baroque / classique

Violons du Roy | Richesse et splendeur vocale du divin Handel

par Mona Boulay

Pour leur deuxième des neuf grandes soirées prévues afin decommémorer  leur quarantième anniversaire, les Violons du Roy ont reçu la soprano Karina Gauvin ainsi que la contralto Marie-Nicole Lemieux. Ce mercredi 23 octobre au Palais Montcalm, on assistait à une soirée consacrée aux oratorios de Handel, avec un programme riche nous présentant des extraits de six d’entre eux : Joshua, Theodora, Solomon, entre autres.

Le concert s’ouvre tout en finesse avec l’élégante ouverture à la française de Judas Maccabaeus, qui annonce un premier duo pour nos chanteuses From this dread scene. On est tout de suite marqué par le contraste de personnalité scénique des deux chanteuses. Si la contralto se montre très théâtrale, on pourrait presque dire exubérante, ce qui donne un aspect très ludique à sa performance, la soprano se fait plus discrète et perd parfois notre attention à trop chercher du regard sa partition, malgré d’évidentes qualités vocales.

Le concert se poursuit avec la Sinfonia de la pièce Alexander Balus, qui donne à entendre plus précisément la section des vents (composée de deux hautbois et d’un basson). Celle-ci s’illustre dans un tricotage mélodique très bien exécuté, à l’image du travail général des Violons du Roy. En effet, tout au long du concert, malgré une formation de musique de chambre, le groupe nous donne à entendre une multitude de couleurs différentes, grâce à un travail pointilleux du chef Jonathan Cohen sur les nuances, les ralentis et les ornements propres à la musique baroque. Tous les codes sont respectés, avec un goût charmant de la subtilité : nous ne sommes pas face à du spectaculaire, ce qui pourrait déplaire à certains, mais bien face à de la minutie, à l’attention du détail. 

Quelques morceaux plus tard, on a la joie de découvrir le duo Welcome as the Dawn of Day extrait de l’oratorio Solomon, somptueusement interprété par les deux solistes, une déclaration démonstrative d’amour entre Solomon et son épouse. La force émotive exprimée par Marie-Nicole Lemieux nous transporte, et quel beau rafraîchissement que d’entendre ce duo amoureux chanté par deux femmes. On peut s’interroger, cependant, sur le choix de l’ordre du programme qui place cette déclaration amoureuse qui a lieu dans la deuxième partie de l’oratorio après un aria qui a lieu dans la troisième partie.
Derniers temps forts de ce concert, les extraits de Theodora, avec d’abord l’Ouverture par l’orchestre de chambre, très impactanteet nous offrant une gamme de forte jusqu’alors peu exploitée; puis avec le duo To thee, thou glorious son of worth, qui nous donne enfin à découvrir les plus beaux aspects de la voix de Karina Gauvin – de belles notes aiguës très pures, dénuées d’abord de vibrato, qui viennent ensuite s’enflammer pour notre plus grand bonheur.  Si les pièces solos des chanteuses sont très bien exécutées, c’est vraiment l’alchimie dans les duos qui donnent à ce concert sa richesse.

Quatuor Molinari | L’inspiration majeure de Guido Molinari, 20 ans après sa mort

par Alain Brunet

Pour commémorer les 20 ans de la disparition du peintre Guido Molinari à qui le Quatuor Molinari doit son nom et le soutien indéfectible de sa fondation, un programme ambitieux fut présenté à la Salle Bourgie, ce mardi 22 octobre. Ce qui tombait sous le sens, puisque la salle est soudée au Musée des Beaux-Arts de Montréal. Ainsi, plusieurs œuvres du peintre ont été synchronisées avec l’exécution d’œuvres ayant été jouées par l’ensemble au fil du temps.

En premier lieu, une œuvre de la compositrice montréalaise Ana Sokolović , conçue au début de sa trajectoire. Cette commande du Quatuor était alors assortie d’une exigence : s’inspirer de l’univers visuel du fameux peintre montréalais. Déjà, on pouvait identifier la signature de la musicienne dans cette œuvre répartie en 8 mouvements imaginés sous formes de thèmes et variations : Mutation I – Tension- – Espace / asymétrique- Diagonale noire – Mutation II / triangle – Blanc dominant – Coda / continuum. Chaque mouvement implique des techniques d’écriture distinctes – usage de glissandos spectaculaires, pizzicatos éloquents, motifs froissés, spirales harmoniques, frottements et grincements de cordes, hachures rythmiques et plus encore. Enfin bref, une œuvre singulière et complète, laissant présager la grande carrière et la réputation internationale pleinement méritée d’Ana Sokolović dont le travail résistera au temps.

Deuxième œuvre au programme, Espaces fictifs de Maxime McKinley s’inspire aussi de d’œuvres de Guido Molinari et aussi d’échanges de haute volée avec Fernande Saint-Martin (1927-2019), éminente théoricienne de l’art qui fut sa conjointe. Dans un extrait de la Vidéothèque québécoise Quatuor Molinari, le compositeur explique avoir exploré « la « réversibilité, les juxtapositions et superpositions de motifs simples constamment reconfigurés, ainsi qu’à la notion d’intervalle rythmique en tant que distance ou écart plus ou moins grand qui sépare un élément et sa récurrence.

Cette pièce mise en outre sur le « dynamisme des contrastes très marqués ou, au contraire, des transformations extrêmement subtiles; des orientations horizontales, verticales ou diagonales; des continuums kaléidoscopiques jouant sur la mobilité des arrière-, moyen- et avant-plans; ainsi que des vibrations, des mutations et de l’énergie des couleurs. »

Ajoutons à cette éloquente explication l’exécution cohérente et appliquée du Quatuor Molinari dans l’exécution. On reçoit cette œuvre comme une spirale dynamique de courts tableaux et motifs culminant dans l’intensité, l’augmentation du volume des cordes et l’accélération du tempo avant de perdre de l’altitude et se poser en virevoltant.

