Transplanté en Pologne après avoir transité en Angola, le Kenyan Slikback, Freddy Mwaura Njau de son vrai nom, a généré samedi une déferlante de percussions synthétiques, chevauchées par des spectres visionnaires et des esprits guerriers. Qualifier cette approche de frénétique, assurément ma préférée au programme de Nocturne 4 (nuit de samedi à dimanche), est un euphémisme.
Mitraillé à des tempos extrêmes, ce feu à volonté de beats n’avait d’autre effet que propulser dans une mer de feu l’auditoire déjà enfiévré par les virus du samedi soir. Tous aussi abrasifs les uns que les autres, les intermèdes électroacoustiques de Slikback relient des envolées de séquences rythmiques distinctes, d’une extraordinaire densité.
Les polyrythmes au programme n’ont rien d’exotique, toute évocation facile de l’Afrique y est exclue d’emblée: violence noise, évocations paramilitaires, tensions et déflagrations à la Ben Frost (ce dernier ayant créé de la musique documentaire au cœur des conflits en Afrique interlacustre), sons typiques du lexique électronique… On aura discerné des fragments de trap, footwork, jungle, drum&bass, techno et plus encore… Les séquences au programme nous entraînent dans un irrésistible malstrom, nous bousculent aussitôt qu’on s’y sent à l’aise et nous poussent dans le prochain tableau. Méchante claque!
Le radicalisme émotionnel et la recherche formelle de cette signature nous mènent à découvrir le continent noir tel qu’il est aujourd’hui dans ses zones urbaines, bien au-delà de sa pop culture. Le mec est là où les Occidentaux ne l’attendent pas, pas encore du moins. Nous ne sommes pas dans quelque extrapolation prévisible d’afrobeats et autres amapiano à la mode (tout ça est cool, néanmoins, qu’on ne s’y méprenne). Et pourtant, nous sommes ici en Afrique numérique, avec une authentique contribution de niveau international.























