techno

MUTEK | Aurora Halal : techno brute, un disque dur plein de motivation!

par Julius Cesaratto

Aurora Halal, originaire de Brooklyn, s’est produite sur scène lors de la soirée Métropolis 1, un programme dédié aux formes les plus physiques et hypnotiques de la musique électronique.

Connue pour être DJ résidente au Nowadays de New York, habituée des clubs emblématiques tels que Berghain et De School, Aurora Halal a balancé des fréquences sombres et mystérieuses à un public extrêmement réceptif.

Elle a commencé par une ouverture sobre, avec des textures ambient, remplissant progressivement la salle caverneuse du battement régulier des 808. Laissant la tension monter, elle a peu à peu fait bouger la foule avant de s’élever dans un flux fiévreux.

Alors que la piste de danse ondulait d’un côté à l’autre, totalement immergée dans les visuels puissants, Halal nous a plongés dans son fluide proverbial de techno brute, axé sur le disque dur et autres compléments technologiques, ce qui n’excluait en rien les touches sensuelles et oniriques. Les basses grondaient sous les couches de charlestons, les filtres et les motifs déformés ont fait grimper sa performance pour atteindre une frénésie que l’on peut qualifier de psychédélique. La foule explosait lorsque chaque couche se mariait aux kicks contagieux dans un barrage de sons électrisants et continus.

Des faisceaux lumineux traversaient l’espace du MTELUS, des effets visuels se métamorphosaient au-dessus de nos têtes, pendant que la musique d’Aurora Halal résonnait avec une force hypnotique. Chaque nouveau sédiment entraînait les danseurs vers la transe collective. Au pinacle du set, la piste était en pleine effervescence, emportée par une performance réaffirmant la présence de cette artiste puissante, désormais reconnue mondialement, après des années passées à faire ses preuves dans l’underground.

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classique indien / drone / électronique / hindoustani / jazz contemporain

MUTEK | Shackleton-Belmannu-Zimpel: élévation

par Alain Brunet

A/Visions se consacre généralement à des immersions interdisciplinaires où la musique, l’image vidéo, la scénographie et l’éclairage se fondent dans un tout. Cette fois, soit la dernière des six performances exécutées au Théâtre Maisonneuve au 26e MUTEK fut largement dominée par une musique d’exception menée par le Britannique Sam Shackleton, l’Indien Siddhartha Belmannu et le Polonais Waclaw Zimpel. Pur délice!

On ose croire qu’une majorité absolue de mutékiens.ne.s présent.e.s n’avaient pas fait l’expérience en direct de la musique classique indienne, encore moins de sa fusion avec l’électronique de pointe et le jazz contemporain. Trois mondes en un au service de l’élévation, avait-on observé à l’écoute délicieuse de l’album enregistré en 2023 par ces mêmes trois musiciens, In The Cell of Dreams.

La trame mélodique de cette heure et quart de très haute tenue se fonde sur la voix extraordinaire de ce chanteur basé à Bangalore, ville de science, de haute technologie et de  culture carnatique (partie méridionale de l’Inde). Or le discours mélodique de Belmannu s’inspire de ragas hindoustanis (partie septentrionale) que lui enseignent son gourou hindoustani. 

Les ragas ici évoqués sont des phrases mélodiques construites sur une charpente rythmique et un bourdon que produit normalement le tempura, sorte de petit harmonium utilisé dans la musique classique indienne. La puissance, le timbre, les échelles mélodiques, l’étendue du registre, la créativité improvisatrice, bref une grande virtuosité anime Siddhartha Belmannu, autour duquel ses comparses occidentaux honorent l’esthétique.

Car il s’agit bien d’une musique classique indienne modifiée, extrapolée, transgressée par ses contours qui viennent de l’Ouest; on n’y joue pas que des ragas mais aussi des compositions originales incluant des textes exprimés en anglais. Connu pour une grande diversité de référents et un souci compositionnel très au-dessus de la moyenne internationale, Shackleton fait ici preuve d’humilité en magnifiant le bourdon classique de la musique hindoustanie, car ses ornements polyphoniques se montrent discrets et sortent rarement de la linéarité intrinsèque du drone. L’épaisseur et la consistance de ce  bourdon inédit, force est de conclure, sont celles d’un maître. 

