chanson française / disco punk

Taverne Tour | L’homme et la bête: Bernardino Femminieli

par Loic Minty

photo de couverture: Bernardino Femminieli, le « break dealer »

Lunettes fumées, regard pointé au fond de la pièce. “Celle là est à propos de mon avocat et de ma femme”. Micro collé au long poils de sa moustache, il commence à marmoner comme Gainsbourg après quelques vermouths. 

Peut-être que je suis sourd après avoir fait tout le Taverne Tour sans bouchons à oreilles, mais j’entends rien de ce qu’il dit sauf quelques passages à propos du sexe anal et du facisme. Le lien entre les deux reste un mystère. Nul besoin de comprendre les paroles en entier, son côté plus italien- animé et corporel- raconte l’histoire à leur place.

Il se rapproche de nous, enlève ses lunettes fumées et déboutonne sa blouse faisant paraître un joli tableau de chaines en or et de pelage bouclé. D’un moment, il dance subtilement d’un élan sensuel, de l’autre, il arrache son coeur de sa poitrine. Il semble complexé par la conscience de ses pechés, mais retourne toujours à ce petit sourire malicieux, fier de nous dire qu’au final, il s’en est sorti vainceur. La performance fait garder un sourire permanent, mais c’est vraiment lorsque la musique arrête que ce sourire explose en rires.

Comme un mononcle saoul, Bernardino se confèsse à nous.

“La scène c’est une thérapie, et vous êtes tout aussi malade que moi en étant ici”

À chaque chanson est une dédicace, fruit d’une histoire mal virée; une date pleine de remords avec Gigi, un stand de micro lancé dans la foule sous un nuage de colère” Bernardino Femminieli est un homme brisé, mais honnête du moins.

“Je pourrais devenir violent ce soir”, il dit, en expliquant comment les larsens du micro mal ajusté mélangé avec l’alcool ont déjà poussé les limites de son état mental déjà assez fragile à la violence. “C’était un ami mais tsé, je pense que y’a des séquels” Avec un regard morose il retourne vers sa console pour partir un rythme kitsch et heureux typique des années 80. Le contraste ridicule fait éclater la salle de rire. Cette fois il souffle des grongments graves en italien: “Te quiero”. À force d’alterner musique et stand-up, Bernardino Femminieli a vu son personnage dépasser la performance pour devenir, sous nos yeux, une véritable figure culte.

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Derrière cette façade d’humour noir, il y a quelque chose de profond dans le personnage de Bernardino Femminieli. À travers ses propos provocateurs se faufile une critique absurde des choses, un peu à la dada.

Ses poèmes prennent la forme d’histoires détaillées qui mettent en lumière les conflits d’intérêts du pouvoir, la corruption policière et les paradoxes de l’amour monogame. Il ne prêche jamais frontalement. Il préfère l’aveu bancal, la phrase trop grande, l’image déplacée. Ce sont ces excès qui dévoilent l’hypocrisie des structures qu’il évoque.

On rit de lui, mais on rit aussi de ce qu’il expose en nous.

Alt-punk / no-wave

Taverne Tour | Riffs tranchants, rythmes cycliques

par Antoine Morin

image de couverture: That Static

Troisième soir du festival Taverne Tour. Rien de mieux pour conclure que de la musique qui décape les tympans. Une soirée que j’attendais avec impatience : le Quai des Brumes rempli à pleine capacité, plusieurs spectateurs avec des bouchons d’oreilles (fortement recommandés pour ce genre de programme). L’anticipation était palpable.

That Static
Le premier groupe embarque sur scène. Je les avais déjà vus, mais c’était la première fois en quatuor plutôt qu’en trio. Dès 20 h, une Jazzmaster stridente et perçante déchire la salle, venant du chanteur principal. Un son si particulier qu’on se demande si ce sera vraiment celui qu’il gardera toute la soirée. Rapidement, l’arrivée du reste du groupe confirme : malgré le chaos apparent, chaque élément est réfléchi et distinctement audible.

Le second guitariste occupe le registre médium, tandis que la bassiste joue une Jaguar montée avec des flatwounds, faisant ressortir puissamment les basses fréquences. L’ensemble fonctionne comme un bloc cohérent. Tous les deux morceaux, les guitaristes changent de guitare pour explorer différents accordages, souvent plus graves ou volontairement dissonants. Ces choix rappellent immédiatement Sonic Youth.

Le groupe ne joue pas avec les dynamiques, mais plutôt avec les rythmes, la cyclicité et l’agressivité : chaque motif répétitif, chaque micro-variation captive et crée un groove hypnotique. L’intensité du jeu est telle qu’à la fin du set, la guitare du guitariste est littéralement couverte de sang. Le chant, très crié et émotionnel, contraste avec la voix douce de la bassiste, ajoutant une tension qui m’a rappelé Everything and Nothing de Soft Play

Aucun matériel officiel n’est encore sorti, mais le groupe a récemment enregistré au Holy Mountain Studio à Montréal. Sur scène, leur son se situe entre Unwound, Television et Sonic Youth, mais poussé vers quelque chose de plus tendu et tranchant, porté par une urgence constante. 

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Penny & The Pits
C’était le seul nom que je ne reconnaissais pas sur l’affiche. Rapidement, j’ai compris que la chanteuse principale joue également dans MotherhoodLe groupe vient des Maritimes, et il s’agissait de leurs premières dates montréalaises sous ce projet. Quelle meilleure soirée pour un premier spectacle en ville ?

J’ai été frappé par la diversité de leur approche musicale : parfois deux guitares, parfois une seule accompagnée d’un synthétiseur. Le groupe alterne des morceaux nerveux post-punk ou garage punk et des pièces plus longues basées sur des notes pédales, évoquant Slint. Les paroles ne sont habituellement pas mon point d’ancrage, mais ce soir-là, elles faisaient clairement référence aux injustices sociales et aux réalités vécues par les femmes, la chanteuse donnant aussi du contexte entre les morceaux.

