École de musique Schulich | Martin Luther King, Tambour-Major

par Frédéric Cardin

Chaque troisième lundi du mois de janvier, aux États-Unis mais également ici au Canada, est soulignée la Journée Martin Luther King Jr. Hier soir, donc, Montréal tenait son événement commémoratif à travers un concert donné à la salle Tanna Schulich de l’Université McGill. Pour l’occasion, on y donnait une œuvre de John Hollenbeck, pour trois trombones, batterie, piano, accordéon, guitare électrique, marimba et vibraphone, The Drum Major Instinct : Three settings of MLK Jr’s last sermon. Le principe est le suivant : sur un enregistrement du dernier sermon de MLK (Martin Luther King), donné le 3 avril 1968 dans une église de Memphis, deux mois avant son assassinat, le compositeur Hollenbeck, également professeur à McGill, a créé trois univers sonores différents, construits autour d’un équilibre entre improvisation et partition écrite. 

Le sermon lui-même est un exemple probant du génie oratoire de Martin Luther King, qui en s’appuyant sur un passage de la Bible, construit tout un discours narratif autour du principe de Drum Major Instinct, ou « instinct du tambour-major », que l’on pourrait résumer par la volonté de chaque personne à vouloir diriger la parade, être meilleur que les autres, ou même supérieur. Ce discours, il le déploie efficacement grâce à sa remarquable faculté oratoire à bâtir de la tension et de l’émotion évolutive qui mène vers un paroxysme affectif et signifiant. MLK ouvre la perspective vers les sujets politiques de l’époque, soit un réquisitoire contre la guerre du Vietnam tout en bifurquant vers son sujet de combat personnel, les inégalités raciales. Dans cette perspective, le Drum Major Instinct des Blancs les amène à se croire supérieurs. Esthétiquement parlant, c’est diablement réussi. C’est donc là-dessus que Hollenbeck a écrit ses trois versions, jouées l’une à la suite de l’autre. On entend donc le même discours à trois reprises, avec un accompagnement musical différent, comme pour montrer à quel point celui-ci peut être adapté de toutes les manières imaginables. À ce sujet, je remarquerai que, sauf tout le respect que j’ai pour les immenses qualités verbales de MLK, l’écoute d’un même preach religieux, bien que fortement additionné de politique, d’humanisme et de philosophie, devient lassant. Ceux et celles qui n’aiment pas le prosélytisme religieux qui se cache derrières les scandes de « Jesus!!!! » avec intensité dramatique finiront par être fortement irrités. Avertissement.

Musicalement, cela dit, l’approche de Hollenbeck (vous trouverez sa page Bandcamp ici) est fascinante et très stimulante. La première itération, confiée aux trombones et à la batterie, et se déroulant dans le noir, tente de créer une atmosphère de conflit et d’opposition. Les trois cuivres y vont de déclamations abstraites, faites de points et de traits sonores improvisés, ce que j’appelle du pointraitisme, typique de la musique d’avant-garde savante. Il ne s’agit donc pas de jazz, mais bien de musique contemporaine informée par le jazz, car des inflexions ici et là laissent savoir de quel univers provient le sujet, celui de l’afro-américanité des années 1960. La batterie (Hollenbeck lui-même) accompagne cette séquence de façon très discrète, tout en retenue.

La deuxième version est à l’opposé. Exit les trombones et la batterie, bienvenue à l’accordéon, la guitare électrique, le vibraphone, le marimba et le piano (Hollenbeck, encore). La lumière revient sur un monde tout en douceur, presque planant. L’effet est notable : le discours de MLK qu’on réentend une deuxième fois se pare alors d’une autre personnalité. On y remarque plutôt les tendances humanistes, et on entend mieux les paroles! On dirait quelque chose entre le minimalisme ambiant et l’éthérisme feldmanien (Morton Feldman, grand compositeur inclassable du 20e siècle). Très beau travail de l’accordéoniste et du guitariste, qui laissent perler des notes délicates à travers la trame. 

La troisième version appelle tout le monde sur scène, dans une sorte d’oecumémisme syncrétique entre la puissance des trombones et la douceur des autres instruments. Cette fois, cela dit, les trois cuivres se font moins abstraits, plus chantants, avec des réminiscences plus évidentes de jazz et même de blues. Les dernières minutes ressemblent à une parade de fanfare qui se dissout finalement dans une espèce de marche funèbre. Luther King n‘avait plus que deux mois à vivre. 

Applaudissements soutenus pour les musiciens sur scène, tous excellents : Ed Neumeister, Kalun Leung, Felix Del Tredici, trombone; Gentiane Michaud-Gagnon, accordéon; Oliver Tremblay-Noël, marimba/vibraphone; Roman Munoz Bueno, guitare électrique; John Hollenbeck, batterie et piano.

Le résultat final est impressionnant et porte à la réflexion, car le Drum Major Instinct évoqué par MLK n’a pas disparu de notre monde, au contraire. Si j’ai trouvé la force d’écriture de Hollenbeck tout à fait réjouissante, je me questionne sur la hiérarchie qui finit par transpirer de l’ensemble. La triple répétition du discours de MLK (au-delà du bémol évoqué plus tôt en lien avec le rebutoir du preach religieux), auquel est inféodée la musique, fait en sorte que le Drum Major Instinct évoqué par MLK est finalement représenté par le texte, au détriment de la partition. Celle-ci prend plutôt le rôle de bande sonore, un peu commentatrice, mais sans avoir pu remplir tout son potentiel, bien plus grand. En clair, j’aurais aimé ne pas entendre le sermon une troisième fois (au moins), et laisser la musique transcender, voire sublimer, le propos de MLK. C’est là l’immense pouvoir de la musique, que les mots, même de l’un des plus grands orateurs de l’histoire, ne peuvent égaler. J’aurais aimé pouvoir plonger en moi-même, cogiter le sens et la profondeur du discours de MLK à travers la musique seule. Je pense que ça aurait été encore plus efficace que d’entendre une énième fois l’enregistrement. À un moment donné, cela finit par ressembler à ce que le sermonnage religieux a de pire : nous enfoncer avec insistance des choses dans la tête, par une répétition incessante et profondément lassante.

