classique

Virée classique de l’OSM | Un Requiem de contrastes

par Alexis Desrosiers-Michaud

L’équipe de PAN M 360 est très présente à la Virée classique, présentée par l’OSM. Sur le terrain, dans les activités gratuites et les concerts en salle, Alain Brunet, Alexis Desrosiers-Michaud et Alexandre Villemaire rendent compte de ce qu’ils ont vu et entendu aux concerts présentés à Montréal jusqu’au 18 août.

L’Orchestre symphonique de Montréal et son chœur étaient en pleine forme pour le premier concert de la fin de semaine de cette Virée classique, dans le Requiem de Guiseppe Verdi.

Ce qui frappe dès le début est le respect et la justesse des nuances, tel qu’indiqué dans la partition; les indications « très doux » sont quasi imperceptibles et les « très forts » défoncent le plafond, au point de faire littéralement vibrer les plexiglass sur scène. Par contre, quand on chante piano, il faut exagérer les consonnes, et tant chez les solistes qu’avec le chœur, on perd les premières consonnes des mots. À l’inverse, celles terminant lesdits mots sont plus sonores.

Les quatre solistes, dont le ténor, Oreste Cosimo (oublié dans le programme), chantent non pas avec la partition en mains mais déposées sur un lutrin. Ce faisant, ils peuvent « jouer » leur texte. La mezzo-soprano Rihab Chaieb se démarque à ce chapitre en se détachant de la partition pour interagir avec ses homologues ou encore en regardant fixement le public pour transmettre l’émotion.

Le chœur est solide, juste et équilibré. Il chante assez fort pour se faire une place dans le tintamarre du Dies Irae et du Tuba Mirum. Cependant, dans le Sanctus, l’orchestre et le chœur sont sur deux paliers différents. L’orchestre est fort et festif tandis que le chœur se retient, angélique. Cette partie, à 8 voix, devrait ressortir davantage pour percevoir les diverses entrées et éviter de se faire engloutir.

Crédit photo: Antoine Saito

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classique occidental / période romantique

Virée classique de l’OSM | Une balade en sol méditerranéen réussi pour l’OSJM

par Alexandre Villemaire

L’équipe de PAN M 360 est très présente à la Virée classique, présentée par l’OSM. Sur le terrain, dans les activités gratuites et les concerts en salle, Alain Brunet, Alexis Desrosiers-Michaud et Alexandre Villemaire rendent compte de ce qu’ils ont vu et entendu aux évènements présentés à Montréal jusqu’au 18 août.

Le Complexe Desjardins a vibré aux sons de la Méditerranée avec un Orchestre symphonique des jeunes de Montréal solide et plein de vivacité dans un programme ensoleillé qui a fait mouche. L’orchestre, fondé en 1976 et dirigé depuis 1986 par Louis Lavigueur, en était à sa quatrième participation à la Virée classique de l’OSM, une belle symbolique et une participation que nous souhaitons voir se maintenir entre l’ensemble montréalais et les jeunes de l’orchestre, des jeunes qui, comme l’a fait remarquer très justement maestro Lavigueur, compteront sûrement dans un avenir rapproché parmi les nouveaux membres de l’OSM ou de l’OM. Le programme qu’il avait concocté a permis d’être témoin de la qualité du jeu des musiciens. Débutant le concert avec la pétillante « Ouverture » de l’opéra L’Italienne à Alger de Rossini, l’orchestre a par la suite accueilli le violoniste Justin Saulnier, lauréat du 2e prix du Concours de l’OSM en 2023, pour interpréter le cinquième mouvement de la Symphonie espagnole d’Édouard Lalo. Saulnier a démontré une belle agilité technique avec un son clair et mordant, malgré quelques petits défis de communication avec le chef, notamment pour quelques ralentis. Rien cependant de majeur pour venir gâcher la performance. Assurément la pièce la plus complexe du programme, la Suite provençale de Darius Milhaud a offert un jeu de texture et de couleur des plus enlevants. L’orchestre a conclu sa performance d’une heure par une interprétation du Capriccio espagnol de Rimski-Korsakov des plus vivifiantes où plusieurs sections instrumentales de l’orchestre ont pu briller par la maîtrise de leur instrument.

