En ce mardi soir, où Montréal était éprouvée par une tempête de neige trop précoce, nous avions rendez-vous à la petite Salle Claude Léveillée de la Place des Arts pour entendre la première d’un concert mettant en vedette une joueuse de qanun et un violoncelliste. Chaima Gaddour et Samih Souissi, tous deux originaires de Tunisie. Chaima vit maintenant au Québec et Samih habite en France.
J’avoue: sortir par cette température compliquée m’a demandé un effort quasi-surhumain. Toutefois, après une minute de spectacle, je me suis retrouvé dans une dimension hors du temps et je n’ai jamais regretté d’y être venu.
Convergence est un concert créé par deux musiciens passionnés et passionnants. Le concept, que les deux m’ont déjà expliqué en entrevue, est de marier la musique orientale avec d’autres cultures, mais en la faisant avec fluidité. Le qanun, l’instrument par excellence du Moyen-Orient, est juxtaposé au violoncelle, un héritage essentiel de la musique occidentale.
Mais Samih arrive à faire sonner son violoncelle comme un instrument oriental et Chaima tire des sons asiatiques et occidentaux de son qanun bien-aimé.
D’ailleurs, c’est fascinant de la regarder jouer cette « harpe horizontale »: elle pince les cordes, parfois les tire, met sa paume de main sur les cordes, penche son instrument pour changer le son, le secoue comme un instrument percussif. C’est un instrument compliqué, il faut parfois changer les tonalités en cours de morceau. Mais quelle démonstration virtuose de richesse harmonique.
Les deux musiciens semblent s’amuser, malgré les difficultés techniques. Convergence devient connivence. On passe de Schubert au monde arabe, on évoque le folklore irlandais pour le plonger dans l’empire Ottoman et ainsi de suite. Il y a un moment Andalou très réussi, même sans castagnettes et voix.
« Quand on fait de la musique classique, on joue d’un instrument, mais quand on aborde d’autres musiques, nos instruments chantent », nous avait confié Samih Souissi en entrevue. Nuance intéressante.
Chaima et Samih ont fait des choix de propositions musicales pour rendre le tout accessible aux oreilles moins habituées. On y entend un extrait de Carmen de Bizet, de la berceuse japonaise Sakura, de la balade Autochtone Ani Kouni…et même de My Heart Will go on, la chanson de Céline Dion pour le film Titanic! A ce moment, j’ai eu un peu peur…
Ces introductions plus connues permettent ensuite aux deux complices de nous emmener vers des avenues plus complexes et plus aventureuses.
C’était la première de ce spectacle que Chaima et Samih espèrent répéter dans de nombreux pays. Ce n’était pas parfait, mais extrêmement prometteur.
Pour l’amateur de musique plus expérimentale que je suis, j’aimerais qu’ils aillent encore plus loin dans l’improvisation, qu’ils flirtent avec la dissonance. Mais ce n’est pas mon concert, c’est le leur.
En attendant le retour de Convergence, vous pouvez entendre Chaima Gaddour dans d’autres contextes, notamment l’ensemble RCM, richesse culturelle de Montréal.























