nativité, première partie du Messie, aura été impeccablement exécutée par les ensembles, instruments anciens à l’appui, et les solistes avant qu’on y ajoute au dessert le fameux Hallelujah!, qui conclut normalement la 2e partie du Messie. Comment put-il en être autrement?

classique / classique moderne / post-romantique

OSM | Folklorique et hollywoodien

par Jeremy Fortin

L’OSM présente une soirée à saveur folklorique et hollywoodienne. Au tour de la violoniste Simone Lamsma d’agir en tant que soliste à la Maison symphonique avec le concert  Éclatante nostalgie : De l’Europe à Hollywood  que l’OSM présentait   deux soirs consécutifs  avec une version  Apéro symphonique  mardi,  avant de présenter le programme dans une version plus traditionnelle le mercredi.

Le programme arborant la pastille « poétique » dans la programmation de l’orchestre met de l’avant Béla Bartok et Erich Wolfgang Korngold, deux compositeurs de l’Europe de l’Est ayant au cours de leurs vies respectives émigré aux États-Unis. Dans une ambiance folklorique et parfois même hollywoodienne (comme le titre le précise)  ce programme marquait le retour de Rafael Payare à la barre de l’OSM à l’approche des fêtes.

Une œuvre de Claude Debussy amorçait le concert avec une orchestration de la pièce L’isle joyeuse, originalement composée pour piano. À l’aide de soufflets que l’orchestre effectua à merveille et d’un son qui a su remplir la Maison symphonique, le public a pu se laisser bercer pendant cette première pièce du concert.

Le Concerto pour Violon de Korngold, interprété par Simone Lamsma, poursuivit  le concert en beauté. La pièce pige dans plusieurs thèmes du cinéma composés par le Korngold  illustration le côté plus hollywoodien de ce concert, particulièrement dans les deux premiers mouvements où la soliste a su jouer avec grande délicatesse les grandes envolées lyriques du concerto avant de conclure la pièce avec un 3e mouvement teinté de virtuosité où nous avons pu témoigner de la complicité entre Lamsma et Payare, qui partageaient des sourires complices tout au long du mouvement. L’orchestre a su laisser briller la soliste tout en prenant la place nécessaire dans les tuttis.

Le concert s’est terminé avec le Concerto pour orchestre de Bartok. Si le genre musical du concerto est traditionnellement pour un instrument solo accompagné d’un ensemble, il est clair à l’écoute que Bartok a voulu donner la parole aux différentes sections de l’orchestre avec des tuttis et des solos un peu partout au travers de celle-ci. En ce qui concerne l’interprétation de la pièce, Rafael Payare a une fois de plus démontré sa capacité à faire vibrer l’orchestre dans les passages les plus intenses de la pièce, particulièrement avec les cuivres qui étaient au rendez-vous hier soir pour ce concert. Cette intensité lui a donc permis d’aller chercher un contraste bienvenu dans les deuxième et quatrième mouvements, qui, malgré leur douceur et leur fluidité, ont été quelque peu éclipsés par les trois autres mouvements, qui possèdent une force de caractère certainement plus grande.

Photo Antoine Saito

Brésil / forró / samba

Une double célébration carnavalesque

par Sandra Gasana

La Sala Rosa était pleine à craquer pour la célébration du double-anniversaire de Forró Rasta Paix et Tamboréal Samba Bloco. Alors que le premier groupe célébrait ses deux ans, le second fêtait son tout premier anniversaire.

La soirée a débuté avec Forró Rasta Paix, un groupe composé de cinq membres incluant Fabio Stilben que nous avons eu en entrevue. Alors qu’il chante et joue du triangle, il était accompagné de Pablo Majlis à l’accordéon, Alexandre Monteiro à la flûte traversière, Vovô Saramanda aux percussions et Anit Ghosh au violon ou à la basse selon la chanson.

Nous avons eu droit principalement à des reprises du large répertoire de forró, avec des classiques de Luis Gonzaga entre autres, mais également du xote, un style qui s’apparente au reggae. La piste de danse se remplissait de couples, ce style se danse principalement à deux. 

« Pour la prochaine chanson, nous allons inviter notre marraine qui supporte le forro depuis longtemps, Bïa », annonce Fabio avant d’accueillir la grande chanteuse et animatrice brésilienne.

Pour les dernières chansons, Fabio a laissé sa place au triangle à Lissiena Neiva, une autre figure importante de la scène musicale brésilienne à Montréal, principalement dans les rodas de samba, pour se concentrer entièrement au chant. Cela lui a permis de se défouler plus librement et de danser même.

Mon coup de cœur de la soirée était la reprise de Vamos Fugir, de Gilberto Gil mais surtout Bebê de Hermeto Pascoal, parfaitement maitrisée par Alexandre Monteiro et sa flûte.

Comme Fabio nous l’avait décrit lors de notre entrevue, la soirée a commencé avec des morceaux plutôt calmes avant de terminer en véritable fête aux allures de carnaval. Le public dansait dans tous les sens, chantait toutes les chansons par cœur et avait même initié une sorte de tunnel qui circulait dans toute la salle. Bref, après le premier set, la barre était déjà bien haute.

Après une courte pause, Tamboréal a ouvert le bal avec deux morceaux joués par les étudiants. En effet, en plus d’être un groupe de percussionnistes, Tamboréal offre également des cours de percussions depuis quelques mois et c’était la première prestation devant public de ces étudiants. S’en est suivi le véritable collectif Tamboréal Samba Bloco, composé de 18 percussionnistes, 3 musiciens : basse, guitare électrique et cavaquinho, et bien entendu, le chef d’orchestre Carlos, avec qui nous nous sommes entretenus.

Chacun des musiciens a eu la chance de chanter sur certains morceaux mais le reste du temps, c’était la chanteuse Thaynara Perí qui occupait parfaitement ce rôle. Elle alternait entre son instrument percussif et le chant, mais c’était clairement dans le chant qu’elle brillait. Malgré le bruit imposant des percussions, on entendait tout de même sa voix qui portait.

Leur répertoire est composé de reprises mais également de compositions originales, notamment un morceau qui porte le nom du groupe.

« J’aimerais qu’on applaudisse tous les amateurs de Capoeira et ce qu’ils ont fait pour faire connaitre cet art martial à travers le monde », dit Carlos avant de présenter le morceau « Capoeira ». Tout comme Thaynara, il alternait entre son rôle de chef d’orchestre, de percussionniste et de MC puisqu’il prenait la parole entre les morceaux pour fournir du contexte ou parler des morceaux.

Certains morceaux avaient des allures plutôt rock, en partie grâce à la guitare électrique, mais sinon on a eu droit à un mélange de samba, forró, maracatu et de axé.

Carlos a même pris le temps d’inviter Fabio sur un morceau, accentuant cette idée de collaboration. Pendant ce temps, dans le public, les gens se mettaient à faire des danses en ligne, certains s’improvisant profs de danse alors que d’autres suivaient les pas derrières.

« Il nous a fallu beaucoup d’heures de travail, de l’amour, de la sueur pour vous offrir un spectacle comme celui-ci, j’espère que vous en profitez bien », nous partage Thaynara en portugais, entre deux chansons.

J’ai l’impression que ces soirées double-anniversaires risquent d’être un rituel puisque c’est déjà la deuxième fois que ces deux groupes célèbrent ensemble. Et même s’il y avait un autre événement majeur dans la communauté brésilienne cette fin de semaine (Sambakana), cela n’a pas empêché d’avoir une bonne foule à la Sala Rosa, autre indicateur de la taille importante de la communauté brésilienne à Montréal. Il y en a pour tous les goûts.

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