Musicalement, j’entendais des échos de Deerhoof, Amyl and the Sniffers (qui ont d’ailleurs repris une de leurs pièces en cover), et Thee Oh Sees dans les moments les plus chaotiques. Un groupe rafraîchissant, avec lequel la salle semblait entièrement connectée.

Last Waltzon
En tête d’affiche, Last Waltzon débarque sur scène avec chaos et assurance, clairement pas leur premier rodéo. Chaque morceau donne l’impression qu’il faut l’attraper au vol : aucun temps mort, on enchaîne sans détour. Les deux guitaristes se partagent les voix, accentuant le caractère brut et viscéral de la performance.

Une urgence palpable, presque fébrile, traverse l’ensemble du set. Pourtant, à travers le déluge sonore, des lignes mélodiques et des rythmes cycliques ramènent constamment l’auditeur vers quelque chose de familier. Cette tension m’a rappelé le deuxième album plus punk de Brian Eno, Taking Tiger Mountain (By Strategy), où la répétition et l’expérimentation servent autant l’énergie que la structure. Le chaos est maîtrisé, tendu, redoutablement efficace. Dans la salle, chaque note résonne jusque dans les chairs : on est happé, secoué, entièrement captivé. Last Waltzon impose une énergie furieuse mais concentrée, poussée jusqu’au point de rupture sans jamais perdre le contrôle.

Cette soirée m’a ramené aux premières éditions du festival. Une salle entièrement captive, happée par le noise rock et le post-punk livré sans compromis par chaque groupe. J’ai quitté la salle avec les tympans bourdonnants, le corps encore secoué par l’énergie brute des groupes, et l’impression que chaque riff et chaque rythme répétitif allait me hanter longtemps, avec l’envie irrépressible de réécouter ces morceaux dès que possible.

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new wave / no-wave / rock industriel

Taverne Tour | Entre hommage et réinvention 

par Laurent Pellerin

Mes attentes pour ce spectacle étaient fondées sur ce que je pouvais lire sur la page web du Taverne Tour: un hommage à Alan Vega et Suicide, un groupe dans lequel je me suis plongé avec plus de sérieux dans les derniers mois. Je m’étais toutefois volontairement abstenu d’aller me renseigner sur le sujet des deux artistes, Lydia Lunch et Marc Hurtado, dans le but de me réserver une surprise, et sur ce dernier point, je fus loin d’être déçu.

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J’entre en salle en vivant immédiatement un choc, c’était comme se faire couper le souffle en s’immergeant dans l’eau froide. Pour décrire ma perception initiale de la musique jouée, parler d’abrasif serait m’exprimer en euphémisme. Disons que les premiers sons m’ayant percé les tympans étaient antipodes de la douceur, de la tendresse, de la chaleur et du réconfort. C’était à ce point dissonant avec mon idée préconçue que je me suis momentanément demandé si je me retrouvais bien dans la bonne salle. J’ai ensuite aperçu Lydia Lunch devant ses microphones, sans toutefois rien entendre de sa voix. J’étais plutôt frappé par ces nappes sonores tonitruantes, qui en bien peu de temps ont javellisé mes oreilles et mes attentes. Sans perdre un moment, je me dirige vers l’avant-scène, contournant des dizaines de visages ravis d’être là.

À partir de mon nouveau point d’observation, je parviens à distinguer les sources sonores responsables de ce splendide fracas. Marc Hurtado est placé derrière une table où il déclenche des séquences rythmiques et les annihile aussitôt par une multitude d’effets de désintégration de signal. Il est muni d’un micro dans lequel il lâche des cris sporadiques qui se combinent à merveille avec la décapante trame musicale. Ses cris sont envoyés à travers une chaîne de lents délais qui leur accorde une certaine valeur de claustration, comme si le signal ajouté en temps réel ne pouvait lui-même s’échapper de cette musique de tonnerre. Marc Hurtado est solidement planté, sa veste en cuir et ses verres fumés contribuant à la prestance dans son rôle de DJ industriel.

Devant lui, Lydia Lunch, appuyée sur ses deux microphones. Je constate que l’un d’entre-eux envoie un signal dry, sans effet notable, tandis que l’autre envoie un signal radicalement opposé, une sorte de piscine de réverbération et de modulation, me rappelant le genre d’effets utilisés sur la voix d’Alan Vega avec Suicide. Dans mon imagination, ils furent baptisés microphone narratif (sans effets) et microphone prophétique (avec effets). Le microphone narratif semble être celui qui accueille le plus de mots, une prose plus constante, alors que le microphone prophétique est utilisé pour des effets d’insistance, de répétition ; les effets appliqués à ce dernier parviennent à extirper le signal vocal de la masse sonore opaque, certains mots sont ainsi plus facilement décelables. Quand elle n’est pas aux microphones, Lydia Lunch s’assoit à une table ronde, en bordure de scène, sur laquelle on retrouve une bouteille de Hennesy (qui était consommée au trois-quarts avant même que débute le spectacle), son verre jamais tout à fait vide, des feuilles vierges pêle-mêle qu’elle feuillette frénétiquement, une sacoche ainsi qu’un vaillant éventail qu’elle utilise fréquemment, au grand bonheur de certain/es spectateurs/trices.

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Chaque pièce suit une formule similaire: Hurtado débute en déclenchant un capharnaüm industriel pour battre la mesure, Lydia Lunch se lève de table et se dirige vers les microphones pour nous lancer gestes et paroles prophétiques, poésies improvisées et commentaires socio-politiques. Son compagnon ponctue ce narratif de hurlements qui épaississent une trame sonore déjà saturée, jusqu’à ce que Lunch retourne s’asseoir à table et que l’on soit laissé avec le retentissant DJ pour ses derniers élans de violence musicale. 

Somme toute, j’ai été charmé par ces propositions musicales et conceptuelles. Les deux artistes, qui sans aucun doute éprouvent un profond respect pour la carrière musicale d’Alan Vega (et de Martin Rev, second génie créatif de Suicide), choisissent d’utiliser la plateforme de « l’hommage » comme tremplin, afin de véhiculer de nouveaux messages, de réactualiser l’art dans un esprit foncièrement punk. En d’autres termes, je comprends qu’en faisant revivre un groupe et sa musique, il faut parfois l’adapter pour éviter une accumulation de poussière et de moisissure, la remanier pour garder la proposition fraîche, exaltante, même près de cinquante ans plus tard.

