classique / période moderne / période romantique / post-romantique

OSM | Un soir de fête (symphonique) des morts

par Chloé Rouffignac

Transformé par ses costumes, l’OSM nous offrait un programme chargé de grands titres pour fêter l’Halloween en bonne et due forme. Ce jeudi 30 octobre, la salle elle aussi décorée pour l’occasion, nous promettait un concert magique.

Même si l’on peut retenir les beaux efforts de mise en scène et les apparitions spontanées de la clarinette qui ont fait l’unanimité du public, c’est la performance du pianiste Godwin Friesen dans la Totentanz de Liszt qui s’est distinguée en fin de concert -une heure et demie sans entracte- achevée par une belle ovation. Une œuvre exécutée avec propreté de la part de l’orchestre offrant un beau support à la prouesse du pianiste.

Après un début timide dans L’Apprenti Sorcier de Paul Dukas sous la direction dynamique de Dina Gilbert, l’orchestre essuie des petites bavures avant de se rattraper en précision. On s’attendait évidemment à un sans faute dans une pièce aussi célèbre mais nous ne sommes pas restés sur notre faim bien au contraire.

L’improvisation de l’orgue sur Le Fantôme de l’Opéra a marqué les esprits, par la maîtrise de la conversation entre écran et clavier mais surtout dans les nuances dont le cinéma muet requiert. Ce que l’on retrouve également dans la fameuse Île des Morts de Rachmaninov, pièce de résistance de la soirée mettant en valeur la qualité de l’orchestre et tout particulièrement dans la section des cuivres à travers les solos de cor et de trompette. 

On note à l’écran les beaux contrastes d’ombres et de lumière suivant la musique avec une étonnante maîtrise des allers-retours de caractères. On retiendra également l’arrangement de la Danse Macabre – très revisitée- qui mettait en vedette l’octobasse, la clarinette et l’orgue : un trio très réussi souligné par l’audace de la clarinette. Audace que l’on aimerait d’ailleurs voir plus souvent sur la scène classique.

Un concert très chargé donc, surprenant par sa mise en scène et ses décors et la volonté d’échanger directement avec le public qui s’est facilement laissé prendre au jeu pour l’occasion.

country / folk

Odie Harr à la Casa del Popolo : une joyeuse pagaille montréalaise

par Félicité Couëlle-Brunet

La formation montréalaise Odie Harr a rempli Casa del Popolo pour son concert hier soir, et l’énergie était tout simplement contagieuse. Je ne les avais pas revus depuis leur premier concert au Turbo Haüs, mais l’esprit était tout aussi vivant, peut-être même plus sauvage cette fois. La scène était bondée avec un violon, un accordéon, une trompette, un trombone et une rotation d’amis qui semblaient apparaître et disparaître au milieu du set, alimentant le rythme spontané du groupe.

Les performances d’Odie Harr sont des rassemblements rares… Apparemment, la formation complète ne parvient à se réunir que pendant les concerts, ce qui rend chaque événement unique. Leur musique brouille la frontière entre la répétition et la révélation, équilibrant des racines folk et une improvisation expérimentale. Le résultat est un son qui semble communautaire et vivant, comme une parade de rue comprimée dans une petite salle.

Ce qui rend ce groupe spécial, c’est la façon dont ils jouent les uns pour les autres et avec les autres ; pas de hiérarchie, juste un entrelacs de mélodies, de rires et de confiance. Les regarder, c’est comme entrer dans une célébration dont on ignorait l’absence. Au Casa del Popolo, la joie était bien réelle, et le chaos était parfaitement orchestré.

arabo-andalou / classique arabe / classique persan / flamenco

FMA 2025 | Olé Persia, « trialogue » subtil entre trois cultures

par Michel Labrecque

Le vénérable National, rue Ste-Catherine Est, était plutôt rempli pour l’inauguration du 26e Festival du monde arabe de Montréal (FMA). Une foule superbement métissée, on se serait cru dans le roman Mille secrets mille dangers, d’Alain Farah, ou son adaptation cinématographique. On pouvait y croiser Nima Mashouf, fraîchement rescapée d’une prison israélienne et Amir Khadir, entre autres spectateurs d’origine iranienne. On entendait parler plein de langues, parfois simultanément. Nous étions à Montréal, sans aucun doute. Et on s’y sentait bien.

