Traverser une débâcle et un désert et en sortir transformé: voyage dans les univers sonores de Marc Hyland et Nour Symon

par Alexandre Villemaire

Le cadre industriel du Théâtre La Chapelle a ouvert une fenêtre sur des univers musicaux à l’intensité émotionnelle bien de notre époque et au monde intérieur des interprètes et des compositaires. À l’honneur de cette soirée, une production Ad Lib présenter par Le Vivier, deux créations immersives de Marc Hyland et de Nour Symon qui étaient d’une poignante complémentarité.

En ouverture, le public – nombreux et attentif de ce concert – a été le témoin d’une débâcle sonore avec Le grand dégel, pièce pour voix, guitare électrique et bande. L’œuvre prend comme source Orlando, roman phare de Virginia Woolf. L’extrait que Marc Hyland a choisi d’illustrer parle d’un grand dégel et d’une peine d’amour, que l’autrice représente et décrit comme « une effroyable débâcle, où les flots et les glaces emportent avec elles humains, animaux et objets ». Plongée dans une pénombre avec comme seul éclairage une lumière rouge projetée sur le cyclo en fond de scène, l’œuvre s’ouvre sur une récitation déclamatoire accompagnée par une trame électroacoustique qui augmente progressivement en intensité et en transformation, faisant apparaître des galops de chevaux, dont le mouvement est la « force vitale » servant de matériau motivique qui se fond dans l’introduction de la guitare électrique. Une fois cette introduction lancée, nous entrons dans une deuxième phase de l’œuvre où l’interaction se passe entre le guitariste Simon Duchesne et le baryton Vincent Ranallo qui dialogue dans un récitatif déjanté. Il faut saluer et noter la performance des deux artistes pour leur prouesse technique respective. Ainsi, Ranallo s’illustre dans ce long récitatif à saveur opératique où il alterne avec aisance passage en falsetto et sa voix grave, tandis qu’il est accompagné par des grappes sonores à la guitare que Duchesne traite de différentes manières. Progressivement, les sons et même la voix se tordent, accentuant le dramatisme du texte et l’effet de vague sonore qui y est sous-jacents.

Tant les œuvres de Marc Hyland et de Nour Symon demandent un abandon total et un laisser aller de l’esprit de la part du spectateur et de l’auditeur. Les univers sonores dans lesquels ils nous transportent sont si chargés au niveau des sens qu’ils demandent un temps d’adaptation. C’est particulièrement le cas pour la deuxième œuvre du programme J’ai perdu le désert du compositaire Nour Symon. De son propre aveu, son univers musical est si chargé et chaotique qu’il demande une nécessaire acclimatation avant que l’auditeur et les interprètes trouvent leur vitesse de croisière. J’ai perdu le désert, de par son titre, laisse présager un lien avec la précédente grande œuvre de l’artiste, soit son opéra Le Désert mauve, basé sur le roman éponyme de Nicole Brossard. L’intensité du propos de l’œuvre et de la musique y demeure, mais l’approche y est ici plus personnelle. En effet, Nour Symon nous convie à une traversée de ses déserts intérieurs et à nous aventurer avec ielle dans une quête de l’identité sous une forme de tarab, une méditation sonore emblématique de la culture égyptienne « où toutes les émotions qui nous habitent sont convoquées en même temps ».

Pièce-fleuve d’une heure, elle présente un effectif instrumental éclaté : piano (Symon); harmonica (Benjamin Tremblay-Carpentier); oud (Nadine Altounji); violon (Lynn Kuo) et violoncelle (Rémy Bélanger de Beauport) qui évoluent avec des partitions graphiques projetées en fond de scène qui servent de guide pour les musiciens, mais aussi pour le public. Chaque image, chaque trait et vidéo présenté, surimposé dans la présentation, a une signification musicale à laquelle les artistes répondent, évoluent, s’écoutent et improvisent avec moult techniques de jeu étendues.

Malgré l’apparence de désorganisation, l’écriture de Nour Symon est d’une étonnante précision, chaque changement de dynamique et de matériau sonore et visuel s’exécutant à la seconde près. Du désert égyptien aux alentours du Caire en passant par le désert aquatique et même par le désert d’un sentier de neige, la musique de Nour Symon fait appel à nos sens. Si ielle expose en filigrane la confrontation entre son identité et ses origines égyptiennes, notamment par les extraits vidéo tirés de ses propres voyages, c’est aussi l’expérience du choc vis-à-vis du génocide palestinien qui a habité la création de cette œuvre. Des moments de grande intensité, de colère et de chaos s’alternent ainsi avec des passages plus apaisés. Ces derniers sont vécus un peu comme si on reprenait notre souffle après qu’on eut hurlé et pleuré toutes les larmes de notre corps, avant de plonger à nouveau dans cet univers sonore.

Entre la symbolique d’une débâcle à la fois émotionnelle et environnementale et l’incommensurabilité du désert, confronté à ses identités multiples et à la violence du monde, tant physique qu’intérieur, nous sommes sortis de cette soirée cathartique avec des images fortes imprimées sur notre rétine, une myriade sonore accrochée dans nos tympans et des émotions fortes ancrées en notre être.

