Coup de cœur francophone | Trois femmes sur la Plaza

par Léa Dieghi

Trois femmes. Trois visions de la pop. Trois performances à l’énergie débordante.

Ce vendredi 14 novembre, c’est avec la prestation de Xela Edna, assisté de son acolyte Xius Écho, que le spectacle au Théâtre Plaza, situé sur la rue Saint-Hubert, a commencé. À l’occasion de l’édition 2025 des coups de cœur francophones, Xela Edna, Flèche love et Virginie B ont partagé un même programme. Un choix prémédité du festival, qui, après en avoir fait l’expérience, prenait tout son sens.

Derrière ses platines et autres machines, Xius Écho nous balance des productions électro-pop et dance-punk avec beaucoup d’énergie, tandis que les basses cassantes de leurs compositions s’enchaînent. Il avait le regard porté vers sa machine, mais aussi vers Xela Edna, le micro en main.

Habillée d’une tenue au look un peu sportif et de hautes bottes à talons, elle démarre la soirée avec ce style qui lui est propre. Brute et dramatique. Sur scène, elle incarne ce personnage de femme forte : ses pas retombent avec fermeté sur le sol, son corps danse, saute et court à travers l’espace. On la suit du regard, et on l’écoute de loin. Sa voix aiguë et un peu modifiée grâce à l’autotune accompagne ses mouvements et sa poésie chantée. Et petit à petit, la salle se remplit, et les corps se rapprochent. Entre les enregistrements antérieurs accessibles sur Bandcamp et la sortie de nouvelles chansons inconnues du public, le duo a su une fois de plus exceller dans son art : électriser l’auditoire et libérer toute l’énergie qui les anime.

Et si le duo signe une musique qu’il intitule « anti-guérison », c’est sur un thème opposé que Flèche Love continue la soirée : celui de la guérison.

Invitée cette fin de semaine à Montréal, l’artiste algérienne suisse, Flèche Love, a su nous offrir une prestation d’une sensibilité incomparable. Vêtue d’une robe traditionnelle amazigh, elle était entourée de deux danseuses masquées. C’est dans la douceur qu’elle a commencé sa représentation, divisée en plusieurs tableaux : la douleur, la guérison, la célébration.

Entre hybridation de pop occidentale et de mélodies nord-africaines, sa musique est imprégnée de récits autobiographiques. Elle nous confie même que parler d’elle-même et de ceux qui ont marqué son existence est en réalité un moyen de dépoussiérer ses souvenirs, dans une tentative d’exprimer son identité complexe.

À travers ses mots chantés en différentes langues (français, anglais, arabe), elle vient nous réchauffer de sa chaleur venue de loin, et le public embarque. Derrière moi, j’entends des soupirs et des expirations de satisfaction. En moi, je ressens ces expressions d’apaisement. Les longues notes de Flèche Love, chantées avec puissance, me touchent droit au cœur. Toutes ces histoires, qui s’inspirent d’elle, de sa famille encore vivante et de ses aïeux décédés, se terminent par un tableau de fête. C’est une ultime occasion pour que les trois femmes sur scène dansent avec nous.

Vient le dernier acte : celui de Virginie B. Dans la salle, on reconnaît immédiatement les Bébés, son fan-club le plus fidèle.

Et quand Virginie B apparaît, entourée de tout son groupe sur scène, l’ambiance bascule instantanément dans une grande fête où tout le monde danse. Elle nous demande si on est prêt, on lui répond en criant.

Elle enchaîne les morceaux sans temps mort aucun, avec une énergie un peu absurde et étrangement sensuelle. Elle incarne son personnage pop avec dérision, un mélange d’exagération et de jeu, dans une théâtralité qui lui ressemble bien. À notre tour de danser, de sauter et de chanter.

Si écouter Virginie B est une expérience un peu hors norme, la voir en concert l’est encore plus: surtout quand au beau milieu de son spectacle, elle brandit une épée face à la foule, s’amusant avec pendant qu’elle continue de chanter.

Entre sa bande sonore, son costume en argent et son épée, le design du jeu vidéo nous imprègne, ajoutant une touche de rêverie et de nostalgie légèrement nerd à son univers. On reconnaît ses influences, son humour, et cette autodérision qui fait partie de sa signature. On reconnaît aussi à quel point Virginie B est une interprète incroyable, au potentiel fou.

Pour terminer sa performance, elle décide de chanter Madone, hurlant à la foule « No m’importa » : Parce que, oui, finalement, ce dernier moment est l’occasion de se libérer, ou tout simplement de danser, de sentir et de s’accepter, tout en ignorant le reste.

Ce final, criant de liberté, retombe comme un clin d’œil : la pop peut être profonde, mais elle peut aussi être légère, drôle, exagérée — et incroyablement vivante.

Photo de Virginie B au Théâtre Plaza, tirée de son compte Instagram

art-pop / chanson keb franco

Coup de cœur francophone | Abracadabra, Klô réapparaît !

par Justine Charland

Klô Pelgag était au MTelus samedi pour nous présenter de nouveau Abracadabra, deuxième représentation de son lancement produit à guichets fermés en mai dernier. Sans surprises, c’est dans une salle débordante que cette supplémentaire a trouvé son erre d’aller, dernier grand spectacle pour Klô à Montréal en 2025. La soirée se déroulait parallèlement dans le dernier droit du Coup de cœur francophone.