De son côté, Waclaw Zimpel ajoute des sons de synthèse au drone magnifique et aussi étoffe cette musique d’un contrepoint mélodique d’une clarinette d’inspiration jazz.  Voilà un équilibre exemplaire entre classicisme, tradition, vision contemporaine des musiques instrumentales et électroniques. Franchement top!

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électronique / expérimental / contemporain / improvisation libre / minimaliste

MUTEK | James Holden + Waclaw Zimpel, métamorphose permanente

par Alain Brunet

Waclaw Zimpel aura été l’une des plus cool invitations de ce 26e MUTEK. Clarinettiste de formation, usant surtout de la clarinette basse, il s’inscrit  deux fois dans mon top 10 des meilleurs sets présentés. Commençons par le set de mercredi dans le contexte du programme Nocturne 1 à la SAT.Le lien que le musicien polonais nourrit avec le producteur anglais James Holden est riche, j’ai eu de la chance de tenir le coup dans la nuit de mercredi à jeudi pour cette superbe prestation.

Ces mecs sont dans la quarantaine, ils ont acquis une belle maturité, leur parcours ayant été marqué par l’ouverture et la sophistication.

Solide technicien de la clarinette basse, particulièrement dans les techniques multiphoniques et à travers u=n vocabulaire inspiré du jazz contemporain, Zimpel n’axe pas son discours sur l’articulation mélodique de son instrument de prédilection (on ne peut donc en évaluer la virtuosité è ce titre) mais plutôt sur un discours mélodiquement minimaliste, linéaire et davantage axé sur une approche texturale de la musique. 

Sur ces valeurs partagées avec James Hoden, avec Holden, lui aussi capable de réinventer son style connu depuis ses débuts sur la place publique (IDM, trance, minimal techno) Waclaw Zimpel alimente un dialogue singulier. Enregistré en tandem, l’excellent opus The Universe Will Take Care of You nous donnait un avant-goût à ce set nocturne pour irréductibles, étonnamment nombreux en ce milieu de semaine. 

Sur place, on observe que Zimpel a installé des filtres pour son instrument acoustique, ce qui en modifie la sonorité naturelle. De plus, il actionne plusieurs autres éléments de ses dispositifs électroniques pendant que James Holden génère la trame rythmique de la conversation et en énonce les motifs mélodico-harmoniques répétés et décalés à la manière du minimalisme américain, et dont les notes de synthèse sont souvent étoffées par l’unisson ou le contrepoint de la clarinette. À la différence de l’album paru en juin dernier, le set live Holden/Zimpel révèle des improvisations forcément inédites qui en étoffent des structures compositionnelles plus costaudes, assorties d’aspérités, bref un relief différent que ce qu’offre l’enregistrement récent de leur tandem. On peut ici parler d’extrapolations variées du travail initial , puisque ce concert de nuit ne se voulait aucunement la reproduction fidèle de l’enregistrement qui le précède. Très apprécié au demeurant.

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électro / hip-hop instrumental / soul/R&B / techno

MUTEK | SLIBERIUM, entre chaos digital et humanité vibrante

par Marc-Antoine Bernier

La quatrième soirée Expérience à l’Esplanade Tranquille s’est ouverte vendredi avec une performance crue, digitale et intensément émotionnelle du duo montréalais SLIBERIUM. Formé de KUMA et Sendji, le projet a transporté les festivaliers dans une hallucination collective où se rencontraient sonorités industrielles, énergie techno et sensibilités R&B.

Leur set, situé à la croisée de la techno, du deconstructed club, du hip-hop expérimental et du witch house, s’est distingué par une texture sonore singulière : synthés saturés et granuleux, glitchs digitaux, atmosphères abrasives. Portée par des kicks étouffés et pulsés, leur musique avançait avec une force cinétique qui invitait aussi bien à bouger qu’à se laisser happer par la transe.

Derrière un set-up minimal — ordinateur, mixer, instruments autonomes — Sendji donnait une dimension charnelle à ce paysage numérique grâce à sa voix. Traité par l’autotune, son timbre oscillait entre chaleur humaine et froideur digitale. Ses inflexions proches de l’alternative R&B contrastaient avec les voix robotisées disséminées tout au long du concert, créant un jeu d’allers-retours entre intimité et altérité.