L’exécution suivante fut celle du quatuor à cordes op.28 du compositeur autrichien Anton Webern, un des pionniers du dodécaphonisme, exécuté par erreur par un sniper américain au terme de la Seconde Guerre mondiale. Voilà qui nous rappelait les fondements de cette révolution dodé

Après la pause, le plat principal, soit le Quatuor à Cordes n°7 avec « soprano obligée » de R.Murray Schafer. On sait que le Molinari maîtrise parfaitement les quatuors de feu le grand compositeur canadien, le 7 se démarque des autres pour sa spatialisation et sa théâtralité. Des avions en papier géants de différentes couleurs sont disposés sur la scène, d’autres peintures ayant inspiré le concepteur de l’œuvre sont projetées sur écran géant pendant que déambulent les interprètes sur scène et dans les allées de la salle, tout en jouant leur parties. Jouées en solo, en duo, en trio ou en quatuor, assorties d’intervention schizoïdes et non moins flamboyantes de la soprano Odile Portugais, les composantes de cette œuvre innovante à l’époque de sa conception produisent l’effet escompté : ravissement, amusement, élévation.

avant-garde / avant-pop / noise-pop / post-punk / rock expérimental

Je n’arrête pas de penser au concert de Xiu Xiu à Montréal.

par Vanessa Barron

Xiu Xiu n’est pas comme les autres groupes que j’ai vus récemment. Accueillis dans l’intimité du Théâtre Fairmount, leur performance du vendredi soir était déroutante et captivante, s’apparentant davantage à de l’art performance qu’à un concert typique. N’ayant qu’une vague connaissance de leur musique à l’avance, je l’ai trouvée assez abrasive pour quitter le concert tôt, mais assez perplexe et captivante pour rester à l’avant-plan de mon esprit pendant des jours après.

Un violon et un piano sinistres résonnent dans les haut-parleurs de la salle alors qu’une foule composée principalement de gars du Mile End et de filles gothiques cool s’assemble dans un murmure étouffé. Une projection de la pochette du dernier album du groupe, 13 » Frank Beltrame Italian Stiletto with Bison Horn Grips, a illuminé la scène avec des teintes d’essence, de flaque d’eau et d’arc-en-ciel, tandis qu’un mélange de plus en plus bizarre de cymbales et d’instruments de percussion s’est matérialisé, suivi par les membres posés du groupe basé à Los Angeles eux-mêmes.


Avec « The Silver Platter », Xiu Xiu m’a surpris par la férocité et la précision de leur son gothique, industriel, art rock et bruyant . Des crashs de cymbales frénétiques et parfaitement synchronisés ponctuent les paroles de Jamie Stewart, transperçant ses lignes comme un coup de poignard dans les tripes. Sur scène comme sur disque, la voix caractéristique de Sterwart est macabre, avec une articulation digne de Dracula qui va d’un murmure mourant à un hurlement à pleine gorge. L’énergie qu’il a déployée au cours des trois premières chansons était vraiment extraordinaire : il faisait littéralement le poirier et des pantomimes tout en chantant, en jouant de la guitare et en tapant sur des gongs.

Angela Seo a elle aussi connu des moments exceptionnels, notamment en interprétant le sinistre monologue de « Wig Master », qui a commencé par un marmonnement et s’est transformé en une répétition frénétique de cris. Une autre chanson a été jouée en duo avec Angela qui grogne et Jamie qui gémit avec un sifflet-kazoo, comme un bébé qui vient de naître. Couplé à des cymbales de toutes tailles et à d’autres instruments de percussion curieux, le mur de son était écrasant.


Pourtant, je n’insisterai jamais assez sur le silence de mort qui régnait dans le public entre les chansons, avec des minutes de silence complet pendant que le groupe se préparait pour le morceau suivant. Je crois que Stewart a même plaisanté à un moment donné, « Vous êtes trop bruyants, je peux vous entendre parler » à un membre du public au milieu du concert. Je n’ai aucune idée si c’est normal pour un spectacle de Xiu Xiu ou si la foule de Montréal était particulièrement révérencieuse ce soir-là.

Je suis repartie avec encore plus de questions et de curiosité sur le groupe que lorsque j’y suis entrée, et je n’ai pas cessé d’y penser depuis – leurs 16 albums studio et leurs interviews des 20 dernières années se sont avérés être un trou de lapin amusant dans lequel plonger. Et leurs albums sonnent complètement différemment de leurs concerts. Je pense que c’est une preuve suffisante pour dire que j’ai trouvé cette performance pour le moins marquante.

Photos by Amir Bakarov

Marathon Beethoven de l’OM, Jour 3 | Le Finale sauve le concert au fil d’arrivée

par Alexis Desrosiers-Michaud

Pour le dernier volet du Marathon Beethoven, il ne restait que les deux extrémités du corpus symphonique à être présentées, avec en prélude la pièce Amor Fati de Marie-Pierre Brasset.

Utilisant les premières mesures de la Première de Beethoven, Brasset en change la fin pour transiter vers son propre langage musical. Sa pièce est une lente progression vers un élément, qui n’aboutit pas et nous laisse sur notre faim. Dommage, car la fin est plutôt nette, comme s’il avait fallu cinq minutes supplémentaires pour compléter le propos.

La Première est très bien exécutée, avec légèreté et simplicité. Dans tous les mouvements, chaque détail est souligné, mais c’est le deuxième qui a été le meilleur. Les différentes entrées aux cordes sont toutes homogènes dans le style et l’articulation, et on sent le mouvement qui traverse la phrase. Tout reste élégant, même dans les forte. On notera aussi que dans le Trio du scherzo, les interventions des vents ne sont pas identiques la première et la deuxième fois que certaines phrases sont jouées.

Le premier mouvement de la Neuvième est joué passablement bien. Les nuances sont au rendez-vous et les musiciens jouent avec intensité. C’est bon, mais pas assez, surtout quand on s’attaque à une œuvre archiconnue et monumentale comme celle-ci. Les enchaînements entre les sections manquent de fluidité et il n’y a pas assez de profondeur dans les graves. Tout comme dans la Première, le second mouvement est le plus réussi. La timbale, tranchante, se démarque du reste du groupe dans ses interventions solos. Très exigeant pour les bois en raison des multiples notes accentuées jouées dans un tempo rapide, on discerne la fatigue chez certains, comme en témoignent les quelques « craques » que l’on distingue parmi l’ensemble orchestral.