crédit photo: Gabriel Fournier

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classique occidental / période classique

Virée classique de l’OSM | Raconter en musique Madame de Staël

par Alexandre Villemaire

L’équipe de PAN M 360 est très présente à la Virée classique, présentée par l’OSM. Sur le terrain, dans les activités gratuites et les concerts en salle, Alain Brunet, Alexis Desrosiers-Michaud et Alexandre Villemaire rendent compte de ce qu’ils ont vu et entendu aux évènements présentés à Montréal jusqu’au 18 août.

Intitulé Sur les traces de Madame de Staël, Esther Laforce, bibliothécaire à la BAnQ, proposait un parcours musical à travers une partie de l’œuvre de la femme de lettres française et genevoise accompagnée par le harpiste Antoine Malette-Chénier. C’est le roman Corinne ou l’Italie qui servait de trame de fond au récit. Le public était amené à découvrir le personnage éponyme de l’autrice, une poétesse italienne, et de son histoire d’amour avec Lord Oswald Nelvil, un noble anglais. La recherche soutenue et le récit brossé encore une fois très justement construit par Esther Laforce se présentent comme une forme de déambulatoire où l’on suit l’évolution de la relation entre les deux protagonistes, notamment à travers leur état d’âme et à travers différents lieux mythiques de l’Italie, de Rome en passant par le Royaume de Naples. Commentant musicalement l’action avec des pages tirées essentiellement du répertoire pour harpe du XVIIIe siècle (Krumpholtz, Petrini, Naderman), Antoine Malette-Chénier a joué son rôle à la perfection, incarnant à sa façon le personnage de Corinne dont la lyre était l’instrument de prédilection. Ses interventions étaient tour à tour empreintes de légèreté, de mélancolie et de tourment.

Malgré une bonne prestation musicale, nous avons trouvé plus difficile de connecter avec le récit et ses personnages, comparativement à l’année dernière où la relation épistolaire entre George Sand et Frédéric Chopin offrait des moments plus légers et même humoristiques. Ici, le style du langage et la teneur du propos demandent une concentration un peu plus soutenue et intérieure, que l’emplacement ouvert et semi-achalandé de l’Espace GEL rend plus difficile à apprécier pleinement.

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classique occidental

Virée classique de l’OSM | Amener les instruments de l’orchestre au public

par Alexandre Villemaire

L’équipe de PAN M 360 est très présente à la Virée classique, présentée par l’OSM. Sur le terrain, dans les activités gratuites et les concerts en salle, Alain Brunet, Alexis Desrosiers-Michaud et Alexandre Villemaire rendent compte de ce qu’ils ont vu et entendu aux évènements présentés à Montréal jusqu’au 18 août.

Pour une autre année, dans le cadre de la Virée classique, l’OSM sort les instruments de la salle de concert et les emmène à la rencontre du public montréalais.

Ayant élu demeure dans le Salon Urbain situé directement en face de l’entrée de la Maison symphonique, ce sont diverses installations présentant des instruments comme le cor, le saxophone, la clarinette, la flûte, le violon, le violoncelle, de multiples percussions et même l’orgue. Animé par des experts, chaque kiosque permet à la fois d’en apprendre sur la famille d’instruments, sur la lutherie ainsi que sur la facture d’orgue, entre autres. On peut même essayer certains instruments !

Lors de notre passage, une petite foule avait commencé à se former autour des différents kiosques où des jeunes et des adultes curieux posaient leur question et testaient les instruments présentés devant eux. Une activité ludique, accessible pour tous, où chacun peut y trouver son compte et, qui sait, être la bougie d’allumage nécessaire à certains pour entreprendre l’apprentissage d’un instrument.

Cette activité se déroule jusqu’au dimanche 18 août pour celles et ceux qui souhaiteraient découvrir ces instruments de l’orchestre. Des ateliers plus complets sur les instruments à cordes, les vents et les percussions sont également au menu de la programmation.