SLIBERIUM a ainsi déployé un univers transhumain, où le monde apparaît comme un territoire mouvant : rêves hallucinés et quotidien brut, chaos électronique et humanité vibrante, beats digitaux et sensibilité pop. Un premier « victory lap » pour KUMA et Sendji, qui ont terminé leur performance dans une extase jubilatoire, transformant leur intimité musicale en une expérience collective, festive et sans concession.

photo : Bruno Ailello Destombes

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électronique / expérimental / contemporain / immersif

MUTEK | Max Cooper, l’introspection en haute résolution

par Félicité Couëlle-Brunet

Jeudi soir,  rendez-vous pas comme les autres au Théâtre Maisonneuve: Lattice 3D/AV de Max Cooper, de surcroît à guichets fermés. Réputé pour ses expériences audiovisuelles immersives, l’artiste britannique est revenu à Montréal avec une proposition qui, loin du vecteur spectaculaire attendu, s’est révélée introspective, profondément contemplative.

Dès les premiers instants, la scénographie imposait sa clarté. Pas de mystère : Cooper était installé sur scène, face au public, avec son dispositif bien visible, encadré par deux écrans : l’un derrière lui, l’autre devant, semi-transparent, tantôt traversé par la lumière, tantôt masquant la figure de l’artiste. 

Cette transparence assumée donnait le ton : ici, rien à cacher, tout à dévoiler. Le spectacle allait moins jouer sur l’éblouissement que sur la porosité entre sons, images et conscience.

Lattice 3D/AV, conçu avec Architecture Social Club, est décrit comme son projet live le plus ambitieux, combinant projections, couches semi-transparentes, lasers et lumières sculptées dans l’espace. Mais plutôt qu’une déferlante sensorielle, l’expérience s’est déployée dans une lente montée. Les visuels, d’abord, vibraient en nappes de couleurs mouvantes, textures fluides et rythmes mesurés. La musique avançait avec retenue, presque en apesanteur, dessinant un continuum hypnotisant. On était loin de la frénésie festive de certains autres soirs de MUTEK, et c’était précisément là que résidait la force du spectacle.

Puis un moment de bascule : l’apparition du texte. Projections de phrases brutes,

surgissant au fil de la montée en intensité. Ce recours aux mots, rare dans les

performances de Cooper, devenait l’élément marquant du set. Plus le tempo s’accélérait,

plus les caractères défilaient, jusqu’à créer une impression paradoxale : celle de se

retrouver face à l’emballement de nos propres pensées, dans un miroir numérique de notre quotidien saturé. Le visuel prenait alors le dessus sur la musique, et la musique, en retour, se laissait guider par cette cadence mentale.

C’est d’ailleurs à ce moment-là que l’effet s’est révélé pleinement. Lorsque le texte a cessé d’être projeté, un autre basculement s’est produit dans la salle : comme libérés d’un poids, les spectateurs se sont mis à danser. Les quinze dernières minutes du show ont pris une tournure plus physique, plus incarnée, preuve que l’expérience avait fonctionné, que le texte avait capté l’attention au point de suspendre le corps, et son retrait avait ouvert l’espace à la libération du mouvement.

Ce choix faisait écho au nouveau projet de Cooper, On Being, qui est sorti en février 2025.

L’album, né de centaines de confessions anonymes recueillies en ligne, interroge

directement ce que signifie « être » aujourd’hui. Les réponses, allant de la douleur la plus intime à la déclaration d’amour la plus pure, ont servi de matière première à une œuvre qui traduit en sons et en images l’expérience humaine contemporaine. Ces fragments de

pensées se sont matérialisés dans l’espace visuel, rendant tangible le poids de la parole collective.

En deux heures, Cooper a offert bien plus qu’un concert. Il a orchestré une forme d’écoute élargie, où les spectateurs devenaient les témoins d’un paysage intérieur commun. Dans le contexte effervescent de MUTEK, où la tentation est de courir d’une salle à l’autre, cette parenthèse introspective suggérait  un contrepoint précieux. Une respiration lente dans un festival qui se vit souvent à grande vitesse. Cela nous rappelle que l’immersion n’est pas seulement affaire de technologie et de performance visuelle, mais aussi de vulnérabilité partagée. Derrière les lasers et les écrans semi-transparents, c’est notre humanité qui se montrait fragile, dense, multiple.