Mais voilà que, dans son discours inaugural, la porte parole du festival nous envoyait un message sombre: 

« Vous ne pouvez pas imaginer le déferlement de haine sur nos réseaux sociaux », a-t-elle lancé en évoquant la difficulté d’un festival comme celui-ci de naviguer dans une époque où la montée de l’exclusion complique la donne. Ce n’est toutefois pas la première fois: je me rappelle à quel point l’après 11 septembre 2001 avait fragilisé le festival. Il a la couenne dure et il répond par la qualité de ses spectacles.

Le FMA s’amorce donc par une création originale: Olé Persia, qui vise précisément à rassembler des cultures plutôt que de les diviser. Sous la direction musicale de Saeed Kamjou, nous avons assisté à un mélange de musique et de danse arabe, flamenco et persane. Nous connaissons déjà les liens entre flamenco et musique arabe, pour cause de conquêtes et de cohabitation en Andalousie. Mais les musiques classiques persane et arabe se sont aussi influencées, nous a expliqué Saeed Kamjou dans une entrevue que vous pouvez écouter sur PAN M 360. 

Nous avons eu droit à un périple musical qui a duré près de deux heures. 

Côté flamenco, on retrouvait la formidable guitariste Caroline Planté et le chanteur incendiaire Fernando Gallego. Côté arabe, l’oudiste montréalais originaire de Jordanie, Abboud Kayyali, coté persan, le percussionniste savant Pejman Hadadi, le joueur de tar (une guitare persane) Behfar Bahadoran et Saeed Kamjou au Kamancheh, un instrument à archet, qui a orchestré le spectacle. Pour chanter à la fois en persan et en arabe, chose rare, on retrouvait sur la scène Mina Deris et sa voix douce et suave.

Disons le tout de suite: nous avons eu affaire à des instrumentistes de grand talent, parfaitement maîtres de leurs instruments, y compris vocaux. Et puis, se sont ajoutés les danseurs: la québécoise Rosanne Dion, qui a étudié longtemps en Espagne et le franco-iranien Shahrokh Moshin Ghalam, maître chorégraphe en danse persane et contemporaine. 

L’idée du spectacle était de juxtaposer ces trois cultures, pour en illustrer les points communs et aussi les différences. Le répertoire était composé d’œuvres des différentes cultures. C’était des dialogues ou « trialogues »plutôt qu’une fusion entre styles. Et, en ce sens, c’était parfaitement réussi. 

Le public y a trouvé son compte si on en juge par le niveau des applaudissements. J’ai aussi éprouvé beaucoup de plaisir, particulièrement quand une mini fusion entre les genres s’est opérée. Quand Behfar Bahadoran s’est mis à improviser au tar sur la rythmique de Caroline Planté, je me suis mis à éviter. J’aurais été curieux d’entendre l’espagnol Fernando Gallego chanter en harmonie avec l’iranienne californienne Mina Deris. C’est peut-être l’amateur profane d’improvisation qui aurait souhaité que la fusion aille encore plus loin. 

Mais c’était un fantastique concert inaugural. Attendons la suite du FMA.

jazz

ONJ | Des hommes et leur cheffe d’orchestre jazzent au féminin…brillamment!

par Michel Labrecque

On va se le dire d’emblée: je suis un grand fan de cet orchestre, qui rassemble la crème de la crème – une expression suédoise, le savez-vous? – des musiciens de jazz de Montréal, dans une formule big band de haut niveau.

Après un excellent hommage au génie musical brésilien Hermeto Pascoal, ce concert était dédié aux compositrices de jazz, de 1929 à 2025, sous la direction de la pianiste et compositrice Marianne Trudel.