Fiat Lux, un choix esthétique en soi

Klô aime expérimenter. Brasser. Innover. Il allait de soi que la personne qui la devance, soit dans cet esprit. Qui d’autre aurait pu aussi bien porter ces chaussures que le guitariste René Lussier, un vieux de la vieille qui s’inscrit dans le courant de la musique actuelle québécoise depuis des décennies. Sa musique est un mélange complexe de textures et rythmes, et son collaborateur, le batteur  Robbie Kuster (Patrick Watson, etc.) nous offrent leur projet Fiat Lux. 

Ce  choix esthétique d’offrir une aussi grande scène à un projet aussi niche est une proposition en soi. Elle permet de jeter un éclairage sur ce qui se passe à l’ombre des grands réseaux de diffusion. 

L’expérimentation est cruciale pour une communauté si elle veut innover, aussi bien lui laisser une place pour la remercier d’occuper le chantier de la création. 

Le rêve collectif de Klo Pelgag

Une heure trente de chorégraphies, de lumière, de contrastes musicaux et de décors rocambolesque : voilà à quoi s’attendre lorsqu’on assiste à un spectacle de Klô Pelgag. Ça renforce cette idée de participer à un grand rêve collectif, qui s’enchaîne par un emboîtement de tableaux dont l’artiste a le secret. 

Si chaque chanson a sa couleur, Klô fait de ces couleurs des univers complets. Elles deviennent chacune une petite pièce de théâtre. Les pianos étant juchées sur des plateformes roulantes, les musicien.ne.s ne sont pas contraint.e.s par une disposition précise, ce qui ouvre le champ des possibles. Parfois en formation circulaire, parfois linéaire, ou encore laissant Klô et son majestueux piano à queue au centre de la plateforme. Derrière, un écran cristallise l’ambiance : jeu d’ombres avec une lampe de poche, écran rose, jeu de lumières qui contournent l’écran, projection de style années 2000. 

Deux moments sont à retenir : celui où Klô exécute une pièce complète au parterre, au centre du public, perchée sur les épaules d’un gardien de sécurité. Seule dans ce bain de foule, elle a l’air d’une statue romaine, une œuvre d’art qui détourne tous les regards. Ensuite, celui où, seule sur scène, elle interprète Comme des rames, d’une manière beaucoup plus épurée que sur la version studio, c’est-à-dire, avec comme seule accompagnement, son piano à queue et le chant du public.  

Klô cultive l’art d’émouvoir, que ce soit par des moyens maximalistes avec d’extravagants décors/projections/instrumentation, ou par un simple trémolo émis dans le dénuement acoustique. Au milieu du spectacle, elle tente un dialogue avec le public : « Vous, de quoi êtes-vous fiers ? » Suite à quoi, elle ajoute : « Je suis fière de ne pas avoir abandonné. » Après deux M Telus complets en l’espace de six mois, on se dit qu’une génération entière aurait perdu gros si elle avait renoncé en chemin. 

Sa démarche, nécessaire, est inspirante. On l’espère,  Klô encouragera encore et encore les artistes à repousser les limites, comme elle le fait si bien. 

Mesures Funebrès Chagrin Sonore

par Stephan Boissonneault

Le long métrage de Sofia Bohdanowicz Measures for a Funeral arrive comme un chant funèbre joué à l’envers. Pas comme une résurrection, remarquez, mais comme une lente fouille archéologique et archivistique. C’est un film sur la recherche des morts qui devient, par une cruelle alchimie de la forme et du chagrin, une autopsie de la recherche elle-même. Bohdanowicz a élargi son court métrage de 2018 en quelque chose qui semble allongé et approfondi—un trou creusé plus loin dans le sol canadien gelé.

L’histoire commence avec Audrey Benac( Dreagh Campbell), une étudiante diplômée absorbée par la vie de la vraie violoniste classique, Kathleen Parlow. Née en 1890, Kathleen Parlow est devenue l’une des violonistes les plus accomplies du début du XXe siècle, bien que son nom ait largement disparu de la mémoire publique. Son talent extraordinaire lui a valu d’être reconnue comme une virtuose parmi ses contemporains, ses admirateurs la surnommant “La dame à l’arc d’or ».”

Audrey essaie de terminer sa thèse sur Parlow, mais a une mère mourante à la maison. Quoi qu’il en soit, elle suit la vie de Parlow, sanglée avec un violon sur le dos, la conduisant en Angleterre et à Oslo. La partition d’Olivier Alary, qui a travaillé avec des artistes comme Björk et Cat Power, établit immédiatement un ton maussade et inquiétant, utilisant de nombreuses notes répétitives qui augmentent la tension et invoquent une atmosphère d’horreur cachée sous le drame. Ce qui rend la musique si dévastatrice, c’est sa patience. Le film présente un bourdonnement presque thriller de statique fréquemment sur la bande originale, créant une texture auditive qui suggère une décomposition archivistique, le son de l’histoire lui-même se dégradant sur des cylindres de cire et une bande magnétique.