Le mouvement lent suivant, quant à lui, malheureusement, tombe rapidement à plat. Le résultat fait que l’on se laisse facilement distraire, pour les mauvaises raisons. Le mouvement musical est très statique et n’avance pas; les longues notes n’ont pas (assez) de vie et il n’y a pas (assez) de relief dans l’ensemble. Bien que marqué cantabile, on n’a pas l’impression que les musiciens chantent la musique. Puis, arrive le fameux dernier mouvement. Quelle Finale ce fut ! Dès l’émission des premières notes du thème de l’Ode à la joie chez les cordes graves, on sait que ce qui s’en vient sera spectaculaire. Partie de presque rien, cette construction architecturale ne nous mène vers un tutti glorieux et libérateur avant l’entrée du chœur. Parlant du chœur, celui-ci est très appliqué vocalement, malgré quelques consonnes inaudibles. Les derniers milles de ce marathon font passer un moment absolument magique, car tout y est : solistes incroyables, nuances, accents, phrasé, puissance (quel long Gott [Dieu] avant la fanfare !), mais surtout dévouement et émotion. L’envie de se lever d’un bond à la toute fin est irrésistible, mais on ne peut s’empêcher de se demander pourquoi nous n’avons pas eu droit à ça dans tout ce qui a précédé.

crédit photo: François Goupil

Marathon Beethoven de l’OM, Jour 3 | Buffet symphonique au brunch dominical

par Alexis Desrosiers-Michaud

Le troisième programme des quatre du Marathon Beethoven de l’OM avait lieu à 11h dimanche matin avec la présentation des Huitièmes, Quatrième et Cinquième symphonies. Puisque Beethoven est un réputé vendeur, il fut  étonnant de constater que le parterre de la Maison symphonique était épars et les loges carrément vides, malgré la présence de la Cinquième au programme. 

Le premier mouvement de la Huitième est inégal dès le début. Les articulations ne sont pas homogènes selon les différentes sections de l’orchestre. Chez les cordes, les staccatos sont très courts, mais chez les vents, c’est plus allongé, notamment la résonance de la timbale. Les phrasés tombent à plat rapidement et les forte plafonnent vite. Le second mouvement est nettement mieux. 

Très humoristique, les notes incessamment répétées mènent le reste dans la légèreté. Ponctué d’effets de sforzandos, l’effet de surprise est réussi. Le troisième mouvement, Tempo di menuetto, n’a que le tempo du menuet car rien ne laisse place à la danse. Les troisièmes temps ne vont pas assez vers les premiers suivants, et ceux-ci sont trop appuyés. Le reste est assez similaire, c’est-à-dire sans faute, mais sans éclat. 

Dans la Quatrième, surprise ! C’est tout le contraire auquel nous avons droit. 

L’équilibre sonore entre les sections est bien ajusté, surtout lors de l’introduction lente du premier mouvement. Celle-ci, pleine de mystère, planante, nous amène pas à pas vers l’Allegro, festif et énergique. Mention honorable aux vents et timbales pour la précision. Le second mouvement est d’un lyrisme impeccable et apaisant avec des phrases qui respirent et se posent. Le scherzo qui suit surprend avec des attaques espiègles et les musiciens jouent bien le jeu des syncopes qui viennent ponctuer les phrases. Le mouvement final est très léger, Yannick dansant sur le podium.

Au retour de la pause, ce fut au tour de la Cinquième d’être entendue. Avant d’entrer dans le vif du sujet, une explication s’impose. Il est indiqué dans le programme que Beethoven a été le premier compositeur à inscrire des mesures métronomiques dans ses partitions, souhaitant ainsi préciser les indications de vitesses plutôt vagues, comme Adagio ou Allegro que l’on utilise toujours. 

Avant d’entrer dans le vif du sujet, une explication s’impose. Il est indiqué dans le programme que Beethoven a été le premier compositeur à inscrire des mesures métronomiques dans ses partitions, souhaitant ainsi préciser les indications de vitesses plutôt vagues, comme Adagio ou Allegro que l’on utilise toujours.

Départ surprenant, le tempo est très rapide pour le 1er mouvement.  Il y a des pours et des contres à le précipiter ainsi. En prenant la vitesse métronomique indiquée, Yannick et l’orchestre expriment ce sentiment de panique du compositeur faisant face à sa surdité et à sa propre fatalité. 

Mais il ne fait pas les points d’orgue qui ponctuent ce mouvement et passe tout droit là où la tension peut, ou doit, s’accentuer. Ainsi, la construction de certaines phrases est précipitée, tout comme la cadence du hautbois, qui est amenée de façon brutale. On finit par s’habituer à cette vitesse et à cette manière de voir cette célèbre page, qui donne toutefois un élan, quand même que l’on en ressort essoufflé. 

Le deuxième mouvement est aussi précipité, peu chantant. Le tempo passe toujours dans les deux premières variations, mais quand les cordes graves arrivent dans les triples croches, tout devient flou, autant que l’indication « dolce » devient difficile à respecter. C’est une chose de respecter les mesures métronomiques, mais peut-être pas au détriment de la musique, qui doit respirer. 

Le troisième mouvement est le plus intéressant, joué avec vigueur et mystère. On peut discuter l’appel des cors en crescendo plutôt que subito forte, comme écrit, car il s’agit du thème principal. Tout est excellent, avec des cordes mordantes, sauf quand on arrive à la coda, qui se joue sur la pointe des pieds. Il y a une alternance entre les pizzicatos des cordes et les bois sur le motif rythmique principal. Ceux-ci jouent les notes longues, ce qui contraste énormément. Nulle part ailleurs on joue ce motif long, alors pourquoi là? 

Par ailleurs, la transition qui amène le mouvement final est mené par un instrument en particulier que l’on n’entend pas assez: la timbale. Pendant que les cordes tiennent une note longue de 12 mesures pour ensuite construire lentement la ligne mélodique, celui-ci est seul dans son coin à installer le rythme et doit tirer l’orchestre et le crescendo vers l’apothéose du mouvement final, qui laissera une place prépondérante au piccolo, dont la Cinquième marque le début de l’instrument dans l’orchestre. 