« Je suis une nerd », nous a-t-elle déclaré au départ, « je vais procéder de façon chronologique ». Nous avons donc entendu Mary Lou Williams, pianiste, arrangeuse et compositrice, dans des pièces datant respectivement de 1929, 1947 et 1968. Ceci donnait un formidable portrait de l’évolution du jazz, démarrant avec un jazz post ragtime et nous amenant vers des arrangements plus complexes, qui flirtaient avec la dissonance dans la pièce Lonely Moments. Tout ceci était parsemé de solos de chaque membre de ce groupe décidément de plus en plus soudé.

Il s’est trouvé que, juste avant d’écrire cette chronique, je prenais mon second café matinal en écoutant ma station radio de jazz préférée sur internet. Et j’entend une pièce chorale inconnue et magnifique. C’était une composition de Mary-Lou Williams, Black Christ of the Andes. Ce qui démontre la diversité de ses compositions, au-delà du big band.

Par la suite, nous avons visité l’univers de la Japonaise Toshiko Ayoshi, pour nous plonger dans les années 70. Puis, est arrivé le tour de Maria Schneider, qui a été mon coup de cœur personnel.

Marianne Trudel nous a appris qu’elle avait travaillé avec le fantastique arrangeur Gil Evans, connu pour son travail avec Miles Davis, comme copiste, ce qui lui a permis d’apprivoiser la complexité musicale en profondeur. Par la suite, Maria Schneider a développé son propre style, que Trudel n’hésite pas à qualifier de « sensibilité féminine », pour faire sonner un ensemble de jazz totalement différemment de la plupart des bigs bands.

Je connaissais Schneider en partie, mais, j’ai eu l’impression de m’envoler en écoutant l’ONJ interpréter deux pièces de cette grande dame. Les couleurs sont si particulières, les arrangements chatoyants, l’oreille est toujours interpellée par des harmonies intrigantes. Sur Dança Llusoria, André Leroux, davantage connu pour son brillant travail au saxophone, nous a mené vers une autre dimension avec un très long solo de clarinette, dans une musique post saltimbanque déconstruite…

Pour moi, ce voyage musical féminin s’est poursuivi dans la découverte: la Canadienne Anna Weber, aujourd’hui expatriée à New-York et la Japonaise Satoko Fujii, toutes les deux dans un registre plus contemporain mais hyper intéressant. Je vais aller les écouter sur disque, c’est sûr.

Pour finir, dans une sorte de rappel, nous avons eu droit à Vent Solaire, de Marianne Trudel, elle-même, qui avait déjà été enregistrée par l’ONJ. C’était…solaire! Dix-sept hommes ont rendu hommage aux femmes de façon brillante!

En quittant la salle, j’ai entendu une femme dire à son amie: « Je n’avais aucune idée qu’un big band pouvait faire de la musique comme ça ». Voilà pourquoi il ne faut pas hésiter à aller voir l’ONJ.

Avant le concert, j’ai eu la chance de jaser rapidement avec Marianne Trudel. Je lui ai fait part de mon étonnement, très profane, qu’une de mes compositrices de jazz préférées, l’Américaine Carla Bley, ne soit pas au programme. Elle m’a laissé entendre que nous entendrons probablement Carla dans un prochain concert. À suivre…

D’ici là, le prochain rendez-vous de l’ONJ est le 17 novembre pour entendre Charlie Parker with Strings, sous la direction de l’excellent saxophoniste Samuel Blais.

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art sonore / Experimental

Akousma | Tourbillons et stridulations : plongée sensorielle

par Marc-Antoine Bernier

Pour le deuxième bloc de la soirée d’Akousma, le festival de musique électroacoustique proposait une expérience d’immersion totale dans le dôme de haut-parleurs de l’Espace C. Deux artistes, le Québécois Christian Bouchard et le Viennois Robert Schwarz, y ont présenté des pièces explorant les matières sonores, qu’elles soient plastiques ou biologiques, artificielles ou organiques.
Avec Spirale plastique (2024), Christian Bouchard nous plonge dans un océan de matières flottantes. Divisée en segments séparés par des silences, la pièce alterne immersion et respiration : chaque pause agit comme une remontée à la surface du continent plastique avant de replonger vers un nouveau secteur sonore. Dans le dôme de haut-parleurs, la notion de vortex se matérialise. Les sons tourbillonnent, se creusent, s’entrechoquent. On se sent happé, ballotté au cœur de ces courants océaniques convergents, sans repère ni centre. Sur le plan énergétique, la pièce oscille entre tension et suspension : les élans nerveux et les moments d’apaisement se croisent, parfois s’opposent, parfois se confondent. Bouchard y compose une spirale sonore où le désordre devient beauté, et où l’on se perd avec une étrange fascination.