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hardcore / pop / punk hardcore

Taverne Tour | Vagabonder entre pop et hardcore

par Laurent Pellerin

image de couverture: Faze

Jane Inc.

Le O Patro Vys est une salle intime et décontractée que j’avais auparavant visitée pour assister à un jam de hip-hop/jazz. Ce vendredi de Taverne Tour, à mon arrivée, j’aurais pu m’imaginer entrer dans un night club. Les rythmes de facture électronique qui font vibrer les murs appuient les lignes vocales de Carolyn Bezic, leader du groupe Jane Inc.

Aux premiers abords, je remarque l’effectif sur scène: deux choristes à droite de la chanteuse et un claviériste à sa gauche. Le groupe occupe la scène sur sa largeur, mais je ressens une impression de vide. Il ne m’en faut peu pour réaliser que la bonne partie de la musique que nous percevons est issue d’une bande autonome, qui me semble être déclenchée par le claviériste au début de chaque morceau. 

Bien que l’on voit ce dernier jouer et Carolyn chanter, que parfois même elle agrémente certains morceaux de guitare électrique, la constatation que la moitié des personnes sur scène ne sont impliquées que de façon intermittente m’empêche d’être complètement engagé avec la performance. À cet égard, la foule bruyante qui m’entoure n’aide pas à la cause, surtout dans les pièces aux nuances plus douces. 

Néanmoins, j’apprécie la prestance de cette chanteuse qui semble ne reculer devant rien pour livrer un bon spectacle. Le groupe revient d’ailleurs à un répertoire énergique pour les dernières pièces, où l’on retrouve alors un public plus engagé. La chanteuse termine son set en descendant dans la foule, provoquant des duels de danse momentanés avec les plus enthousiastes des premières rangées.

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CEASE

La salle de la Toscadura est plus profonde et plus large que la précédente. La vastitude de l’espace est toutefois comblée de camarades me rappelant des spectacles enivrants de mes années d’adolescence. La communauté punk et métal a pour moi ce don d’accorder un sentiment de sécurité familière à n’importe quel lieu de spectacle. 

J’entre au tout début du set. Si les silences entre les pièces de Jane Inc. étaient couverts par la foule du O Patro Vys, ils le sont ici par les feedbacks criards de la guitare et de la basse. Quatre musiciens, des monolithes d’amplis au fond de la scène ; je suis prêt à recevoir ce que CEASE a à m’offrir. Sans perdre de temps, le guitariste décroche un riff rapide avant que l’on se fasse percuter par un violent mur de son. Les musiciens sont affairés à leur instrument alors que la chanteuse oscille entre des manifestations d’intense agressivité et d’épuisement. Ainsi vont les vingt prochaines minutes: le groupe marie blastbeats et riffs pesants, le jeu d’effets de tension et de détente s’effectue par des fréquents breaks de quelques secondes où l’on est privé de tempo, on est tirés entre ces instants d’apesanteur et les rechutes dans le grand vacarme.

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Faze

Les musiciens n’ont pas besoin de jouer pour que je pressente leur assurance. Je les observe installer leur équipement tranquillement, le batteur procède à de nombreux micro-ajustements de sa caisse claire et de ses toms. Au début, je distingue mal qui prendra le micro, pour moi un excellent signe dans ce genre de contexte musical.

Au bout de quelques minutes, le chanteur s’avance et demande à ce que le technicien diminue l’intensité des lumières de scène. Il ouvre grand les yeux, sourit, envoie un pouce en l’air.

Le batteur débute un ostinato de toms alors que gémissent les guitares en feedback, introduction typiquement hardcore qui mène irréductiblement à une hausse de la fréquence cardiaque des spectateurs. L’excitation est à son comble quand le chanteur laisse échapper un cri et la musique envahit la pièce comme une détonation d’explosifs. L’aspect « béton » de Faze est immédiatement dévoilé. Le chanteur se tortille en folle jubilation, comme une sangsue sur laquelle on aurait versé du sel, rattrapant le micro de justesse pour déclencher une cascade d’échos par ses hurlements rythmiques. Du naturel de ce chahut transparaît l’’expérience de scène du groupe: la proprioception des musiciens est impressionnante, chacun d’entre eux se balançant constamment sans jamais se heurter les uns contre les autres.

Le fameux trombone est vite dévoilé, pour être joué trente secondes avant d’être abandonné à la multitude. Par moments, on le revoit refaire surface, porté par un corps qui s’élève au-dessus des bras de la foule.

Leur set est généreux en intensité, nous invitant corps et âme à joindre l’heureux tintamarre de cette deuxième soirée du Taverne Tour.

Je ressors de la Toscadura repus, comme purifié. J’ai un sourire d’accroché aux lèvres et les oreilles qui silent.

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minimaliste

Attention : Glass fragile

par Frédéric Cardin

Dans une salle du Conservatoire passablement pleine, l’aura de Philip Glass imprégnait le public présent. On avait hâte d’y être pour entendre les quatre derniers quatuors du célèbre compositeur. D’autant plus célèbre qu’il a récemment fait un pied de nez à Donald Trump en annulant la création de sa quinzième symphonie au Kennedy Center à Washington. En réaction à l’ajout du nom Trump devant celui de l’ancien président démocrate. Bravo. Rien à dire de plus là-dessus. 

Glass nouveau

Les derniers quatuors de Glass sont encore assez récents pour n’avoir rarement été joués à date, du moins ici. Le Quatuor Molinari les préparent en vue de leur enregistrement en août prochain. Ils s’ajouteront aux autres, déjà gravés numériquement, et formeront une intégrale qu’on a hâte de goûter. 

Ces derniers quatuors, dans la perspective chambriste de Glass, sont innovateurs, voire, souvent, étonnants. On y entend des harmonies jamais vraiment exploitées dans les cinq premiers, mieux connus. Des mélodies parfois éloignées de la plénitude somptueuse du style Glass habituel, et des supports architecturaux différents du motivisme répétitif cellulaire auquel l’Étatsunien nous a habitué (par exemple dans le Quatuor 9, King Lear). 