Ce concert est le plus long sur papier des quatre, avec 96 minutes de musique. En ligne, il est annoncé à 1h56, entracte compris, mais il se termine 2h15 après son début. Est-ce que l’OM et leur chef frapperont le fameux mur du 30e kilomètre dont parlent tous les marathoniens ? Le danger est là, car le prochain concert n’est que dans 1h45.D’entrée de jeu, la création de la pièce Ré_Silience de Cristina García Islas fut fort intéressante sur le plan du discours, mais légèrement discutable sur le contexte. L’œuvre est brillamment structurée, mais on aurait plutôt cru à un hommage à Chostakovitch, tant les cuivres étaient forts et la percussion abondante. Sans oublier les longues phrases tenues aux violons dans le suraigu, doublé aux flûtes, sur fond de pédales aux basses. D’ailleurs, celles-ci placées sur la gauche, se perdaient souvent dans le son collectif. Pour rendre hommage à Beethoven, en plus de citer le deuxième mouvement de la Huitième, elle y ajoute dans la section des percussions, deux métronomes en décalage. Chapeau aux musiciens pour avoir continué à garder le tempo malgré ces clics !

électroacoustique / électronique / expérimental / contemporain

Akousma | Hamelin, Présences imaginées, Uppender

par Laurent Bellemare

Crépuscule science-fictif, arthropodes biomécaniques, paysage urbain, film d’horreur, souvenirs canins, fascination naturaliste… toutes ces associations étaient susceptibles d’être faites lors de cette soirée de clôture d’Akousma, vendredi soir à l’Usine C.

Le fil conducteur de la soirée de vendredi semblait être une pensée compositionnelle empruntant beaucoup à la musique à l’image… un cinéma pour l’oreille, comme dirait le compositeur et professeur Michel Tétreault. 

Ce qu’on gagne en immersion, on le perd toutefois en sens du développement musical. Dans un monde assailli d’écrans, il ne faut sûrement pas s’en étonner. À moins que ce soit nous, le public, qui soit aujourd’hui incapable de dissocier notre écoute de ces images…

Quoi qu’il en soit, Akousma réussit chaque année à offrir un bel échantillon de l’état des lieux en musique numérique. On constate que même si les musiques électroacoustiques appartiennent toujours au monde académique, elles font aujourd’hui foisonner des esthétiques de plus en plus diverses, et c’est tant mieux. Voici donc le dernier droit d’Akousma, le dernier des 6 blocs au programme.

Julien Racine

Hamelin

Julien Racine a bâti sa pièce Hamelin avec des textures très denses, mais tout de même harmoniques. L’élément le plus frappant de l’œuvre, c’était les sonorités renvoyant à aux dysfonctionnements technologiques. Notamment, de nombreuses voix filtrées, granulées ou passées au pitchshifter semblaient tout droit sorties d’un vieil appareil de communication dont on tenterait d’écouter une transmission perdue.

Après cette section fort réussie, la pièce a évolué vers quelque chose de plus dissonant. D’abord, une texture aux hauteurs en ascension constante semblait nous tourner au-dessus de la tête. Puis, ce tableau a pris des tournures cauchemardesques en faisant résonner de lointains cris, rires et plaintes. Sans note de programme, il n’était pas aisé de mettre de l’ordre dans cette chaîne d’événements. Surtout en ce qui concerne les aboiements entendus vers les trois quarts de l’œuvre !

Olivier Alary

Présences imaginées

Dans Présences imaginées d’Olivier Alary, on avait aussi un peu cette impression de conception sonore cauchemardesque. On y entendait des voix, des cris, dans l’épaisseur de la masse sonore. Mais outre ces éléments reconnaissables, il y avait une abstraction marquante durant la presque totalité de la pièce. Une texture se métamorphosait en une autre et on passait aisément d’extrême densité à granules éparses.

Il n’y a qu’à la fin que des chants d’oiseaux sont soudainement venus transformer cette scène absconse en une affaire beaucoup plus mondaine. Ça et les sons de vagues enfouis sous la texture durant les premières minutes de l’œuvre. L’immersion était encore une fois très réussie, mais la cohérence compositionnelle l’était un peu moins à mon sens.

Felisha Ledesma

Uppender

Après un problème technique rapidement résolu, l’Américano-Suédoise Felisha Ledesma a diffusé sa pièce ‘Uppender’, une trame très ambiante et beaucoup plus feutrée que les autres. Le travail d’égalisation rendait les couches sonores douces et chaleureuses, des traits par ailleurs amplifiés par la réverbération utilisée abondamment. L’œuvre est aussi graduellement devenue plus harmonique, accentuant son aspect envoûtant.

S’il y a bien eu quelques moments où des sons saccadés étouffés ont fait interruption, la pièce conservait presque toujours sa légèreté, comme si tout y était en apesanteur. Là aussi, le développement formel décevait, chose qu’un petit sommet d’intensité vers la fin n’a pas pu rescaper.

crédit photo : Caroline Campeau

électroacoustique / électronique / expérimental / contemporain

Akousma | Solace tout en drone, sentier complexe, jardins familiers

par Laurent Bellemare

Une pièce sombre et silencieuse, avec de subtils jeux de lumières tamisées intervenant de temps à autre pour appuyer la musique. Sur la scène: personne (ou enfin presque). Les artistes sont derrière la console et diffusent une œuvre déjà entièrement travaillée via une quarantaine de hauts parleurs, immergeant le public dans le son. Gare à celui qui échapperait sa bouteille d’eau ou oublierait d’éteindre son cellulaire.
Cette situation de concert peu conventionnelle est loin d’être neuve pour les amateurs de musiques électroacoustiques et numériques. 

Akousma en est à sa vingtième édition et le festival a une fois de plus mis son orchestre d’enceintes au service des artistes locaux et internationaux. Un vendredi 18 octobre 2024, on avait droit à trois artistes européens et trois artistes québécois. Tous proposaient des esthétiques fort variées, mais presque toujours évocatrices d’une expérience cinématographique. Le sens de la forme musicale, lui, était moins évident à déceler.

Marie Anne

Solace

Seule artiste de la soirée à réellement “monter sur scène”, Marie Anne a saisi son contrôleur et a développé une musique plutôt drone et au lent développement sur Solace. La pièce s’est d’abord construite à partir de percées de sons tenus, lesquels créaient des intervalles tout à fait consonants. Dans une première montée en vague, on aurait cru entendre un pentatonisme dans le jeu des hauteurs, alors qu’un second plan a plutôt fait ressortir une harmonie mineure.