Puis, dans l’obscurité quasi totale, Robert Schwarz ouvre un tout autre monde. Sa pièce Stridulations 1–14 (2024–2025) évoque les voix du minuscule, ces pépiements et rugissements modulés qu’émettent les insectes et les arthropodes en frottant leurs corps l’un contre l’autre. Le public, plongé dans le noir, les yeux clos, adopte soudain la perspective de ces créatures qui perçoivent sans voir. Le son devient matière vibrante : il se déplace, frôle, pénètre. Dans le dôme, chaque fréquence semble effleurer la peau. Certaines vibrations sont si précises qu’elles déclenchent une réaction physique, presque tactile, qui évoque une synesthésie implicite entre le corps et l’espace. On se perd dans ce monde sonore imaginé, à la frontière du naturel et du synthétique. Les stridulations se multiplient, se croisent, s’éloignent, jusqu’à former un réseau vivant, à la fois hypnotique et déroutant. Pendant trente minutes, le réel se dissout : seule demeure cette communication d’un autre ordre, primitive, élémentaire, où l’écoute devient un sens animal.

Ce Bloc 2 d’Akousma offrait deux expériences radicalement immersives, où la matière sonore devient terrain d’exploration. Bouchard nous confrontait à la dérive plastique du monde moderne, tandis que Schwarz réinventait la perception à travers les langages microscopiques du vivant. Deux plongées vertigineuses dans la matière du son, oscillant entre le tangible et l’invisible.

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Musique de création

Quatuor Quasar, 40 ans après la disparition tragique de Claude Vivier

par Jeremy Fortin

Dans le cadre du CAM en tournée,  le quatuor de saxophones Quasar a présenté mercredi  son programme intitulé Cinq pièces liquides, hommage à Claude Vivier. Ce concert, qui n’en est pas à sa première représentation, est issu des événements organisés en 2023 soulignant les 40 ans de la disparition tragique du grand compositeur québécois Claude Vivier.

Si ce concert hommage ne présente qu’une seule œuvre du compositeur, c’est pour mettre en lumière les mentors de Vivier, tels que ses deux professeurs, Paul Méfano et Gilles Tremblay, ainsi que ceux qui ont été inspirés par Vivier, comme Florence M. Tremblay, Émilie Girard-Charest et Yassen Vodenitcharov.

Le concert commence donc avec Pulau Dewata, une pièce à instrumentation variable composée en 1977 par Claude Vivier. En balinais, Pulau Dewata signifie « ile des dieux », un hommage que rend Vivier à son voyage à Bali où il s’est familiarisé avec le gamelan, une grande source d’inspiration pour le compositeur. Mêlant homorythmie et sonorité très proche du gamelan, Pulau Dewata étant sans aucun doute la pièce idéale pour débuter ce concert. Quasar a su délivrer une performance très respectable de cette pièce phare de leur répertoire.

Le concert s’enchaîne avec Mouvement Calme de Paul Méfano qui malgré son écriture soignée alliant des passages rythmés de « slap-tongue » et des moments lyriques se déroulant tous les deux dans la douceur, la pièce se perd malheureusement au sein de l’éclectisme du concert.

C’est ensuite au tour de Gilles Tremblay, qui, en 2009 pour commémorer le 25e anniversaire du décès de Vivier, avait composé pour Quasar la pièce Levées. Cette pièce illustre très bien l’une des forces de Quasar, soit le dialogue entre les différents membres du quatuor. La pièce elle-même est énormément construite autour de questions-réponses et de dialogue possible entre les instrumentistes. Cela atteint son apogée lors d’une série de petites interventions faisant appel au jeu d’acteur des musiciens de Quasar qui ont su amuser le public.