Ne vous méprenez surtout pas sur mes propos : The Drum Major Instinct : Three settings of MLK Jr’s last sermon de John Hollenbeck est une œuvre supérieure, peut-être un authentique chef-d’œuvre. Mais c’est sa musique qui porte le texte de MLK dans de nouveaux espaces de signifiance, au-delà même de ce qu’avait pu prévoir l’orateur. Pas le contraire. Alors que celle-ci soit mise de l’avant de façon plus équitable en regard de sa qualité, ce n’est, de ma part, qu’un souhait sincère et une reconnaissance de sa grande qualité. 

Pour la programmation complète de l’École de musique Schulich, c’est ICI!

École de musique Schulich | Pleins feux sur les compositrices à McGill

par Frédéric Cardin

C’est une soirée musicale placée sous le signe de la féminité, disons même du féminisme, à laquelle il nous a été donné d’assister samedi soir dernier, le 13 janvier, à la salle Pollack de l’Université McGill. Mais, bien au-delà de ces catégories sommes toutes réductrices, ce fut avant tout une très belle soirée de grande musique, interprétée par des artistes de haute volée, professeures et étudiant, témoignant encore une fois du très haut niveau de qualité de cette école de musique parmi les meilleures en Amérique. 

Au programme et en ordre chronologique inversé, nous avons entendu le Trio pour piano en la mineur, opus 150 (1938) d’Amy Beach, le Trio pour piano no1 en sol mineur, opus 11 (1881) de Cécile Chaminade et le Trio pour piano en ré mineur, opus 11 (1847) de Fanny Mendelssohn. Un panorama élargi de l’acte compositionnel féminin, non seulement en termes temporels, mais aussi géographiques (une Étatsunienne, une Française et une Allemande) et stylistiques.

Amy Beach déploie des trésors de couleurs et de textures dans son Trio, solidement charpenté de façon classique, mais témoignant d’un tempérament romantique et manifestant des velléités stylistiques non seulement impressionnistes, mais aussi, dans le mouvement final, un stimulant Allegro con brio, des clins d’oeil discrets mais notables au jazz et au folklore étatsunien. Le tout a été rendu avec force et conviction par les artistes, Violaine Melançon au violon, Joshua Morris au violoncelle et Kyoko Hashimoto au piano.

Contrairement au Trio de Beach, une œuvre de maturité (en vérité la dernière pièce de musique de chambre de la compositrice), le Trio de Cécile Chaminade est une œuvre de jeunesse, sa toute première pour formation chambriste. Chez la jeune Chaminade (elle avait 24 ans), beaucoup de lumière, avec des phrasés déployés de façon très limpide et dessinés à la pointe fine. Une musique très française en somme. On y entend des passages à la fois délicats et virtuoses que Fauré aurait été fier d’avoir écrits. Ailleurs, c’est Schumann qui aurait apprécié les tournures mélodiques. Même si l’espace sonore créé par le trio dans son ensemble était un peu plus dense et charnu que souhaité dans ce genre de musique, on doit tout de même noter l’impeccable technique de chaque artiste et l’écoute attentive de chacun vis-à-vis des autres. Je remarque en particulier un scintillant jeu de piano de Kyoko Hashimoto. 

Finalement, le concert s’est terminé par le Trio, éminemment romantique, de Fanny Mendelssohn, encore ici, une œuvre de maturité de la compositrice (même si elle était encore jeune, elle devait mourir peu après). Rien à envier à frérot Félix, ou à n’importe quel mâle de l’époque. Rempli de mélodies engageantes et d’affects à la fois très personnels et finement contrôlés, il s’agit d’un authentique chef-d’œuvre du Romantisme allemand. La lecture des représentants de McGill fut à la hauteur d’une soirée qui se terminait ainsi avec brio et surtout une immense satisfaction. 

En 2024, nous avons désormais la grande chance d’apprécier de plus en plus régulièrement ce genre de bijoux musicaux, trop longtemps éclipsé par la mauvaise foi et les préjugés stupides d’une gente masculine jalouse de ses prérogatives et des ses privilèges auto-proclamés et accordés. Tant pis pour ces imbéciles qui n’ont jamais su reconnaître l’immense valeur de cette musique par le passé (mais dommage pour ces femmes qui en ont pâti…). Justice commence enfin à être rendue, non seulement pour la musique, mais particulièrement pour les mélomanes que nous sommes!  

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Bugs Bunny at the Symphony | L’humour intemporel de Bugs Bunny

par Elena Mandolini

Lorsque l’on pense à Bugs Bunny et aux Looney Tunes, la première chose qui nous vient à l’esprit est rarement la musique. Le thème du générique, peut-être, mais mois souvent la bande sonore qui accompagne les dessins animés qui ont bercé l’enfance de nombreuses générations. Cependant, lorsque l’on s’y attarde, on remarque bien vite que la musique classique occupe l’avant-plan de bien des cartoons. C’est ce que ce concert, Bugs Bunny at the Symphony, veut nous faire remarquer. Non seulement des extraits d’opéras, de ballets, et de symphonies classiques sont présentes dans la trame sonore de ces dessins animés, la partition originale arrange savamment ces extraits pour les adapter aux images, sans toutefois dénaturer la source.

Bugs Bunny at the Symphony se déploie donc sous le format du ciné-concert. L’Orchestre FILMharmonique, qui interprète la partition pour la version montréalaise de ce concert, est spécialiste de ce genre, et démontre toute son expertise dans le domaine. On remarque l’interprétation sans faille, d’une précision irréprochable et d’un dynamisme exemplaire. L’orchestre est amplifié de manière très satisfaisante. Seul bémol : le click track utilisé pour synchroniser son et image est clairement audible lors des moments de silence.