Pour la majeure partie de l’œuvre, on aurait juré n’entendre que des sons de synthèse. Il y avait même, volontairement ou non, de vagues échos aux synthétiseurs de Vangelis dans la trame sonore de Blade Runner. Cette impression s’est par contre transformée peu à peu, alors qu’un crépitement inharmonique évoquant le son de chutes d’eau s’est inséré. Ou était-ce plutôt du bruit blanc? Quoiqu’il en fût, l’aspect référentiel du matériau sonore s’est confirmé vers la fin alors lorsque des chants de grillons sont venus prendre le relais et clôturer le tout.

Bien que massive, la musique entendue peinait à être pleinement immersive. On sentait notamment que les possibilités de l’acousmonium étaient sous-exploitées. Avec une spatialisation plus riche, l’auditoire pourrait sans doute entrer davantage dans le son et mieux en apprécier sa densification progressive.

Atte Elias Kantonen

a path with a name

Avec le finlandais Atte Elias Kantonen, on est passé à un son plus près de l’électroacoustique classique, avec une profusion de micromontage et de sons se déplaçant dans l’espace. D’emblée, son œuvre a path with a name (a reimagined reprise) installait une texture assez particulière, à la fois liquide et industrielle. L’univers sonore y était familier, mais parallèle, comme une abstraction algorithmique de paysages sonores réels. 

Pendant un long moment, on entendait des mouvements allant de droite à gauche et vice versa, un peu à la manière d’une page qui se déchire. Mais le timbre de cette déchirure avait quelque chose de visqueux et métallique. Des scolopendres biomécaniques parcourant des tuyaux d’égouts ? On connaît la valeur subjective de telles associations. Pourtant, il y avait bien quelque chose qui relevait d’une conception sonore de science-fiction dans cette affaire. De toutes les œuvres présentées, c’est elle qui présentait les articulations les plus complexes.Pendant un long moment, on entendait des mouvements allant de droite à gauche et vice versa, un peu à la manière d’une page se faisant déchirer. Mais le timbre de cette déchirure avait quelque chose de visqueux et métallique. Des scolopendres biomécaniques parcourant des tuyaux d’égouts? On connaît la valeur subjective de telles associations. Pourtant, il y avait bien quelque chose qui relevait d’une conception sonore de science-fiction dans cette affaire. De toutes les œuvres présentées, c’est elle qui présentait les articulations les plus complexes.

Ludwig Berger

Garden of Ediacara

Sur Garden of Ediacara, l’Allemand Ludwig Berger dévoilait des tableaux sucrés composés de sons de synthèses et de voix traitées. Le tout était, à tout moment, très harmonieux et de facto tape-à-l’oreille. Les voix, intensément filtrées, donnaient une allure urbaine et déshumanisée à la musique, qui n’empêchait pas cette dernière de ne cesser de captiver l’attention.  

Les voix désincarnées, les rythmes pulsés et les sonorités accessibles faisaient d’ailleurs parfois penser au genre deconstructed club, cette réappropriation expérimentale de l’esthétique dansante. Par contre, il n’y avait pas énormément d’articulations prenantes, ni même de développements formels. Plutôt, on baignait dans des harmonies familières orchestrées avec minimalisme. Bien que l’œuvre ait laissé à désirer quant à sa progression dans le temps, il faut reconnaître que son esthétique était fort réussie et agréable à écouter. On peut s’amuser à imaginer les réactions qu’une telle œuvre aurait suscitées si elle avait été présentée au même festival lors de ses débuts.

Crédits photos: Caroline Campeau

électroacoustique / électronique / expérimental / contemporain

Akousma | Cime, rumeurs et ghosts à l’Usine C

par Salima Bouaraour

Cime dans la nature et l’extrasensoriel, rumeurs dans la douceur lancinante, ghosts dans la réminiscence thérapeutique. Trois types d’immersion étaient ainsi offerte à l’Usine C, en seconde partie de programme.

Florence-Delphine Roux (ca)

Programme: Cime (2024) 11’00

Gazouillements. Effluves de forêt. Fluidité d’un ruisseau. Ondes radiophoniques lointaines. Interférences. Fréquences oscillantes. Conversations fantomatiques. Nappes lointaines. Champs électromagnétiques. Ambient. 

Cime se révèle tout en douceur dans la lenteur de la nature. L’imperceptible de l’univers montagneux et mystérieux du Mont-Saint-Hilaire se laisse dévoiler ici dans cette œuvre de 11 minutes. 

Les sons enregistrés, en partie sur le terrain ou issus d’archives phonographiques, sont finement tapissés sur des ondes radiophoniques où l’invisible pour notre rétine devient audible pour nos oreilles. 

Florence-Delphine Roux, artiste numérique et sonore originaire de la ville de Québec et basée à Tiohtà:ke/Montréal, titulaire d’une maîtrise de l’École Nationale Supérieure des Beaux-Arts de Villa Arson à Nice, a capté le paysage sonore ambiophonique de la Réserve Naturelle Gault tout en insérant dans le médium une synthèse analogique et granulaire.

C’est ainsi que le réel, l’irréel, l’extrasensoriel et le paranormal prennent tout leur sens dans cette performance immersive texturée. 

Shane Turner (ca)

Programme: rumors, approximated (2024) 10’00

Les productions de Shane Turner, diplômée en électroacoustique à l’Université de Concordia, ont été diffusées par le netlabel Panospria (Notype), par la CEC et dans divers festivals, dont Mutek. 

Temps, hauteur, timbre et intensité ont été finement structurés pour modeler une architecture occupant ainsi l’espace horizontalement et verticalement. Les ondes sinusoïdales, défragmentées et alimentées par des phénomènes algorithmiques,  ont chevauché le travail texturé de l’enveloppe et du grain de voix angéliques. Les cordes vocales sont un instrument à part entière, le tout  premier des temps les plus anciens. La production musicale ne cesse d’évoluer avec les nouvelles technologies et la recherche scientifique. rumors, approximated avait pour finalité de créer un syncrétisme frontal, mais somme toute poétique, entre ces deux sources. 

La pièce était douce et lancinante avec une entrée au seuil d’une porte qui s’entrouvre sur une minute puis, les vocales de Simone Pitot/Delorca se découvraient telles des chimères mythologiques. 

Le tout laissait sous-entendre une espèce de cartographie multisensorielle où la morphologie du corpus se construisait dans une harmonieuse discordance par le biais d’une installation électronique en direct. 