POUR CONSULTER LA PROGRAMMATION COMPLÈTE, C’EST ICI

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Virée classique de l’OSM | Coup d’envoi à l’orée d’un week-end méditerranéen

par Alain Brunet

Sobrement et justement animé par André Robitaille sur l’Esplanade du Parc olympique devant un public de masse, le coup d’envoi de la 11e Virée classique de l’OSM a été une autre occasion de s’ouvrir à une conception planétaire de la musique classique, à tout le moins méditerranéenne. Faire cohabiter dans un même programme Piotr Ilitch Tchaïkovski, Hector Berlioz, Ottorini Respighi avec Joseph Tawadros, grand soliste du oud et compositeur contemporain issu de la musique classique arabe, voilà un autre signe des temps et une illustration supplémentaire de cette mondialisation inclusive de la musique classique selon l’OSM et Rafael Payare.

D’abord, les amours tragiques de Francesca da Rimini, une Italienne du 13e siècle immortalisée dans une œuvre de Dante (La divine comédie) et ayant inspiré le compositeur russe dans une œuvre écrite en 1876. Cette fantaisie symphonique comporte-t-elle des éléments de culture méditerranéenne? Dans l’inspiration romanesque, certes, mais cela ne déroge pas vraiment de la patte tchaïkovskienne dont on apprécie le génie une fois de plus. Cette œuvre vigoureuse, avec ses fusées de cordes et bois, ses pétarades de cuivres et circonvolutions virtuoses des cordes, a été servie avec éclat, passion et haute virtuosité.

Au centre du programme, nous avions l’Ouverture du Carnaval romain (1844), une œuvre vigoureuse, fondée ses thèmes de son opéra Benvenuto Cellini. Si l’impression de génie compositionnel est ici moins forte, mais l’exécution s’avère plus que correcte.

En deuxième et quatrième place au programme, l’oudiste Joseph Tawadros, natif du Caire mais élevé en Australie, nous a donné quelques indices de son hybridation de musique classique arabe en version symphonique occidentale. Originalement fringué ( chemise rose, bonnet oriental, moustache et barbe stylisées), l’instrumentiste virtuose s’est mis en scène dans deux compositions pour oud et orchestre. On sait que l’oud est un instrument à cordes très proche du luth et ancêtre des instruments à cordes pincées, à commencer par la guitare, on sait aussi que cet instrument a gagné en notoriété depuis quelques décennies. Les œuvres symphonique de Tawadros au programme ne sont pas de profonde singularité et complexité harmoniques, elles se veulent davantage une extrapolation de leurs mélodies et parties spécifiques de l’oud. Permission to Evapore évoque la mort des parents du compositeur. Comme son titre l’indique, Constantinople nous mène aux frontières de l’Occident et de l’Orient, encore là les constructions orchestrales sont relativement limitées harmoniquement, car elle sont d’abord au service de la mélodie et du rythme, comme c’est le cas de la musique classique arabe qui a, jusqu’à une période récente, évacué la polyphonie. Pour ces raisons, on peut avoir l’impression d’une pop instrumentale plutôt que de grande musique, mais c’est un leurre, car les qualités de ces œuvres se trouvent ailleurs, notamment dans cette ligne virtuose délicieusement exécutée à l’unisson par Tawadros et Andrew Wan, premier violon de l’OSM.

En dernier lieu, on a eu droit à de la musique composée en 1924, poème symphonique s’inscrivant au deuxième rang d’une trilogie consacrée à Rome. Il y a exactement un siècle, donc Ottorino Respighi exprimait en musique la grandeur de Rome et Pini di Roma en témoigne fort bien. On sent bien la modernité de certaines harmonies orchestrales mises au point au tournant du 20e siècle. Mélange de post-romantisme et de modernité, ce poème symphonique inclut différents éléments de musiques populaires, dont une marche que nous qualifierons de légionnaire en conclusion, précédée par la surimpression de chants d’oiseaux préenregistrés comme l’avait prévu Respighi. Visionnaire de son époque, dites-vous? Tout à fait approprié pour conclure ce Voyage méditerranéen précédant plusieurs autres expériences sonores inspirées de près ou de loin à la culture musicale de Méditerranée.

opéra rock

Starmania : la tentation d’exister

par Claude André

Dans sa toute dernière mouture, l’opéra-rock postmoderne hybride que Michel Berger et Luc Plamondon créèrent en 1978 trouve un souffle nouveau grâce à une relecture du livret et une époustouflante mise en scène.