Sur un grand écran, qui domine la scène de la Salle Wilfrid-Pelletier, plusieurs dessins animés défilent, pour le plus grand plaisir de tous et toutes. On redécouvre les cartoons les plus connus mettant en vedette Bugs Bunny, bien sûr, mais aussi Wile E. Coyote, Road Runner, Elmer Fudd, et tous nos autres personnages favoris. Petite surprise également : de nouveaux dessins animés, réalisés spécialement pour ce concert, sont également présentés. L’excellent orchestre FILMharmonique est dirigé par George Daugherty, le créateur de ce concert. Tout au long de la soirée, il partage des anecdotes sur la création de Bugs Bunny et sur la musique que l’on y entend.

Tout au long de la soirée, le public s’amuse, et on entend plusieurs exclamations lorsque l’on reconnaît des mélodies ou des personnages. Il s’agit d’un concert très bien conçu, avec de la musique magnifiquement interprétée, qui saura charmer petits et grands.

Bugs Bunny at the Symphony, une production locale de GFN Productions, avec l’Orchestre FILMharmonique et George Daugherty. Deux autres représentations auront lieu le dimanche 14 janvier, à 14h et 19h. BILLETS ET INFO ICI!

Crédit photo : Martin Bélanger, gracieuseté de Warner Bros. Discovery

classique occidental / néoclassique

Aubades symphonique ou le triomphe du cycle orchestral de Jean-Michel Blais

par Alain Brunet

On ne peut commencer l’année 2024 sans vous causer du triomphe de Jean-Michel Blais et l’Orchestre de l’Agora : deux Maisons symphoniques à guichets fermés pour boucler la boucle du chapitre Aubades, album de JMB consacré à la musique de chambre dont la matière était exécutée devant public par plus ou moins une cinquantaine de musiciens de l’Agora sous la gouverne de Nicolas Ellis. 

Avec en prime le persillage concluant d’œuvres complémentaires signées Philip Glass (Opening, Closing), Claude Debussy (Passepied), Érik Satie (Gymnopédie no 3, arr. Debussy), Benjamin Britten (Playful Pizzicato), Bedřich Smetana (Ma Vlast), Sergueï Rachmaninov (fondu dans une pièce de JMB), Max Richter(Spring no 1, inspirée de Vivaldi et impliquant le grand orgue Pierre-Béique joué par JMB), Yann Tiersen (J’y suis jamais allé) ou même Yanni (Santorini), ces Aubades, musiques du petit matin en mode symphonique contribuent à définir les standards les plus élevés du néoclassicisme.

Entrelarder de grands compositeurs du passé aux compositeurs néoclassiques d’aujourd’hui est une pratique de plus en plus prisée, force est d’observer. Pour le public conquis au néoclassicisme, cette pratique est louable à n’en point douter. Or, pour le public féru des périodes romantiques et modernes, c’est peut-être autre chose, car les plus grands compositeurs de notre époque ne sont pas tous post-minimalistes ou platement consonants, comme c’est le cas des néoclassiques en majorité absolue. 

Quoique…

Jean-Michel Blais, un pianiste de talent n’ayant pas complété sa formation et revenu à la musique au terme d’un louable parcours humanitaire, était doué pour la composition et sensible aux enjeux stylistiques de son époque. Ainsi, il n’a pas systématiquement adopté ses connaissances de la musique romantique ou impressionniste à une forme easy listening de musique classique. Ses injections de musique électronique l’avaient déjà positionné dans une classe à part. Puis la pandémie l’a conduit à se pencher sur l’écriture orchestrale, nous voilà au cœur de ce processus dont le principal intéressé se dégage lentement de l’exercice de style.

On l’avait observé il y a quelques années lorsqu’il avait assuré la première partie de l’Islandais Ólafur Arnalds à la Maison symphonique, nourrissant pour certains et soporifique pour d’autres. C’est aujourd’hui encore plus concluant. JMB est désormais un artiste consacré. Et sa personnalité attachante, empathique, drôle et sans prétention ne nuit certainement pas à son succès populaire.

L’arrangeur François Vallières a parfaitement saisi ces musiques consonantes en leur conférant un lustre plus contemporain, et ce sans déroger aucunement de la tradition classique pré-contemporaine. Rappelons qu’il remplit fort bien cette mission auprès d’Angèle Dubeau et l’ensemble à cordes La Pietà depuis plusieurs années, il poursuit cette œuvre notamment auprès de JMB  avec le  soutien fervent de l’Orchestre de l’Agora et son chef Nicolas Ellis. 

Ce très bel orchestre, d’ailleurs, ne cesse de progresser dans cohésion, dans ses exécutions ou dans  l’efficience de ses sections et de ses solistes. On l’a d’ailleurs observé vendredi chez les bois et les cuivres. Les parties de cordes n’étaient pas particulièrement mises à l’épreuve, sauf le mouvement Playful Pizzicato, deuxième mouvement de la Simple Symphony de Britten entièrement joué en pizzicato par les cordes (pincées, sans archet).

Et… de toute cette mouvance, Jean-Michel Blais n’est-il pas un des musiciens québécois ayant favorisé les meilleurs accommodements entre musique classique consonante et création contemporaine ?  Snobée par les mélomanes rompus à la « grande musique », cette approche n’est certes  pas la panacée de la musique contemporaine, mais n’est pas non plus un chemin menant systématiquement à la facilité et à l’édulcoration.

Crédit photo: Ludovic Rolland-Marcotte

hip-hop

Travis Scott, redoutable au Circus Maximus

par Guillaume Laberge

Le 9 janvier, Travis Scott a enflammé la foule montréalaise lors de son passage au Centre Bell pour sa tournée Circus Maximus. L’occasion était de célébrer la matière de son quatrième album studio UTOPIA sorti en juillet 2023. C’était la deuxième fois que le rappeur texan remplissait le Centre Bell, lui qui avait fait bonne impression auprès des montréalais lors de sa visite en 2019, pour sa tournée Astroworld – Wish You Were Here.”

Ainsi, environ 20 000 fans de rap ont bravé des conditions météorologiques extrêmes pour être en la présence d’un rappeur au sommet de son art, le temps d’une soirée. Et ils n’ont pas été déçus. 