La partition plonge les spectateurs dans le monde de la musique classique, mais elle ne la romantise jamais. Au lieu de cela, il expose la capacité de la musique classique à hanter—comment le son persiste différemment des objets matériels, comment les enregistrements deviennent des conteneurs pour les morts, comment la musique peut être à la fois préservation et malédiction. Audrey et le film lui-même comprennent quelque chose de profond dans le travail d’archives: que l’écoute des enregistrements du défunt est une forme de séance.

Cinéma du Musée / Dimanche 23 novembre / 14 h Mesures Funéraires-présenté en collaboration avec l’Orchestre Métropolitain de Montréal & Q+A avec:

(le producteur Andreas Mendritzki, le compositeur Olivier Alary et le responsable des archives Hourman Behzadi) et des membres de l’OM (la PDG Fabienne Voisin et la Directrice de la Programmation artistique Mathilde Lemieux), animée par la Responsable des Courts Métrages et Programmatrice des Longs Métrages au FNC Émilie Poirier.

musique contemporaine

Deux anniversaires célébrés avec le génie musical québécois

par Frédéric Cardin

Samedi soir à la salle Claude-Champagne de l’Université de Montréal avait lieu un concert pour célébrer les anniversaires de deux vénérables institutions musicales québécoises : le 60e de la Société de musique contemporaine du Québec (SMCQ) et le 75e de la Faculté de musique de l’Université de Montréal (UdeM). Confluences contemporaines, c’est le titre du concert, soulignait les nombreux croisements entre les deux organismes. Le programme mettait à l’honneur les différents directeurs musicaux de la SMCQ à travers l’histoire (Serge Garant, Gilles Tremblay, Walter Boudreau, Ana Sokolovic), qui ont tous été également enseignants à l’UdeM. En bonus : une création d’un jeune compositeur, Maxime Daigneault, car il ne faut pas oublier que la mission des deux institutions est aussi d’assurer l’avenir de la musique savante. C’est l’ensemble de la SMCQ, dirigé par Christian Gort, et l’Enseble de musique contemporaine de l’UdeM, dirigé par Jean-Michaël Lavoie, qui se partageaient la scène et les morceaux, parfois en tandem.

LISEZ L’ENTREVUE À PROPOS DE CE CONCERT

Voilà pour le topo général. Le programme a montré la profondeur de la création savante en musique québécoise. Coffre III(a) (Le Cercle Gnostique I {<Incantations IV>}) de Boudreau lançait la soirée avec la marque habituelle du compositeur, ses coloris épatés et son énergie pétillante. Le trio de jeunes UdeMiens, composé de Jérémie Arsenault à la clarinette, Alona Milner au piano et Leîla Saurel au violoncelle, a été impressionnant de qualité technique, de précision et de beauté timbrale. 

Suivait le Quintette de Serge Garant pour flûtes, hautbois/cor anglais, percussions, piano et violoncelle, une vraie merveille de construction en arche, dont la beauté expressive s’appuie sur un sens de la couleur et de la métamorphose thématique exceptionnel. Les Cinq locomotives et quelques animaux d’Ana Sokolovic portent la trace du style efficace de la compositrice montréalaise. Épisodes descriptifs incluant des motifs rythmiques et stylistiques issus du folklore balkanique, entrecoupés d’interventions courtes propulsés par une énergie motrice excitante. Ironiquement, c’est l’œuvre qui a semblé la plus morcelée de la soirée en termes de cohérence sonore, alors que les autres cherchaient plutôt à créer une totalité intégrée, morphique et organique malgré leur pointraitisme omniprésent. N’en reste pas moins que l’écriture de Sokolovic demeure irrésistible. 

Souffle (Champs II) de Gilles Tremblay nous a rappelé à quel point la complexité formelle et intellectuelle des oeuvres du compositeur s’allie également avec une fascinante maîtrise de l’expression et du discours. Le foisonnement de couleurs et l’épatante poésie de cette abstraction séductrice ne cessent d’émouvoir. Du très grand art, comme l’ont rappelé Lavoie et l’Ensemble de l’UdeM. 

J’ai beaucoup apprécié la dernière pièce de la soirée, Sensations : Lueurs du néant de Maxime Daigneault. Cette commande exécutée par le plus grand nombre de musiciens du programme a témoigné de façon assez explicite de la nature du langage contemporain de 2025, face à celui de ses prédécesseurs, essentiellement concentré dans les années 1978 à 1996. La musique de Daigneault est organique, métamorphique dans le sens d’un fluide mouvant ne recelant presque jamais de coupures sonores. Cette fluidité est très représentative de la musique actuelle en création savante, informée probablement par le post-minimalisme et le néo-romantisme. En ce 21e siècle, on cherche à remplir le champ expressif, à le couvrir entièrement. C’est très différent de l’atomisme qui dominait la pensée musicale avant-gardiste et institutionnelle de la deuxième moitié du 20e siècle. 

Daigneault me disait avant le concert que l’idée de cette pièce était de traduire le processus compositionnel qui caractérise sa propre démarche. Au moment d’amorcer l’écriture d’une œuvre, il n’y a rien. Une page blanche, ou plutôt un néant obscur. Puis, à force de chercher, quelques fils lumineux apparaissent, des idées, des intuitions. On tire dessus, on vooit ce qu’on peut faire avec, on les attache ensemble, on finit par transformer les ténèbres en lumière. Sensations : Lueurs du néant est une musique totalitaire, dans le sens d’un accaparement total de l’espace sonore, sans coupures, ou presque. C’est également une musique très fortement expressive, et qui a un impact presque physique sur l’auditeur-trice. En ce qui me concerne, une belle réussite. Pourquoi m’a-t-il alors semblé que les applaudissements étaient un brin trop polis? 