Loin d’être du domaine de l’approximatif, cette pièce était scrupuleusement codifiée. 

Manja Ristić (hr)

Programme: ghosts (2024) 20’

Manja Ristić était sur scène pour offrir une performance totalement incroyable! Un synthétiseur modulaire EMS Synthi 100, un violon, une roue de fauteuil roulant, deux vases à moitié remplis, des matériaux minéraux tels des pierres, une radio portative, un sifflet et des cachets effervescents: voilà le matériel sur scène. 

Chaque objet va être manipulé, enregistré pour que chaque sonorité puisse être transformée en un scénario d’ondulation, de fréquence et d’enveloppement de l’espace. 

À travers une extension quasi intemporelle, un comprimé est plongé dans un des vases muni d’un micro dans un processus de dégagement de gaz afin d’actionner la dissolution. Le bouillonnement, en toute quiétude, se mêle aux notes de synthé très douces qui ne cesseront presque jamais de tourner en écho.

Sur fond de vocalise d’oiseaux, des cailloux ou des galets peut-être, sont malaxés dans la main de l’artiste hongroise comme pour imager un souvenir lointain de son histoire…

L’antenne d’une petite radio passe et repasse sous le micro pour jouer avec les fréquences telles les antres d’un fantôme. Le travail sur scène était minutieux, lent, calculé. 

Au dernier tiers de la scène, des notes de piano aiguës et malaisantes ont fait leur entrée pour s’associer au bruit de l’archer déchirant les cordes d’un violon se confondant au son d’une porte en bois grinçant. 

Née à Belgrade en 1979, violoniste, artiste sonore, poète, commissaire d’exposition et chercheuse,  diplômée de l’Académie de musique de Belgrade (2001), du Royal College of Music de Londres, Manja se concentre sur les approches interdisciplinaires de l’enregistrement sonore et de terrain ainsi que sur les arts radiophoniques expérimentaux pour créer des oeuvres riches de sens. 

Ici, la portée historique se voulait la rémanence de souvenirs inhérents à la dévastation environnementale et à la guerre dans les régions de l’ex-rideau de fer, ainsi que des anciens camps de travail de Mauthausen-Gusen.

ghosts, sortir de l’enfer du passé pour le sublimer. Une œuvre thérapeutique. 

crédits photos: Caroline Campeau

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Akousma | Cime, rumeurs et ghosts à l’Usine C

par Salima Bouaraour

Cime dans la nature et l’extrasensoriel, rumeurs dans la douceur lancinante, ghosts dans la réminiscence thérapeutique. Trois types d’immersion étaient ainsi offerte à l’Usine C, en seconde partie de programme.

Florence-Delphine Roux (ca)

Programme: Cime (2024) 11’00

Gazouillements. Effluves de forêt. Fluidité d’un ruisseau. Ondes radiophoniques lointaines. Interférences. Fréquences oscillantes. Conversations fantomatiques. Nappes lointaines. Champs électromagnétiques. Ambient. 

Cime se révèle tout en douceur dans la lenteur de la nature. L’imperceptible de l’univers montagneux et mystérieux du Mont-Saint-Hilaire se laisse dévoiler ici dans cette œuvre de 11 minutes. 

Les sons enregistrés, en partie sur le terrain ou issus d’archives phonographiques, sont finement tapissés sur des ondes radiophoniques où l’invisible pour notre rétine devient audible pour nos oreilles. 

Florence-Delphine Roux, artiste numérique et sonore originaire de la ville de Québec et basée à Tiohtà:ke/Montréal, titulaire d’une maîtrise de l’École Nationale Supérieure des Beaux-Arts de Villa Arson à Nice, a capté le paysage sonore ambiophonique de la Réserve Naturelle Gault tout en insérant dans le médium une synthèse analogique et granulaire.

C’est ainsi que le réel, l’irréel, l’extrasensoriel et le paranormal prennent tout leur sens dans cette performance immersive texturée. 

Shane Turner (ca)

Programme: rumors, approximated (2024) 10’00

Les productions de Shane Turner, diplômée en électroacoustique à l’Université de Concordia, ont été diffusées par le netlabel Panospria (Notype), par la CEC et dans divers festivals, dont Mutek. 

Temps, hauteur, timbre et intensité ont été finement structurés pour modeler une architecture occupant ainsi l’espace horizontalement et verticalement. Les ondes sinusoïdales, défragmentées et alimentées par des phénomènes algorithmiques,  ont chevauché le travail texturé de l’enveloppe et du grain de voix angéliques. Les cordes vocales sont un instrument à part entière, le tout  premier des temps les plus anciens. La production musicale ne cesse d’évoluer avec les nouvelles technologies et la recherche scientifique. rumors, approximated avait pour finalité de créer un syncrétisme frontal, mais somme toute poétique, entre ces deux sources. 

La pièce était douce et lancinante avec une entrée au seuil d’une porte qui s’entrouvre sur une minute puis, les vocales de Simone Pitot/Delorca se découvraient telles des chimères mythologiques. 

Le tout laissait sous-entendre une espèce de cartographie multisensorielle où la morphologie du corpus se construisait dans une harmonieuse discordance par le biais d’une installation électronique en direct. 

Loin d’être du domaine de l’approximatif, cette pièce était scrupuleusement codifiée. 

Manja Ristić (hr)

Programme: ghosts (2024) 20’

Manja Ristić était sur scène pour offrir une performance totalement incroyable! Un synthétiseur modulaire EMS Synthi 100, un violon, une roue de fauteuil roulant, deux vases à moitié remplis, des matériaux minéraux tels des pierres, une radio portative, un sifflet et des cachets effervescents: voilà le matériel sur scène. 

Chaque objet va être manipulé, enregistré pour que chaque sonorité puisse être transformée en un scénario d’ondulation, de fréquence et d’enveloppement de l’espace. 

À travers une extension quasi intemporelle, un comprimé est plongé dans un des vases muni d’un micro dans un processus de dégagement de gaz afin d’actionner la dissolution. Le bouillonnement, en toute quiétude, se mêle aux notes de synthé très douces qui ne cesseront presque jamais de tourner en écho.