Au lieu de Teezo Touchdown en première partie comme c’est le cas dans la majorité des spectacles de sa tournée, c’est son DJ Chase B qui a pris la scène d’assaut. Ce dernier enchaînera certaines de ses chansons les plus populaires des dernières années, question de réchauffer la foule avant l’arrivée de son collègue de longue date.

Travis Scott est apparu devant un public affamé vers 21h20. La scène immense ressemblait aux ruines d’une montagne avec quelques têtes gravées dans la roche et où il se promenait tout au long du spectacle, interagissant avec différentes sections de l’aréna. Il ouvra le spectacle avec Hyena , suivi de Thank God  et Modern Jam, respectant ainsi l’ordre d’Utopia en en jouant les trois premières chansons. 

La mégastar alterna ensuite entre des titres plus populaires tirés d’ancien projets, tel que 3500 et Nightcrawler, avec des chansons où il est l’artiste invité comme Aye de Lil Uzi Vert ou encore la nouvellement sortie Backrooms de Playboi Carti, tout en continuant de présenter ses pièces sur Utopia. Que tu sois un nouveau ou un vieux fan, il y en avait pour tous les goûts.

Tout au long du spectacle, le son était dans le tapis, plus particulièrement la basse qui était prédominante, le tout mélangé avec la voix de Scott baignant dans l’autotune et les cris  inépuisables des fans. En a résulté l’un des concerts les plus bruyants auxquels j’ai assisté. 

“Le son était tellement fort que des verres se sont brisés dans les loges et des tuiles du plafond sont tombées”, a dit Bruno Corica, un employé du Centre Bell présent à l’événement.

Déjà gonflés à bloc, les fans sont passés de chauds à bouillants lorsque Scott a entonné avec eux ses plus gros morceaux d’Utopia  tels I Know? et Meltdown

Le spectacle a atteint son apogée lorsque le rappeur interpréta FE!N 11 fois de suite devant les olés! d’un public qui en redemandait toujours plus. Chaque répétition du morceau déclenchait une montée en intensité, ces 20 minutes de feu ont constitué le moment le plus marquant de la soirée.

En gardant ses fans debout pour l’entièreté du concert,Travis Scott a su démontrer encore une fois qu’il est l’un des meilleurs performers dans le milieu.

cumbia / hip-hop / latin rap / latino / reggaeton

Akawui: pertinence mapuche au Solstice d’hiver

par Alain Brunet

Place Émilie-Gamelin, la soirée autochtone du Solstice d’hiver nous a permis de faire un peu de rattrapage avec les récentes créations du chanteur, auteur, compositeur Akawui Riquelme, très actif sur la scène locale et plus encore. D’origine chilienne comme plusieurs concitoyens québécois et canadiens, le Montréalais Akawui a du sang mapuche, peuple autochtone très important établi dans la partie méridionale de l’Amérique latine. 

Akawui en impose. Bon chanteur, il sait s’imposer sur scène, n’hésite pas à sortir de la zone chauffée de la scène et se défoncer malgré le froid très vif de ce 21 décembre. Force est d’observer que la connexion avec les peuples autochtones d’el norte est naturelle et nous rappelle drette là que les premiers peuples du Chili et de l’Argentine sont un ferment de premier plan pour  la culture latino-américaine en général, y compris dans les zones septentrionales où nous sommes. Et c’est pourquoi l’artiste montréalais Akawui est pertinent, aux portes de l’hiver.

Ses identités culturelles sont autochtones, latines, québécoises francophones, panaméricaines, mondialistes. Son expression est vaste, chaque chanson représente un courant de la pop latine d’aujourd’hui : rap  keb, rap latin,, hip hop, rock latin, cumbia, reggaeton, pop et plus encore. Sorti l’été dernier, son album El Futuro Es Tribal intègre le chant de gorge inuit, le chant chants maori Haka, des percussions afro-colombiennes, des flûtes quena et des flûtes de pan des Andes, des chants Pow wow des Premières Nations, des chapelets de guitares soukous. 

Les 9 titres de l’album ont été enregistrés dans les studios d’Indica à Montréal et produit en France par  Hedayat Mirnezami. Sur scène, le son est différent : guitare, basse et batterie sont derrière Akawui et ses instruments variés. Les accompagnateurs sont très solides, excellents instrumentistes dans ce créneau au service du frontman. 

Que peut-on espérer de plus ?  Tout est là pour la prochaine étape. Quels en seront les facteurs clés?  Suggérons qu’Akawui pourrait mettre encore plus d’emphase sur le beatmaking et les arrangements de son répertoire, sans en négliger les ingrédients actuels.

baroque / classique

Un Messie signé YNS et l’OM à la Basilique Notre-Dame.

par Alain Brunet

Dans les contrées liées historiquement et politiquement à l’Angleterre, le Messie de Handel est l’œuvre sacrée la plus jouée à l’approche de Noël. Handel était certes Allemand de naissance mais avait fait sa carrière à Londres où il devint citoyen d’adoption et sujet du royaume. C’est pourquoi son fameux Messie, bon an mal an, est joué deux ou trois fois plutôt qu’une dans une grande ville comme Montréal.

En 2023, le Messie l’était d’ailleurs présenté à Montréal par deux orchestres montréalais, soit à la Salle Bourgie en version ancienne avec Arion Orchestre Baroque et ses instruments anciens puis cette semaine à la Basilique Notre-Dame par la superstar Yannick Nézet-Séguin aux côtés de son Orchestre Métropolitain, d’un Choeur Métropolitain réduit mais composé de professionnels trié sur le volet, ainsi que de 4 solistes : la soprano québécoise Magali Simard-Galdès, la contralto québécoise Rose Naggar-Tremblay, le ténor britanno-colombien Spencer Britten, et le baryton-basse québécois Philippe Sly.

Dans la version de l’œuvre ici présentée, on avait prévu 45 stations en trois parties distinctes : ouverture, arias, récitatifs, récitatifs accompagnés, choeurs. Tous ces éléments constituent cette œuvre incontournable du répertoire sacré de la période baroque, composée en 1741. L’œuvre se consacre à la résurrection du Christ et à ses conséquences rédemptrices sur les fidèles de la chrétienté. Prévue à l’origine pour la période de Pâques, l’exécution du Messie s’est progressivement déplacée vers la période de la Nativité, et nous voilà bien assis sur un banc d’église pour en apprécier les vertus avec cette joie inhérente du temps des Fêtes.