Les musiciens des deux ensembles ont été à la fine pointe des exigences, nombreuses, des partitions. Avec peut-être l’avantage à celui de la SMCQ, qui est aussi le plus expérimenté.

La célébration des deux anniversaires s’est déroulée de façon sobre tout en soulignant l’essence même de leurs missions : favoriser l’épanouissement du génie musical d’ici.

Chanson francophone

Coup de coeur francophone | Marie-Pierre Arthur et compagnie en mode chalet

par Simon Gervais

Ayant sorti son fantastique Album Bleu en version Deluxe le 15 mai dernier, Marie-Pierre Arthur a revisité son riche répertoire en bonne compagnie lors d’un spectacle intime et authentique mercredi dernier au Cabaret du Lion D’Or dans le cadre de Coup de cœur francophone. Accompagnée de Naomie De Lorimier (N Nao), Raphaël Pépin-Tanguay (Velours Velours), Emilie Pompa, ainsi que du guitariste Joe Grass et de de son partenaire, le pianiste François Lafontaine, elle nous a livré une performance chaleureuse, décontractée et participative.

Après une touchante première partie assurée par Luan Larobina et sa chanson explorant ses origines latines paternelles, Marie-Pierre et ses musiciens montent sur scène sourire au lèvres. Tous sur une fin de rhume qu’ils se sont partagé durant les répétitions et habillés en mode chalet, l’ambiance est mise ; nous sommes ici entre amis.

Dirigeant ses complices de voix, et le public, d’une main tantôt virevoltante tantôt imitant la fluidité d’une vague, Marie-Pierre nous irradie de son plaisir de chanter qui l’habite de façon évidente. C’est d’ailleurs à l’image des visuels associés à la promotion de ce spectacle. Troquant l’esthétique bleue de l’album de départ, on la voit drapée d’un voile de tons chauds et ocres, évoquant un levé de soleil enveloppant.

Les moments de grâce se succèdent au fil des pièces connues et moins connues, comme la chanson Il, écrite au sujet de Lafontaine « Un garçon toujours dans la lune, qu’il faut aimer comme il est » et Chanson pour Dan, qui s’adresse à un ami aujourd’hui décédé.

Lors de Le silence, on frôle le gospel avec des notes éthérées poussées depuis le fond de leurs âmes. « Je vis mon rêve d’enfance » s’exclame candidement Naomie. « Raphaël n’était pas encore né quand j’ai écrit celle-là » blague Marie-Pierre. Vraiment, l’ambiance est collégiale, tellement qu’à un moment, Arthur admet « On est même dissipés, je dirais ».

À quelques reprises, maestro Marie nous fait humer des airs, claquer des doigts, taper des mains. Dans cet esprit de partage, on a véritablement l’impression de contribuer à l’expérience.

Avec sa voix en pointes mélodieuses et ses textes qui remettent subtilement en question les fondements de la société, Marie-Pierre Arthur nous invite à miser sur le bonheur d’être ensemble et à oser être fougueux.

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Moyen-Orient / Levant / Maghreb / raï

FMA 2025 | Chazil a séduit Montréal

par Sandra Gasana

D’entrée de jeu, Chazil a choisi d’ouvrir le bal avec la chanson Twahchete Shabi w Bladi, dans laquelle il parle de sa mère et de ses amis qui lui manquent, lorsqu’il est loin du pays. En effet, l’exil tient une place importante dans son répertoire, comme si le raï se prêtait bien à ce genre de thème.

Pour son premier spectacle au Canada, Chazil a plutôt fait bonne impression. Le National était rempli de jeunes, mais pas que, certains étant venus avec leurs parents pour écouter le jeune prodige du raï 2.0, comme il l’appelle.

Dès la deuxième chanson, les spectateurs se lèvent pour danser, alors que la salle n’est pas propice à cela et plus la soirée avançait, plus les danseurs se faisaient de plus en plus nombreux, transformant le National en véritable boîte de nuit.

Une écharpe autour du cou, sa signature, et vêtu d’un costard beige, Chazil a un fan club montréalais qui était au rendez-vous, à entendre son nom scandé à plusieurs reprises durant la soirée.

Avec un full band 100% Montréalais, Chazil a réussi à nous livrer un spectacle digne de ce nom, avec une complicité particulièrement forte avec son guitariste. Certaines chansons débutent en douceur, mettant en évidence sa voix profonde, avant que la darbouka et la batterie n’embarquent avec puissance. Malgré son jeune âge, il n’a que 25 ans, on a l’impression qu’il a l’âme d’un vieux sage.

« Est-ce que vous êtes chaud pour la suite ? » demande-t-il à la foule avant de poursuivre avec des classiques de la musique algérienne que tout le monde semblait connaitre par cœur, en alternance avec ses propres chansons à succès. Il fait participer la salle qui se transforme en chorale et fait applaudir son public aux rythmes de la darbouka, ajoutant des chansons à réponses. Ses pas de danse ont plu aux jeunes filles dans la salle, qui se mettaient à ululer.