Crédits photo : Claire Martin

Brésil / groove / jazz-funk / música popular brasileira (MPB)

À 81 ans, Marcos Valle embrase le Fairmount!

par Sandra Gasana

Il y a encore une semaine, je n’avais jamais entendu parler de Marcos Valle, pourtant fan finie de musica popular brasileira (MPB). Lorsque mon étudiante brésilienne m’en a parlé lors de notre dernier cours, et que mon boss m’a proposé de couvrir ce spectacle, ça m’a donné envie. Et c’est ce que j’ai fait jeudi soir, au théâtre Fairmount, le concert ne pouvant pas se tenir à la Tulipe pour les raisons qu’on sait.

Ce show tenu à guichets fermés a rassemblé une foule majoritairement brésilienne (dont une large part qu’on ne voit pas souvent aux concerts de la communauté locale) mais aussi bon nombre d’amateurs de musique brésilienne, issue de toutes les générations.

Marcos Valle était accompagné pour l’occasion par une formation complète – batterie/ percussions, basse, claviers, trompette. Assurément, le vétéran et ses collègues ont mis le feu au Fairmount,

Vêtu d’une chemise orange, cheveux longs, l’air post hippie du haut de ses 81 ans, il s’installe avec une certaine nonchalance devant l’un de ses deux claviers de la soirée et entame une chanson instrumentale bien rythmée, question de donner le ton de la soirée. Son phrasé au clavier est fluide et solide, dans le contexte de son œuvre. Il se lève par moments en plein milieu d’une chanson et se poste devant l’un des musiciens en le regardant dégainer son solo. Qui plus est, il conserve les atouts de son ancienne vie de chanteur de charme bossa nova.

« Je suis heureux d’être ici avec vous. Cette tournée américaine et canadienne, c’est pour célébrer mes 60 ans de carrière », nous partage l’octogénaire entre deux exécutions, avant d’entamer Cinzento, un morceau qu’il a composé avec le rappeur engagé Emicida.

Sa voix a pris un petit coup de vieux mais le chanteur parvient tout de même à tenir ses notes et à susurrer ses rimes comme lui seul sait le faire. Mais peut-on réellement demander la perfection à un octogénaire qui continue à remplir toutes les salles lors de son passage ?

Malgré les soucis techniques en début du spectacle, cela n’a pas déteint sur le reste de la soirée. Patricia Alvo, épouse et choriste de Marcos Valle, a également pu déployer son talent vocal… lorsque son micro fut mieux réglé par le sonorisateur.

Son hit Mentira a plu énormément à la foule, qui s’est empressée de sortir les cellulaires pour immortaliser le moment.

« Je suis ravi que la nouvelle génération continue d’écouter ma musique. Tout a commencé avec la prochaine chanson qui s’appelle Crickets Sing For Ana Maria », annonce-t-il. Nous avons eu alors droit à un long solo de batterie, suivi d’une version de Rocking you internally. Marcos Valle a également joué plusieurs morceaux de son récent album T​ú​nel Ac​ú​stico, tels que Feels so good et Toda Dia Santo (un de ses classiques repris dans cet album), qui a reçu un bel accueil du public.

Ainsi nous sommes passés du funk des années 60/70 au jazz groove avec des harmonies typiques de la musica popular brasileira, le tout exécuté sur fond de rythmes samba, jazz, disco, baião ou même batucada. En fin de programme Patricia Alvi s’est amusée à filmer la foule en liesse et les musiciens ravis, consciente que cette tournée internationale est peut-être parmi les dernières de ce grand artiste… qui affiche néanmoins une forme exemplaire !
Seule déception : nous n’avons pas eu le plaisir d’écouter Samba de Verão (Summer Samba), comme je l’espérais lors du rappel mais à la place, on a eu le morceau Bicicleta (Marcos serait un adepte de vélo) au sein de laquelle la trompette a occupé une grande place.

Une chose est sûre : c’est le rêve de tout artiste d’être encore sur scène à 81 ans et de faire des tournées aussi réussies que celle de Marcos Valle.

musique contemporaine

De lumière et de velours : premier concert de la saison de la SMCQ

par Frédéric Cardin

L’entrée en matière de la saison 2024-2025 de la Société de musique contemporaine du Québec (SMCQ) a été une réussite. Un programme d’une grande cohérence stylistique a permis aux différents interprètes de la SMCQ, additionnés des Petits chanteurs du Mont-Royal, de faire rayonner une musique magnifique, contemporaine dans sa rigueur et son exigence, mais parfois romantique dans ses affects suggérés. L’amusante pièce pour chœur Horloge Tais-toi de Kaija Saariaho lançait la soirée dans une version avec piano seulement, et la terminait aussi, dans une version avec orchestre. Comme le titre le laisse deviner, il y a quelque chose de mécanique et ludique dans cette pièce où les tic-tacs insistants de l’objet semblent s’incarner particulièrement bien dans la bouche d’enfants qu’on imagine redouter l’heure du lever pour aller à l’école. Une version de la Maîtrise de Radio France disponible sur YouTube montre une spatialisation élargie du chœur, qui laisse beaucoup de place entre les chanteurs et chanteuses. Ce n’était pas le cas hier, les Petits chanteurs étant regroupés de façon traditionnelle, en groupe serré. J’aurais aimé entendre le résultat avec la disposition des Français. Je pense que l’effet des tic-tacs doit être plus impressionnant. 