Photos: Bruno Aiello Destombes

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électronique / techno

MUTEK | dea ex machina !

par Julius Cesaratto

La productrice machìna, qui réside à Tokyo et aussi à Berlin, a fait littéralement sensation au Metropolis 1 de MUTEK. Elle a fait exposer la place avec une performance techno modulaire live aussi dépouillée que stupéfiante. Pour cette première nord-américaine d’Action, elle a réduit la techno à son essence même, improvisant avec rien de plus qu’une boîte à rythmes et sa voix tissée dans la trame de l’album éponyme. Envoûtante du début à la fin !

Vêtue d’une élégante robe en latex noir et baignée dans des flashs de lumière rouge, machìna a mis à contribution l’impressionnante sono de la salle avec des sons rave classiques et un beat minimaliste contagieux. Ce fut une expérience sensorielle totale, les subwoofers faisant vibrer le sol et les danseurs réagissant en conséquence, bougeant à l’unisson et s’adaptant aux changements de tempo. Son improvisation modulaire live s’est déployée avec une intensité mesurée – caisses claires aiguës, motifs de cymbales complexes, distorsion funky – électrisant les deux étages de la salle de concert.

Au fur et à mesure que le spectacle avançait, l’artiste sud-coréenne s’orientait vers quelque chose de plus sombre, inquiétant, violent. Un seul projecteur suspendu au-dessus de la scène perçait la brume, tandis que des barres verticales de lumière rouge enfermaient cette redoutable bête dans sa cage. Par moments, les faisceaux semblaient couler du plafond voûté comme du sang, un détail qui évoquait de manière frappante la célèbre scène Blood Rave du film Blade.  Le public, plongé dans les effets visuels, dansait sur un rythme quasi rituel tandis que les battements de tambour fendaient l’espace. 

À certains moments, machìna a réduit les mélodies à leurs éléments les plus bruts – le rugissement des grosses caisses, les charlestons rebondissants et les sons texturés – pour ainsi intensifier l’anticipation avant de replonger la piste dans une frénésie totale de rythmes et de lumières. L’alternance entre tension et détente, combinée à une installation lumineuse spectaculaire, a fait de ce set une expérience sensorielle totale : les basses résonnaient jusqu’au fond du MTelus, les lasers traversaient la foule en mouvements synchros, et chaque changement de son déclenchait une réaction auprès du public.

Au terme de son set, machìna avait placé la barre très haut pour le reste de la soirée : les fans applaudissaient et en redemandaient. Ce set techno incisif et rafraîchissant a définitivement établi l’artiste comme une véritable maître du genre, mélangeant avec fluidité des rythmes simples et des percussions superposées. Certes l’une des meilleures performances de Mutek jusqu’à présent.

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Photo: Frédérique Ménard-Aubin

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afro-électro / électronique / hip-hop / house / jazz groove

MUTEK | Roaming, l’art de rassembler selon Gayance

par Marc-Antoine Bernier

Vendredi soir, Nocturne 3, l’Espace SAT s’est transformé en véritable fête grâce à Gayance, alias Aïsha Vertus. Avec Roaming, l’artiste montréalaise a offert une performance éclatante et collective, invitant le public à partager le goût de la danse, du changement et de la solidarité.

Entourée d’un groupe complice, Gayance a tissé un récit en plusieurs chapitres, où chaque morceau devient une émotion à vivre ensemble. À ses côtés, Funky Watt à la direction musicale et à la basse, Evan Shay au saxophone, Peggy Hogan aux claviers, Judith Little-D aux percussions et au chant. Trois invité·e·s de marque – Janet King, Yassin « Narcy » Asalman et Magi Merlin – sont également venu·e·s ponctuer le spectacle de moments uniques, donnant à la soirée des allures de récit collectif en plusieurs chapitres.