À l’heure où pleuvent les bombes et que se multiplient dans le monde les attentats terroristes, un personnage façonné par la télé pourrait redevenir « président de l’univers » avec l’aide d’un magnat des réseaux sociaux, la dystopie starmanienne se vérifie plus que jamais.

Ajoutez à cela des zonards désœuvrés et violents, un peuple asservi à coup de fausses nouvelles et des marginaux nihilistes qui se posent des questions existentielles sur le sens de la vie et de l’amour non conventionnel, et vous avez tous les ingrédients qui cristallisent la société actuelle, représentée par le destin croisé de huit personnages dont sept vont mourir dans une métropole faite de gratte-ciels où les gens sont obsédés par la célébrité et la radicalité.

« Proposer une narration lisible, par-delà de la vie autonome que les chansons ont acquises en 40 ans de succès (…). Remettre à jour ce livret, certes visionnaire, mais toujours très parlant aujourd’hui en travaillant sur l’ordre des chansons, les transitions, en faisant réapparaitre un personnage disparu depuis la première version (le gourou)… »

C’est ce qu’a voulu faire le metteur en scène Thomas Joly, celui à qui l’on doit la grandiose et provocante ouverture des JO de Paris, en utilisant, notamment, une approche multimédia inspirée parfois du cinéma direct.
Pour parvenir à capturer la substantifique moelle de l’œuvre sur le plan émotionnel, avant que le succès éclatant des diverses versions ne la dilue, que ce soit pour une note ici ou un tempo-là, cette nouvelle mouture a été inspirée par la partition manuscrite du regretté Michel Bernholc, arrangeur de la version originale.

Du point de vue visuel, grâce à une machinerie ambitieuse, à des costumes flamboyants et à une architecture lumineuse à la fois captivante et sophistiquée, la plupart des chansons qui accompagnent nos vies depuis des décennies en ressortent sublimées.

La plupart? Il faut le dire, certaines pièces nous semblent plus ternes au regard du bouquet d’immortelles que contient l’œuvre et qui peuvent ralentir le rythme.

Aussi, si l’auteur old school de ces lignes cherchait parfois avec une certaine nostalgie la fougue de Balavoine dans Quand on arrive en ville, ou la posture charismatique et moqueuse de Dubois dans le fameux Blues du businessman ou encore la désespérance contagieuse de Fabienne Thibault dans Le monde est stone, il faut se rendre à l’évidence : les interprètes d’aujourd’hui tiennent largement la dragée haute et marqueront fort probablement les jeunes générations à l’image de leurs prédécesseurs, bien que nous aurions pu espérer une plus grande variété de tonalité dans le choix des voix féminines.

Malgré ce bémol et une acoustique qui fit se fracasser certaines rimes dans l’aréna qu’est originellement la Place Bell, ce spectacle généreux qui dure trois bonnes heures, dont vingt minutes d’entracte, et dans lequel se déploie une trentaine de chanteurs, danseurs et musiciens, s’avère à nos yeux l’ultime version de ce désormais cultissime opéra-rock.

Crédit Photo: Anthony Dorfmann

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chant lyrique / classique occidental / opéra / opérette

Festival d’art vocal de Montréal 2024 | Une Chauve-Souris de haut vol pour l’ICAV

par Alexis Desrosiers-Michaud

Ce dernier week-end avait lieu, au Salon Richmond, le concert final de l’édition 2024 du Festival d’art vocal de Montréal de l’Institut d’art vocal du Canada (ICAV). Pour l’occasion, les jeunes chanteurs et chanteuses stagiaires de l’institut proposaient la version française de La Chauve-Souris de Johann Strauss II, intercalée par The Four-Note Opera de Tom Johnson. Nous y reviendrons.