Suivait une autre pièce de Saariaho, Lichtbogen, inspirée directement des aurores boréales. Si vous imaginez un tant soit peu le genre de musique qui pourrait émaner de ces ondulations colorées hypnotisantes, il y a de fortes chances que cela sonne comme Lichtbogen. Un orchestre de chambre étoffé fait naître un kaléidoscope sonore d’abstraction luminescente et scintillante d’autant plus agréable qu’il est chaleureux. Les projections d’authentiques aurores boréales ont ajouté une magie visuelle entièrement appropriée. 

Je ne savais pas à quoi m’attendre du jeune compositeur Hans Martin, qui m’était inconnu jusqu’à hier. J’avouerai avoir été agréablement séduit par sa proposition musicale pour chœur (encore les Petits chanteurs) et orchestre, intitulée Stance et appuyée sur un texte du poète de la Renaissance Claude de Pontoux. Le poème traite du passage du temps qui détruit tout, sauf, apparemment, le caractère de la personne visée (la bien-aimée?). Ce qui frappe surtout c’est la rondeur sonore dessinée par Martin, qui se gorge d’une tonalité charnue mais fuyante car une fois sa plénitude atteinte, elle est parcourue de frissons dissonants qui l’invitent à s’échapper plus haut dans la gamme. Mais celle-ci est toujours rattrapée, dans une course poursuite lente et soutenue. C’est franchement très beau et j’aurai beaucoup de plaisir à la réécouter, un jour ou l’autre.

Jardin secret de Saariaho, pour support stéréo et appuyé de projections graphiques, amorçait la deuxième partie du concert avec une expression électronique vaguement impressionniste.

Le morceau de choix de la soirée suivait, soit Arras de la Montréalaise Keiko Devaux, une belle et grande plage de musique mouvante, organique, somptueuse, comme le laisse deviner le titre, qui ramène à la ville du Pas-de-Calais qui fut un haut-lieu de la tapisserie flamande au Moyen-Âge. Telle une commande pour les ducs de Bourgogne du 14e siècle, Devaux tisse un riche entrelacs de motifs et de textures, assemblées dans un canevas général montrant un arrière-plan d’harmonies qui cherchent la consonance. Sur ce panorama, des saillances modernistes viennent camper la partition dans notre 21e siècle. Comme un paysage romantique estival sur lequel une brume voilée se dépose, et qui serait parcourue de frémissements et de percées laissant voir la perspective sous-jacente. 

Musicalement, on sait par Devaux elle-même que beaucoup de références personnelles et de souvenirs musicaux sont intégrés à la partition. On sent et on entend dans le soutien harmonique un Romantisme fondamental auquel s’ajoutent des velléités exploratoires contemporaines. La fusion est magnifique et Arras mérite d’être joué en Europe, à Arras même, berceau inspirant de cette musique exceptionnelle.

J’ai dit ailleurs que Devaux est à mon avis l’une des plus stimulantes compositrices de la génération actuelle en Amérique. Je le redis sans hésitation et j’ajouterai que l’Europe est tout à fait à sa portée (en souhaitant qu’elle reste ici pour toujours, cela dit!).

La 59e saison de la SMCQ, si le concert d’hier était un indicateur, sera un bon cru. 

CONSULTEZ LA PROGRAMMATION 2024-2025 DE LA SMCQ

reggae

Les frères Marley et le legs de papa

par Eric Cohen

Quand on est la progéniture de l’une des figures les plus importantes de l’histoire de la musique moderne, on n’a d’autre choix que celui de vivre un peu dans l’ombre d’un succès considérable. Quand on est l’enfant de Bob Marley, il est tout simplement impossible d’échapper à l’héritage du paternel.

Le plus grand album de Marley, Legend, a passé un total de 853 semaines non consécutives sur la liste des 200 albums du Billboard américain (à partir de ce mois-ci), la deuxième plus longue série de l’histoire du classement – il est donc impossible d’échapper à ce genre d’attraction magnétique, alors pourquoi la combattre ?

Depuis son décès en 1981, plusieurs des enfants de Bob (il a eu des enfants avec plusieurs femmes différentes) se sont lancés dans le métier, notamment Ziggy, qui a connu un grand succès en 1988 avec la chanson Tomorrow People, et Damian, qui a dominé les charts lorsqu’il a accueilli les auditeurs dans le monde du Jamrock en 2005. Parfois, cependant, la somme des parties apporte plus que les pièces individuelles.

Cette année, certains des enfants de Bob, les frères Ziggy, Stephen, Julian, Ky-Mani et Damian, ont repris le légendaire recueil de chansons de Marley pour ce qu’ils appellent le Legacy Tour, qui s’est arrêté à la Place Bell le lundi 30 septembre.