Sur fond de vocalise d’oiseaux, des cailloux ou des galets peut-être, sont malaxés dans la main de l’artiste hongroise comme pour imager un souvenir lointain de son histoire…

L’antenne d’une petite radio passe et repasse sous le micro pour jouer avec les fréquences telles les antres d’un fantôme. Le travail sur scène était minutieux, lent, calculé. 

Au dernier tiers de la scène, des notes de piano aiguës et malaisantes ont fait leur entrée pour s’associer au bruit de l’archer déchirant les cordes d’un violon se confondant au son d’une porte en bois grinçant. 

Née à Belgrade en 1979, violoniste, artiste sonore, poète, commissaire d’exposition et chercheuse,  diplômée de l’Académie de musique de Belgrade (2001), du Royal College of Music de Londres, Manja se concentre sur les approches interdisciplinaires de l’enregistrement sonore et de terrain ainsi que sur les arts radiophoniques expérimentaux pour créer des oeuvres riches de sens. 

Ici, la portée historique se voulait la rémanence de souvenirs inhérents à la dévastation environnementale et à la guerre dans les régions de l’ex-rideau de fer, ainsi que des anciens camps de travail de Mauthausen-Gusen.

ghosts, sortir de l’enfer du passé pour le sublimer. Une œuvre thérapeutique. 

crédits photos: Caroline Campeau

électroacoustique / électronique / expérimental / contemporain

Akousma | Oracle mystique, Tumultes magnétiques, Gymell granulaire

par Salima Bouaraour

Jeudi soir à l’Usine C, L’Oracle de Frédéric Janelle avait des allures mystiques dans sa spatialisation, pendant que Monique Jean rendait magnétiques toutes les phases de Tumultes, alors que l’art et la science se sont confondus avec Gymell, l’oeuvre du grand maître Horacion Vaggione.

Frédéric Janelle (ca)

Programme: L’Oracle (2024) 8’41”

Allongement de la note jusqu’à son évaporation. Silence. Son rauque et animal. Tournoiement indistinct. Éclair acoustique. Son calfeutré. À 2 minutes 20 secondes, une phase ambient s’insère en douceur entrelacée de bruits de caverne divine. 

Une longue minute de synthé portant sur un travail de l’enveloppe, VCA, VCF et probablement du LFO en retour infini. Tenue de la note. Séquence bruitiste. Répétition et longueur. Note tonique à  3 minutes 40 secondes. Perception plus aiguë. Séquence drone. Jeu sur les paramètres du son tout en douceur. 

Cette pièce d’une durée de 8 minutes 41 secondes était somme toute méditative, contemplative et sereine. Une entrée en la matière très intéressante pour démarrer la soirée pour un lancement en douceur et en finesse. 

Frédéric Janelle, diplômé en composition électroacoustique du Conservatoire de Musique de Montréal, nous a spatialisé L’Oracle d’une manière plus que mystique. 

Monique Jean (ca)

Programme: Tumultes 15’ (2024)

Sonorité lacérée. Magnétique. Vibration. Jeu sur la résonance, le filtre et l’attaque simultanément sur toute l’intro sur un fond de longues nappes. Insertion de boucles. À 3 minutes environ, des voix imperceptibles se fondent dans un grésillement indistinct puis disparition soudaine. 

Une scène bruitiste et drone s’installe. Une impression de son issu d’enregistrement sur le terrain tel celui d’un chemin de fer. Perception de sonorité métallique ou de machinerie en tout cas. On va plutôt dans une direction aiguë. La pièce se texture davantage et se complexifie. 

Des vocalises style diva s’entremêlent sur des notes en écho qui échappent à la matière avant de sombrer dans un pseudo silence de grésillement. Une longue ondulation texturée est mise en relief par un jeu de fréquence. 

Monique Jean s’intéresse effectivement aux tensions, cassures et paroxysmes des matières sonores. Ces derniers sont travaillés comme un organisme complexe. Son dispositif intégre l’analogique et le no-input comme source d’instabilité et d’imprévu pour produire ses œuvres.  

Tumultes 15’, réalisé avec le soutien du programme Recherche et exploration de PRIM et du CAC, fut le reflet net d’une métamorphose en continue du flux sonore. Une belle progression avant l’attaque fulgurante de Gymell. 

Horacio Vaggione (ar/fr)

Programme: Gymell I (2003) 9’20 suivi de Gymell III (2024) 16’00

Dans les antres du corpuscule, la matière sonore prend vie dans un flot d’étincelles durant de longues minutes avant d’être mise en lambeaux par des coups acérés de notes stridentes et métalliques. Des faisceaux de laser déchirent la matière en un pépiement irréel et animaliste. Un processus de liquéfaction a ensauvagé la pièce. Des effets de papier froissé au rouage d’une mécanique. 

Gymel, telle une bête féroce, clôt la soirée en deux phases: Gymel I et Gymel III. Plus de 25 minutes d’enchaînements de courts fragments de sons brodant des attaques de résonances et hyper colorés. Une œuvre cosmique où le travail de la densité des grains performe à lui seul. Ce fut si révélateur de percevoir les ondes synthétisées envahir l’acousmonium  comme pour illustrer la théorie astrophysique d’un univers en expansion continue qui pourrait se rétracter à n’importe quel moment. 

Hospitalisé, le compositeur suivant a été remplacé par un de ses plus grands fans pour la spatialisation de son oeuvre, soit Louis Dufort.  Horacio Vaggione, professeur émérite à l’université de Paris VIII – chercheur-compositeur (Études d’informatique musicale à l’Université de l’Illinois (1966), co-fondateur du Centre de Musique Expérimentale de l’Université de Cordoba (1965-68), membre du groupe de musique électronique ALEA de Madrid (1969-73), à l’IRCAM, à l’INA-GRM, au GMEB) – a échantillonné tout son savoir-faire en synthèse granulaire et en micro-montage pour nous prouver que la science est un art, en s’inspirant de la citation du grand scientifique Bachelard, en 1932: «Le corpuscule n’a plus de réalité que la composition qui le fait apparaître».

crédit photos: Caroline Campeau

classique occidental

Marathon Beethoven de l’OM, soir 2 : De la nature humaine

par Alexandre Villemaire

Deuxième étape vendredi le 18 octobre pour l’Orchestre Métropolitain sur le trajet de son marathon Beethoven à la Maison symphonique avec Yannick Nézet-Séguin.