La mise en scène signée Lorraine Pintal était très ingénieuse. Le Salon Richmond étant une ancienne église convertie en salle de concert, il n’y a évidemment pas de fosse et donc, l’Orchestre classique de Montréal, dirigé par Simon Rivard, était placé en fond de scène. Le terrain de jeu pour les chanteurs étant assez restreint, il n’y a pas de place non plus pour des décors. L’enceinte de l’église, avec ses hauts plafonds desquels pendent trois lustres imposants, contribuait cependant à plonger le spectateur dans l’atmosphère des salles de bal viennoises du XIXe siècle.

Il s’agissait là d’une belle utilisation de l’environnement et de l’espace pour pallier l’absence de décors. Lorraine Pintal a également eu la judicieuse idée d’ajouter un personnage de narrateur afin de donner du relief à l’environnement scénique imaginaire qui se développe devant le public. Toujours sur scène, ce personnage (excellent Ludovic Jean) à l’allure oscillant entre l’esthétique des films de Tim Burton et du Joker ne se contente pas de simplement nous situer dans l’espace, mais vit intensément chaque scène et la commente à sa manière. Même lorsqu’il n’était pas au premier plan, c’était amusant de le voir prendre un très malin plaisir à savourer les multiples malaises de cette histoire. 

Vocalement, c’est une distribution de très haute qualité à laquelle nous avons eu droit. Malgré le fait que le public était très près des chanteurs, nous n’avons aucune raison de douter que toute cette distribution se serait bien fait entendre dans une plus grande salle tant la projection et le coffre étaient au rendez-vous. La soprano Meghan Henry (Rosalinde) gagne des points en y allant avec finesse et retenue dans son air de la Czardas et elle a pu démontrer l’impressionnant contrôle de sa voix tout au long de l’après-midi. Les barytons Diego Valdez (Eisenstein) et Brian Alvarado (Dr. Falke) projettent beaucoup en solo, mais s’ajustent lorsqu’ils chantent dans les numéros d’ensemble. Mentionnons également l’assurance de Théo Raffin (le directeur de prison Frank) et de Maëlig Querré dans le rôle du Prince Orlovsky, un rôle qu’elle a déjà campé en 2023 dans la production de l’Université de Montréal. Malheureusement pour Natalia Perez Rodriguez (Adele) – qui possède une très bonne et solide voix claire – sa prononciation du français n’est pas maîtrisée au point que cela détonne avec le reste de la troupe et plombe sa prestation. Derrière, l’Orchestre reste vigoureux et discret, mais il y a parfois des décalages lors des numéros de groupe, malgré la présence d’une cheffe relayeuse en avant-scène.  

« Dans la tradition du grand bal royal, le Prince Orlovsky offre un moment de divertissement. Place au cadeau lyrique du Prince! Place au Four-Note Opera ! » C’est ainsi qu’est présentée l’œuvre de Tom Johnson, dans une mise en scène de Joshua Major. Cet anti-opéra composé d’uniquement quatre notes (lasi et mi) est une caricature de l’art opératique et se moque sans merci de tous les clichés et stéréotypes qui l’entoure. Les paroles décrivent soit le procédé musical en cours (« This duet is a set of variation on a simple melody ») ou encore les émotions que vivent les chanteurs, par exemple le stress de devoir chanter a capella et de terminer sans détonner. C’est absurde et assumé, et plusieurs numéros font mouche. Les quatre chanteurs principaux sont aussi excellents ; Mary Jane Egan (soprano) a l’occasion d’en mettre plein la vue avec des vocalises et Hannah Cole (contralto) se surpasse dans le numéro a capella cité plus haut et projette une belle résonance dans les graves. Quant à Sébastien Comtois, il épate avec un très bon contrôle des notes piano dans l’aigu. Enfin, le baryton Brian Alvarado (encore lui!) démontre des qualités athlétiques dans ses arias qui lui demandent énormément d’énergie. Bref, c’est sympathique et très drôle par moment, mais long pour un interlude, au point où on se dit à la fin : « Ah, c’est vrai, il faut terminer le programme principal. »