Lorsqu’on a goûté au Messie exécuté en version originelle, soit avec instruments anciens qui en modifient sensiblement l’interprétation et les sonorités, revenir à une exécution avec instruments modernes est une expérience clairement différente. Bien sûr, écouter le Messie dans un lieu sacré confère une certaine magie à cette expérience, mais les conditions acoustiques n’y sont pas optimales lorsqu’on est habitués aux conditions acoustiques de la Maison symphonique.

Cette version avec instruments modernes exclut plusieurs procédés baroques, moins de sons liés, plus d’éclat vu la nature des instruments conçus après la période baroque (cordes de métal au lieu de cordes de boyaux, notamment), solistes formés selon des techniques vocales mises au point bien après la confection de l’œuvre.

La soprano Magali Simard-Galdès aura bien fait son travail sans trop en mettre, la contralto Rose Naggar-Tremblay m’a semblé plus magnétique encore et laisse présager une magnifique carrière, le ténor Spencer Britten a très bien chanté mais sans dominer la basilique, et le baryton-basse Philippe Sly est à mon sens celui qui s’est le mieux démarqué de la représentation de mercredi, par son coffre et et sa présence altière.

Côté instrumental, la direction orchestrale s’est avérée sobre et rigoureuse, toujours au service du chant. Évidemment, le Choeur Métropolitain atteint son point culminant à la 39e station. L’auditoire se lève pour apprécier le fervent Alléluia et même en applaudir l’interprétation.

Fort agréable soirée, certes, un orchestre et des chanteurs.euses bien préparés par le maestro bien-aimé. Cela dit, on ne peut affirmer qu’il s’agisse ici d’une grande spécialité de l’OM malgré la très belle facture de son exécution. La relecture d’une œuvre baroque par un orchestre « moderne » ne requiert-elle une longue pratique avant d’atteindre les plus hauts standards connus ? On retiendra néanmoins le rôle crucial du trompette solo Antoine Mailloux, très solide et très inspiré aux stations 42 et 43. Malgré ces menus détails de la vie, on ne se formalisera de rien et on ne boudera certainement pas ce plaisir d’apprécier de nouveau notre OM et de sauter à pieds joints dans la période des Fêtes.

Crédit photo: Denis Germain – Orchestre Métropolitain

Hervé Niquet dirige l’OSM | Reconnaître le divin dans la musique

par Rédaction PAN M 360

Œuvre rare et exécution parfaite, L’enfance du Christ d’Hector Berlioz a été chaleureusement reçue par le public de la Maison symphonique mardi soir. Le dernier concert de l’année, la saison des fêtes se termine en triomphe pour l’OSM.

Une histoire est nécessaire pour souligner ce concert. Il y a deux ans de cela, l’OSM avait programmé L’enfance du Christ d’Hector Berlioz avec Hervé Niquet comme chef. Certains avaient décidé de sauter sur l’occasion de voir une œuvre si rare et unique qu’ils avaient pris des billets pour toute la famille rapprochée. Malheureusement, le sort en aura voulu autrement et la seconde fermeture des salles durant les fêtes de 2021 a été amèrement reçue.

Il a fallu attendre deux ans pour finalement pouvoir voir ce concert et l’attente fut totalement justifiée. Une fraîcheur alléchante émane de la partition et la musique, certes évocatrice, mesurée et équilibrée d’une main de maître. On ne tombe jamais dans le cliché, au contraire, et on est immédiatement saisi par la beauté et la puissance des paroles et des accompagnements.

L’œuvre raconte l’histoire de l’exode de la Sainte Famille après la naissance de Jésus, suite au décret du roi Hérode ordonnant le meurtre de tous les nouveau-nés. La première partie, « Le songe d’Hérode », est la plus remarquable, avec une performance intense et dévouée de la part de Robert Gleadow, dans le rôle d’Hérode. On sent le conflit des émotions qui bascule dans la folie et la lourdeur des actions avec, notamment, l’appui sur le pizzicato des contrebasses. Les autres parties, qui racontent la fuite en Égypte et l’arrivée à Saïs, sont charmantes à leur manière, avec la forte présence de thèmes presque orientalistes durant la seconde, et des passages touchants durant la troisième. Cyrille Dubois, le ténor en charge du récitant, sort du lot et sa magnifique voix, si claire et franche, a ému la salle à maintes reprises. L’ensemble des solistes était solide et virtuose.

L’orchestre était excellent, avec un effectif assez réduit mais efficace. Les bois étaient énergiques et dialoguaient avec les cordes, assez conséquentes, qui occupaient l’essentiel de la scène. Le chef, Hervé Niquet, dirigeait avec fluidité et une énergie suave, teintée d’un respect profond pour l’œuvre. On peut noter le travail remarquable des flûtes et de la harpe durant le Trio enchâssé dans l’œuvre juste avant l’épilogue. L’arrière-scène était occupée par un chœur de qualité, dirigé par Andrew Megill, qui était toujours en temps et clair comme le cristal, tant pour les voix féminines que masculines. Le « Amen » final était d’une délicatesse transcendante. L’exécution de l’œuvre est marquée par une douceur et un contrôle qui ont marqué l’esprit du public, qui a applaudie chaleureusement pour quatre, voire cinq rondes.

Une mise en scène simple mais évocatrice était en place. L’éclairage qui passe du bleu froid pour suggérer la nuit, au doux vert pour évoquer la clairière et à l’aveuglant rougeâtre pour illustrer le désert et le soleil est à saluer. Le jeu d’acteur des solistes était inégal, mais fort apprécié, surtout pour Hérode. 

Un seul sentiment habite le spectateur de ce concert, soit le regret de ne pas avoir pu offrir cette expérience magique à plus de gens. L’enfance du Christ est une œuvre hors du commun qui mérite d’être plus souvent jouée. On n’aurait pu espérer une meilleure interprétation et on en ressort ému et grandit par la beauté de la musique.