Dès le début du concert, un vent de mysticisme naturel soufflait dans l’air, alors que les frères montaient sur la scène et que le groupe délivrait un son profond et une ligne de basse qui ébranlait les fondations du bâtiment. Avec un groupe d’accompagnement qui peut rivaliser avec les Wailers originaux et qui s’adapte à chaque groove et riddim, les frères se sont relayés pour chanter les chansons qui ont fait de leur père une force musicale si puissante, chacun d’entre eux possédant une petite qualité nuancée de la voix de Bob et de la livraison vocale qui est unique à l’ADN de Marley.

Ils ont tous été à la hauteur, chacun possédant sa propre personnalité sur scène, passant du chant aux guitares et à la batterie Nyabinghi, mais une mention spéciale revient à Ky-Mani, dont la voix grave a atteint le même point que Bob lorsqu’il creusait vraiment dans les tréfonds de son organe vocal. Les performances ont été irréprochables, entraînant la foule adorée dans une frénésie prolongée qui ressemblait à une fête géante non stop, ornée d’images de l’histoire du reggae et de la régale. Il suffisait de jeter un coup d’œil au public pendant le spectacle pour voir des gens de toutes les générations danser, chanter et vivre une expérience transcendante.

C’était magique au sens où les Marley Brothers (et les fans) rendaient hommage à ce répertoire de chansons sacrées Tuff Gong (qui est un mode de vie en Jamaïque), avec des succès folkloriques (oui – le reggae, à la base, est de la musique folklorique – de la musique du peuple) qui ont ému les gens, des chansons comme Get Up Stand Up, So Much Trouble in the World (avec un fantastique toast dancehall de Damian), Coming In From the Cold, War, Could You Be Loved, One Love, et une version dynamite d’Iron Lion Zion qui a fait naître un immense sourire sur le visage de chaque personne présente dans le bâtiment.

Dans tous les sens du terme, les enfants de Marley perpétuent soigneusement son héritage, et une telle énergie ne mourra jamais !

baroque / classique / tango nuevo

OSM | Quatre saisons, deux époques, Vivaldi et Piazzolla

par Alexis Desrosiers-Michaud

C’est par un bel après-midi ensoleillé que près de deux milles personnes se sont entassées dimanche dans la Maison Symphonique pour entendre l’Orchestre symphonique de Montréal (OSM) en format réduit et dirigé par la cheffe et soliste Rosanne Philippens enchaîner les Quatre saisons d’Antonio Vivaldi et celles de Buenos Aires d’Astor Piazzolla. 

Il est intéressant, et courant, de présenter les deux corpus dans le même programme, d’autant plus qu’ils sont séparés par environ 230 ans et quelques 11 000 kilomètres. Ce qui surprend cependant, c’est d’alterner les Saisons de Vivaldi par celles de Piazzolla. Comme auditeur, il est facile de passer du baroque au tango, mais l’inverse est moins fluide. Il n’est mentionné nulle part dans le programme les raisons de cette décision. Notre hypothèse est que comme l’une des deux œuvres fait deux fois la longueur de l’autre, un ordre permet de présenter deux parties de concert d’une durée égale. 

Il est utile de rappeler ce que sont les Saisons de chacun. Chez Vivaldi, ces quatre concertos s’accompagnent de poèmes, probablement écrits de la main du compositeur. Ceux-ci font allusions essentiellement à des activités (une fête, la chasse), des personnages humains ou animaux, la température ou encore des sentiments et des ressentiments (la peur, le froid). À ce titre, il aurait été préférable d’opposer les deux pupitres de violons avec un continuo au centre plutôt que d’opter pour la formation orchestrale traditionnelle. Ainsi, les oiseaux ne chantent pas tous du même côté et le vent tournoie dans tous les sens. 

Il ne fallait pas être hypermétrope pour pouvoir suivre la musique avec les poèmes imprimés dans le programme, tant la luminosité était peu présente au milieu du parterre. Le Printemps s’annonçait pas grand-chose d’intéressant; les cordes étaient lourdes et on ne sentait pas et la légèreté du chant des oiseaux. Les longues notes ne se prêtaient pas au rythme pastoral du troisième mouvement et l’esprit de danse passait inaperçu. Au moins, cette articulation rendait justice au chien jappant représenté par l’alto dans le deuxième mouvement. 

Heureusement, ce fut le seul moment moins réussi du concert. Dès l’Été, on sent la terreur et la tempête se déchainer dans un tempo vif dans une articulation marquée. L’Automne passe aussi le test, malgré que le mouvement lent, la nuit, est joué trop vite pour une indication Adagio Molto. Les successions d’accords de ce mouvement sont magnifiques et méritent qu’on les délecte, laissant le champ libre au claveciniste.  

L’Hiver est de loin la saison la plus réussie, car il y a beaucoup plus de liberté dans les effets sonores et le tempo, alors que les trois autres concertos ont été interprétés plus traditionnellement. Les violons sont grinçants et on sent le froid nous pénétrer, le vent tournoyer et les « dents claquer », comme écrit dans le poème. 