Ils sont, du coup, dangereux pour les interprètes, car ils ne sont pas ‘’intuitifs’’. Des pièges y sont tendus un peu partout, et il est facile de briser leur solidité narrative et discursive. Celle-ci tient d’ailleurs souvent à peu de choses, à des détails infimes qui se doivent d’être parfaitement rendus, au risque de voir tout l’édifice se fissurer. 

L’effet Beethoven

J’ose comparer ces quatuors aux derniers de Beethoven. Pour Philip Glass, ils ont peut-être cette signification. Bien entendu pas en ce qui concerne le style et les velléités philosophiques et spirituelles, mais assurément pour la place qu’ils semblent donner au renouvellement du langage technique du maître. Aux graines plantées aussi pour une prochaine génération de Minimalistes qui se revendiqueront de son école de pensée. 

La Suite Bent, extraite d’une musique de film, dessine des paysages sobres, qui accompagnent l’histoire de la persécutions des personnes homosexuelles sous le régime Nazi. La partition offre plusieurs passages en solo, en duo et en trio. Une sorte d’intimité des sonorités, donc. Un côté épuré dont il faut maîtriser la projection sonore avec soin, au risque de sonner aigre. C’est un peu arrivé hier, dans le quatrième mouvement, par exemple. 

Quartet Satz (Mouvement en allemand) a été écrit pour le projet Fifty for the Future du quatuor Kronos (et pour lequel la Montréalais Nicole Lizée avait également été mise à contribution). C’est une pièce d’à peine 8 minutes, en forme d’arche qui démarre dans le calme, se gonfle d’intensité sonore avant de repartir dans l’apaisement. Beau, efficace, parfaitement rendu par les Molinari.

Classicisme renouvelé

Le Quatuor no. 8 est, dit-on, un ‘’retour au classicisme glassien’’. Mes oreilles me disent quand même qu’il ose des détours mélodiques très inusités pour le compositeur. Ce quatuor est un champ de mines qui teste constamment la justesse d’ensemble et la cohésion rythmique d’un groupe. Sur des arpèges aux lignes plus effilées, aux écarts de notes amincis, se superposent des mélodies ou un contrepoint dangereusement chromatique. Le dernier mouvement impose des échanges de montées et de descentes arpégées très difficiles à coordonner entre les instruments, du moins pour en assurer la fluidité idéale. Le Molinari en est ressorti avec quelques écorchures, sans perdre de sa vitalité cela dit.

Un chef-d’oeuvre et un testament nommé Lear

Le programme s’est terminé avec le magistral Quatuor no 9 King Lear. Il a été commandé à Glass en 2022 pour accompagner une production de King Lear de Shakespeare à New York. Le compositeur s’est amplement plongé dans l’histoire de ce roi fou, mort dans une tempête avec ses filles, pour écrire une partition qui se divise en morceaux substantiels qui reviennent et se métamorphosent au fil du parcours. Différente de la méthode habituelle, donc. En général, Glass réutilisent des motifs répétés, courts et presque atomiques dans leur simplicité individuelle. Ici, les arpèges sont certes présents, mais incrustés dans des morceaux musicaux plus vastes, chacun portant sa personnalité, son atmosphère, son caractère. Ces mouvements sont réutilisés en alternance avec d’autres, puis transformés. Comme si l’architecture glassienne était ici formée non pas de briques unique, mais de blocs préfabriqués. 

Surtout, ce quatuor présente des idées marquantes, comme ce violoncelle grondant, qui semble préparer la tempête finale, ou ces frappes avec la pointe de l’archet créant un effet frogorifique, comme de la glace qui craque. Le Quatuor King Lear est un chef-d’œuvre. Si cela devait s’avérer le testament musical de Philip Glass pour le quatuor, c’en serait un mémorable qu’on rejouera encore souvent et longtemps. 

Le Molinari a ici excellé et maîtrisé le déploiement de cette construction riche et très touchante. 

Prochains rendez-vous

Il reste encore plusieurs mois avant l’enregistrement, ce qui laisse assez de temps pour faire quelques ajustements et fignoler tout l’ensemble. Ce qu’il y a de certain, c’est que l’implication émotionnelle est au rendez-vous, et la conviction aussi.

Notons que l’altiste habituelle, Cynthia Blanchon, qui vient de donner naissance (bravo!!), était remplacée à pied levé et de superbe façon par Sebastian Gonzalez Mora, musicien à l’OSM. 

Prochains concerts du Quatuor Molinari

29 mars 2026 (Glass et autres) – Fondation Molinari

28,29,30 mai 2026 (Chostakovitch) – Salle du Conservatoire

post-punk

Taverne Tour 2026 | Voyage dans les profondeurs de La Sotterenea 

par Simon Gervais

Le 13 février, mon Taverne Tour se poursuit toujours sous le signe du post-punk à La Sotterenea, salle souterraine par excellence. L’endroit se prête bien à une musique qui travaille les tensions, les répétitions et les zones d’ombre. J’atteins cet environnement troglodyte alors que résonne les basses fréquences ténébreuses de Bonnie Trash.  

Formé en 2013 par les sœurs jumelles Emmalia et Sarafina Bortolon-Vettor, le quatuor féminin présente des riffs lourds mêlant post-punk, goth rock et doom. La chanteuse déclame des textes d’une voix grave qui glace les os. Elle a une apparence saisissante ; crâne rasé, habits de cuir et tatouages. Le menton levé, elle maintient un regard défiant. Leurs chansons horrorgaze fouillent l’horreur tapie dans le quotidien, les violences diffuses et la mortalité ordinaire. Une noirceur lucide et une lourdeur unique, qui donne au spectacle une force d’attraction irrésistible.

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On sort prendre l’air un instant, puis retour dans la salle sous-terraine pour Jessica93. Après un sound check légèrement laborieux, Geoffroy Laporte lance « On est des bras cassés, ça prend un peu plus de temps.» 