Au bout de quelques chansons, un spectateur lui donne le drapeau algérien qu’il attache à son micro, lui qui se dit nationaliste et très fier de son pays. Une chanson dédiée à l’amour a particulièrement plu aux spectateurs, qui chantaient à tue-tête.

Parfois, le raï se mêlait au rock sur certains morceaux alors que dans d’autres, il était plutôt à l’état brut, avec des solos de clavier et de guitare électrique époustouflants. Il en a profité pour présenter sa nouvelle chanson Katba, que plusieurs dans la salle connaissaient déjà par cœur ou encore Khelouni, qui signifie « Laissez-moi » en arabe, et qui figure dans son live session Raï Rayi sur Youtube.

La darbouka a laissé la place aux congas sur certains morceaux, notamment lors de sa reprise de Abdelkader Ya Boualem, de Cheb Khaled, le vrai king du raï. Voyant le déchainement de la foule, il a offert un medley des classiques du raï, sans interruption. Pas très bavard entre les chansons, il s’adresse au public en arabe surtout, glissant des petites blagues par-ci par-là. Il demande souvent de mettre la lumière sur le public afin de mieux voir son audience, qui en redemandait encore et encore. D’ailleurs, même après le seflie de fin de concert, le public ne voulait pas partir. Chazil n’a pas eu d’autre choix que d’en faire une dernière, avant de clôturer son tout premier show à Montréal, et sûrement pas le dernier.

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kebamericana

Coup de cœur francophone | Sommet kebamericana!

par Justine Charland

Stephen Faulkner, Mara Tremblay, Patrick Bourdon, Fred Fortin, Arielle Soucy, Veranda, Tom Chicoine, Cindy Bédard, Dan-Georges Mckenzie… C’est la brochette d’artistes qu’Alex Burger a rassemblé lors de son Un coin du ciel, une soirée qui veut rendre hommage à la culture americana. 

18 :40 : une file à l’entrée des portes s’installe déjà. Une heure plus tard, elle s’étire jusqu’à Sainte-Catherine, tourne le coin, attire les curieux. Il fait froid, mais le public multigénérationnel de la scène folk et country a tout sauf froid aux yeux. Rares sont les moments où il peut se rassembler, chanter les paroles de la relève ainsi que des ceux qui l’aura forgée. La soirée qu’Alex Burger nous offre est précieuse. 

L’americana mélange les styles nord-américains, le  country, le folk, le rock, le blues, enfin, ces sons ayant constitué l’identité musicale de  ce continent. Avant même qu’une seule note tombe, Alex Burger s’offre une introduction percutante, nécessaire. Il prend d’abord le soin de saluer Renée et Marcel Martel (auteur de la chanson Un coin du ciel), importantes influences pour le genre au Québec. 

Il aborde ensuite un sujet grave : ce qu’il advient de notre culture dans notre monde capitaliste. « On dit de plus en plus à quel point y’a des choses qui sont toughs dans l’industrie de la musique, on est écœuré.es des grosses plateformes, qui ne donnent pas assez de redevances. Et bien il y en a, des chaînes et des radios, qui sont programmées par des êtres humains, qui choisissent chaque chanson à la mitaine, puis qui créent à l’année longue, comme Alex Burger et ces musiciens-là ce soir. »

C’est sur une dernière phrase touchante, que les musicien-nes de Spagatt préparent leur venue sur scène : « J’espère que comme moi, vous allez trouver que la musique americana francophone et autochtone, c’est une des plus belles musiques au monde. »

Le mandat est grand pour les six membres de Spagatt, qui doivent ouvrir le bal (et quel bal!) devant une salle non seulement pleine, mais pleine d’un public qui en a vu et entendu. Un mandat qu’ils auront réussi avec succès, alors que le groupe livre un country moderne, avec des touches de rock et des expressions jeunes qui font sourire. Ça danse déjà en avant, la foule est décidément prête pour Burger. 

Il monte ensuite sur scène et ouvre ce qui sera une longue performance de près de 3 heures. D’abord, par une chanson très rock, qui assure un commencement fort (dans tous les sens du terme), un choix judicieux pour un public qui aura attendu longtemps dehors quelques heures auparavant. C’est ensuite que montent ses premiers invités avec qui il partage une ou deux chansons de leur répertoire. Chacun de ces moments sont touchants, et permettent de revoir chaque chanson de manière unique.  

Parmi ces moments, l’entrée de Mara Tremblay est remarquable. Sa performance partagée avec Alex fige le temps. Le duo a une complicité contagieuse, quelque chose se passe sur scène. C’est intime, la salle est attentive, l’énergie est palpable. 

Quelque chose de similaire se passe avec Arielle Soucy, une artiste douce au génie créatif. Elle porte sa chanson dans une sensibilité qui fait du bien, qui apprivoise l’americana différemment.  

Stephen Faulkner, pour sa part, n’aura pas besoin d’introduction. C’est  le nom qui pend sur toutes les lèvres. Sa présence à elle seule, aura fait la semaine de bien des gens. Sa performance était à la hauteur de nos attentes. 