Chez Piazzolla, les Cuatro Estaciones Porteñas (porteñas signifie les habitants de Buenos Aires) « décrivent musicalement les différentes périodes de la vie des habitants de la banlieue de de Buenos Aires en fonction des changements saisonniers ».  L’exécution de dimanche fut tantôt mélancolique, tantôt très énergique et vivante. Les rythmes de tango étant marquées à point, il était amusant de voir le théorbiste taper du pied en attendant de rejouer, tentant le public de faire pareil. Les effets de claquement et de glissandos surprenaient par leur précision. Chapeau à l’OSM mené par un dynamique Olivier Thouin d’avoir réussi à jouer cette œuvre sans chef menant avec la baguette. 

Rosanne Phillipens est une bonne violoniste et une très bonne communicatrice. Malgré quelques erreurs de justesse, elle passe d’une partition à l’autre sans problème. La communication entre elle et les musiciens est fluide et la balle se passe comme si de rien n’était.  Mention honorable également au joueur de théorbe dont le nom n’apparaît nulle part et au claveciniste Luc Beauséjour, qui ont ornementé avec brio les Vivaldi. M. Beauséjour a eu l’honneur de terminer le concert sur une pointe d’humour; dans l’arrangement de Leonid Desyatnikov, le Primavera Porteña de Piazzolla se terminant par un écho du début du Printemps de Vivaldi au violon. Relayé au clavecin, cela fait drôlement allusion à une sonnerie de téléphone cellulaire, qui heureusement, n’a pas sonné dimanche après-midi. 

électronique / hip-hop / soul/R&B

Aux anges avec Kaytranada

par Guillaume Laberge

Sans surprise, ce fut un retour au bercail réussi pour Kaytranada, samedi soir au Parc Jean-Drapeau. La superstar a enflammé l’île Sainte-Hélène dans le cadre de sa tournée Timeless, dont l’objet est  aussi de défendre l’album du même nom, paru en juin dernier.

Avant l’entrée en scène de Kaytranada, trois artistes ont foulé la scène dans l’ordre qui suit: Kitty Ca$h, Lou Phelps (frère de Kaytra)  et Channel Tres. Tous trois ont contribué à préparer la foule pour l’événement principal avec des sons rythmés et  entraînants, permettant au public de se réchauffer et de se laisser aller avant le plat principal. Mention spéciale à Channel Tres qui, avec ses danseurs, a réussi à hausser le niveau d’énergie grâce à une performance haute en couleur.

Place au clou de la soirée ! Sur le titre Pressure, l’intro de son nouvel album,  Kaytranada entre sur scène vers 21h15, enveloppé d’un épais nuage de fumée. Énergique et accueillante, la foule  était prête à exprimer tout son amour pour le héros local. Il enchaînera alors  plusieurs morceaux du nouvel opus, tous aussi bons les uns que les autres. Ce qui a immédiatement captivé la foule, qui semblait déjà bien connaître ce répertoire tout neuf, malgré sa sortie récente.

Kaytranada a poursuivi en alternant ses classiques comme YOU’RE THE ONE et 10% avec des titres plus récents de Timeless, ainsi que des remixes récemment sortis, comme son remix de l’excellente Neverender de Justice et Tame Impala.

Il est souvent facile de perdre sa concentration lors d’un set de DJ/producteur,  mais Kaytranada sait éviter ce problème et maintenir l’attention du public grâce à des pas de danse soignés, des effets visuels envoûtants. En somme, un spectacle très cohésif avec des transitions parfaitement exécutées entre les morceaux.

Notre homme terminera son concert en beauté après plus d’une heure et demie d’enchaînements de morceaux puissants, clôturant avec la chanson qui l’a fait connaître, Be Your Girl, concluant ainsi le spectacle de façon magistrale. Après une courte pause, il revint pour un rappel avec deux dernières chansons tirées de Timeless : Call U Up, accompagné de son frère Lou Phelps, et Drip Sweat, avec Channel Tres. Les deux artistes sont montés sur scène pour interpréter leurs parties respectives.

Dans l’ensemble, les fans montréalais de musique électronique n’ont pas été déçus par la performance de leur coqueluche québécoise, prestation explosive en cette douce soirée de septembre.

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alt-folk / indie folk / indie pop / latino / musique traditionnelle mexicaine

POP Montréal | Trafic magnifique sur la route de Lhasa

par Michel Labrecque

Comment ne pas trépigner devant l’affiche de ce spectacle hommage ? Entendre l’Acadienne Marie-Jo Thério, l’Argentine Juana Molina, la Québécoise Klo Pelgag et le groupe arizonien Calexico, entre autres, pour commémorer Lhasa de Sela sur une même scène, ça intriguait, pour le moins.

Le Rialto était bondé pour l’occasion : une foule multi-générationnelle, franco, anglo, latina, est venue assister à cette grand-messe culturelle, dédiée à une chanteuse qui est devenue un icône depuis son décès tragique en 2010, d’un cancer, à 37 ans. 