C’est ensuite dans l’univers de Florence M. Tremblay que l’on se retrouve avec Vapeurs taillées, une pièce envoûtante qui met de l’avant les sons multiples du saxophone. Mais la grande surprise de la soirée fut Bestiaire d’Émilie Girard-Charest, une pièce complètement ludique mêlant une panoplie de technique étendue comme jouer seulement du bec ou du bocal, mais le plus surprenant fut cette finale avec un solo d’anche de Baryton. Bref, une pièce qui a su faire rire la foule comme j’ai rarement vu en musique nouvelles!Le concert s’est conclu sur la pièce homonyme du concert, Cinq pièces liquides, une œuvre solide qui, pour moi, illustre bien l’éclectisme d’un excellent concert présenté par Quasar.

Oiseau de nuit sur scène, d’Antoine Corriveau: effet bœuf !

par Simon Gervais

Fauve et féroce, Antoine Corriveau a effectué avec brio, au Ausgang Plaza jeudi soir, la rentrée montréalaise de son excellent Oiseau de nuit, album paru le 25 avril dernier. Un titre à l’image de l’homme, que l’on aperçoit souvent rôder dans les concerts et les événements musicaux avec sa dégaine de loup-garou. 

Timide d’abord, presque anxieux, il s’est présenté sur scène, affublé d’un grand manteau rouge et de lunettes étroites rappelant un peu des iggaak inuits. La formule est complète : guitare, basse, batterie viennent ajouter de la force au projet.

Le spectacle s’ouvre abruptement sur Moscow Mule — alors même que je sirote le mien — et s’enflamme graduellement jusqu’à l’ignition véritable durant la très sexy Interruption. À ses côtés, Cherry Lena, choriste talentueuse et charismatique, complète la formation et jette un peu de lumière sur le chant rugueux du ténébreux félin. Leur complémentarité scénique donne lieu à une ambiance à la fois rituelle et intime. On se sent un peu en famille, un peu entre curieux venus découvrir un matériel résolument énergique, plus que les quatre albums précédents.

« Ça fait quatre ans que j’ai pas fait de show, la dernière fois c’était pendant la pandémie et c’était un peu bizarre », confie-t-il avec une humilité nerveuse. Cette fragilité d’entrée de jeu rend d’autant plus éclatante sa transformation au fil du concert : le chat nous invite peu à peu à danser dans sa ruelle, et le sort est jeté. 

Sa voix caverneuse, d’outre-tombe, sert des pièces à la fois dansantes et narratives, à la cadence rap évoquant Dédé dans Belzébuth ou Leloup dans Johnny Go. C’est volontairement déroutant par moments, souvent accrocheur. La profondeur que l’on connaît d’Antoine Corriveau est maintenant habillée de puissants arrangements, d’attitude rock.

S’éloignant du son plus austère et aéré de ses débuts, Corriveau explore dans Oiseau de nuit un territoire groovy, densément texturé, teinté de jazz, de funk et de hip-hop. Une direction amorcée dans l’album précédent Pissenlit paru il y a cinq ans. 

Sous les stroboscopes rouges, ce matou a dansé et nous a fait danser, prouvant qu’en se réinventant, on peut renaître de ses ombres pour briller de plus belle au milieu de la nuit.

Photo: Compte Instagram Antoine Corriveau

Akousma/ Electrochoc/Tempo Reale | Un hommage approprié pour Luciano Berio (1925-2003)

par Joséphine Campbell-Lashuk

Le jeudi 23 octobre, une formidable collaboration entre Akousma, Electrochoc et Tempo Reale a vu le jour dans la salle multimédia du Conservatoire de Montréal. Les lumières s’éteignent et une archive musicale et sonore est réactivée. La première pièce de ce programme, dédié au centième anniversaire de la naissance du regretté Luciano Berio, n’était en fait pas l’œuvre du compositeur italien, mais plutôt une création de Simone Faraci et Francesco Giomi.