Seul sur scène, l’artiste français part une piste qui ressemble à un drum machine version rock. Grâce à une pédale de loop, il ajoute une couche de basse lourde qui vient appuyer les martèlement intoxiquants des tambours enregistrés, puis s’élance sur une guitare déchirante pour des solos endiablés. Les cheveux longs dans le visage, des baskets Nike et des track pants Adidas, cela n’enlève rien à la profondeur de la posture résolument hard de Jessica93. On sent des influences shoegaze, grunge avec quelques touches de desert punk. 

Les textes, quant à eux, sont marmonnés dans un français parfois timide, parfois saisissant d’intentionnalité. « C’est une chanson d’amour ça s’appelle La colline du crack » lance-t-il à un certain moment. Les loops, la distorsion, le martèlement le tout fonctionne dans un résultat DIY et bruitiste presque post-apocalyptique. C’est impressionnant de voir un seul homme porter le poids d’un tel projet expérimental!

Cette deuxième soirée du Taverne Tour à La Sotterenea fut une soirée de découvertes saisissantes dans l’infinité des sous-terrains de nos âmes.

Alt-punk / garage punk / grind-punk

Taverne Tour | Les punks prennent d’assaut

par Loic Minty

CEASE: Une violence nécessaire

Le groupe powerviolence CEASE, originaire de Hamilton, en Ontario, est l’un des petits trésors de la programmatrice Rose Cormier. CEASE a toutes les cartes en main. La chanteuse monte sur scène déjà furieuse, une émotion qui ne fait que s’intensifier. Un larsen assourdissant déchire la salle avant que le batteur et le bassiste ne sombrent dans une convulsion violente. Surcharge sensorielle immédiate. La chanteuse, bouillonnante de l’intérieur, laisse échapper la vapeur. Le visage rouge écarlate, les yeux au bord de la rupture, les muscles tendus jusqu’au cou. Des cris que l’on sent dans les os.

Bien que les paroles soient à peine audibles, les breakdowns portent une forme de mantra : « I can’t afford it. »

Rappel qu’un deux-pièces coûte 2 148 $ et un studio 1 809 $, selon l’édition du jour du Hamilton Spectator.

À Hamilton, et au Canada plus largement, l’inaccessibilité des besoins de base devient une forme de traumatisme complexe, dont la gravité semble encore dramatiquement sous-estimée. CEASE nous apprend à dire non quand ça fait mal. Ils nous rappellent que personne n’a jamais obtenu ses droits en les demandant poliment. La tension se délite en exaspération. La violence éclate comme du pus d’une vieille blessure.

« On apprécierait vraiment que vous marchiez d’un côté à l’autre comme un homme des cavernes. »

Parmi les coupables : un gars filiforme qui sprinte d’un bout à l’autre, manquant de percer un trou dans le mur. La fille de 4 pieds 11 devant moi est la seule barrière entre eux et la caméra que j’ai empruntée. Elle a un immense sourire aux lèvres.

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La Sottarenea: L’acte terrorisant de Mickey Dagger

Mickey Dagger est un véritable cas. Même parmi les personnalités de scène les plus rugueuses et intimidantes vues jusqu’ici, il y a généralement une distance, une conscience de soi qui leur permet de rester sains d’esprit une fois rentrés chez eux. Avec Mickey Dagger, difficile de dire s’il s’agit d’un numéro ou s’il agit par pure nécessité, pour soulager une âme tourmentée.

Il chante sur une boîte à rythmes inspirée de Martin Rev, tandis que deux guitaristes et deux saxophonistes bourdonnent à des vitesses psychédéliques. Avec un long slapback delay sur la voix, il glisse dans un flot narratif, mimant une scène violente de trahison avant de s’écraser au sol dans un cri interminable, sans jamais perdre le regard.

Le mélodrame frôle le comique, rendu encore plus drôle par son engagement total. Plus ça dure, plus je me surprends à sourire devant le théâtre de Mickey Dagger. Cela aurait pu sembler excessif, mais la musique — tout simplement incroyable — maintient l’ensemble. Le groupe exécute à la perfection cette atmosphère tordue de punk industriel expérimental, tout en gardant une forme d’accessibilité. Les morceaux évoluent de manière chaotique, mais reviennent à des motifs forts, la large tessiture vocale de Mickey traversant nettement le vacarme. Ça se termine avec Mickey Dagger à genoux, dos à la foule, comme s’il se faisait arrêter, avant de mimer se tirer une balle dans la tête. « Vous m’aurez jamais. »

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Sala Rosa: Les Enfants Sauvages

Impossible de parler d’hier soir sans mentionner le concert inoubliable — peut-être historique — d’Enfant Sauvage à la Sala Rosa. À un moment et dans un lieu où l’identité québécoise est scrutée de près, Enfants Sauvages sont, comme leur nom l’indique, indompté·es. Avec Enfants Sauvages, aucune honte à être fier·e de ses origines. « On vient de Saint-Roch tabarnak ! » Vêtue d’une salopette en denim d’une seule pièce avec une fleur-de-lys scintillante au dos, la chanteuse nous a montré exactement où mettre cette inhibition.

Avec des vétérans de la scène sur scène, la musique plonge et remonte à travers des breakdowns et des tempos fulgurants qui dépassent leurs propres limites, jusqu’à ce que la main d’un guitariste commence à saigner. « Pas besoin de guénilles esti, quelqu’un pitchez-nous votre chandail ! » En un instant, cinq chandails sont lancés sur scène pour servir de bandages improvisés. Leurs riffs semblent redevables au mouvement riot grrrl, mais avec quelque chose de plus lourd issu du hardcore, une sorte de grunge sauvage et animal.

Mais le groupe punk-garage-hardcore est plus que de la musique. Une véritable pièce théâtrale se déploie parallèlement aux paroles. Deux jumelles aux perruques carrées se déshabillent à chaque extrémité de la scène, éclairées par des lampes de poche tenues par des silhouettes encapuchonnées. L’ensemble évoque un flash mob de Pussy Riot.