Il a suffi de trois albums pour cette Mexicano-américaine, qui a vécu à Montréal et en France, pour atteindre ce statut mythique qu’on lui connaît. Un quatrième opus vient de s’ajouter:  comme son titre l’indique, First Recordings est chronologiquement le premier album. 

Je connais des gens et même des collègues journalistes qui trouvent ce phénomène exagéré. Une amie m’a confié ne pas comprendre cet engouement, que la voix de Lhasa l’agaçait. Mais, en ce dimanche 29 septembre, il n’y avait pas de place pour ces sceptiques. Une spectatrice se rappelait avoir découvert Lhasa lors de ses premiers concerts, intimes, au Barouf ou au Quai de Brumes, des petits bars, enfumés à l’époque, où Lhasa nous ouvrait les oreilles aux sons mexicains et latinos. 

C’est aussi ça l’héritage de Lhasa au Québec : nous donner une ouverture vers l’autre, tout en s’intégrant ici. 

La présentatrice du spectacle, la comédienne et auteure Nathalie Doummar, nous l’a dit d’emblée : ces trois heures de musique allaient nous permettre d’entendre la presque totalité de la musique et des textes de Lhasa. Et nous avons commencé à flotter. 

La première vague a mis en vedette Helena Deland, Klo Pelgag, Feist et Laurence-Anne, toutes des chanteuses indie-pop, qui ont mis la table, chacune à leur façon, avec des balades en anglais et en espagnol. Avec les excellents musiciens accompagnateurs, la soirée était lancée. 

Impossible ici de commenter chacune des vingt-deux interprétations, durant ces deux-cents minutes de concert. On a entendu également des extraits d’entrevues avec Lhasa de Sela, un témoignage vibrant de sa soeur Gaby, des lectures de quelques-uns de ses textes. Il y a eu du moins bon et de l’excellent, jamais du mauvais. Et surtout, beaucoup de diversité musicale. 

Entre le groupe folklorique Ambroise, Juana Molina seule avec ses claviers, le guitariste Yves Desrosiers et le Alt-Rock de Bibi Club, chacun avait sa façon de s’approprier une chanson de Lhasa. Dans certains cas, cela aurait eu avantage à être plus approfondi, mais l’émotion et la spontanéité compensaient.

À mon humble avis, le moment le plus fort de la soirée a été l’apparition de la chanteuse mexicaine Silvana Estrada et du groupe Calexico. Le registre vocal de Silvana Estrada, dont j’ai parlé dans une autre critique de concert, a éberlué la salle. C’était comme une Lhasa De Sela puissance 3. Après deux chansons en solo, elle a accompagné Calexico et la salle s’est mise à danser. Le groupe de Tucson était en grande forme. 

Il y a eu d’autres moment particuliers : la chanteuse folk Myriam Gendron a livré une version presque crimsonienne de Anywhere On This Road. On a aussi entendu les Barr Brothers, Bia, Marie-Jo Thério, Samantha de la Vega, La Force…et j’en passe.

Un petit bémol, dont m’ont fait part plusieurs spectateurs: la plupart des artistes sur scène n’ont pas été présentés. Parfois, on se demandait qui chantait. Ce n’est pas tout le monde qui connaît certains artistes plus nichés telles Silvana Estrada et Samantha de la Vega.

Quoi qu’il en fût, la foule était rassasiée, les fans en ont eu pour leur argent. S’il reste des places pour le 30 septembre, je vous encourage à y aller.

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americana / chanson keb franco / prog / psychédélique

POP Montréal | Au 3e essai, Larynx émerge définitivement

par Alain Brunet

Pour sa troisième émergence, Alexandre Larin, qui s’exprime sous le pseudo/diminutif Larynx, n’avait vraiment pas l’air d’avaler de travers pour un gars qui n’en finit plus d’émerger après trois offrandes: Ma troisième émergence (septembre 2024), Applaudissez, bande de chameaux (2022) et J’aimais mieux les maquettes (2022).

Avant d’émerger pour de bon au 3e essai et gagner le 1er jeu (soyons conformes au football canadien), Larynx peut se gargariser sans gêne, car il compte sur un répertoire considérable. 

Débarqué à La Sala Rossa un peu par hasard en ce mercredi 25 septembre, j’ai découvert un humoriste de l’absurde, doublé d’un parolier et compositeur déjà prolifique, entouré de ses musiciens disposés au milieu du parquet. Tordant, lorsqu’il se fait emboucaner exagérément de glace sèche, lorsqu’il confie affectueusement à son public qu’il le gerce (« Habituez-vous, l’hiver s’en vient! ») ou lorsqu’il qu’il recommande à ses fans de « se déplacer par là  parce que c’est cool par là”. Haha!

Frontman hilarant et communicatif, Larynx est un artiste déjà prolifique qui maîtrise l’art de faire des chansons. Pour cela, il peut compter sur de fort bons musiciens enclins au psychédélisme, au prog rock, aux éléments fondamentaux de l’americana (country, folk, rock). Les harmonies vocales sont belles, les claviers sont riches, les guitares bien tricotées. Qui plus est, le propos n’est pas que clownesque, on peut en observer la vulnérabilité et la sensibilité épidermique.