Cette œuvre, intitulée In-Naturale, s’inspire des vastes archives ethnographiques et folkloriques que Berio a constituées au fil de nombreuses années. Elle mêle des voix chantées et des cris ludiques, dignes d’un dessin animé. Elle commence par une simple mélodie folklorique qui émerge du coin arrière gauche de la pièce et s’étend lentement pour former une composition grandiose qui harmonise une berceuse française avec une chanson folklorique russe et des instruments acoustiques fragmentés.

La pièce suivante, Thema (Omaggio a Joyce), offrait un aperçu de la collaboration remarquable entre Berio et Cathy Berberian, l’une des chanteuses les plus accomplies et innovantes de son époque. Sa voix commence par s’exprimer clairement, droit devant, puis se déplace progressivement à travers la pièce.

La pièce suivante, Chants Parallèles, m’a semblé beaucoup plus contemplative. Les sources utilisées pour sa création sont plus ambiguës ; elle oscille entre un son de synthétiseur doux et, parfois, une voix chorale lointaine. La seconde moitié de cette pièce était particulièrement émouvante en raison de sa grande délicatesse.

Cela contrastait avec la dernière œuvre, Visage, véritable tour de force théâtral. Dans cette rare présentation multicanal nord-américaine, elle remplissait toute la salle, mettant une fois de plus en avant le talent extraordinaire de Berberian, dont la voix passait de la conversation à des grognements et à du charabia.

Ce concert était un magnifique hommage à Luciano Berio. Je n’ai encore entendu que très peu de choses qui ressemblent à la musique de Berio. C’était un compositeur qui allait à la fois vers l’avant et vers l’arrière. Il a créé quelque chose de profondément complexe mais aussi très accueillant, ou « accogliente », comme l’a dit Francesco Giomi.

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classique

Ainsi ont parlé le trombone et le violoncelle

par Alexis Desrosiers-Michaud

Cette semaine à l’OSM, il n’y a pas un, mais bien deux concertos, avec deux solistes maison; le tromboniste James Box dans le Concerto « Yericho » de Samy Moussa et le violoncelliste Brian Manker dans Schelomo: Rhapsodie hébraïque d’Ernest Bloch. 
Le concerto de Moussa tient son nom de la ville de Jéricho, qui, selon le récit biblique, fut encerclée par Israël avant de tomber en une semaine. C’est une œuvre intense du début à la fin, qui ne laisse aucun repos à son interprète. Fortement inspirée de la musique minimaliste et la présence d’un orgue, la terreur se ressent dès les premières minutes de l’œuvre, avec un motif de deux notes descendantes (le contraire de Jaws) répété maintes fois sonne l’alarme, et dont le soliste sera le dernier à le jouer. S’en suit une série de séquences virtuoses tant pour l’orchestre que le soliste, qui mènera à des climax rappelant Chostakovitch avec l’abondante percussion et les cordes dans l’extrême aigu, notamment. James Box a livré une performance exceptionnelle alliant son puissant, registre très déployé et une coordination sans faille. Yericho tiendra le public en haleine jusqu’à la toute fin, qui se lèvera d’un bond pour féliciter orchestre, soliste et compositeur.

C’est d’une tout autre manière que Brian Manker se démarquera par la suite. Interprétant le Roi Salomon, ses proclamations musicales et son phrasé sont impeccables, si bien que l’orchestre massif derrière lui ne l’enterre jamais. Tout comme son collègue, sa technique est mise à l’épreuve, mais, tel un roi, Manker ne flanche pas. À l’instar de Yericho, Schelomo est une œuvre ininterrompue et plus fluide. Les musiciens jouent le rôle des fidèles à merveille, scandant à tout rompre dès que le roi se tait. 
Si on peut y noter un lien religieux évident dans les deux concertos, la comparaison s’arrête ici. D’une part parce que ni Richard Strauss et Friedrich Nietzsche n’était pas de confession juive, et de seconde part, parce que l’ouverture du concert était celle de l’opéra Tannhaüser de Richard Wagner, antisémite notoire. Celle version était très bien réussie, grâce à la justesse des bois et à la dextérité et cordes, mais aussi au son majestueux des cuivres dans le thème final.