Elles croquent des pommes et les recrachent dans la foule, lancent des avions en papier vers le bar et font semblant d’appeler Dieu sur un téléphone fixe. Entre le spectacle incessant, le guitariste ensanglanté qui shred sans relâche et la chanteuse qui frôle la nudité totale en déboutonnant sa combinaison, la Sala Rosa se transforme en asile de chaos poétique. Partir donne l’impression de tomber d’un nuage.

Quoi qu’il arrive demain, la nuit dernière à la Taverne Tour continue de vibrer dans aujourd’hui. Le festival semble plus grand cette année, presque chaque salle déborde, et la musique traverse la ville comme un courant à ciel ouvert, chaque pièce vibrant d’urgence, de sueur et du frisson de quelque chose qui refuse d’être contenu. Nommons-le punk.

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pop

Taverne Tour | Sean Nicholas Savage envoûte la Sala Rossa

par Laurent Pellerin

J’entre en salle durant l’avant-dernière pièce du groupe de première partie, Fine Food Market. On capte rapidement le niveau musical de certains musiciens, particulièrement celui des joueurs de saxophone et de pedal steel. Bien que cette aisance prédomine sur la cohésion générale du groupe, un impressionnant solo de pedal steel dans la toute dernière pièce nous donne cette soif de stimulation musicale qui débute bien une soirée. 

Une vingtaine de minutes s’écoulent avant l’arrivée de Sean Nicholas Savage, l’artiste que je tenais à voir. Je l’aperçois quelques minutes avant le début, s’entretenant avec le saxophoniste de Fine Food Market, et ne comprenant que par après que Savage devait être en train de lui proposer de les joindre plus tard sur scène, question de jammer quelques notes avec eux. 

Des expériences qui m’ont été partagées sur les performances de cet artiste mythique, je retenais une désinvolture et une liberté totale dans l’exécution des pièces, comme dans une tentative de les réinventer chaque soir. On m’avait aussi averti de son expressivité artistique hors-pair, deux points sur lesquels je ne fus pas déçu. Le groupe se place sur scène. Deux claviéristes, ainsi qu’un batteur électronique, utilisant ce qui semble être un Roland SPD. Le chanteur s’avance, portant un veston ocre sur un tricot rouge, et sans attendre, nous dévoile l’entièreté de son caractère dès les premières notes. 

Sa flamboyance est magnétique. Très expressif avec son corps, sa physionomie et ses gestes, on est immédiatement happés dans un monde à part. La musique du groupe exhale une forte nostalgie pop des années 1980, mais d’une manière si foncièrement assumée qu’elle semble transcender les stéréotypes associés avec l’époque. Les claviers s’entremêlent dans des timbres rappelant les émulations du synthétiseur FM Yamaha DX7 ; chaque coup de caisse claire du batteur nous ramène à un timbre entendu chez Prince ou Phil Collins… on se laisse transporter par ce navire de l’esthétique kitsch remise à neuf.

Bien que la prose de Sean Nicholas Savage n’a pas le mérite d’atteindre la profondeur de celle d’un Leonard Cohen ou d’un David Berman, elle nous touche et elle est authentique. Elle permet de tendre le pont entre le monde personnel de l’artiste et le public, entre ses idéations et notre perception.

Au cours du spectacle d’à peine une heure, les courtes pièces excédent rarement quatre minutes. La parcimonie d’interventions verbales entre les pièces (sauf pour présenter chaleureusement ses musiciens accompagnateurs) nous garde immergés dans l’atmosphère amenée par l’artiste. On ne peut que sourire avec lui en le voyant changer d’accoutrement pratiquement à chaque pièce: retirer le veston, puis le tricot, garder la chemise telle quelle, puis la rentrer dans ses pantalons, puis enfiler le veston à nouveau, le retirer, etc. Aucune combinaison de vêtement n’a échappé au chanteur frénétique qui semble toujours vouloir s’émanciper de ses dernières cinq minutes d’existence sur scène.

Sa maîtrise vocale est agrémentée de ses jeux acoustiques avec le microphone, qu’il place de biais à sa bouche et déplace continuellement comme s’il tenait un archet. Son lyrisme et son vibrato nous rappelle d’ailleurs le jeu d’un violoniste. D’une chanson à l’autre, alors que l’on se sent de plus en plus investi dans cet univers excentrique, l’heure file rapidement.

Au retour d’une pause de vingt minutes, Christopher Owens ne parvient pas à rétablir l’énergie déployée par Sean Nicholas Savage, et en toute honnêteté, on ne peut le blâmer. Bien que l’on constate des lacunes de préparation — hésitations sur ses accords ou incapacité de lire ses paroles écrites au sol — le public ne semble pas s’être préparé à cette chute drastique d’énergie. L’intimité des textes et le jeu à la guitare acoustique d’Owens, couplés à une chevelure voilant complètement le visage de l’artiste, génèrent une scissure trop forte avec l’acte précédent. Je quitte après quelques chansons, remarquant que la salle s’est déjà vidée de moitié. Dehors, le boulevard Saint-Laurent foisonne d’activités en cette première soirée de Taverne Tour.

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post-punk / rock alternatif

Taverne Tour | Une première soirée post-punk sous les lumières rouges

par Simon Gervais

Jeudi 12 février, la première soirée du Taverne Tour 2026 au Belmont donne rendez-vous aux amateurs de textures abrasives et de grooves tendus avec une affiche résolument tournée vers le post-punk. Dehors, un froid mordant rappelait que février à Montréal ne fait pas de compromis ; à l’intérieur de ladite taverne, la chaleur monte graduellement à mesure que la salle se remplit.

Alix Fernz – Une entrée en matière dense et habitée

photo par Aabid Youssef

Vêtu d’un chandail de sport de ce qui semble être une obscure équipe de hockey, Alix Fernz ouvre la soirée avec un post-punk nerveux, porté par des grooves lourds et des paroles déclamées avec une intensité tendue et éraillée.

Les compositions s’articulent autour de hooks solides, de ruptures rythmiques bien placées et d’envolées de claviers aux accents d’orgue qui ajoutent par moments une dimension presque liturgique. La guitare, précise et poignante, marque à l’occasion des dissonances savamment dosées.