Le maillon faible de cette production est sans contredit les surtitres français. Disposés sur quatre écrans installés de chaque côté de la scène, ceux-ci étaient souvent en retard sur l’action et les mots écrits n’étaient pas toujours les mêmes que ceux prononcés par les chanteurs. Le plus gênant, cependant, était les fautes d’orthographe et d’accords des participes passés qui se glissaient ici et là, quand ils ne disparaissent pas totalement à la fin du Four-Note Opera.

crédit photo: Baptiste Jehl

Présence autochtone | IA, soul pop maorie sous la pluie

par Alain Brunet

De Nouvelle-Zélande, les instruments traditionnels maoris sont intégrés à une soul pop incarnée. Les leaders de cette formation ont visiblement réfléchi à leur hybridation, car les profanes ressentent probablement l’esprit pop avant d’en découvrir les parfums maoris.

Le collectif de musique Māori IA mélange le taonga pūoro et la pop électronique pour ainsi générer un son singulier. Le chanteur s’exprime surtout en langue indigène et aussi en anglais, à l’image de la vraie vie dans le pays natal

On a devant nous de vrais pros de la pop mâtinée de soul/R&B , la voix chaude et juste du soliste (Reti Hedley), les harmonies des claviers et le groove de la basse (Moetu Smith) ne mentent pas. Les instruments traditionnels, surtout des flûtes et percussions, deviennent les ornements maoris d’une pop globale dont les référents de base sont connus de quiconque le moindrement connecté sur cette planète. L’enjeu de la réussite de IA repose sur cette question : doit on vraiment rechercher l’équilibre entre culture locale et culture globale? Chez IA cela semble être une préoccupation sincère et légitime pour atteindre cette idendité artistique nommée indigenous soul music. Basé à Waikato, le groupe se consacre à la mise en valeur du taonga puoro et du Te Reo Māori dans sa musique.

Encore une fois, il est dommage que les restes généreux de la tempête Debby aient commencé à s’abattre sur Montréal, car IA aurait pu susciter beaucoup plus d’intérêt auprès des mélomanes curieux de voir où en est la pop autochtone en Océanie.

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Présence autochtone | Manawan hip-hop nation

par Alain Brunet

Yann Ottawa alias The RZMN, de la Nation Atikamekw de Manawan, requiert toute notre attention, car il nous en apprend sur la vie de sa nation, privée ou publique. Avec son frère, il rappe et chante en atikamekw, il mise sur des accords dramatiques pour enrober son flow et ses lignes mélodiques, parfois filtrées à l’autotune, et enclines à la mélancolie. Il y avait de la musique dans la famille Ottawa, son père joue de la guitare et son frère aime la percussion.

Visiblement, il plus enclin au hip-hop, au reggaeton, au rap keb puisqu’il s’exprime beaucoup en français – et aussi dans sa langue maternelle. En 2022 Yann Ottawa a lancé avec ses frères sa première mixtape, Bigman Recordz, Vol. 1.

Malheureusement sous la pluie en ce jeudi soir, RZMN et ses collègues se sont produits sur la grande scène de la Place des Festivals devant une plantation de parapluies. Sous les parapluies, cependant, les humains restaient captivés. Devant les parapluies, assurément, il y avait un rap maîtrisé, il y avait des accroches, il y avait des refrains, il y avait de vraies histoires sur la vraie vie en terre Atikamekw, il y avait du vrai beatmaking, il y avait un vrai bon show de rap autochtone qu’on devra revoir et réentendre.

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avant-rock / rock prog

Présence autochtone | Subhira Quinteto, avant-rock contemporain et culture mapuche

par Alain Brunet

On dit de Subhira Quinteto qu’il est un des ensembles les plus innovants du Chili. Le groupe existe depuis plus d’un quart de siècle et jouit d’une belle réputation internationale, et parcourt le circuit des musiques du monde. Visiblement, Montréal ne figurait pas encore dans les villes conquises jusqu’alors, c’était le temps d’un rattrapage sur la Place des Festivals, le mercredi 6 août.