La pièce de résistance de ce long concert était le poème symphonique de Richard Strauss Also sprach Zarathustra. La première minute a beau être archi-connue, il faut encore pouvoir affronter les 32 autres, surtout après 1h30 de concert. Le test d’endurance a été relevé avec brio. On aurait pu s’attendre à un relâchement de la puissance et de précision, surtout chez des cors et des cordes sur-utilisés, mais ce n’est pas arrivé. Cette (autre) partition techniquement très exigeante nous a donné droit à des contrastes très bien dosés entre les bois à l’arrière et les violons solos, ainsi que des interventions de solistes épars aux aguets. La valse était jouée avec verve, avant de replonger dans des douceurs abyssales auxquels Rafael Payare nous a habitués depuis son arrivée.

classique / période romantique

Festival Vibrations | L’OUM célèbre ses 75 ans sous le signe du cor

par Chloé Rouffignac

Ce samedi 18 octobre, l’Orchestre de l’Université de Montréal (OUM) ouvrait sa saison, célébrant les 75 ans de la faculté de musique. Sous la direction de Mathieu Lussier, I’OUM nous a présenté un programme riche à travers quatre œuvres romantiques, toutes issues de la fin du 19e siècle dont la très connue huitième symphonie d’Antonín Dvořák. Pourtant, c’est bien le concerto pour cor en mi bémol majeur de Richard Strauss, interprété par le soliste Noah Larocque, qui fut la pièce de résistance du concert.

Notant la rareté de la présence d’un instrument à vent au devant de la scène, Noah Larocque s’est affirmé dès les premières notes avec un son rond et puissant, et ce tout au long de la pièce qui requiert une belle endurance en réponse à texte offrant peu de répit. Malgré les sauts abrupts des grands intervalles, la mélodie et le lyrisme ont dominé avec une aisance surprenante. Tout en sobriété, oui, mais la qualité de la performance s’est conclue dans une ovation bien méritée.

Dans l’ouverture de l’opéra Le Roi D’Ys D’Edouard Lalo, on peut retenir la propreté et la délicatesse des solos respectifs de hautbois et clarinette qui promettent déjà la solidité de la section des bois. Solidité que l’on retrouvera dans une autre œuvre moins connue du programme: La nuit et l’amour d’Augusta Holmès, où la présence de la harpe est parfois étouffée malgré la discrétion des cuivres qui ont du mal à faire leur place.

Discrétion vite dissipée avec l’entrée forte et maîtrisée des trompettes dans la symphonie de Dvořák, même si un soutien plus prononcé de la section des cuivres aurait été le bienvenue. Le dernier mouvement a mis en lumière la précision de l’orchestre tout entier dans un allegro ma non troppo triomphant.

Un début de saison donc surprenant et réussi. Rendez-vous le 5 décembre à la salle Claude Champagne pour la suite!

Photo: Nina Gibelin

house / techno

Maceo Plex clôture Piknic Électronik 2025 avec un adieu groovy et émouvant

par Julius Cesaratto

Pour sa dernière édition de l’année, Piknic Électronik a clôturé la saison en beauté avec une masterclass de trois heures donnée par Maceo Plex. Sous un ciel automnal exceptionnellement chaud, le DJ chevronné a guidé les festivaliers dans une dernière danse en plein air, un adieu groovy et émouvant avant que Montréal ne tourne la page vers l’hiver.

Cette édition spéciale de Piknic s’est accompagnée d’une animation Igloofest très animée, comblant le fossé entre les deux festivals frères. À côté d’un igloo gonflable géant, les fans ont pu s’ébattre dans des flocons de neige artificiels tandis que les mascottes Igloofest Yeti se sont jointes à la foule, ajoutant une touche surréaliste et ludique à la soirée.

Après avoir ouvert le bal avec une sélection de morceaux house vocaux groovy et lents, le producteur américain a commencé à créer l’ambiance avec soin. À mesure que la foule s’échauffait, il a augmenté le BPM, passant à des sons trance et progressifs rêveurs, ponctués de coups de cuivres et de kicks 808. Au fur et à mesure que le set évoluait, il s’est laissé aller à un rythme two-step, rehaussant l’énergie d’une soirée d’automne déjà exceptionnellement chaude.