Une musique physique, qui oscille entre tension et transe, et qui transmet une certaine urgence de vivre à fond. Alix Fernz explore dans ses textes les conséquences de brûler la chandelle par les deux bouts avec une énergie paradoxale qui nous donne presque envie de l’imiter.

Hot Garbage – L’hypnose par la répétition

Hot Garbage poursuit avec une approche plus circulaire, misant sur la répétition comme moteur rythmique au niveau des compositions. Les motifs s’accumulent, s’entrecroisent, créant un effet hypnotique qui se transmet rapidement à une foule de plus en plus mobile.

« We’re Hot Garbage », lance la chanteuse à la fin du set avec un aplomb désarmant, comme un manifeste ironique. Derrière la désinvolture apparente se cache un travail de textures et de dynamique qui s’inscrit pleinement dans l’ADN post-punk de la soirée.

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Yoo Doo Right – Krautrock incandescent et immersion totale

Sous un éclairage rouge enveloppant qui donne à la scène un caractère presque spectral, Yoo Doo Right étire ses longues montées kraut et post-rock. Le trio construit patiemment ses pièces jusqu’à atteindre un véritable mur de son, dense mais lisible.

Le batteur frappe avec force, la bass et la guitare ne laissent pas leur place, ça bûche, au point où certains spectateurs sortent leurs bouchons. Les vibrations ancrent le son live de Yoo Doo Right dans quelque chose de profondément physique, évoquant des paysages vastes et évocateurs, presque désertiques, où la répétition devient transe et où le volume agit comme une matière cinétique, cinématographique et viscérale.

Protomartyr – Le cri du cœur sous le veston

Puis vient Protomartyr, figure attendue de la soirée. Voir le chanteur Joe Casey monter sur scène vêtu d’un veston frappe d’emblée : une allure à mi-chemin entre le crooner sobre et le poète désabusé. Un homme qui semble porter le poids des années et qui transforme ce bagage en matière expressive brut dès que la musique démarre.

Le groupe reste fidèle à cette culture new wave râpeuse qui lui est propre : un groove tendu, une urgence existentielle, des vocals chargés d’un certain mal de vivre. L’intensité est telle qu’un honnête moshpit s’ouvre dans la foule, avec en prime du body surfing, véritable explosion physique de la soirée.

La section rythmique est elle aussi redoutable (mention spéciale à la batterie, sèche et motrice), la qualité sonore irréprochable. Sur scène, Casey boit une bière entre deux salves sonores, comme pour mieux faire passer ce mélange de lucidité cynique et d’abandon ardent qui se fusionne en un véritable élan vital. Aux premières loges, les fans récitent religieusement les paroles de chaque chanson.

C’est une musique qui donne envie de se défouler autant que de réfléchir. De survivre, peut-être, mais surtout de vivre pleinement.

Cette première soirée du Taverne Tour 2026 proposait ainsi un parcours cohérent à travers différentes incarnations du post-punk, de ses formes les plus actuelles à ses racines new wave. Une ouverture solide, immersive, qui lançait le festival sur une note à la fois sombre, vibrante et résolument vivante.

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alt-rock / breakbeat / rock

Taverne Tour | À la recherche de la lumière sur Saint-Laurent

par Loic Minty

La Sottarena : Bienvenue dans l’expérience

À mon avis, Korea Town Acid avait volé la vedette au MUTEK il y a deux ans. Sa musique est avant-gardiste, son approche totalement expérimentale. Que faisait-elle à La Sottarena avec deux groupes de punk hardcore ? Un truc avec un jeu vidéo ? La majeure partie de son set semblait complètement hors de portée du public, ce qui, paradoxalement, le rendait encore plus spécial pour moi et les quelques autres personnes que je voyais se balancer en extase. Son set oscillait entre une sélection éclectique de breaks, de nappes orchestrales, d’accords de jazz et de samples soul, qu’elle lançait en direct, une véritable prouesse technique.

Korea Town Acid

La qualifier simplement de DJ serait comme dire la même chose d’Arca : techniquement exact, certes, mais terriblement insuffisant. Dans une interview précédente accordée à PAN M 360, K.T.A. décrivait une constante adaptation au public, mais lorsqu’elle levait parfois les yeux pour prendre le pouls de l’ambiance, seule une jeune fille légèrement éméchée, poussant des cris de joie, l’encourageait.

Son spectacle s’est terminé de façon quelque peu décevante, le présentateur mentionnant à peine cette performance fantastique, préférant faire la promotion du jeu vidéo.

“So for this evening we-”
“Koreaa Town Acid!! Woooo!”
“Yes, give it up for Korea Town Acid, and next up we have Nuha Ruby Ra.”

Sa présence scénique était excellente. Nuha Ruby Ra avait une assurance à la M.I.A., un sourire dément et une voix envoûtante. « Get closer to the fucking stage ! » Sans m’en rendre compte, mes pieds se sont avancés. Quant à la musique, elle l’a dit elle-même : « Ce set est expérimental, on est venues jusqu’ici pour tester des morceaux. » C’était comme un Channel Beads atonal, ou peut-être que le chant était faux. Après cette remarque de Nuha, difficile de distinguer le voulu du non voulu. Le Taverne Tour, c’est avant tout donner le meilleur de soi-même, et là, on sentait un léger décalage. Le guitariste semblait peu inspiré à jouer seul sur des pistes d’accompagnement, et Nuha était peut-être plus consciente de ce décalage qu’elle ne voulait l’admettre. Après trois chansons, j’ai traversé la rue vers Casa.


Casa Del Popolo : Gymshorts prend le dessus jusqu’au bout

Gymshorts

À Casa Del Popolo, Gymshorts jouait et c’était tout sauf prétentieux. Avec des membres originaires de Providence et de Boston, ils ont créé une ambiance brute, typique des musiciens DIY de la côte Est, qui aiment tout simplement ce qu’ils font.