Les textes touchants de Fred Fortin arrivent en fin de parcours. Il y a quelque chose de beau à l’écouter, car sa musique est aussi en quelque sorte un poème. C’est un baume chaleureux qui a su réchauffer la salle avant qu’il faille retourner dans l’hiver montréalais.  

La soirée se conclut finalement par un beau party sur scène. Tout ce beau monde, pour quelques minutes, se retrouve sur les planches  pour partager un instant de musique. C’est devant ces artistes, toustes côte à côte, qu’on se dit que la musique americana québécoise est entre de bonnes mains. 

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classique / classique arabe / folklore / Moyen-Orient / Levant / Maghreb

FMA 2025 | Convergence, un pari réussi

par Michel Labrecque

En ce mardi soir, où Montréal était éprouvée par une tempête de neige trop précoce, nous avions rendez-vous à la petite Salle Claude Léveillée de la Place des Arts pour entendre la première d’un concert mettant en vedette une joueuse de qanun et un violoncelliste. Chaima Gaddour et Samih Souissi, tous deux originaires de Tunisie. Chaima vit maintenant au Québec et Samih habite en France.

J’avoue: sortir par cette température compliquée m’a demandé un effort quasi-surhumain. Toutefois, après une minute de spectacle, je me suis retrouvé dans une dimension hors du temps et je n’ai jamais regretté d’y être venu.

Convergence est un concert créé par deux musiciens passionnés et passionnants. Le concept, que les deux m’ont déjà expliqué en entrevue, est de marier la musique orientale avec d’autres cultures, mais en la faisant avec fluidité. Le qanun, l’instrument par excellence du Moyen-Orient, est juxtaposé au violoncelle, un héritage essentiel de la musique occidentale.

Mais Samih arrive à faire sonner son violoncelle comme un instrument oriental et Chaima tire des sons asiatiques et occidentaux de son qanun bien-aimé.

D’ailleurs, c’est fascinant de la regarder jouer cette « harpe horizontale »: elle pince les cordes, parfois les tire, met sa paume de main sur les cordes, penche son instrument pour changer le son, le secoue comme un instrument percussif. C’est un instrument compliqué, il faut parfois changer les tonalités en cours de morceau. Mais quelle démonstration virtuose de richesse harmonique. 
Les deux musiciens semblent s’amuser, malgré les difficultés techniques. Convergence devient connivence. On passe de Schubert au monde arabe, on évoque le folklore irlandais pour le plonger dans l’empire Ottoman et ainsi de suite. Il y a un moment Andalou très réussi, même sans castagnettes et voix.

« Quand on fait de la musique classique, on joue d’un instrument, mais quand on aborde d’autres musiques, nos instruments chantent », nous avait confié Samih Souissi en entrevue. Nuance intéressante.

Chaima et Samih ont fait des choix de propositions musicales pour rendre le tout accessible aux oreilles moins habituées. On y entend un extrait de Carmen de Bizet, de la berceuse japonaise Sakura, de la balade Autochtone Ani Kouni…et même de My Heart Will go on, la chanson de Céline Dion pour le film Titanic! A ce moment, j’ai eu un peu peur…

Ces introductions plus connues permettent ensuite aux deux complices de nous emmener vers des avenues plus complexes et plus aventureuses.

C’était la première de ce spectacle que Chaima et Samih espèrent répéter dans de nombreux pays. Ce n’était pas parfait, mais extrêmement prometteur.

Pour l’amateur de musique plus expérimentale que je suis, j’aimerais qu’ils aillent encore plus loin dans l’improvisation, qu’ils flirtent avec la dissonance. Mais ce n’est pas mon concert, c’est le leur.

En attendant le retour de Convergence, vous pouvez entendre Chaima Gaddour dans d’autres contextes, notamment l’ensemble RCM, richesse culturelle de Montréal.

indie rock / rock psychédélique

Coup de Cœur Francophone | Occasion rare: Bon Enfant à L’Esco

par Justine Charland

Coup de Cœur Francophone, un festival attendu annuellement, a entamé sa 39e édition jeudi, dans le froid et la noirceur d’un automne féroce. Trois spectacles, tous à plus ou moins 50 mètres les uns des autres, marquaient le début d’une longue série qui s’étire jusqu’au 16 novembre. 

Dans les catacombes du Triangle, logeait le groupe Bon Enfant, qui foulait la scène de l’Esco que ses membres appellent affectueusement  la maison. Récipiendaire tout frais d’un Félix pour album rock de l’année la veille, c’est fatigué, mais bien déterminé, que Bon Enfant allait ouvrir le bal, façon singulière de célébrer une victoire bien méritée. 

Retour sur un spectacle intime dans un lieu fréquenté par la marge musicale. 

Bon Enfant est attendu à 22h, un rendez-vous de fin de soirée qui laisse place à l’engouement. Cet engouement se fait sentir : on peut compter pas moins de quatre personnes à la vidéo, la salle est pleine, les billets sont épuisés. Retrouver Bon Enfant dans un lieu aussi exigu que l’Esco, alors que le groupe peut normalement remplir un Club Soda, est une occasion de choix, une denrée rare. Le public le sait. 