L’un des instants les plus marquants fut  l’entrée en scène de Narcy, figure pionnière du hip-hop arabe. Devant un drapeau palestinien projeté derrière lui, il fit répéter au public les mots « Don’t lose focus. Breathe. », rappelant que « It’s not about one, it’s about us. » Sur un rythme drum&bass teinté de jazz, ce chant de ralliement portait une profondeur politique et émotive inattendue, deuil et solidarité.

Entre house, drum&bass, grooves caribéens et accents jazzy, Roaming a pris la forme d’un voyage musical et émotionnel, éclectique et profondément humain. Une soirée où l’énergie contagieuse des artistes s’est transformée en véritable appel au vivre-ensemble.

Photo : Frédérique Ménard-Aubin

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électronique / immersif

SAT | REM d’un autre type… pour rêver ensemble

par Marc-Antoine Bernier

Dans le cadre de Nocturne2, la Satosphère a accueilli la première mondiale de Rapid Eye Movement (REM, acronyme bien connu pour les raisons qu’on sait), performance immersive conçue par les artistes britanniques Bertie Sampson et YeffYeff, alias Reeps One. Pensée comme une traversée sensorielle des cycles du sommeil, l’œuvre invitait le public à pénétrer un rêve collectif où voix et images se dissolvaient dans un même flux onirique.

La performance suit les cinq phases du sommeil, en s’attardant sur la dernière – le REM, stade du rêve intense juste avant le réveil. En amont, les artistes avaient collecté des fragments visuels, textuels et sonores auprès d’un public sur le web, transformés ensuite en matière sensible : nous étions littéralement plongés dans les rêves des gens.

Sur scène, YeffYeff expérimentait en direct avec sa voix, tantôt étirée, tantôt distordue, dialoguant avec les environnements génératifs de Sampson. Sa trame sonore, profondément ancrée dans l’héritage de la scène garage britannique, convoquait le UK Garage, le Future Garage et la UK Bass.

À sa droite, Bertie Sampson manipulait les visuels projetés à 360° : architectures mouvantes, jardins fleuris, silhouettes humaines, textures abstraites. De l’iris d’un œil à des paysages hybrides entre constructions humaines et nature, ses images composaient une cartographie mouvante de l’inconscient.

À l’échelle monumentale du dôme, Rapid Eye Movement brouille les perceptions et déstabilise les repères, immergeant le spectateur dans une cartographie vivante de l’inconsciente.

Ce compte-rendu a été rédigé dans le contexte de MUTEK en août dernier, l’expérience se poursuit à la SAT depuis le 26 août dernier, et ce jusqu’au 4 octobre.

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dark wave / drum & bass / hardcore

MUTEK | Anti-Music : Gadi Sassoon & Portrait XO

par Loic Minty

Every year Mutek somehow reinvents itself by managing to find artists at the center of a changing world. It reminds us that the only certainty is that there is none, even when considering the very definitions of music. Last night, in a barrage of sounds hardly close to anything I’ve ever heard, Gadi Sassoon and Portrait XO turned into Espace S.A.T. into Plato’s cave, reflecting back to the audience their very act of listening.

Closer to sound art than music, the majority of the crowd stood fixed in perplexity at the boldness of every new scenery, each as creatively unique as the last. Rhythms grew only to quickly be stormed by what sounded like the noise of a million machines; the loudness and speed breathed through the room like a steam engine. Finally, when all expectations of a normal set were dropped, form folded under meaning and unveiled the origami of meta-narratives. Something screamed in Italian—the message was immediately understood in all languages.

If the post-human aesthetic didn’t already make it clear enough, the AI videos of children dancing to music while tanks roamed the streets solidified the urgency of their statement. And while it may seem conceptually driven at first, the sounds and performance themselves were truly heartfelt. The expression was raw, untethered, channeling violence into a stream of clearly articulated gestures that looked at the issue from all material, aesthetic, and emotional dimensions. While the sounds verged into noise and were characterized by a powerful orchestration of metallic sounds, their set still held a close tie to breakbeats, creating a stark contrast to their long stretches of formless, ethereal soundscapes. In the end, they let loose and finished their set with densely populated drum loops, which they let play while dancing, greeting the crowd’s final cheers. The sounds settled along with a thick fog that had been following us up to this point. This set was a breath of fresh air and a reminder of what unruly experimentation stands for.