Solistes :

Un récitant : Cyrille Dubois

Marie : Julie Boulianne

Joseph : Gordon Bintner

Hérode : Robert Gleadow

Un père de famille : Tomislav Lavoie

Polydorus : Geoffroy Salvas

Un centurion : Joé Lampron-Dandonneau

Pour plus d’information sur les concerts à venir, visitez la page des concerts de l’OSM ICI.

Crédit photo : Antoine Saito

death metal mélodique / death metal technique / metal / metal symphonique / punk-metal / thrash-metal

Le retour de l’immuable : Meshuggah, In Flames, Voïvod and Whitechapel

par Laurent Bellemare

Le moins que l’on puisse dire, c’est qu’il y avait de l’excitation dans l’air. Cela faisait plus de six ans que Meshuggah ne s’était pas arrêté au Québec – huit pour la région de Montréal ! Le temps a joué en faveur du groupe, qui est sans équivoque au sommet de sa popularité. On est loin de l’époque où le quintette devait se contenter d’un Club Soda bien rempli. Samedi dernier, c’est un stade plein à craquer qui attendait les maîtres du déphasage rythmique. Il faut dire qu’une belle brochette de grands noms de la scène metal était également au programme pour susciter l’intérêt de l’événement. Quoi qu’il en soit, cette soirée ne fut rien de moins qu’un rassemblement réussi, un méga événement de musique heavy qui marquera les esprits pour les années à venir.

Whitechapel

Whitechapel… voilà un groupe qui a bien changé depuis ses débuts à la tête du très brutal mouvement deathcore des années 2010. Par le passé, les influences death metal étaient toujours clairement audibles sous un enrobage hardcore parsemé de breakdowns exubérants. Dans l’immensité de la Place Bell, on avait l’impression d’assister à la prestation d’un tout autre groupe. Whitechapel n’a eu que 25 minutes pour laisser sa marque, et force est de constater que le groupe n’a pas fait grand-chose pour mettre en valeur son évolution musicale. Aucun des six morceaux joués ne fait appel à la voix chantée de Phil Bozeman, grande nouveauté des deux derniers disques. À l’inverse, très peu de moments rapides nous ramènent à l’époque des trois premiers albums.

Restent donc des grooves sur des grooves, qui donnent une bonne moyenne du son actuel du groupe sans en révéler les couleurs plus dynamiques. On peut aussi contester la présence de trois guitaristes, dont au moins deux jouent toujours la même chose. Est-ce uniquement par souci de puissance sonore brute ? La basse était, à l’exception d’un tremblement en arrière-plan, pratiquement inaudible. Tout cela n’a finalement pas gêné le public, très enthousiaste face à la prestation musclée du groupe américain.

Voïvod

Fidèle à quatre décennies d’excentricités novatrices, Voïvod était à bien des égards l’anomalie du lieu. Le groupe culte de Jonquière n’était programmé que pour cette seule et dernière date de la tournée, manifestement une invitation privilégiée de la tête d’affiche. Le quatuor nous a immédiatement ramené en arrière, avec une énergie plus thrash metal old school, voire punk. Après avoir sorti une compilation de reprises au cours de l’été, Voïvod nous a offert une succession de classiques, passant en revue les points forts de sa discographie. Nous avons même eu droit à la fameuse version métallique de « Astronomy Domine » de Pink Floyd. Deux morceaux issus d’albums récents ont encore témoigné de la vitalité créative du groupe, qui ne semble pas s’éteindre. Il faut saluer la résilience du groupe. Non seulement il a su se réinventer au fil des pertes tragiques et des changements de personnel, mais il est resté au sommet de l’expérimentation dans son genre respectif. Le batteur Michel Langevin et le chanteur Denis Bélanger, tous deux dans la soixantaine, se comportent encore comme d’infatigables artistes de scène. L’ancienneté mise à part, c’est sans compromis et avec une vitalité impressionnante que Voïvod a offert à la foule un spectacle à la hauteur de son héritage. On regrettera seulement une sonorisation médiocre pour le bassiste, pratiquement inaudible.

In Flames

Ayant pratiquement inventé le pendant mélodique du metal suédois, In Flames est un autre groupe à avoir connu son lot de changements stylistiques. Depuis les années 2000, le groupe a évolué vers un son plus accessible, multipliant les refrains exprimant la vulnérabilité et les albums controversés. Foregone, nouvellement sorti cette année, témoigne cependant d’une volonté de synthétiser cette évolution par un certain retour aux sources. À l’image de ce nouvel album, In Flames a offert une performance puissante et sans faille, comme un groupe en pleine possession de ses moyens.

À travers ses nouvelles pièces, In Flames a ponctué la soirée de pièces tirées d’albums de premier plan. Le groupe est même remonté jusqu’en 1994 pour jouer une rareté du premier album Lunar Strain ! Il y a aussi eu des succès de l’ère Reroute to Remain (2002) et Come Clarity (2006), dont les refrains ont été chantés avec enthousiasme par la foule. En somme, la sélection était judicieuse et évoquait autant la nostalgie que la fraîcheur d’une nouvelle direction musicale.

Il faut saluer le charisme du chanteur Anders Fridén, dont la technique particulière semblait en grande forme, tout comme son sens de l’humour. Le jeu des instrumentistes était au rendez-vous et le son était là, ce qui n’aura pas déplu aux fans venus spécialement pour In Flames.

Meshuggah

Les premières notes de « Broken Cog » donnent immédiatement le ton pour l’heure et demie à venir : des guitares à neuf cordes grondantes et oppressantes et une batterie puissante et énigmatique. Le tout accompagné de spectaculaires lumières stroboscopiques préprogrammées avec précision. L’aspect visuel est donc d’une importance capitale pour le spectacle, car les musiciens n’ont guère besoin de bouger sur scène pour dégager une aura captivante.