Après une introduction héroïque la veille, le prochain kilomètre à franchir par l’orchestre de la métropole était dévolu aux symphonies no 6, dite « Pastorale » et no 7, précédé d’une création du jeune compositeur Francis Battah, jeune compositeur déjà auréolé de plusieurs distinctions en Europe et au Canada. Son Prélude aux paysages urbains qui a ouvert la soirée a été spécifiquement pensé pour précéder le premier mouvement de la Symphonie no 6. Dans cette courte pièce, Battah réutilise plusieurs matériaux thématiques de la « Pastorale », les déconstruit et les modifie par un langage et une écriture complexes. L’emploi de plusieurs modes de jeux (arco pour les cordes, flatterzunge pour les vents) confère à l’œuvre un caractère dynamique et une forte dimension timbrale. La pièce se termine par un glissando de cordes fantomatique avant d’enchainer directement avec le premier mouvement de la sixième symphonie. Le passage se fait de manière naturellement étonnante et fluide, tant les citations musicales, qu’on ne reconnaît pas forcément tout de suite, mais qu’on distingue par l’évocation du timbre, ont préparé nos oreilles à « l’Éveil d’impressions agréables en arrivant à la campagne ».

Pièce parmi les plus descriptives du catalogue symphonique de Beethoven, la Symphonie no 6 est aussi parmi les plus connues du compositeur, dans laquelle il peut être aisé de tomber dans l’écoute facile et le pilote automatique, tant ses thèmes sont connus et ont été joués et entendus. Yannick ne tombe pas dans la facilité. Dirigeant l’entièreté des symphonies par cœur, le chef sollicite chacun des musiciens de son orchestre pour sculpter des phrasés et des lignes signifiantes. Après l’énergie lumineuse du premier mouvement, le deuxième mouvement (« Scènes au bord du ruisseau ») a plongé l’auditoire dans un état apaisant et de repos avec des sonorités éthérées. Un véritable esprit de fête villageoise se dégage du troisième mouvement où les vents se démarquent dans l’ensemble, malgré quelques petites imprécisions de justesse. Après la fête, le tonnerre se fait entendre dans le quatrième mouvement, annonçant l’orage. Un orage que YNZ initie tout en douceur, comme dans le lointain, avant de le faire progresser en intensité jusqu’à l’éclatement. Par un contrôle de dynamique soigné, le chant pastoral qui suit a conclu la symphonie avec sérénité.

La deuxième partie du concert dédié à la septième symphonie a offert un contraste par son caractère éclatant, rythmé et plein de vitalité. Le premier mouvement possédait un caractère royal dans un tempo que Nézet-Séguin a déployé avec élégance. Magistrale a été la transition attacca avec le fameux deuxième mouvement, une marche funèbre dramatique, dans laquelle tout, des dynamiques aux nuances, était juste et balancé. L’exposition de l’architecture de mouvement a été finement construite par le chef, notamment par la mise en relief de l’interaction entre les lignes de violons et d’altos. Les troisièmes et quatrièmes mouvements, marquésPresto et Allegro con brio ont été une chevauchée fantastique et haletante où le cavalier Nézet-Séguin s’amusait ferme, dansant presque sur le podium, insufflant aux différentes sections de l’orchestre un élan vital festif et captivant. Cette interprétation fut le meilleur moment de la soirée. Arrivant à la fin de cette course, l’orchestre a reçu de longs applaudissements d’un public relativement nombreux en liesse.

S’adressant à la foule, Yannick Nézet-Séguin a lancé cette invitation au public : « Dimanche, 11h. Parlez-en à vos amis! » L’invitation est faite. Et nous y serons pour la suite de ce parcours.

Danny Brown à la SAT: le champ gauche est ravi

par Guillaume Laberge

Le jeudi 18 octobre, la Société des Arts Technologiques (SAT) accueillait l’une des figures emblématiques du hip-hop underground des années 2010, Danny Brown. Les super fans de hip-hop expérimental se sont ainsi réunis pour assister au passage du natif de Détroit lors d’une courte tournée à travers le Canada.
Avant l’arrivée de l’attraction principale, le DJ Charles Cozy a mixé principalement des chansons de rap, ce qui réchauffa la foule et lui donna un aperçu de ce qui allait s’ensuivre.
Danny Brown foula la scène un peu après 20h, faisant une entrée plus que remarquée, vêtu d’un accoutrement tout droit sorti du futur. Il entama son set avec quelques chansons de son dernier album, Quaranta, paru en novembre 2023.
Du début à la fin, Danny était incisif. Aucune backtrack à l’appui, seulement la trame instrumentale. L’Afro-Américain rappait chaque mot avec précision et d’un débit clair, malgré cette voix singulière qui pourrait modifier la perception de clarté.
Bien que certaines chansons plus expérimentales du rappeur soient moins accessibles à l’oreille de l’auditeur moyen, la qualité acoustique de la salle permettait de saisir le tout. Même les titres les plus déconcertants devenaient plutôt accrocheurs à nos oreilles !
Danny Brown poursuivit avec plusieurs morceaux cultes de son catalogue, tels que “Monopoly”, “Dip”, et “Smokin & Drinkin”. Balancées à la manière d’hymnes festifs, ces trois chansons ont aidé à hausser l’énergie d’un cran. Il interpréta également quelques titres de son album collaboratif SCARING THE HOES avec JPEGMAFIA, ce qui contribua à faire embarquer la foule dans son univers particulier.
Les fans connaissaient très bien les différents sons que le rappeur proposait et appréciaient grandement sa performance. La majorité chantait les chansons avec lui, ce qui rehaussait l’énergie générale de la salle et accrochait au passage ceux qui ne connaissaient pas les paroles. Quelques mosh pits se formèrent également devant le rappeur, un événement plutôt rare à la SAT.
Brown conclut avec ses titres les plus populaires, comme Really Doe, Ain’t it Funny,et Grown Up, tous générant de fortes réactions de la foule. Celle-ci scandait fortement un rappel pendant plusieurs minutes, alors qu’il n’avait joué que pendant une heure et dix minutes, mais sans succès, malheureusement.
Malgré un set plutôt court et un rappel qui aurait été plus que souhaité, Danny Brown aura offert une solide prestation, très concise, satisfaisant ainsi le public présent à la SAT.

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