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MUTEK | Set de fer dans un gand DELAVELOUR

par Loic Minty

Alors que le ciel passait du bleu au noir et que les gens affluaient vers l’Esplanade Tranquille depuis tous les coins de la ville, la présence et l’intensité du producteur montréalais DELAVELOUR se sont amplifiées, lui conférant une aura lumineuse sous les acclamations de la foule. Musicien chevronné, son set a procuré une extase prolongée grâce à un équilibre parfait entre montées et descentes. 

On savait ce qui allait se passer, non pas parce que c’était prévisible, mais simplement parce que cela suivait un rythme naturel. Il était là, avec nous, s’amusant lui-même et donnant l’impression que tout était facile alors qu’il se déplaçait sur scène, un micro dans une main et un verre dans l’autre.

Pendant ce temps, la présence vivante de cette expérience était alimentée par une dance music incroyablement précise et bien mixée. Chaque couche avait sa place, émergeant et s’estompant dans des poches qui nous montraient la musique sous mille perspectives, nous rappelant que si la musique était profondément enracinée dans l’histoire des dancefloors, les sons finement travaillés et la manière dont ils étaient joués étaient totalement exploratoires.

Les genres musicaux identifiés étaient alors innombrables. Le seul élément vraiment constant était l’âme vibrante de chaque morceau. On pouvait entendre des mélodies rappelant les tubes disco des années 80, avec une texture qui brouillait la frontière entre la voix et le synthétiseur. Le rythme changeait sans cesse, se transformant en un beat chaud et endiablé de Baltimore avant de remonter en un groove techno funky. 

À travers tout cela, DELAVELOUR a canalisé le génie des producteurs ayant  façonné le son d’aujourd’hui, tout en y apportant une touche authentique, en y intégrant sa propre voix grave et rêveuse.

Tout le monde pouvait y trouver quelque chose qui lui parlait, mais d’une certaine manière, c’était nouveau.

Au fur et à mesure, un beau sentiment de compréhension et de gratitude s’est installé. Certains se sont déchaînés sur la piste de danse, d’autres ont regardé avec admiration. Des personnes de tous âges étaient présentes, leurs yeux reflétant le jeu des couleurs, à l’intérieur d’eux une lumière inondante qui pulsait dans le ciel. La soirée s’est terminée par une constellation de visages souriants, que DELAVELOUR a fait résonner une dernière fois avant de partir, ajoutant ainsi à la collection de souvenirs mémorables de Mutek.

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électronique / tech-house / techno

MUTEK | Kevin Saunderson: le set fabuleux d’un père fondateur de la techno

par Julius Cesaratto

Kevin Saunderson, originaire de Detroit et membre du fameux trio Belleville Three (avec Juan Atkins et Derrick May) à qui l’on attribue la paternité de la techno, a honoré l’Esplanade Tranquille de sa présence lors de la troisième soirée de la série Expérience, pour le plus grand plaisir des puristes de la techno qui en ont aussi observé l’évolution stylistique. Caché derrière ses  proverbiaux verres fumés, il a démarré le concert en force avec des voix house profondes et distordues.

Les fans se sont serrés les uns contre les autres, impatients de voir à l’œuvre un père fondateur de la techno. Dès le début, Saunderson a privilégié des transitions délicieusement longues et étirées, évoluant avec une patience délibérée, laissant le public s’immerger dans la profondeur et la complexité de ses superpositions sonores. Son ouverture s’appuyait fortement sur des basses épaisses et des kicks de batterie puissants, ponctués de voix soul, de riffs funky et même de quelques touches disco. La basse Reese vacillante – dont Kevin Saunderson est l’inventeur – a été magistralement modifiée avec un filtre, ajoutant du poids et du mouvement, tandis que des percussions inspirées du reggaeton se sont brièvement glissées dans le mix avant de céder la place au tonnerre d’un rythme 4/4 régulier. 

