Le concert de fermeture du Festival OFF Jazz de Montréal, le 14 octobre au Studio TD, ne nous a pas laissé sur notre faim. Jacques Schwarz-Bart, l’immense musicien guadeloupéen, devenu américain, nous a livré une performance inspirée de son dernier album , The Harlem Suite. Avec l’aide précieuse de la chanteuse guadeloupéenne montréalaise Malika Tirolien.
Jacques Schwarz-Bart porte plusieurs chapeaux: il a contribué à la jazzification du gwoka, la musique traditionnelle guadeloupéenne; il a aussi travaillé avec de nombreux artistes « néo-soul »comme D’Angelo, Erykah Badu et le trompettiste Roy Hargrove; il est aujourd’hui professeur au prestigieux Berklee College of Music à Boston.
The Harlem Suite est un hommage vibrant à Harlem, le quartier new-yorkais ou Schwarz-Bart a habité pendant près de deux décennies. Le quartier emblématique de la communauté noire et sa culture pendant plus d’un siècle. Cet album est dans une posture plus jazzistique que d’autres créations du guadeloupéen.
Le concert a commencé par un déluge de notes, sur un rythme ultra rapide. En plus de Schwarz-Bart, le quatuor est composé de trois de ses étudiants à Berklee, Ian Banno à la basse, Hector Falu Guzman à la batterie et Domas Zerosmskas au piano . Des jeunes pousses prometteuses et impétueuses, qui démontrent l’excellence de ce collège musical.
Nous avons entendu des reprises de Butterfly de Herbie Hancock et de Look No Further de Betty Carter, de Equinox de John Coltrane, formidablement réinventées par Jacques Schwarz-Bart et ses musiciens. Toutes ces reprises figurent sur The Harlem Suite.
En passant, il faut le crier et le dire haut et fort: Malika Tirolien est une chanteuse exceptionnelle et innovante! Celle qui chante avec les groupes américain Bokanté et Snarky Puppy peut nous emmener dans des stratosphères musicales. Elle est brillante.
Mais c’est vraiment avec des compositions de Jacques Schwarz-Bart que le concert a atteint son zénith. From Gorée to Harlem, qui évoque la présence africaine à Harlem ainsi que l’hommage jazzistique à Roy Harper nous ont donné des moments où l’émotion rejoignait la complexité musicale.
Cerise sur le gâteau: notre homme parle évidemment français et nous parle longuement de l’esprit de ses compositions tout en nous mettant à jour sur l’état du racisme aux États-Unis. Le monsieur a étudié en sciences politiques à Paris et sait très bien analyser la vie dans son pays d’accueil.
Ce concert a conclu en beauté l’Off Jazz. Le Festival a d’ailleurs couronné la formation locale BellBird, comme nouveau groupe prometteur.
Ce festival nous a démontré la force du jazz local sous toutes ses formes.