La rétrospective musicale d’Ute Lemper avec l’Orchestre FILMharmonique

par Elena Mandolini

Cela faisait longtemps qu’Ute Lemper ne s’était pas produite à Montréal. La légende de la comédie musicale a offert à une Maison Symphonique conquise d’avance un long programme retraçant les moments marquants de carrière s’étalant sur plusieurs décennies. Elle était accompagnée de l’orchestre FILMharmonique, dirigé par Francis Choinière.

Le programme proposé était original, proposant des œuvres bien connues, mais interprétées de manière rafraîchissante et raffinée. On admire la puissance et la chaleur de la voix d’Ute Lemper, et sa présence sur scène. Elle déborde d’énergie, esquissant des pas de danse à l’avant-scène et démontrant ses talents d’actrice. Tous les yeux sont rivés sur elle. Il est évident que les œuvres qu’elle présente sont marquantes, non seulement historiquement, mais aussi personnellement. Durant la première partie, elle entrecoupe chaque chanson par une mise en contexte et des histoires sur sa vie.

On rit beaucoup, on pleure parfois, on est touché de multiples manières. On réalise aussi que rien ne change, et que l’histoire est condamnée à se répéter, encore et encore. En effet, Ute Lemper ne se gêne pas de commenter l’actualité politique : allusions aux guerres actuelles, aux droits des femmes et à la désillusion politique généralisée. Lemper ne se modère pas, mais impossible de lui en vouloir, compte tenu du fait que les œuvres de son répertoire ont été écrites pour la plupart avec les mêmes sentiments, même 100 ans plus tôt. Elle change même certaines paroles pour les adapter à l’actualité. L’effet est comique et troublant à la fois.

Ce qui frappe chez le FILMharmonique, c’est sa capacité à s’adapter. En effet, lors des ciné-concerts, la musique est réglée au quart de tour, forcément. Cela dit, le FILMharmonique avait ici un rôle d’accompagnateur pur, devant s’adapter aux libertés prises par Lemper et à ses improvisations vocales. Et l’orchestre a une fois de plus démontré son excellence. Francis Choinière dirige les musicien.ne.s tout en étant complètement à l’écoute de la soliste. Chaque fois, la synchronisation était parfaite, tout le monde sur scène respirant au rythme d’Ute Lemper. Vers la fin du concert, la chanteuse dirige elle-même, en quelques sortes, l’orchestre, en demandant à certains musiciens d’improviser.

Au cours de la soirée, l’orchestre a pu interpréter quelques arrangements pour orchestre seul de chansons bien connues du music-hall. Ici, le FILMharmonique reprend le premier plan, sans compromis, ce qui démontre encore une fois sa superbe polyvalence. Les quelques problèmes de feedback en début de concert ont rapidement été réglés, permettant d’apprécier pleinement le très long concert (peut-être trop long, ce concert durant près de 2 heures et demie). Ce qui est certain, c’est que le public a été ravi.

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Crédit photo : Tam Lan Truong

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