Dans le très intime espace Sainte-Hilda, le Vivier recevait vendredi soir (30 octobre) la violoniste autrichienne Judith Fliedl. La jeune dame maîtrise, comme il se doit, le répertoire classique (elle affectionne particulièrement Bach et Mozart), mais elle se concentre depuis plusieurs années sur la musique contemporaine et d’avant-garde. Comme elle le disait dans la discussion que nous avons eue ensemble, Judith Fliedl aime produire des sons ‘’qui ne sont pas normaux’’.
Ce sont donc des sonorités audacieuses, parfois étranges, mais plus souvent atypiquement séduisantes que la jeune artiste a offertes lors d’un concert qui a largement impressionné l’auditoire du Sainte-Hilda.
À travers les étonnements musicaux des quatre œuvres au programme (Ultraviolin de Benedikt Alphart, Partita for Solo Violin No. 1 de Chris Paul Harman, …när korpen vitnar (Quand le corbeau blanchit) de Malin Bång et Frises de Kaija Saariaho) c’est principalement une technique splendide, époustouflante d’aisance mécanique et de justesse tonale, que nous avons pu percevoir. On ne peut qu’imaginer une telle hauteur de jeu dans Bach ou Mozart. Ce qui sera peut-être pour une prochaine fois, si les programmateurs de concerts d’ici lisent ce texte. Cela dit, les gens de Toronto l’accueilleront exactement pour ce genre de programme le 3 novembre prochain: une affiche Mozart et Korngold sera donnée, pour le lancement de la nouvelle Société Mozarteum Canada. Profitez-en!
En attendant, on se remémorera agréablement cette très belle heure de musique exigeante, portée avec passion et conviction par la dame. L’Ultraviolon de Alphart fait référence à l’utilisation d’ultrasons (évidemment ramenés à un niveau audible pour les humains) dans une bande accompagnant la soliste, qui dialogue avec ceux-ci de manière très délicate. À tel point qu’à certains moments, les murmures du violon étaient entièrement noyés par ladite bande. Ironique, pour des sons au départ impossible à pouvoir être entendus…
Bref, si l’idée semble intéressante, le résultat ne convainc pas autant. Le contraire de la pièce suivante, …när korpen vitnar de la Suédoise Malin Bång, un tour de force expressif et technique, comme une toccate éclatée et ébouriffante, mené avec brio par Judith Fliedl. La remarquable Partita for Solo Violin No. 1 du Montréalais Chris Paul Harman a apporté une élégance classique, bien que strictement abstraite. Fliedl l’a apprise en prévision de son passage au Canada, un geste non seulement respectable, mais surtout réjouissant compte tenu de l’évident et authentique investissement personnel que la jeune dame y a mis. Son interprétation a de quoi flatter, car elle démontre toute la valeur de la musique canadienne. Fliedl l’a qualifiée de très difficile à maîtriser. On peut la croire, les passages impressionnants de hardiesse dactyle, ainsi que les impossibles contrastes de nuances, s’additionnent impitoyablement, tout en ne montrant aucun signe de pouvoir venir à bout de la perfection de jeu de Fliedl. Si l’Autrichienne enregistre un jour cette pièce, elle risque de devenir la référence.
Extrait de Frises (Kaija Saariaho) par Judith Fliedl – Sainte-Hilda, Montréal, 30 octobre 2026 (avec l’aimable autorisation de Judith Fliedl) :
Le court récital s’est terminé par l’interprétation d’un bijou, déjà un classique du répertoire actuel pour violon : Frises de la Finlandaise Kaija Saariaho. Fliedl révèle qu’il s’agit de l’une de ses oeuvres préférées, en raison de sa beauté sonore, des innombrables couleurs et scintillances qui s’y trouvent, et de l’onirisme ensorcelant qui se dégage de la partition. Encore une fois, Fliedl réussit avec brio à transmettre toute la magie presque féérique et teintée d’émerveillement. Son affinité personnelle avec cette pièce transpire et communique puissamment avec le public. La délicate bande électronique qui accompagne le violon fait parfois penser à un vibraphone, tout en créant une réverbération ample et chaleureuse des lignes chantantes jouées par Fliedl. Un moment de très belle magie.
Une rencontre inspirante. Chapeau, Le Vivier, pour nous l’avoir fait vivre!