Des morceaux hip-hop ont ponctué sa performance : « a lot » de 21 Savage et « Ouou » de Young M.A sont apparus à des moments inattendus, chacun suscitant des acclamations massives de la part de la piste de danse bondée.

Plus tard dans la nuit, le ton s’est assombri pour s’orienter vers la tech-house, ancrée par des percussions à la main cristallines et des motifs techno 4/4 familiers. Lorsque le producteur américain a enchaîné avec « No Heart » de 21 Savage, la foule s’est déchaînée, reprenant en chœur chaque parole. Derrière les platines, il se tenait triomphant, levant le poing, un large sourire de satisfaction illuminant son visage.

Des lumières stroboscopiques blanches balayaient ce qui semblait être la plus grande foule de la saison au Piknic, illuminant une mer de visages profitant de leur dernière soirée dansante en plein air de l’automne. Puis vint le point culminant du set : « Fine Night » de Cloonee, remixé avec goût pour l’occasion. Alors que le morceau emblématique résonnait, tout l’espace était en proie à l’euphorie et la prise de conscience collective que c’était la fin d’un autre été inoubliable commençait à s’installer.

Dans quelques mois à peine, la scène glaciale de l’Igloofest s’élèvera à nouveau dans le Vieux-Port, et le rituel festif de Montréal se poursuivra, cette fois sous la neige.

big band / jazz

Festival Vibrations | Big Band de l’Université de Montréal, célébrons 45 ans de développement

par Harry Skinner

Quiconque passe beaucoup de temps dans le milieu du jazz à Montréal comprend le rôle fondamental que joue la faculté de musique de l’Université de Montréal dans ce milieu. Au cours des dernières décennies, elle a formé une communauté intergénérationnelle de musiciens sans lesquels la musique de la ville ne serait pas la même. Ainsi, le big band de l’école est inévitablement devenu un lieu de développement pour d’innombrables musiciens qui continuent de se faire un nom dans la ville et ailleurs dans le monde. Ce jeudi, à l’occasion du 45e anniversaire de l’ensemble, le public du Théâtre Outremont a eu droit à un répertoire à la fois surprenant et classique, mettant en vedette la jeune génération d’étudiants aux côtés de plusieurs de leurs mentors de la faculté.

La soirée a débuté en beauté avec un arrangement original de « Well You Needn’t » de Thelonious Monk par le tromboniste principal Laurent Cauchy. Son interprétation de la pièce faisait largement appel à des mesures irrégulières et à un pont oscillant entre le tempo simple et le tempo double, ce qui redonnait à la mélodie de Monk une dimension nouvelle et intéressante. On retrouve dans l’écriture de Cauchy un lien stylistique évident avec celle d’anciens membres du Thad Jones/Mel Lewis Orchestra tels que Jim McNeely et Bob Brookmeyer.

Le reste du programme a largement suivi cette tendance, avec plusieurs interprétations (relativement) contemporaines de standards par des arrangeurs de renom tels que Gil Evans et Bill Holman. L’un des moments forts du spectacle a été l’arrangement de Rob McConnell de « Tickle Toe » de Lester Young, qui mettait en vedette le tromboniste Jean-Nicolas Trottier, membre du corps professoral, aux côtés de Maude Gauthier au saxophone ténor, échangeant des solos énergiques à la fois en séquence et simultanément.

S’il y avait une chose qui manquait au spectacle d’hier soir, c’était l’absence de solos des étudiants membres de l’orchestre. Bien sûr, ce fut un plaisir d’écouter les membres du corps enseignant qui se sont succédé sur scène tout au long du concert, mais le public n’a pas eu l’occasion de découvrir la plupart des musiciens présents. En fait, l’arrangement de Don Sebesky du classique « All the Things You Are » a été le seul morceau à mettre en vedette plus d’un solo étudiant. Cela ne veut pas dire que cela a nui à la performance, mais peut-être qu’une occasion a été manquée.

En somme, le Big Band de l’UdeM a su rendre hommage à ses 45 ans d’existence, tout en démontrant qu’il restera une figure incontournable de la scène jazz montréalaise pour les années à venir.

Photo by Nina Gibelin Souchon

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