Entre chaque couplet et chaque refrain, la chanteuse et guitariste Sarah Greenwell se penchait en arrière pour adresser à ses camarades un sourire en coin, comme pour les encourager. Et ça a marché. Le guitariste et le bassiste se sont mis à sauter avec ferveur, comme dans une pub pour iPod des débuts. Un changement bienvenu. La musique m’a replongé dans une époque plus simple. Elle avait un petit côté pop-punk des années 2000, mais la voix grave et rauque de Greenwell puisait plus profondément dans des influences comme Ana da Silva des Raincoats. Juste au bord de la rupture, et pourtant toujours d’une intensité émotionnelle absolue.

Chaque morceau de deux minutes semblait être le dernier, et si vous aviez eu la chance de voir ce groupe au Barfly un soir, vous en parleriez pendant des années. Je suis parti uniquement parce que je ne voulais pas que ça se termine.

Alors que je partais, Greenwell s’est mise à jouer une chanson sur le pilote automobile américain Jeff Goldblum, tout en jouant de la guitare sur le thème de Jeff Goldblum. Ah oui, j’oubliais de préciser qu’elle portait un short de sport (gym shorts) ! Si vous voulez saisir la blague, je vous recommande vivement d’écouter leur discographie, dont l’un des plus grands succès est « DUI IUD », une chanson qui parle, vous l’aurez deviné, d’une conduite en état d’ivresse au lieu d’un stérilet.


Sala Rosa : À la conquête des cieux

En entrant, j’ai tout de suite été frappé par la carrure d’un homme corpulent coiffé d’un chapeau de cow-boy, qui m’a esquissé un sourire. On pourrait écrire des pages et des pages sur les performances iconiques de Sean Nicholas Savage, mais pour en savoir plus, je vous laisse lire la critique de Laurent Pellerin, notre correspondant de Sala Rosa.

Sean Nicholas Savage

Christopher Owens : La cerise sur le gâteau

L’étrangeté décalée de Daniel Johnston, l’honnêteté brute d’Elliott Smith et la légèreté de Neil Young se conjuguent pour former Christopher Owens. Sans doute l’un des plus grands auteurs-compositeurs de notre génération, comme l’a dit Sean Nicholas Savage. Et je partage cet avis. Christopher Owens m’a fait croire à nouveau en l’amour. Il donne une nouvelle dimension aux doutes, une lueur d’espoir à la souffrance que nous avons toujours su exister, mais que nous étions trop obstinés pour laisser nous submerger. Lui, en revanche, n’avait rien à cacher. C’était à la fois rassurant et dérangeant. C’était comme grandir. Il trébuchait en avançant, mais toujours dans la bonne direction.

Entre les chansons, il y a eu quelques échanges maladroits avec le public, notamment sur l’influence du film « Le Plombier » sur sa vie. Le reste était difficile à comprendre. On avait toujours l’impression que ça allait mal tourner, mais non. Il a su trouver le juste équilibre entre vulnérabilité et sincérité. Un véritable cadeau pour cette première du Taverne Tour : une authenticité et une joie profondes que je n’avais pas ressenties depuis le concert de Beverly Glenn Copeland.

Christopher Owens

Hier soir, Taverne Tour m’a rappelé que si vous savez ce que vous cherchez, vous le trouverez.

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indie / soft-rock

Taverne Tour | Soft Snow, Soft Sound

par Marilyn Bouchard

Le coup d’envoi du Taverne Tour a été lancé sous une douce neige ce jeudi 12 février. Du côté de l’Esco, Vanille ouvrait la soirée avec une ambiance sonore vaporeuse et délicate. La chanteuse Rachel, costumée d’une robe du même bleu que Lady Gaga lors de sa performance de la mi-temps, est apparue entourée de ses collaborateurs : Vincent Huard-Tremblay à la basse, Victor Tremblay-Desrosiers à la batterie ainsi qu’un guitariste et claviériste invité en extra du trio habituel, devant un public gonflé à bloc pour le lancement de Mort Rose.

Malgré quelques fausses notes au début, ils se sont vite stabilisés pour livrer un collage atmosphérique de leurs pièces issues des albums Soleil 96, La clairière, Tu me vois comme je suis et plus récemment Un chant d’amour, afin de faire découvrir leur univers tantôt doux et romantique, tantôt rétro-folk. Le public était majoritairement réceptif et se laissait bercer au rythme des morceaux, même si certains semblaient s’impatienter dans l’attente de l’énergie explosive de Mort Rose.

Personnellement, j’ai trouvé le voyage musical agréable et la découverte intéressante. Un programme parfait pour faire monter le suspense jusqu’au lancement attendu du nouvel album de Mort Rose, rempli de rythme et de dynamisme, une opinion peut-être moins partagée par les fans purs et durs de rock alternatif réunis hier pour l’événement.

chanson keb franco / indie pop

Le coup d’envoi du Taverne Tour sous une douce neige ce jeudi 12 février.

par Marilyn Bouchard

Du côté de l’Esco, Vanille amorçait la soirée avec une ambiance sonore vaporeuse et délicate. La chanteuse Rachel, costumée d’une robe du même bleu que Lady Gaga lors de sa performance de la mi-temps, est apparue entourée de ses collaborateurs : Vincent Huard-Tremblay à la basse, Victor Tremblay-Desrosiers à la batterie ainsi que guitariste/claviériste invité en extra du trio habituel, devant un public gonflé à bloc du lancement de Mort Rose.

Malgré quelques fausses notes au début, ils se sont vite stabilisés pour livrer un collage atmosphérique de leurs pièces issu de leurs albums Soleil 96, La clairière, Tu me vois comme je suis et plus récemment, Un chant d’amour afin de faire découvrir leur univers tantôt doux et romantique, tantôt rétro-folk. Le public était majoritairement réceptif et se laissait bercer au rythme des pièces, même si certains semblaient s’impatienter de l’arrivée de l’énergie explosive de Mort Rose.

Personnellement, j’ai trouvé le voyage musical agréable et la découverte intéressante. Un programme parfait pour faire monter le suspense jusqu’au lancement attendu du nouvel album de Mort Rose rempli de rythme et de dynamisme, opinion peut-être moins partagée par les fans purs et durs de rock alternatif qui étaient réunis hier pour l’évènement.

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