Avec une sonorisation impeccable et très peu d’interaction avec le public, Meshuggah a joué des classiques et des morceaux du nouvel album Immutable. Certains moments forts du concert se sont démarqués, sortant le public d’une certaine torpeur psychédélique. C’est ce qui s’est passé lorsque toutes les lumières se sont éteintes et que le morceau « Mind’s Mirrors » de Catch 33 (2005) a été joué. Les ronflements de guitare atonale et la narration au vocodeur créent une apesanteur terrifiante. Vient ensuite l’interprétation des pièces complémentaires In Death – Is Life et In Death – Is Death, suivant la logique chronologique du même album. Ce segment de vingt minutes, tout comme le rare « Humiliative » de l’EP None (1994), est un véritable cadeau pour les fans du groupe. À noter que pour chaque titre, voire chaque section musicale, un éclairage spécifique dynamise l’expérience sensorielle.

Au terme de cette prestation magistrale, Meshuggah a choisi de terminer la soirée en beauté en jouant « Bleed », un classique instantané, et « Demiurge », dont l’énergie du breakdown final est aussi contagieuse que dévastatrice. On ne pouvait rêver meilleur rappel. Une fois de plus, le groupe suédois s’est distingué par l’originalité de son art et sa force d’exécution. Il est maintenant temps d’attendre le prochain cycle d’albums et de tournées, où Meshuggah sortira de la longue dormance créative à laquelle l’entité nous a habitués.

OSL | Fééries festives pour chœur et orchestre

par Alexandre Villemaire

Après avoir offert un début de saison aux thèmes et énergie contrasté, mais fortement ancré dans le romantisme, c’est un programme de féérie de Noël qui a attiré famille, amis et parents à la Salle André-Mathieu pour entendre l’Orchestre symphonique de Laval dans son troisième et dernier grand concert avant la pause hivernale : L’OSL en fête. Bravant le froid et la circulation dense aux abords de la Place Bell, le public a eu droit à un concert chaleureux et un programme réconfortant dirigé pour l’occasion Julien Proulx dont le dynamisme l’énergie et les mouvements, des indications de phrasé lyriques aux petits déhanchements et pas de danse, étaient signifiant à chaque instant.

Commençant dans la plus pure tradition des préludes/ouvertures, la page musicale qui introduit l’opéra Hansel et Gretel d’Engelbert Humperdinck – œuvre régulièrement interprété en Allemagne durant le temps de Noël -, est un enchaînement des thèmes principaux qui jalonnent l’opéra et qui, comme l’a justement fait remarquer Julien Proulx dans son allocution « dessine l’arc dramatique de l’opéra ». Les Paraphrases sur des airs de Noël du compositeur québécois François Morel ont présenté un premier pot-pourri dans un écrin vif et coloré. Après les mises en bouches orchestrales, la suite de la première partie mettait à l’honneur les voix des Petits Chanteurs de Laval, représenté ici par une cohorte mixte de leurs membres les plus vieux, dans des pièces vocales emblématique du répertoire choral de la saison des fêtes (Es ist ein Ros entsprungen, Noël huron, Noël nouvelet, Gesù Bambino, Ça, bergers, assemblons-nous). Vocalement, la préparation est impeccable : la sonorité des voix est claire, uniforme et les quelques voix des jeunes hommes ténors et barytons ont offert une belle rondeur. L’arrangement par Michael Oczko du Noël huron (Jesou ahatounia) était particulièrement réussi de même que le noël italien Gesù Bambino où les lignes musicales et les dynamiques étaient pleines de reliefs. Concluant la première partie, les musiciens ont offert le fameux Christmas Festival de Leroy Anderson, autre pot-pourri emblématique de Noël s’il en est, dans sa version pour chœur. 

Le défi qui nous apparaît pour n’importe quel chœur avec orchestre qui se produit dans la Salle André-Mathieu, salle qui n’est pas nécessairement des plus adaptés et acoustiquement sympathique pour ce type de formation, est la balance du son. Les voix des petits chanteurs étaient nécessairement amplifiées, mais peinent parfois à se distinguer de la masse sonore de l’orchestre, surtout dans les fortissimos, malgré les indications de phrasés et d’intensité mené très justement par Julien Proulx. La position de notre siège, assez près des premiers violons, est peut-être également un facteur qui joue sur notre perception sonore, mais il nous était par moment difficile d’entendre et de comprendre le texte des chants. Sans être un irritant majeur au rendu et à l’appréciation du concert, nous pouvons tout de même formuler le souhait au Père Noël que Laval et son orchestre se dote d’une salle mieux adaptée à tous styles de répertoire.

Au retour de l’entracte, l’orchestre nous a emmené valser avec élégance avec Les patineurs d’Émile Waldteufel, une page légère remplie de frétillements et de contraste entre des lignes exubérantes et douces. Pièce de résistance du concert et indémodable classique du temps des fêtes, la suite no 1 du ballet Casse-noisette a été présenté de façon ludique par le chef d’orchestre qui, en rupture avec la convention voulant que l’on n’applaudisse pas entre chaque mouvement, a invité le public à ne pas en tenir compte. « Vous les connaissez par cœur, si vous les aimez, n’hésitez pas à applaudir. On se fait plaisir! » à indiquer Julien Proulx. Cette intention cadrait parfaitement avec le caractère familial et accessible de ce concert. Les divers personnages de l’univers du conte d’E.T. A Hoffman, de la fée Dragée aux Mirlitons, ont ainsi défilé devant nos yeux et dans nos oreilles avec une grande musicalité. En guise de rappel, l’orchestre à présenter l’autre tube de Noël de Leroy Anderson, Promenade en traîneau, qui par son orchestration imagée et son utilisation ludique et humoristique des percussions fait mouche à tout coup!

Présenter un concert de Noël, quelle que soit sa forme et son effectif, est toujours un exercice qui peut s’avérer périlleux : tout le monde en fait, généralement tous en même temps avec plus ou moins les mêmes œuvres au programme. Le danger de tomber dans le kitsch, le surfait et le suranné plane toujours. Était-ce un programme novateur et d’une grande originalité? Non. Mais les fêtes n’ont pas besoin d’être exubérantes à l’excès et sans cesse renouvelées pour être appréciables. L’important, c’est de bien faire les choses, sans prétention, de s’amuser, de vivre le caractère intemporel et magique de ces musiques et c’est exactement ce que la famille des musiciens de l’OSL a offert à son public.