Leurs compositions intègrent des musiques autochtones à une sorte d’avant-rock contemporain, assez savant pour ses choix rythmiques (presque toujours des mesures composées) et son esthétique prog rock ou math rock assortie de musique contemporaine occidentale. Leur leader, claviériste et compositeur, Subhira (Rodrigo Cepeda) est bardé de prix, professeur de composition à l’École de Musique Moderne et dirige le label Mundovivo. La formation paritaire est composée de l’excellente batteure Emai Cepeda, de la violoniste Danka Villanueva et de la flûtiste Ema Morales , sans compter le violoncelliste Juan Angel Muñoz, qui fut violoncelle solo l’Orchestre Philharmonique de Santiago, a joué en tant qu’invité avec d’innombrables artistes et orchestres nationaux et internationaux.Un membre externe de l’équipe chilienne, Khano Llaitul Fernández, interviendra pendant une bonne partie du concert. On dit de cet artiste et activiste autochtone de culture mapuche qu’il a accompli un travail remarquable en tant que conseiller en thématiques indigènes, en éducation, en dramaturgie, en musicologue mapuche, en diffusion de l’art, de la culture et des droits indigènes. On l’entend déclamer,, agiter des cloches et grelots, souffler dans des instruments traditionnels. Voilà une belle exécution de concepts et actualisations culturelles typiques des artistes les plus ouverts au cours des années 70, 80 et 90.

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L’OM, YNS et Alexandra Stréliski au pied du mont Royal: que du bonheur montréalais

par Alain Brunet

Il faudrait être de (très) mauvaise foi, il faudrait bouder niaiseusement son plaisir pour ne pas admettre les bienfaits d’une telle communion urbaine. Montréal est l’une des rares villes de cette taille à bénéficier d’une telle ouverture et d’une telle écoute de sa population. En ce crépuscule du mardi 6 août, au pied du mont Royal comme c’est le cas à chaque été montréalais, l’Orchestre Métropolitain et son chef Yannick Nézet-Séguin ont généré du bonheur pour plus de 60 000 personnes ouvertes à une telle expérience.

Les airs très connus de la suite Carmen, tirée du fameux opéra de Bizet, ont constitué l’introduction et la conclusion de ce ce concert généreux et bien conçu dans un tel contexte. Question de mettre des balises connues afin d’attirer le public sur des pistes qui l’étaient moins, la direction artistique de l’OM a arrêté ce choix parmi de nombreuses évidences du répertoire classique. Le son n’était pas à son meilleur d’entrée de jeu mais les ajustements de la technique n’ont pas tardé à en améliorer considérablement l’intelligibilité. 

L’OM a ensuite exécuté une œuvre courte du pionnier québécois Claude Champagne, que l’on pourrait qualifier de néo-classique avant le temps, car les insertions de musique traditionnelle en dominent la facture. Joli.

Le compositeur québécois Maxime Goulet était présent pour l’exécution de son œuvre, Citius, altius, fortius! , dédiée cette fois aux olympiens qui se démènent à Paris, mais aussi aux instrumentistes dont la tâche est aussi athlétique – nous a rappelé YNS. À la fois chargée et consonante, l’œuvre est justement conçue pour de telles circonstances, et assez substantielle  pour satisfaire tout amateur de musique classique moderne. L’esprit de Leonard Bernstein était dans l’air, d’autant plus que YNS a collaboré de près à la trame sonore du film Maestro de Bradley Cooper lui étant consacré. Fancy Fee est une œuvre de jeunesse de Bernstein, comportant plusieurs caractéristiques de son œuvre éclectique, a été jouée avec rigueur et inspiration. 

La posture progressiste du directeur artistique de l’OM le mène aussi à faire la part belle aux femmes compositrices. Ainsi, les Américaines Florence Price et Amy Beach ont déjà été jouées par l’Orchestre Métropolitain, c’était l’occasion de offrir ce 3e mouvement  (Juba Dance) de sa Symphonie n° 3 en do mineur aux dizaines de milliers de profanes qui  n’en connaissaient pas l’existence.  Dans un esprit de fusion des musiques afro-descendantes et de la musique classique américaine au début du 20e siècle, Florence Price avait fait sa marque de son vivant, mais fut longtemps sous-estimée par l’Histoire de la musique jusqu’à une période récente. 