La voix du soliste est certes  ténue mais cela n’est pas un irritant vu la hauteur et le charisme  du personnage et de son propos qui sait faire se bidonner et aussi faire sortir le méchant.

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POP Montréal | Patrick Watson œcuménique

par Marianne Collette

En cette dernière journée de POP Montréal a eu lieu le Dimanche Sacré de Patrick Watson. L’objectif était de faire découvrir aux enfants la musique « sacrée » et ce, dans le sens le plus large du terme, sans restriction de genre musical ou de religion.

Au début du spectacle, le compositeur a pris le temps d’expliquer à son jeune public ce qu’est selon lui la « musique sacrée » : il s’agirait de la musique qui donne envie de regarder le ciel et les nuages. Une belle définition qui a le mérite de décrire très bien toutes les œuvres au programme, dans toute leur diversité. En effet, autour de Patrick Watson était rassemblé un grand nombre de musiciens talentueux parmi lesquels nous pouvons mentionner Erika Angell, les Barr Brothers, Fernie, Mack MacKenzie, Kiya Tabassian, Joey Burns du groupe Calexico, le Chœur des Mélomanes ainsi que le Greenline string quartet. 

Il est important de souligner la générosité de ces artistes qui ont accepté de se produire dans le cadre d’un concert essentiellement gratuit. Quelle chance de pouvoir assister à un spectacle regroupant autant de talent consacré! Le professionnalisme des musiciens était tangible par la manière selon  laquelle ils interagissent avec un public composé d’une bonne quantité de tout-petits. Convenons-en, il ne s’agit pas de l’auditoire le plus facile. Personne n’a cependant économisé ses efforts, jouant pour ces spectateurs bruyants et dissipés avec la même passion que s’il s’agissait d’un auditoire d’éminents mélomanes. Les artistes présents ont ainsi fait montre de leur passion pour la musique et de leur désir de la partager, tout en demeurant conscients que les enfants écoutent à leur manière et que l’essentiel est de leur donner la chance d’entrer en contact avec l’univers de la musique. 
La présentation du spectacle était adaptée aux plus jeunes : les musiciens parlaient souvent aux enfants, leur expliquant avec des mots simples l’origine et l’histoire des chansons interprétées. En revanche, la musique était appréciable pour des oreilles de tous les âges. À la fin du concert, le public a été invité à se joindre au Chœur des Mélomanes pour interpréter Hallelujah de Leonard Cohen. Un classique duquel on ne se lasse pas et qui fait le bonheur des enfants comme de leurs parents.

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POP Montréal | Nabihah Iqbal, authentique et universelle

par Alain Brunet

Nabihah Iqbal a grandi avec le rock et le métal, sa culture musicale est clairement britannique, voire  mondiale. L’artiste londonienne porte un nom musulman d’Asie méridionale, elle nous indique ne pas boire d’alcool et préférer une boisson de confection montréalaose. Et alors ?

Voilà les seuls indices possibles de ses origines. J’insiste sur cette présentation, car ce qu’on aime de Nabihah Iqbal n’a pas grand-chose ou carrément  rien à voir avec ces considérations.

On écoute sa musique avec un plaisir consommé et on a tôt fait de conclure que cette artiste douée a tout d’une citoyenne du monde, ouverte, épanouie et créative tout en assumant ses origines. 

Il fut un temps où les Occidentaux d’origine caucasienne s’attendaient à ce que leurs concitoyens d’origines non occidentales expriment leur culture d’origine à travers leurs actualisations dans un contexte occidental. Cette attente colonialiste d’un ornement ethno-culturel  n’existe plus ou décline sans cesse, fort heureusement. Nous en avons eu la preuve éclatante, samedi soir au Rialto Hall, mieux garni que tout au long de la 23e présentation de POP Montréal. 

Les rythmes  que présente la musique de cette brillante trentenaire sont binaires ou ternaires, les harmonies sont tonales ou modales, le propos des textes est universel. Son esthétique puise dans le rock de type ethereal wave, le proche parent rock de l’ambient électronique. Son travail rappelle un tant soit peu celui de la génération précédente au Royaume-Uni, on pense à Cocteau Twins, certains travaux de Massive Attack, My Bloody Valentine, Lush ou autres projets endossés par le label 4AD dans les années 80 et 90.

En fait, Nabihah Iqbal procède à une fusion des deux courants et l’adapte à ses ambitions créatrices. Conceptrice et leader d’orchestre, maîtresse de sa destinée, elle s’est présentée avec Aldous RH, partenaire saxophoniste et producteur électro. 

Nous aurons eu droit à une variété de riches  propositions déclinées à différents niveaux d’intensité, parfois plus lourds, parfois plus éthérés, tous appartenant à un univers cohérent, fluide, accessible et surtout, très inspiré. Celui de Nabihah Iqbal, qui a certes conquis le parquet du Rialto Hall. Les centaines de fans vemis samedi répandront-ils la bonne nouvelle ? Poser la question, c’est y répondre: voilà un buzz tangible, pour les meilleures raisons.