Crédit photos : Annie Diotte

OSM | Énigmatique et puissante Turangalîla-Symphonie

par Elena Mandolini

L’OSM, dirigé par Rafael Payare, présente ces 5 et 6 décembre la Turangalîla-Symphonie, œuvre puissante et énigmatique du compositeur français Olivier Messiaen. Impossible de rester indifférent devant cette œuvre monumentale et marquante. L’OSM a su y rendre justice et donner de nouvelles dimensions à tous les instruments de l’orchestre. Payare est, pour sa part, fidèle à sa réputation : il a mené l’orchestre de manière remarquable avec énergie et grande musicalité.

La Turangalîla-Symphonie est une œuvre surprenante et unique en son genre. Le titre est une jonction de deux mots sanscrits, qui signifient respectivement (et en faisant quelques raccourcis…) mouvement et amour cosmique. Cette symphonie, découpée en dix mouvements, s’articule sur l’exposition de quatre thèmes : la statue, l’amour, la fleur et les accords. Tout au long de l’œuvre, ces quatre thèmes sont développés et variés. La partition fait place à un grand nombre d’instruments de percussion et à clavier, de sorte que la scène de la Maison symphonique était pleine à craquer. Toute la section du fond de la scène était destinée à une imposante installation de percussions. À l’avant-scène, deux claviers, le glockenspiel et le piano (Jean-Yves Thibaudet) côtoyaient un instrument peu connu et rarement vu : les ondes Martenot (Cécile Lartigau). Ce dernier instrument est parfois discret lorsque jouant en compagnie de tout l’orchestre, mais certains mouvements, s’apparentant à la musique de chambre, laissent entendre distinctement cet instrument aux multiples possibilités sonores. La partition de piano, pour sa part très exigeante, est magnifiquement interprétée.

Musicalement, la Turangalîla-Symphonie est un jeu constant de textures et de lignes mélodiques superposées, versant par moments dans l’atonalité. Il s’agit d’une œuvre complexe, aux sonorités parfois anxieuse et très souvent majestueuse. Le thème de la statue, par exemple, est composé d’accords graves soutenus par les cuivres. On note plusieurs changements de tempo, très bien exécutés par l’orchestre. On admire la précision de l’orchestre durant les moments à l’unisson, et on constate toute la puissance de l’OSM lors des fréquents passages fortissimo, qui nous laissent ébahis. Ces nuances intenses sont suivies de transitions très réussies entre les différents mouvements, avec une coupure nette ou un decrescendo parfaitement contrôlé.

Pour plusieurs raisons, il est impossible de rester indifférent à l’écoute de la Turangalîla-Symphonie. D’une part parce qu’elle nous laisse entendre des instruments et des combinaisons peu vues ailleurs, d’autre part parce que la puissance et la vivacité de l’OSM atteint ici un nouveau sommet. La présence de cette œuvre au programme de la saison est à saluer vivement.

Une autre représentation aura lieu le mercredi 6 décembre. INFOS ET BILLETS ICI!

Crédit photo : Antoine Saito

Une fenêtre sur le sublime – Andrew Wan et Luc Beauséjour à l’église St.-George – FBM

par Rédaction PAN M 360

Ce n’est pas tous les jours que l’on a la chance de voir réunis sur scène deux interprètes aussi importants pour leurs instruments respectifs au sein du monde culturel montréalais. Avec Andrew Wan au violon et Luc Beauséjour au clavecin, le public réuni à l’église St.-George vendredi soir était préparé à une soirée magique et virtuose.

Et il n’a pas été déçu! Le programme, certes long, était parfaitement adapté à la sensibilité particulière des musiciens. La beauté sublime et pure de la musique de Bach était mise en évidence dans les Six sonates pour violon et clavecin. D’une construction assez constante et normée, on peut voir des idées merveilleuses se développer au fur et à mesure qu’on avance dans la partition. L’esthétique est définitivement baroque, mais on entrevoit à plusieurs reprises des motifs qui laissent présager les époques futures, notamment classique et même romantique. Les rythmes dansants et enleveurs de nombreux mouvements sont spécialement délicieux.

Les deux interprètes étaient dans un dialogue intime qui témoignait de leur respect mutuel et de leurs qualités respectives. Wan est un excellent premier violon à l’orchestre, mais excelle tout autant, voir plus, dans ces contextes de récital. Sa finesse et sa technique irréprochable font de lui un maître de presque tous les répertoires. Sa présence sur scène vendredi était puissante, touchante et adroite. Le son de son violon, datant du 18e siècle, a rempli la salle et les oreilles du public, qui a été marqué. 

Luc Beauséjour a quant à lui été simplement parfait. Les déluges de notes de la partition (rappelons que Bach était un virtuose du clavier) ne semblaient jamais ébranler sa prestance et sa rigueur des rythmes et des notes. On sentait toute sa maîtrise du répertoire et de son clavecin (issu de sa collection personnelle). La clarté des voix est remarquable, surtout avec un instrument aussi neutre sur le plan des intonations. 

On aurait beaucoup aimé entendre plus fort l’instrument, surtout avec le volume du violon assez élevé.

On se demande pourquoi le Festival Bach Montréal, présentateur et producteur du concert, n’a pas amplifié, juste un peu, le clavecin. À l’entracte, on entendait partout les regrets de ne pas l’entendre adéquatement. Le choix de la salle était également en cause, étant donné le plafond assez haut et les façades de bois qui absorbaient le son. C’est un détail, mais cela a affecté la réception de nombreux spectateurs, surtout à l’arrière. Le Festival se contentera d’une salle pleine cependant, malgré la déception de certains amateurs de clavecin et de Beauséjour.

Andrew Wan et Luc Beauséjour ont captivé, ému rejoint l’ensemble du public. Leur musique a fait réfléchir et rêver. On espère retrouver ce duo sur scène dans le futur, pour qu’on se sente encore une fois inspirés par le souffle enchanteur de leur musique.

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