Dans une moindre mesure parce qu’elle était blanche de peau, Amy Beach n’était pas non plus passée à l’Histoire dans un monde plus misogyne de son vivant qu’il ne l’est aujourd’hui. Et c’est surtout parce que cette Symphonie gaélique, la première composée par une femme américaine (1894), mérite absolument d’être découverte et appréciée pour ses qualités propres. Fin pédagogue, YNS a  d’ailleurs pris soin d’en expliquer chacun des mouvements plutôt que d’insister sur le décorum – normalement, on n’applaudit pas entre les mouvements mais bon, il ne faut pas en faire une maladie. En territoire inconnu, cette immense foule a fait preuve d’une écoute exemplaire pendant que le soleil répandait ses braises dans le firmament avant de disparaître jusqu’aux aurores.

L’animateur de la soirée, Pierre-Yves Lord, a ensuite convié la pianiste et compositrice vedette Alexandra Streliski à exécuter deux œuvres pianistiques avec l’OM et YNS qui lui en ont ajouté un galbe symphonique.  Inutile d’ajouter que le public a très majoritairement savouré ce segment néo-classique prévu par le chaleureux maestro et directeur artistique. Bienveillance et ouverture!  
Quand il n’y en a plus, il y en a encore! Comme ce fut le cas en 2022, A Fifth of Beethoven, fameuse version disco du fameux thème de l’archi-connue 5e symphonie de Ludwig van Beethoven, un mégatube de Walter Murphy à l’époque, fut offerte au dessert avec la participation d’Alexandra Stréliski. On conclura le tout avec des extraits de Carmen, et on se dira que Montréal demeure cette ville si spéciale, si unique pour que de tels manifestations s’y produisent.

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Osheaga Day 2 : Every Dog Has Its (Green) Day

par Lyle Hendriks

First and foremost, let me declare my respect and fealty for Green Day. As one of the all-time greatest bands to walk the Earth, there’s no denying the influence and importance of their early catalogue—a fact that they seem keenly aware of, considering their tour for their new album, Saviors (Reprise Records, 2024) is actually just them playing Dookie (Reprise Records, 1994) and American Idiot (Reprise Records, 2004) in their entirety.

Green Day’s new music is not good. It’s a washed-out imitation, trying to recapture not only the glory days of the band itself, but also anything even remotely popular from the pop-punk and alt-rock world in the last 20 years. And again, it seems that Green Day is completely aware of this fact, playing only a handful of songs off their new release, and then diving into an hour and a half of songs that we’ve all heard a million times.

Is it cool to see “Holiday” and “Basket Case” live? Sure, kind of. They sound exactly like they do on the recordings. Billie Joe Armstrong’s stage banter is well-rehearsed and devoid of surprise (except for when he forgets where he is in the song and asks what verse he’s on). Mike Dirnt keeps it locked down, playing root notes on bass like someone who makes a million dollars per year playing root notes on bass. Drummer Tré Cool, for all of his skill, resembles a Weekend at Bernies-esque meat puppet being controlled by a grip backstage. 

So what’s my problem? Green Day has atrophied around these ancient songs like a brittle old muscle, becoming aging, Botox-bloated men in denial who refuse to let any new life into their performance, only bothering to release a new album in order to have an excuse to play their old ones. For a band who made their mark as rebels, outlaws, and societal outcasts, I can’t pick out a single thing that’s now punk about Green Day. Between songs, I thought Armstrong might finally come out and say something that meant something. Perhaps he’d use his bulletproof status and inconceivably massive platform to speak out on the injustice that they claim to be against. 

But what do we get instead? Lame platitudes about ignoring the « propaganda » and « focusing on the music and being together. » Spineless, empty rhetoric like this is insulting, and he would have been better off telling the truth: “I don’t give a fuck about anything except making money off of you suckers.”

After being treated to the incredible Mannequin Pussy (who spent much of their precious set time ferociously attacking the church, rich white men, and the Palestinian genocide) the day prior, I couldn’t have been less impressed with the substance behind Green Day’s performance. With all due respect to the incredible achievements of Green Day over the past 37 years, it’s time for these old men to step aside.

Photos by Tim Snow

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