La foule a rugi lorsque Saunderson a remixé le titre emblématique de Stardust Music Sounds Better With You, puis à nouveau lorsque les notes de clavier, le funk et les voix soul ont transpercé les battements de la 909, plongeant l’Esplanade dans un mur de son. Passant rapidement d’un CDJ à l’autre, il a superposé les boucles avec précision, permettant des transitions longues et des montées hypnotiques. Rayonnant, il a salué la foule tout en déformant les caisses claires et en ajoutant des accords au mix pour créer une ambiance dramatique, visiblement nourri par l’énergie extatique des danseurs. 

L’atmosphère était effervescente, captivante et ludique. Le célèbre musicien et producteur a offert de brefs moments de répit avec des notes de piano jazzy et des cordes avant de replonger dans des morceaux club percutants, notamment Emotions, le titre phare de son récent projet E-Dancer, une collaboration avec son fils Dantiez, qui a enflammé la salle et qui, prédisons-le, aura le même impact en salle à MUTEK. Une fois de plus, il a salué la foule avant de livrer davantage de son son warehouse caractéristique.

Alors que ce set magistral touchait à sa fin, Saunderson a rendu hommage à ses racines de Motor City avec le titre légendaire The Bells de Jeff Mills, qui a déchaîné la foule dès les premières notes de piano. Il a clôturé la soirée avec une version jubilatoire de son classique Good Life, fusionnant funk, soul et techno percutante, rappelant à tous pourquoi son influence reste incontestée.

photo: Frédérique Ménard-Aubin

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électronique / Instrumental

MUTEK | Conditions optimales au Théâtre de Verdure

par Félicité Couëlle-Brunet

En cette soirée parfaite de mercredi au Théâtre de Verdure, trois univers audiovisuels se sont succédés au bord de l’eau dans des conditions optimales, mais c’est sans doute la rencontre entre Ouri et Charline Dally qui a cristallisé l’intensité de l’événement.

Dès les premières notes, Ouri semblait pleinement dans son élément. Entourée de sa harpe, de son violoncelle et de sa voix, elle incarnait une musique à la fois intime et expansive, où la fragilité devenait force. Deux musiciens l’accompagnaient avec justesse : l’un passant du piano au saxophone (Félix Petit), l’autre à la guitare, chacun ajoutant des textures complémentaires à son univers sonore.

En parallèle, Charline Dally déployait ses visuels analogiques, tissés de feedbacks et de matières vivantes. Ses images apparaissaient, se désagrégeaient, renaissaient sans cesse, comme des spectres traversant le temps. La rencontre entre ces deux artistes n’était pas fortuite : leurs langages respectifs semblaient se répondre instinctivement. Là où Ouri construisait des paysages sonores pluriels, Dally en révélait les fantômes visuels, donnant chair à cette musique. Le résultat fut une performance à la fois rosée et anti-oppression, comme l’a formulé Ouri elle-même. On y sentait une volonté d’ouverture, de résistance douce et de communion. Plus qu’un simple concert, ce fut une proposition sensible et politique, une utopie éphémère partagée avec le public.

Le premier set au programme résonnait déjà d’une poésie singulière. The Bionic Harpist et Techno Para Dos avaient présenté un dialogue inattendu entre la harpe et la voix féminine d’un côté, et les textures électroniques de l’autre. Leur performance, délicate mais déterminée, proposait une harmonie où l’organique et le numérique coexistaient. On sentait dans leur progression une volonté d’exploration, une évolution du set qui captait l’attention en douceur, préparant l’audience à la suite de la soirée.

Enfin, la soirée s’est conclue avec l’expérience la plus sombre et futuriste : Guillaume Coutu-Dumont et Line Katcho. Percussionniste de formation devenu DJ et compositeur électro, il proposait une structure sonore dense, ancrée dans une pulsation constante, pendant que Katcho déployait une véritable narration visuelle. Ses images dystopiques, portées par une réactivité audio d’une précision remarquable, plongeaient le spectateur dans un avenir incertain, inquiétant mais fascinant. Sa constance et sa maîtrise donnaient une cohérence rare à ce voyage.

Trois propositions, trois manières d’habiter le monde par la musique et l’image. Mais au cœur de cette soirée, c’est bien la rencontre d’Ouri et de Charline Dally qui a su transformer le Théâtre de Verdure en un lieu de communion sensible, là où la poésie et la résistance s’entrelacent.

photos: Frédérique Ménard-Aubin

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