Crédit photo: Sarah ODriscoll

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électronique / Hip Hop

POP Montréal | Premier de nombreux BBQ Bastid à Montréal ?

par Eric Cohen

Lorsque Paul Murphy, alias Skratch Bastid, l’un des meilleurs DJ de scratch au Canada (voire l’un des meilleurs DJ de scratch au monde) organise une fête, il ne fait aucun doute qu’il s’agira d’un banger. Lorsqu’il organise un barbecue, ajoutez-y des hamburgers et des bières et vous obtiendrez le BBQ de Bastid !

C’est à partir de 15 h, par un samedi après-midi ensoleillé du Mile-End de Montréal, que la toute première édition Pop MTL du BBQ de Bastid a pris d’assaut l’espace du Marché des Possibles le 28 septembre dernier – et espérons-le, la première d’une longue série. Le battle DJ d’Halifax a reçu toutes les accolades lorsqu’il a participé à des compétitions mondiales comme DMC, ITF et Scribble Jam en tant que jeune DJ, se forgeant une réputation comme l’un des platinistes les plus talentueux et créatifs au monde (quiconque a déjà vu sa routine Imperial March sait qu’il est le GOAT) ! Son BBQ a accueilli des talents locaux de haut niveau, ainsi que des invités internationaux, avec en point d’orgue les sets de Bastid lui-même et de l’un des platinistes les plus célèbres de Los Angeles, DJ Nu-Mark (de Jurassic 5).

After a day filled with burgers, beatboxing, and breakin’, Bastid came on at 8 pm – the crowd had already gathered and assembled into a high vibing community of hip hop heads reliving some of the glory days!

Le célèbre DJ a livré avec aisance un set hype de rap traxx classique, de rythmes de routards, de vibrations house, de riddims dancehall et de nombreux hymnes hip-hop de l’âge d’or. Sur le plan sonore, tout n’était que couleurs chaudes et basses profondes lorsque Bastid s’est emparé des 1’s et 2’s avec ses sélections vintage mixées à la perfection. La foule vibrait au rythme des acrobaties de Bastid, qui semblait créer des rythmes entièrement nouveaux à partir d’extraits d’autres morceaux, prouvant ainsi qu’il est l’une des forces les plus actives et créatives du monde des DJ de scratch.

(check out out the video below for an example from the BBQ)

Pour terminer la soirée, le DJ californien Nu-Mark est entré en scène, avec une performance explosive dès le départ, mélangeant avec fluidité certains des meilleurs beats de l’histoire du hip-hop, faisant vibrer le party, tout en créant une liste de lecture parfaite et en la découpant avec une dextérité sensationnelle. Espérons que ce soit le premier d’une longue série de BBQ Bastid à Montréal !

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new wave / punk rock / rock

POP Montréal | Édith Nylon, réapparition ? Apparition !

par Alain Brunet

Édith Nylon et ses potes de l’époque ont un malin plaisir à le faire durer. Troisième carte de la cuvée résurrection à POP Montréal, la chanteuse française n’intéressait que les collectionneurs de souvenirs.

Quiconque s’intéressait à la déferlante  punk rock et new wave de France  il y a 45 ans avait écouté Édith Nylon, ses claviers cheaps et ses guitares rasoirs étalés sur 4 albums.

Et puis d’autres ont pris le dessus, Édith Nylon avait disparu. Semble-t-il que l’aventure s’est poursuivie ailleurs que dans nos oreilles, de l’autre côté de la flaque, d’autant plus qu’Édith Nylon ne l’avait jamais traversée pour se produire à MTL. Alors réapparition ou carrément apparition ? Plus précisément, le groupe s’est reformé en 2020, au terme d’une pause de 37 ans ! Un album est sorti en 2021, semble-t-il que d’autres suivront La fin de la vie sauvage.

Alors voilà la punkette sans âge, Mylène Khaski,  s’amène après que ses collègues eurent chauffé leurs instruments et démarré le groove. Joyeux bardes grisonnants, certes dans la tranche 55-65 mais qui n’ont pas perdu la flamme. 

Oui, la batterie est un peu mince mais tient convenablement le tempo. Oui, les guitares moins rasoirs qu’à l’époque dominent les claviers. Oui, la soliste n’a pas la voix du siècle mais assure. Et oui, certainement, on ressent l’esprit de corps dans cette bande. On ressent leur bonheur de jouer, on apprécie leur cohésion, on observe leur inclination plus rock que punk, plus classique qu’échevelée. Réjouissant, en somme, même si les vieux tubes n’étaient pas aussi abondants que ne l’auraient souhaité les nostalgiques. Évidemment, outre Je suis un avorton, La Fin de la vie sauvage et autres Ne dis pas oui ne dis pas non,  Khaski aura chanté l’incontournable Édith Nylon. Paroxysme atteint dans la salle, il va sans dire.

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