Le groupe monte finalement sur scène, entame doucement son spectacle avec des pièces appréciées de son plus récent album. Quatre d’entre elles se succèdent, avec les éléments musicaux qu’on leur connaît : les lignes de guitare baignent dans une superposition d’effets oniriques, les interventions au synthétiseur rappellent le Fender Rhodes et les orgues des années psych-rock, les grooves dansants de la batterie et de la basse sont fidèles à leurs habitudes, ensemble ils sont solidement enracinés. 

Porcelaine arrive enfin, trame culte de Diorama. On ne peut passer à côté du style vocal de Daphné, qui rappelle sans équivoque la nostalgie des années 70. C’est sur l’exécution de ce premier grand succès que le public sait se joindre au bain sonore. Les paroles sont clamées. La fête est officiellement lancée. 

Peu après, le groupe lance courageusement Enfant de l’air, suite instrumentale à la Alain Goraguer, qu’il aborde comme un grand jam. Si peu d’artistes se permettent un intermède instrumental au milieu de la set list, Bon Enfant exécute avec finesse ce clin d’œil au prog et psychédélisme auxquels on les associe tant. 

Le spectacle présente ensuite ces chansons jouées en boucle dans nos salons, dont les fameuses Aujourd’hui et Magie, inépuisables. L’ambiance monte jusqu’à ce que la soirée s’achève, comme quoi la fatigue se combat par la musique. Certaines interventions nous font sentir proche du groupe : « on a gagné album rock à l’ADISQ hier, on a eu du fun ici même après. La vie est bien faite. Hier on payait pour être ici, aujourd’hui on est payé pour être ici. » Sans surprise, c’est à la suite d’une demande de rappel que le groupe boucle cette longue épopée de party et de show par deux pièces, solidement livrées. Le message est clair : cette édition de Coup de Cœur Francophone est à suivre de près.

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Violons du Roy | Sans faute pour l’orchestre, prestation impeccable du soliste

par Chloé Rouffignac

A l’approche du fameux Festival Bach à Montréal, l’aura du compositeur flotte déjà: ce vendredi 7 novembre, les Violons du Roy nous proposaient  un concert on ne peut plus thématique (Leçons de Bach) à la Salle Bourgie. C’est sous la direction du chef Bernard Labadie, qui a dû prendre la place de son collègue Robert Levin étant à l’origine du programme de la soirée, que nous avons pû profiter d’un concert digne de la réputation de l’orchestre.

En effet, le pianiste Inon Barnatan, remplaçant au pied levé Robert Levin (qui devait assurer son rôle de soliste également) nous a captivé par la maîtrise d’un texte chargé et complexe notamment dans le Concerto en Ré mineur BWV 1056 , conclu en une ovation qui ne s’est pas fait attendre. Malgré l’interruption de plusieurs téléphones dans la salle, l’attitude engagée du pianiste envers un orchestre millimétré était une expérience en elle-même. 

Une attitude bienvenue dans l’univers de Bach qui ne demande pas seulement une précision rythmique et une intonation irréprochable mais également de dialoguer physiquement entre sections. L’énergie galvanisante du soliste et de ses musiciens s’est transmise au public dès l’allegro. Une osmose que l’on verra se poursuivre dans le Concerto no 5 en Fa mineur et son fameux Largo tout en dentelle et en émotion. 

La valeur sentimentale se retrouvant également seule avec le Concerto Italien BWV 97, dévoilant un pianiste seul sur scène qui déverse un flot de notes sans erreur et surtout sans perdre de caractère ni de précision sous la difficulté du texte.

Le concert a débuté par des extraits de L’Art de la Fugue, une belle entrée en matière pour l’orchestre qui a pu mettre en valeur une sonorité unie avec un chef proche de ses musiciens. On peut retenir l’entrée du violoncelle dans le Contrapunctus II qui enjambe le flot du premier sans discontinuer la douceur des violons. On retrouve également de belles vagues dans les nuances même dans des passages plus techniques et acrobatiques du Contrapunctus IX, rendu possible, aussi, par la présence dynamique du premier violon Katya Poplyansky. 

Elle offre ainsi que sa section une très belle qualité sonore et dirige dans Offrande musicale une conversation très fluide du courant mélodique qui pourrait souvent se résulter en ligne d’apnée. Mais au contraire, on observe une interprétation légère et très appliquée.

En somme ? Un sans faute pour les Violons du Roy qui ont pourtant dû s’adapter aux changements de direction et de soliste, et une prestation impeccable du soliste Inon Barnatan qui a fait l’unanimité du public. Rendez-vous le 22 novembre prochain pour l’orchestre de chambre qui proposera cette fois-ci du Vivaldi sous la direction de Jonathan Cohen.

alt-pop / Alternative / électro-pop / électro-rock

Le Quai devient «club» au son de Bibi Club

par Simon Gervais

Énergique et envoûtant, Bibi Club nous a captivés le 6 novembre, nous plongeant dans un univers unique où la douceur d’une âme naturaliste se mêle à la puissance vibrante de l’électro-rock.

J’avais déjà vu le duo Adèle Trottier-Rivard et Nicolas Basque en 2023, lors du Taverne Tour, au Quai des Brumes. Ce lieu mythique de la musique québécoise fête ses 40 ans, nous rappelle la programmatrice Noémie Laniel en ouverture du spectacle. Cette fois, je suis habité d’une curiosité nourrie par leur plus récente chanson, Amaro, une pièce beaucoup plus dance et méchante que tout ce qu’ils ont produit jusqu’à ce jour. Une piste qui, je l’espère, laisse présager une nouvelle direction pour Bibi Club.

