Chanteuse de grande qualité, Lila Borsali explorait samedi les recoins de la pensée face à l’exil. Ses introductions de chaque chanson au programme rappellent plusieurs états de l’exil à travers les mélodies, rythmes et paroles des artistes les ayant créées.
Cette fois, elle mettait en lumière Ya Ghorbati, « chant séculaire où palpitent les mémoires blessées de l’exil ». Ce répertoire raffiné comprenait aussi une composante kabyle (amazigh algérienne ou berbère algérienne), soit une langue autochtone qui existait avant les invasions et la colonisation arabe à partir du 7e siècle. Et qui existe toujours. Une forte portion de l’Algérie québécoise étant kabyle et dont plusieurs parlent toujours leur langue d’origine, on peut comprendre l’intérêt des festivaliers venus remplir la 5e salle de la Place des Arts ce samedi 8 novembre.
Originaire de Tlemcen, Lila Benmansour avait pris le nom Borsali lorsqu’elle maria Selim Borsali, dont elle est la veuve depuis 2013. Spécialiste du répertoire arabo-andalou, mais ne parlait pas cette langue kabyle qu’elle a approfondie dans le contexte de ce programme – nous a-t-elle confié. Son directeur musical et oudiste l’a assistée afin qu’elle en maîtrise la prononciation et les accents toniques de la langue amazigh. On ne se prononcera pas sur les résultats mais on vous assure que le public a vraiment apprécié dans son ensemble
Pour tout Occidental qui n’a qu’une connaissance théorique de cette culture, l’exotisme est complet : les (2) violons sont joués à la verticale, le quanoun est un instrument à cordes pincées et exigeant une technique complexe, ney (flûte traditionnelle), deux ouds (luth arabe) et deux percussions – derbouka, cymbales, tambours sur cadre, etc.
De souches arabes et nord-africaines, les mélodies modales de ces chants arabo-andalous peuvent se coucher sur des accompagnements doux et soyeux, mais aussi impliquer de vrais élans rythmiques, fortes pulsations suscitant le battement des mains et même les youyous aigus des spectatrices galvanisées.
Deux heures bien pleines, conclues sans l’euphorie générée par cette chanteuse excellente, dont le timbre rappelle des voix aux carrières fort différentes mais unies par leur texture vocale et leur tessiture mezzo soprano – Joan Baez, Edith Butler, Nana Mouskouri.
Altière, très élégante dans sa robe traditionnelle blanche serti de dorures orientales, Lila Borsali aura comblé le public du FMA, à l’évidence conquis d’avance.