Souffle new wave

Dès les premières chansons, on perçoit ce glissement : un matériel un peu plus sombre, davantage de distorsion, et une touche qui puise dans le new wave et le downtempo. Les textes conservent cette poésie naturelle et élémentaire propre à Bibi Club, empreinte d’amour et d’entraide. Les ambiances, quant à elles, semblent plus dramatiques qu’auparavant, avec des tonalités mystérieuses et des coups de guitare cinématographiques faisant penser à Ennio Morricone. En entendant des pièces plus vieilles comme Le feu, je réalise que ça a toujours été là, ce souffle new wave — simplement, ce soir, il semble moins diaphane et plus frontal, encore plus assumé.

À certains moments, on est frappés par un véritable mur de son : drum machine très appuyée, sonorités synth texturées, couches de voix superposées et solos de guitare endiablés. Basque lève régulièrement sa guitare au-dessus de sa tête, comme une rock star. La chimie entre les deux artistes s’impose avec une aisance naturelle et instinctive, formant une unité presque indissociable — à l’image de Janus — lorsqu’ils se tiennent côte à côte.

Sous les lasers multicolores, la salle oscille parfois doucement, parfois hochant la tête vigoureusement sous la cadence hypnotique du beat.

Puis arrive Amaro

Point fort du show. Les planches du Quai s’embrasent sous un éclairage écarlate. Les tons mystiques annoncent une montée crispante. Le caractère oppressif du morceau rappelle presque le phonk, ce sous-genre electro à l’aplomb insolent issu de la culture web. C’est pour Bibi Club la découverte d’un nouvel horizon dansant, et la foule emboîte le pas.

L’avant-dernière chanson évoque un peu War On Drugs, avant de revenir sur une finale très new wave, très rock. Après le concert, Adèle m’avoue que Amaro était au départ une expérimentation, presque une joke. Ils ont créé ce beat pour le plaisir, ont aimé ce que ça donnait, et maintenant c’est la chanson titre de leur prochain album qui paraîtra en février prochain. Comme quoi parfois, une création ludique et décomplexée peut mener à de véritables pépites d’or. J’aimerais sincèrement qu’ Amaro devienne leur point cardinal pour la suite — histoire de mettre encore plus de « club » dans Bibi Club.

🔗 Lisez aussi notre compte rendu de Bibi Club au FME !

Photos: Marie-Michèle Bouchard | Luna Choquette Loranger

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arabo-andalou / Maghreb

FMA 2025 | La grande classe de Lila Borsali

par Alain Brunet

Chanteuse de grande qualité, Lila Borsali explorait samedi les recoins de la pensée face à l’exil. Ses introductions de chaque chanson au programme rappellent plusieurs états de l’exil à travers les mélodies, rythmes et paroles des artistes les ayant créées.

Cette fois, elle mettait en lumière Ya Ghorbati, « chant séculaire où palpitent les mémoires blessées de l’exil ». Ce répertoire raffiné comprenait aussi une composante kabyle (amazigh algérienne ou berbère algérienne), soit une langue autochtone qui existait avant les invasions et la colonisation arabe à partir du 7e siècle. Et qui existe toujours. Une forte portion de l’Algérie québécoise étant kabyle et dont plusieurs parlent toujours leur langue d’origine, on peut comprendre l’intérêt des festivaliers venus remplir la 5e salle de la Place des Arts ce samedi 8 novembre.

Originaire de Tlemcen, Lila Benmansour avait pris le nom Borsali lorsqu’elle maria Selim Borsali, dont elle est la veuve depuis 2013. Spécialiste du répertoire arabo-andalou, mais ne parlait pas cette langue kabyle qu’elle a approfondie dans le contexte de ce programme – nous a-t-elle confié. Son directeur musical et oudiste l’a assistée afin qu’elle en maîtrise la prononciation et les accents toniques de la langue amazigh. On ne se prononcera pas sur les résultats mais on vous assure que le public a vraiment apprécié dans son ensemble

Pour tout Occidental qui n’a qu’une connaissance théorique de cette culture, l’exotisme est complet : les (2) violons sont joués à la verticale, le quanoun est un instrument à cordes pincées et exigeant une technique complexe, ney (flûte traditionnelle), deux ouds (luth arabe) et deux percussions – derbouka, cymbales, tambours sur cadre, etc.

De souches arabes et nord-africaines, les mélodies modales de ces chants arabo-andalous peuvent se coucher sur des accompagnements doux et soyeux, mais aussi impliquer de vrais élans rythmiques, fortes pulsations suscitant le battement des mains et même les youyous aigus des spectatrices galvanisées.

Deux heures bien pleines, conclues sans l’euphorie générée par cette chanteuse excellente, dont le timbre rappelle des voix aux carrières fort différentes mais unies par leur texture vocale et leur tessiture mezzo soprano – Joan Baez, Edith Butler, Nana Mouskouri.

Altière, très élégante dans sa robe traditionnelle blanche serti de dorures orientales, Lila Borsali aura comblé le public du FMA, à l’évidence conquis d’avance.

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